22/06/2017

Tu as promis que tu vivrais pour moi, Carène Ponte

Présentation. Quand on a trente ans, on n'est jamais préparé à perdre sa meilleure amie. C'est pourtant le drame que Molly doit affronter quand Marie est emportée par la maladie en quelques mois à peine. Juste avant de mourir, celle-ci demande à Molly de lui faire une promesse : vivre sa vie pleinement, pour elles deux. Elle y tient, alors Molly accepte.

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Mon avis. Une agréable lecture estivale.

Voici un récit dans lequel on entre dès les premières pages : Molly vient de perdre sa meilleure amie, sa sœur de cœur, Marie, décédée suite à un cancer. Avant de tirer sa révérence, Marie a fait promettre à Molly de vivre "à sa place", autrement dit d'accomplir toute une série d'activités pour elles deux, même si Molly est désormais seule.

La jeune femme se retrouve donc dans "l'obligation morale" de tenir sa promesse et si certains défis s'avèrent amusants ou anodins, d'autres lui coûtent davantage, surtout ceux qui risquent de bouleverser fondamentalement son existence. Mais ne serait-ce pas le petit coup de pouce (le bon coup de pied)  dont avait besoin Molly pour vivre enfin, tout simplement ?

Même si l'on comprend très vite le chemin qu'empruntera Molly, le roman, qui se lit aisément, fait passer au lecteur un bien agréable moment ; cerise sur le gâteau : l'humour bel et bien présent... jusque dans les notes de bas de page, autant de clins d’œil de l'auteure.

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat, et à Carène Ponte pour la dédicace.

14:47 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

18/06/2017

Port d'Âmes, Lionel Davoust

Présentation. Rhuys ap Kaledán a été condamné, adolescent, à huit ans de servitude dans la Marine. A vingt-deux ans il est toujours en vie mais a tout perdu : sa demeure, sa famille, ses titres de noblesse...

Lorsqu'il débarque à Aniagrad, la Cité franche, il a la tête pleine d'idéaux et est bien décidé à se faire un nom et, qui sait, à retrouver la place qui aurait dû être la sienne. Mais la cité du mensonge va vite le faire déchanter. S'il veut survivre, Rhuys devra faire bien des concessions et, même, prendre les prédateurs qui le chassent à leurs propres pièges.

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Mon avis. Une très belle plume...

Si je connaissais le nom de l'auteur (à l'honneur en ce mois de corrections intenses sur Book en Stock) depuis déjà un bon moment, je n'avais jamais eu l'occasion de le lire ; c'est désormais chose faite et je ne le regrette nullement.

Focus sur Rhuys ap Kaledan, 14 ans, adolescent destiné à suivre la voie tracée par son père, baron rhovélien. Son destin se déploiera pourtant différemment de ce qui était prévu lorsque son père est définitivement ruiné ; pire, pour éponger les dettes familiales, Rhuys est contraint de donner huit années de sa vie à la Marine.

Il aurait pu - il aurait dû - y laisser sa peau ; cependant, c'est fort de cette expérience "à la dure" qu'il débarque à Aniagrad, la cité où tout est possible, où tout se monnaie, à condition de ne pas trop vite se retrouver dans le collimateur de l'omnipotente administration.

"Il sourit et leva la tête vers les mouettes qui tournoyaient au-dessus du mât. La ville se dévoilait comme une légende sous les faisceaux ensoleillés tombant des nuages. Aniagrad, qui enserrait dans ses venelles d'innombrables espoirs et tragédies ; le port franc où s'étaient construits et défaits mille destins, où se nouaient de fructueux accords commerciaux et où s'achetaient les armes pour les trahir. La cité du bout du monde qu'on n'atteignait qu'au prix d'une interminable traversée, quand les escales exotiques se fondaient en une succession de nuits vaporeuses." [p. 27 - 28]

 

Le "souci", c'est que Rhuys est pétri d'idéalisme. Absolument. Indéfectiblement. Irrémédiablement. Comment, dès lors, tenter de concilier ses convictions profondes avec les "règles du jeu" imposées par la ville ?

Le récit tourne autour de cette "inconciliabilité" et suit ce jeune homme foncièrement attachant, même s'il arrive que, de temps à autre, l'on en arrive à remettre en question certains de ses choix. Les personnages rencontrés sont pour la plupart nuancés, à l'instar des humains qui ne sont jamais entièrement bons ou mauvais. Je retiendrai particulièrement Rhuys lui-même, mais aussi Vaillance, le vieux loup de mer qui a un temps servi de modèle à notre héros ; la Vendeuse grâce à qui le phénomène du Transfert n'aura (presque) plus de secret pour Rhuys ; ou encore Camil Katraz qui réussit à rendre touchants les principes que l'on a décidé de suivre, envers et contre tout.

L'univers dépeint dans ce roman est extrêmement riche, fouillé, et évoque "l'air de rien" des sujets de société tout à fait contemporains ; il m'a fait songer, par moment, à ceux imaginés par Brandon Sanderson. Cerise sur le gâteau : la plume qui fait la part belle à la poésie et rend agréables à lire les passages parfois un peu longs.

  "Il éprouva une curiosité insatiable, que la sienne propre reconnut et salua comme sa sœur. La joie solitaire de l'inconnu bourgeonna en lui, lui rappelant les moments où, seul dans la mâture, il avait contemplé l'immensité des océans et songé à tous les chemins à sa disposition, à l'avenir qui n'était pas encore. La nuit ne dissimulait pas dangers et cauchemars ; elle affranchissait au contraire celui qui acceptait d'en emprunter les sentiers obscurs, de s'ouvrir à ses trouvailles. Il n'y avait rien à découvrir ; il fallait seulement distinguer l'infinité des croisements à la faveur de l'ombre." [p. 189 - 190]

 

Merci à Book en Stock et Folio pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge "Littérature de l'imaginaire" (14/24). 

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18:03 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/06/2017

Comme tout le monde, Charlotte Erlih et Marjolaine Leray

Présentation. Une petite roulotte, bariolée et un peu boulotte, sillonne le vaste monde. Une fin de journée, elle fait halte à l’orée d’un joli bourg fleuri. Mais aussitôt, au village, les commentaires font rage. Ses roues, ses couleurs de fleurs et son toit sans cheminée : tout est prétexte à cancaner… La petite roulotte fait pourtant de gros efforts pour être comme tout le monde. [...]

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Mon avis. Ce bel album, soutenu par Amnesty International, met en évidence le sort d'une petite roulotte dont le seul tort est d'être quelque peu différente des autres.

Alors qu'elle fait une halte dans un bourg fleuri, elle est aussitôt montrée du doigt par les maisons du cru qui cancanent à qui mieux mieux à la vue de cette habitation qui ne ressemble à nulle autre.

  "La petite roulotte est bariolée et un peu boulotte... mais elle n'est ni sourde ni gourde."

Désireuse de se faire accepter, elle modifie pas à pas ce qui, chez elle, dérange les autres, tâchant d'occulter sa nature profonde.

Pourtant, rien n'y fait, quoi qu'elle entreprenne, elle demeure "l'Autre", celle qu'on montre du doigt...

J'ai beaucoup aimé cet album, illustré par de grossiers coups de crayon, qui met en évidence et valorise la différence.

Merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat.

12:00 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

10/06/2017

Bourbon Kid, 3 : Le Cimetière du Diable, Anonyme

Présentation. Vous n’avez pas lu Le Livre sans nom ? Vous êtes donc encore de ce monde, et c’est tant mieux. Vous allez pouvoir assister à un spectacle sans précédent, mettant en scène Judy Garland, James Brown, Johnny Cash, les Blues Brothers, Kurt Cobain, Elvis Presley, Janis Joplin, Freddie Mercury, Michael Jackson… et le Bourbon Kid.

Les héros du Livre sans nom se retrouvent cette fois dans une délicieuse petite bourgade en plein milieu du désert pour assister à un festival de musique au nom prometteur : Back from the dead. Imaginez un Dix petits nègres rock revu et corrigé par Quentin Tarantino… Vous y êtes ? C’est encore mieux !

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Mon avis. Un bon moment, déjanté comme il se doit avec cette saga, mais dans lequel je n'ai pas retrouvé la "magie" du premier opus qui avait été un véritable coup de cœur (oui, oui, Sophie).

On y retrouve bien sûr le "fameux" Bourbon Kid - qui a définitivement pris pour moi les traits du grand Clint dans Le bon, la brute et le truand -  découvert dans le non moins fameux Livre sans nom dont je m'étais ré-ga-lé-e. Par la suite, je n'avais pas raffolé de L’œil de la lune.

Nous sommes cette fois emportés dans l'Hôtel Pasadena, un endroit qui "revit" tout particulièrement à Halloween, lors d'un concours de chant appelé Back from the dead, un nom particulièrement approprié pour une compétition qui voit s'affronter les sosies de stars décédées. La récompense est à la hauteur du prestige des vedettes rassemblées sur place : 100.000 dollars.

Le Kid est toujours "odieusement sympathique" et pince-sans-rire ; il trucide à tour de bras, bons ou méchants, sans état d'âme. Deux nouveautés cependant : il se retrouve relativement vite à court de munitions ; en outre, il se laisse un tantinet émouvoir (si, si) par Judy Garland, tout droit sortie du Magicien d'Oz.

Bémol : quelques erreurs qui, je suppose, doivent être liées à la traduction ; au hasard, des passés simples qui n'en sont pas ou "pour l'heure" qui devient "pour lors".

Traduction : Diniz Galhos.

Titre VO : The Devil's Graveyard.

D'autres avis dans le cadre de cette LC : MaToutePetiteCulture ;

 

Ce titre entre dans le challenge "Littérature de imaginaire" (13/24).

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15:55 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

03/06/2017

Antigone, Jean Anouilh

Présentation. "L' Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre."

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Mon avis. Une relecture pour préparer l'examen de rhéto, dans le cadre d'un parcours relatif au mythe, illustré par la lecture du Quatrième mur, de Sorj Chalandon.

L'Antigone d'Anouilh est définitivement "la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre." [p. 9]

Tout est dit dès le prologue, nul suspense puisque la tragédie, en tant que telle, n'offre jamais de porte de sortie...

J'aime beaucoup la plume d'Anouilh et la manière dont il joue avec ses personnages, tout comme avec le lecteur, d'ailleurs. Ce qui m'a frappée, lors de cette relecture, c'est le côté buté d'Antigone ; je dois bien l'avouer, elle m'a souvent agacée. Pourtant, c'est son obstination qui la rend aussi profondément admirable et cela, même si Polynice ne méritait nullement qu'elle meure à cause de lui, même si Etéocle ne méritait nullement que Créon fasse exécuter sa nièce à cause de lui.

Mais c'est une tragédie. Et le fil de l'histoire se déroule. Inéluctablement.

  "Je ne veux pas comprendre. C'est bon pour vous. Moi je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et pour mourir." [p. 82]

 

Ce titre entre dans les challenges "Un genre par mois" (classique, théâtre pour mai) et "Comme à l'école" (vêtement).

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15:52 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

01/06/2017

Juin, le mois de...

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Vous disposez de 30 jours pour aller poser vos questions, aussi sérieuses, farfelues, humoristiques, saugrenues, existentielles... soient-elles, à Lionel Davoust sur Book en Stock.

18:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/05/2017

La fille dans le rétroviseur, Linwood Barclay

Présentation. État de New York, près de la frontière canadienne, de nos jours.

C'est la nuit, il pleut, et Cal Weaver n'a qu'une envie : rentrer chez lui. Mais à un stop, l'ex-flic hésite : Claire Sanders, la fille du maire, cherche désespérément une bonne âme pour la ramener chez elle. Bien sûr, prendre une adolescente en stop n'est jamais très prudent. Les rumeurs vont vite dans les petits patelins. Mais quand cette dernière l'implore en lui disant qu'elle était amie avec Scott, son fils décédé tragiquement quelques semaines plus tôt, Cal craque. Quel mal y a-t-il à aider cette gamine ? Quelques kilomètres plus loin, Claire est malade et Cal s'arrête dans un bar. Dix minutes plus tard, la jeune fille qui s'installe dans la voiture n'est pas Claire Sanders... Où est-elle ? Que fuit-elle ?

Dans quel piège Cal vient-il de se fourrer ?

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Mon avis. Découverte de cet auteur déjà connu de bon nombre d'entre vous : je devrais réitérer l'expérience...

Dès les premiers mots s'inscrit une atmosphère pesante : il pleut, Cal s'en retourne chez lui et se fait "harponner" à un stop par une jeune autostoppeuse. Il a bien conscience qu'il est hasardeux pour un homme d'âge mûr d'embarquer une adolescente, mais celle-ci le reconnaît et pour le convaincre de la déposer un peu plus loin, elle prononce le "nom magique". Douloureusement magique. Scott. Le fils de Cal. Décédé peu de temps auparavant dans des circonstances tragiques. C'est parti pour un récit sans temps mort. Je parle du temps, car pour le reste...

Cal en aura bien vite conscience, il vient de mettre le doigt dans un engrenage qui s'emballe et que rien ne semble pouvoir arrêter. Et en tant qu'ex-policier devenu aujourd'hui détective privé, il connaît la (dramatique) chanson.

Tout en continuant à essayer de trouver des réponses relatives à la mort de son fils, tout en essayant de préserver le semblant de couple qu'il forme encore (si peu) avec Donna, il doit tenter de sortir du pétrin dans lequel il (s')est plongé et ce n'est pas son beau(f)-frère, chef de la Police municipale, aux méthodes "callahaniennes" qui risque de lui venir en aide. Au contraire.

  "Je n'étais qu'à trois ou quatre minutes de la maison, mais la douleur qui me martelait les tempes et le front commençait déjà à faiblir lorsque j'ai tourné dans notre rue.

   Puis, sans crier gare, elle est revenue en force.

   Le fait qu'une voiture de patrouille de la police de Griffon soit garée en travers de notre allée y était sans doute pour quelque chose." [p. 63]

  "Il m'est apparu à ce moment-là qu'emmerder le chef de la police aux réunions familiales année après année n'avait peut-être pas été une bonne idée." [p. 202]

 

De temps à autre, l'histoire, relatée par Cal, est entrecoupée de chapitres en italiques qui dévoilent les pièces d'un puzzle qui prend forme au fil du texte, lentement mais sûrement.

Un récit qui tient le lecteur en haleine et dont les personnages présentent diverses facettes...

 

Traduction : Renaud Morin.

Titre VO (2013) : A tap on the window.

Merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le challenge "Objectif du mois" (un des genres littéraires favoris pour mai).

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17:10 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

26/05/2017

Le jour où..., Paul Beorn

PrésentationLE MARCHAND DE SABLE EST PASSÉ...

Tous les adultes ont sombré, les uns après les autres, dans un mystérieux coma... Enfants et adolescents se retrouvent livrés à eux-mêmes. Dans une petite ville, Léo et Marie, deux lycéens de seize ans, rassemblent autour d’eux quelques amis pour vivre ensemble dans un vieil immeuble.
Mais d’autres adolescents, parmi les plus âgés, profitent de la situation, s’accaparent les réserves de nourriture et deviennent de plus en plus violents. Léo et sa bande doivent apprendre à se battre pour défendre leur liberté quand d’autres voudront imposer la loi du plus fort. Parviendront-ils à survivre jusqu’au réveil des adultes ?
Et si ces derniers ne se réveillaient jamais ?

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Mon avis. Une très belle découverte...

Voici quelques mois, une de mes élèves m'amène un livre en classe, me disant que c'est un de ses préférés et que je dois absolument le lire. J'avoue que je crains toujours quelque peu ce genre de situation car si je n'aime pas le livre en question, je doucherai l'enthousiasme de l'élève et cela m'ennuie.  [Pour info., cela m'est arrivé avec un roman encensé par tous : Le parfum, de Patrick Süskind]. Je me suis tracassée inutilement : j'ai entamé la lecture et j'ai été aussitôt happée par le récit... [Merci, Clara]

Nous sommes d'emblée plongés dans un Paris où les adultes se sont endormis les uns après les autres, laissant "derrière eux" les jeunes de moins de 17 ans. Passés les premiers moments d'euphorie ("chouette, plus de parents sur le dos !"), il devient indispensable de s'organiser pour (tenter de) survivre. Les choses sérieuses commencent, les premiers drames surviennent...

Le récit alterne les points de vue de deux personnages majeurs : Léo(nard), 16 ans, promu chef presque malgré lui, désireux d'assurer la protection des plus faibles, particulièrement les très jeunes et les bébés ; Marie, fidèle amie (profondément amoureuse) de Léo, celle qui organise, planifie, calcule, prévoit. Autour de ces deux piliers gravitent Paul, "un mètre quatre-vingt-dix, toujours le sourire aux lèvres et beau comme un champion, on peut compter sur lui" ; Sam, "la jolie métisse de mauvais poil", "elle a fait huit ans de karaté et on peut compter sur elle, aussi." [p. 11] ; et encore Marcello, celui qui "sait tout sur tout", diminué physiquement, ainsi que Lisa, la "directrice" de la "crèche improvisée".

La survie s'est organisée vaille que vaille ; le souci, c'est que des bandes ont pris possession de certains quartiers et contrairement à la Cantine où l'entraide est le maître-mot, toutes ne sont pas animées par le respect de l'autre, loin s'en faut : quand l'anarchie menace, le "chacun pour soi" devient vite le leitmotiv. Ainsi, les Cracheurs ont pris possession du supermarché et quiconque s'en approche est susceptible de tâter de la barre de fer.

Ce récit est à mille lieues de la (supposée) candeur que l'on prête parfois aux jeunes ; certaines scènes sont dures et mettent le doigt là où cela fait mal, en appuyant très fort, à l'instar de la violence (parfois) bel et bien présente dans notre société.

  "Dans la logique des bandes armées, les chefs qui s'en sortiront seront les plus violents, ceux qui sauront se bâtir une réputation par la terreur et rassembler de grands groupes autour d'eux. Et nous aussi, on va devoir faire la même chose : rassembler autour de Léo toutes les bonnes volontés possibles. Sinon, on disparaîtra."[p. 53]

  "Cette fois, le silence ne fait pas juste une petite visite. Il nous tombe dessus, il s'installe. C'est que ça pèse lourd, parfois, le silence. Ce que vient de dire ce gosse... On ne joue plus à cache-cache, là. Ils sont allés un cran plus loin, ils ont dépassé le point de non-retour, la ligne qui sépare les gens normaux des salauds. C'est Marie qui avait raison à leur sujet : le prochain coup, ce sera un meurtre." [p. 63]

 

Un récit qui ne laisse pas indifférent, à réserver aux élèves du secondaire supérieur.

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (18/20), "Littérature de l'imaginaire" (12/24), "de la Licorne 3", "Objectif du mois" (un des genres littéraires favoris pour mai).

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21:23 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

10/05/2017

Petites surprises sur le chemin du bonheur, Monica Wood

Présentation. A 104 ans, Mlle Ona Vitkus pensait en avoir fini avec les sentiments. Mais l'arrivée dans sa vie si ordonnée d'une jeune garçon pas comme les autres va tout chambouler.

Du jour au lendemain, la vieille dame se trouve embringuée au cœur d'une famille en plein tourment, et même dans un road trip inattendu et burlesque. Chemin faisant, elle découvre que la vie lui réserve encore bien des surprises, et, surtout, qu'elle a encore beaucoup à offrir à ceux qui croyaient avoir tout perdu...

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Mon avis. Nulle bonne surprise, nul bonheur sur le chemin...

Alléchée par la couverture, j'ai eu envie de découvrir ce récit, pensant qu'il était susceptible de m'entraîner sur les traces d'une Alice ou d'une Emiliana. Ce ne fut malheureusement pas le cas.

Le récit commence lorsque Quinn se rend chez Ona Vitkus, 104 ans : il prend la relève de son fils, jeune scout de 11 ans qui venait effectuer régulièrement de menus travaux chez la vieille dame.

On y découvre la curieuse relation nouée entre l'aïeule et l'enfant : celui-ci, passionné par les records en tout genre répertoriés dans la collection Guiness, est bien décidé à faire figurer Ona dans le prestigieux palmarès. Le roman alterne alors les chapitres relatifs à ces deux personnages et ceux relatifs à Quinn et Ona.

Alors que j'aurais pu/dû être touchée par les liens tissés par les protagonistes, cela n'a jamais été le cas : hormis lors de trop rares moments durant lesquels quelques traces d'humour sont présentes, je me suis profondément ennuyée durant la lecture, finissant par lire le texte "en diagonale", pressée de l'avoir terminé.

Un coup dans l'eau, cette fois ; cela arrive...

Traduction : Emmanuelle Heurtebize.

Titre VO : The-One-in-a-Million Boy (2016).

Merci aux éditions Kero pour ce partenariat.

13:32 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

06/05/2017

Outlander, 8 : À l'encre de mon cœur, partie II, Diana Gabaldon

Présentation. Dans la foulée de la bataille de Monmouth, en 1778, Claire et Jamie Fraser doivent déterminer quelle sera leur prochaine destination. Resteront-ils à Philadelphie, où Fergus, le fils adoptif de Jamie, possède toujours son imprimerie, ou se hasarderont-ils à revenir à Fraser's Ridge, en Caroline ? Jamie souhaite aussi se réconcilier avec son fils naturel, William, qui ne veut rien savoir de son père biologique et qui a choisi la cause loyaliste, tout comme l'homme qui l'a élevé, lord John Grey.

Brianna, la fille de Claire et Jamie, tentera elle aussi de retisser la toile familiale en partant à la recherche de son mari, Roger, dont le voyage dans le passé l'a ramené vers son propre père. L'amour et la famille triomphent dans cette quête qui mènera les personnages jusqu'à l'Amérique révolutionnaire, en passant par l'Écosse de 1739 et celle de 1980.

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Mon avis. Ce n'est pas encore cette fois que je me lasserai de faire un bout de chemin en compagnie de la (grande) famille Fraser...

Ce volume commence là où s'était terminé le précédent : souvenez-vous, les troupes continentales affrontent les loyalistes et Claire vient d'être grièvement blessée par balle. Jamie est auprès d'elle mais il ne peut rien faire, hormis prier de toute son âme pour qu'elle ne lui soit pas enlevée... La souffrance est telle, de part et d'autre, que Claire songe à "tirer sa révérence" sans combattre ; quant à Jamie, il connaît la douleur d'une blessure au ventre et tâche de se préparer à "intervenir" pour ne pas la laisser souffrir inutilement au cas où tout espoir s'avérerait définitivement perdu.

La convalescence sera longue et difficile : Claire a coutume de prendre les choses en main et est peu encline à dépendre de son entourage ; elle devient vite (encore plus) insupportable (que d'habitude).

La première partie du roman se centre sur le continent américain du XVIIIe siècle, autour de la famille "élargie" des Fraser : le couple fondateur bien sûr, toujours aussi uni ; Fergus, Marsali et leurs enfants ; Ian et Rachel. Dans "l'autre camp", William qui refuse d'entretenir une quelconque relation avec son "infâme père naturel", tout comme avec celui qui l'a élevé d'ailleurs, Lord John ; Lord John lui-même qui a fort à faire avec celui qu'il soupçonne d'être un espion...

Contrairement à certains volumes de la série qui souffraient parfois certaines longueurs, celui-ci ne m'a lassée à aucun moment (il est vrai que même si nous sommes toujours au cœur du conflit, les scènes de combats n'apparaissent pas) ; j'ai même regretté que l'accent soit (trop) peu mis sur les conséquences d'un événement extrêmement dramatique (des larmes ont coulé) qui survient au sein du clan.

Par la suite, on retrouve Brianna, toujours au XXe siècle, et Roger, retourné en compagnie de son ancêtre en Écosse, au XVIIIe siècle, mais pas dans l'année désirée. Les chapitres alternent alors les péripéties du pasteur et celle de sa femme, désireuse de le rejoindre, même si "retraverser les pierres" est toujours dangereux, d'autant que ses enfants devraient l'accompagner...

Je suis bien décidée à poursuivre la découverte des aventures des Fraser lorsqu'elles paraîtront.

Traduction : Philippe Safavi.

Titre VO (2014) : Written in my own heart's blood.

Merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Objectif du mois" (genre littéraire favori ; dans ce cas-ci : un de mes genres littéraires favoris).

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12:23 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/04/2017

Mosquitoland, David Arnold

Présentation. Je m'appelle Mary Iris Malone, et je ne vais pas bien.

1. Ma mère est partie.

2. Elle est malade.

3. Mon père a une copine.

4. Il me croit folle.

5. Et je ne vous parle même pas du gros scoop...

Alors j'ai décidé de prendre la route.

Distance à parcourir : 1524 km.

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Mon avis. Une héroïne déconcertante, curieuse dans tous les sens du terme, décalée. Et profondément touchante...

Date : premier septembre.

Personnage : Mary Iris Malone, alias Mim, a décidé de quitter Jackson, Mississippi (Mosquitoland) où elle a suivi, contrainte et forcée, son père et sa belle-mère désireux de "prendre un nouveau départ".

Direction : Cleveland, Ohio, à 1524 km de Mosquitoland.

Objectif : retrouver sa mère dont elle n'a plus de nouvelles depuis quelques semaines.

Moyen de locomotion : autocar de la société Greyhound.

Moyens financiers : 880 dollars astucieusement subtilisés dans une boîte à café en fer disposée dans la commode de sa belle-mère.

Mim a entendu par la porte entrebâillée du bureau de son proviseur une conversation entre ce dernier, son père et sa belle-mère, relative à la maladie de sa maman. Dès lors, sans avoir planifié quoi que ce soit, elle se lance dans cette expédition qui devrait lui permettre de retrouver sa maman pour le Labour Day

  "Notre Héroïne tourne le dos à la porte en chêne et sort calmement du bureau, de l'école, de la cour. En proie à la confusion, elle essaie de recoller les morceaux. Au bout du terrain de foot, les andouilles de sportifs ricanent, mais elle ne les entend guère. Ses fidèles chaussures chinées chez Goodwill la portent sur le trottoir délabré, tandis qu'elle songe aux trois semaines d'absence de lettres et de coups de téléphone de sa mère. Notre Héroïne emprunte le raccourci derrière le restaurant Taco Hole, sans prêter attention aux délicats fumets de viande. Elle parcourt les rues désertes de son nouveau quartier, contourne le chêne haut comme un immeuble et marque une pause dans l'ombre de sa nouvelle demeure. Elle ouvre la boîte aux lettres - vide. Comme d'habitude. Elle compose alors sur son téléphone le numéro de sa mère pour la centième fois, entend la voix de la même femme-robot pour la centième fois, se décourage pour la centième fois.     

  "Nous sommes désolés, ce numéro n'est plus attribué."" [p. 12]

 

Le voyage peut commencer...

Mim a seize ans et souffre de troubles mentaux pour lesquels elle est soignée : sa perception très aiguë de la réalité ainsi que son analyse constante et minutieuse d'une société dans laquelle elle ne trouve pas sa place la distinguent du commun des mortels.

  "Pour résumer, je suis une anomalie à 110 %, plus peut-être 33 % d'esprit d'indépendance et 7 % de génie libre-penseur. Ce qui nous fait 150 %, mais en tant qu'anomalie sur pattes, c'était prévisible. Bim." [p. 97]

 

La jeune fille raconte son expédition et se dévoile par la même occasion ; en outre, elle écrit, à travers un journal intime, à une certaine Isabel. Les rencontres se succèdent au fil des kilomètres qui défilent et la rapprochent de Cleveland, rencontres tantôt heureuses, tantôt malheureuses, tantôt encore complètement loufoques. Des rencontres qui, d'une manière ou d'une autre, façonneront son être en devenir. Parmi celles-ci, je retiens Walt, un jeune trisomique, et Beck, le gars "super mignon" du siège 17C.

  "- Sali-salut, moi c'est Walt.

   Le propriétaire des Converse mesure à peu près ma taille, doit avoir mon âge, et il pourrait bien avoir passé tout l'après-midi à se présenter. Ses cheveux, qui dépassent d'une vieille casquette de baseball des Chicago Cubs, ne sont pas tant longs qu'en bataille et filasse, comme les poils d'un chien errant. Il tient un Rubik's Cube dans une main et une bouteille de cinquante centilitres d'un Mountain Dew presque vide dans l'autre. Sans me laisser le temps de me présenter à mon tour, il incline la tête en arrière et ingurgite cul sec la fin de son soda. Avec une grande autorité.

   Mon sourire se déclenche tout seul." [p. 126]

  "17C est pile la bonne quantité de lui-même.

   Il est mon anomalie parfaite." [p. 111]

 

Indépendamment de son fil conducteur (!), le récit tient la route (!) grâce à la profondeur et la nuance des personnages, Mim, Walt et Beck en tête ; l'humour est en outre omniprésent, allié à l'émotion, comme lorsque les larmes s'instillent, l'air de rien, dans le (sou)rire et que l'on en arrive à ne plus savoir ce qui, du (sou)rire ou des larmes, a commencé.

  "Et je m'émerveille sur les vertus des méchants. [...]

   Et je m'émerveille sur les failles des héros.

   Peut-être, tout de même, existe-t-il du noir et du banc. Dans nos choix. Dans mes choix." [p. 346 - 347]

Traduction : Maud Ortalda.

Titre VO : Mosquitoland (2015).

Un grand merci aux éditions Milan pour cette très belle découverte.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (17/20).

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14:53 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

25/04/2017

Les enquêtes de Tracy Crosswhite, 1 : Le dernier repos de Sarah, Robert Dugoni

Présentation. Tracy Crosswhite a passé vingt ans à mettre en doute les faits qui ont entouré la disparition de sa sœur Sarah et le procès criminel qui s’en est suivi. Elle ne croit pas qu’Edmund House – le violeur qui purge sa peine et a été condamné pour l’assassinat de Sarah – soit le véritable coupable. Pour que justice soit rendue, Tracy est devenue enquêtrice criminelle dans la police de Seattle, et a dévoué sa vie à la recherche des tueurs.

Lorsque les restes de Sarah sont finalement découverts dans la ville où elles ont passé leur enfance, dans les montagnes de la région des Cascades, dans l’État de Washington, Tracy est décidée à obtenir des réponses à ses questions. Dans sa poursuite du véritable criminel, elle met à jour des secrets enfouis depuis longtemps, qui vont modifier la relation qu’elle entretient avec son passé, et ouvrir la porte à un danger mortel.

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Mon avis. Rien d'original sous le soleil, mais un roman qui agrippe le lecteur et ne le lâche plus...

Focus sur Tracy Crosswhite, devenue enquêtrice dans la police de Seatlle après avoir enseigné la chimie durant quelques années. Depuis vingt ans, Tracy (sur)vit avec un énorme sentiment de culpabilité lié à la disparition de sa sœur Sarah : celle-ci a été enlevée et si celui qui a été désigné comme coupable croupit en prison, Tracy est loin d'être persuadée que les forces de l'ordre ont mis la main sur le véritable criminel.

Des indices n'ont pas été exploités, des témoignages n'ont visiblement pas été recueillis et depuis lors, Tracy enquête à ses "heures perdues" sur cette affaire qui la touche de très près, ce qui lui a déjà coûté son mariage.

Survient un élément nouveau : des restes humains ont été découverts dans le périmètre qui a vu disparaître Sarah et il s'avère très vite qu'il s'agit effectivement de ceux de la jeune fille. Une piste nouvelle s'ouvre enfin pour Tracy, peut-être l'opportunité de faire la lumière sur les faits tragiques qui l'empêchent de dormir depuis vingt ans ?

  "- Cela remonte à vingt ans, lieutenant. Pendant vingt ans, pas une journée ne s'est écoulée sans que j'y pense. Je continuerai à traverser les jours qui viennent de la même façon, une journée pourrie après l'autre." [p. 69]

 

Dans un premier temps, le récit principal relate les difficultés rencontrées par Tracy pour disposer de l'autorisation officielle de participer, d'une manière ou d'une autre, aux investigations, malgré les réticences évidentes de sa hiérarchie, et surtout celles des habitants de l'endroit où vivait à l'époque sa famille. Il raconte ensuite la "nouvelle enquête" à proprement parler.

Des passages en italiques plongeant dans le passé ponctuent ce récit et évoquent, par bribes, les circonstances relatives à la disparition de Sarah, ainsi que les jours et les mois qui ont suivi.

Un thriller efficace, indubitablement.

Traduction : Hélène Amalric.

Titre VO : My Sister's Grave (2014).

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Un genre par mois"  (thriller, polar, policier pour avril).

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20:06 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

22/04/2017

Le maître d'armes, Xavier Dorison et Joël Parnotte

Présentation. "L'honneur, quand on n'a plus rien, c'est tout ce qui reste."

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Mon avis. Je n'ai pas été véritablement conquise par cette BD, même si elle m'a fait passer un "bon" moment...

L'action se déroule au seizième siècle, une époque dure, âpre, où tout doucement s'annoncent les prémices d'un changement dans la manière dont la religion pourra être appréhendée : la Réforme, avec son lot de souffrances, tortures et exécutions.

On y suit Stalhoffer, maître d'armes de François Ier ; il remet son "titre" en jeu lors d'un combat contre le fourbe Maleztraza.  Aucun n'en sort vainqueur mais Stalhoffer décide de jeter le gant. Maleztraza n'est pas près d'oublier cette pseudo-victoire...

Quatre ans plus tard, les deux hommes se retrouvent : Maleztraza est bien décidé à "se venger", Stalhoffer à se défendre.

C'est sur fond de querelles de religions que ces deux-là s'affronteront à nouveau, pris au piège d'une forêt et d'une montagne dont ils risquent bien de devenir les victimes...

J'ai bien aimé l'histoire et la mise en évidence des travers de l'époque envisagée, ainsi que les dessins extrêmement fouillés ; j'ai moins apprécié en revanche les couleurs très sombres, mais c'est purement subjectif (je n'ai pas d'autre prétention que de donner mon avis) car je reconnais que ces couleurs cadrent tout à fait bien avec le propos.

  "Qui triomphera ? La médecine de Vésale, les textes d'Aristote, l'imprimerie de Gutenberg... ou les bûchers des obscurantistes, nul ne le sait." [p. 3]

Merci à PriceMinister pour ce partenariat organisé dans le cadre de l'opération "La BD fait son festival".

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14:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

20/04/2017

Le vertige des falaises, Gilles Paris

Présentation. Sur une île sauvage et désertée, Marnie, adolescente effrontée et fragile, vit au-dessus des falaises au cœur d’une imposante maison de verre de d’acier avec sa mère Rose et sa grand-mère Olivia, qui règne sur la famille et sur l’île toute entière. Des plaines aux herbes hautes, des sentiers au bord de mer, la nature se révèle aussi cruelle que les mystères trop longtemps ensevelis. Et si une seule personne détenait tous les secrets de cette famille et s’en libérait enfin ?

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Mon avis. Mystère est le maître-mot de ce roman où la nature s'assure une place de choix...

L'histoire se déroule au fil des sentes sauvages et escarpées de l'Ïle, "personnage" principal du récit qui façonne en quelque sorte ses habitants et particulièrement les personnages féminins : Marnie, une étrange adolescente dévouée à Rose, sa maman rattrapée par la maladie, et Olivia, sa grand-mère, personnalité hors du commun.

  "On remonte lentement l'allée du cimetière, la maison des morts avec toutes ces tombes grisâtres où ont été ensevelis des hommes, des femmes et des enfants que je n'ai pas connus et pour lesquels je ne ressens absolument rien. Tout comme avec grand-père et papa. J'ai mes raisons. Olivia s'appuie sur mon épaule et fait peser son grand âge. En un an elle a perdu un mari et un fils. Je serais presque heureuse de rentrer à la maison si maman n'était pas si malade. On n'a pas besoin des hommes. Ils n'apportent que du malheur." [p. 10]

 

Toutes trois vivent dans une immense maison de verre et d'acier battue par les vents, œuvre renommée du défunt mari d'Olivia.

  "Et pourtant, si l'Île avait su le sort réservé aux femmes à Glass, jamais ils n'auraient jugé aussi facilement ce clan. Personne, sur cette Île, ne peut envier le sort de Rose et d'Olivia de Mortemer." [p. 45]

 

Les chapitres adoptent le point de vue d'un des personnages apparaissant, à un moment ou un autre, dans le récit ; outre Olivia, c'est Marnie qui occupe le plus souvent le devant de la scène haut de la falaise, décortiquant les faits et gestes de tout un chacun, avec le regard parfois cynique de l'adolescent. Les héroïnes ont connu/connaissent en effet leur lot de souffrances et se jettent à corps/cœur perdu dans la bataille face à l'adversité, quelque forme que prenne celle-ci...

Merci à Gilles Paris et aux éditions Plon pour ce partenariat.

19:02 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

11/04/2017

Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro

Présentation. Deux ans avant l'édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s'oppose à Henri IV, l'ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi.

À la Roue de Fortune se croisent des passés que l'on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s'essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.

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Mon avis. Une bien belle découverte qui m'a cependant laissée quelque peu sur ma faim.

Ce récit a attiré mon attention car il allie deux ingrédients que j'apprécie : l'Histoire et la Fantasy.

La première partie plante le décor : une auberge, À la Roue de Fortune, autour de laquelle gravitent, d'une manière ou d'une autre, divers personnages.

Il y a Axelle et Gilles, anciens mercenaires, tenanciers de l'établissement, et si Gilles s'est habitué sans trop de difficulté à sa nouvelle vie, ce n'est pas vraiment le cas d'Axelle, prompte à saisir l'arme accrochée à sa ceinture... qui a pourtant migré maintenant vers d'autres horizons.

Ensuite Gabriel, chevalier sur le retour qui s'est installé depuis quelques années déjà dans l'auberge ; rongé par un lourd secret, il semble attendre la fin, celle qui le délivrera de ses tourments.

Une femme d'un âge certain, Victoire, dirigeante de la guilde des assassins, a trouvé elle aussi temporairement le chemin de la taverne.

En outre un couple mystérieux, Armand et Roland, se retrouve à Marseille avec l'espoir de quitter au plus vite la France : ils sont en fuite ; ce sont eux qui apportent la touche de Fantasy au roman : ils sont Artbonniers et en tant que tels, manient une magie dangereuse, tant pour les autres que pour eux.

Enfin, la cité elle-même, venteuse, occupe une place prépondérante dans le roman.

  "La bataille prochaine qui occupe mon esprit pendant le retour me fait oublier un instant tout le reste. J'arrive au port, face à la mer. Elle est soulevée par le vent qui souffle toujours aussi fort. Je reste quelques minutes à observer les vagues à l'horizon, serein." [p. 57]

 

Chacun jouera un rôle dans ce qui se prépare à Marseille : le roi Henri IV a décidé de reprendre la cité phocéenne au consul qui s'est séparé du royaume.

La deuxième partie part tous azimuts en évoquant, par bribes, certains éléments du passé des protagonistes ; la mise en place des pièces de cet immense puzzle est assez déconcertante, d'autant que la chronologie est oubliée, mais on finit par s'y faire.

Enfin, la troisième partie donne aux personnages leur pleine mesure : ceux-ci puisent au tréfonds de leur colère la force d'agir, les révélant aux autres et parfois à eux-mêmes.

J'ai beaucoup aimé les personnalités dépeintes dans cette h(H)istoire mâtinée de Fantasy ; si je suis restée sur ma faim, c'est parce que le roman est court et j'aurais tellement aimé cheminer plus longuement aux côtés de ces héros de papier.

Du coup, j'ai prolongé quelque peu le plaisir avec Le vert est éternel, une nouvelle qui se déroule dans le même univers.

Un grand merci aux éditions J'ai lu pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "de la Licorne - 3" et "Littérature de l'imaginaire" (11/24).

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20:25 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

Concours Nous rêvions juste de liberté, Henri Lœvenbruck

Vous avez pu lire que j'ai beaucoup (beaucoup) aimé Nous rêvions juste de liberté, d'Henri Lœvenbruck sorti il y a peu chez J'ai Lu.

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Les éditions J'ai Lu me permettent de vous faire gagner trois exemplaires du roman : un grand merci à elles !

Comment procéder ? Il vous suffit de m'envoyer un courriel via l'adresse de contact renseignée dans la colonne de gauche de cette page ; vous y indiquerez vos coordonnées postales et compléterez la phrase suivante : "je rêvais juste de..." ou "je rêve juste de...".

Date limite des envois : le 30 avril 2017 à 23h59 ; le tirage au sort sera effectué le 1er mai et les résultats indiqués sur cette page (prénom et première lettre du nom).

Le concours est ouvert à la Belgique et la France.

Si d'aventure un livre devait se perdre sur le chemin de votre BAL, nul ne pourrait en être tenu pour responsable.

 

Le tirage au sort a désigné Aurélie B. (F) ; Florence S. (B) et Manon L. (F).  Je communique dès demain vos coordonnées à J'ai Lu pour l'envoi du livre ; un grand merci à tous pour votre participation.

11:26 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (7) |

09/04/2017

Nous rêvions juste de liberté, Henri Lœvenbruck

Présentation. "Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté."

Ce rêve, la bande d'Hugo va l'exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l'indépendance et l'amitié règnent en maîtres. Ensemble, ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher.

Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d'être à la fois un roman initiatique, une fable sur l'amitié en même temps que le récit d'une aventure. Avec ce livre d'un nouveau genre, Henri Lœvenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road-movie fraternel et exalté.

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Mon avis. Plongez dans ce roman, le temps d'une belle bal(l)ade...

Le récit commence alors que le narrateur est au tribunal : il tente de raconter au juge chargé de l'affaire les années qui l'ont conduit jusque-là.

  ""Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté."

   Voilà, au mot près, la seule phrase que j'ai été foutu de prononcer devant le juge, quand ça a été mon tour de parler. Je m'en faisais une belle image, moi, de la liberté. Un truc sacré, presque, un truc dont on fait des statues. J'ai pensé que ça lui parlerait." [p. 13]

 

Ce narrateur, c’est Hugo, « né à Providence au sein d’une famille de type vachement modeste » [p. 14] qui survit, tant que faire se peut, depuis la mort accidentelle de Véra, la petite sœur d’Hugo dont l’absence occupe toute la place.

Hugo a seize ans et derrière lui ce que l’on a coutume d’appeler pudiquement un parcours pas facile :

  « Après m’être fait renvoyer du lycée public en plein milieu d’année – parce que je parlais beaucoup avec mes mains dans la gueule de mes camarades -, mes parents, désespérés, avaient vidé l’épargne de toute une vie pour m’inscrire de force dans le lycée privé de Providence, celui avec de bons petits chrétiens dedans." [p. 17]

Hugo ignore encore que l'entrée dans ce lycée façonnera sa vie à tout jamais ; il y rencontre l'Amitié, avec une (trois) majuscule(s) : Freddy, Oscar, alias le Chinois, et Alex, la Fouine, "pas bien grand, plutôt chétif tendance malade." [p. 29]

 

Hugo trouve ses marques et intègre rapidement la "bande à Freddy" : le quatuor s'amuse à "emmerder son monde" plus souvent qu'à son tour ; les rappels à l'ordre et convocations dans le bureau du directeur s'enchaînent, mais rien n'adoucit l'ardeur des membres du groupe. C'est qu'ils ont à cœur de rester fidèles à la réputation qui leur colle déjà à la peau : bagarres, cuites, "séances de fumette" s'enchaînent allègrement... Leur point de ralliement : la roulotte, située à côté de la maison familiale, dans laquelle loge Hugo, bientôt surnommé Bohem.

Si Bohem s'entend bien avec le trio, son "frère", c'est Freddy avec qui il noue une amitié solide, profonde, renforcée par leur passion commune : la moto. Le père de Freddy, garagiste, leur permettra de construire leurs bécanes, celles qui leur donneront un avant-goût de liberté.

 

J'ai beaucoup aimé suivre les (més)aventures du groupe et la chevauchée sauvage qui s'en est suivie et cela, malgré leur comportement car, impossible de se leurrer : ce ne sont pas des enfants de chœur, même s'ils sont des enfants du cœur. Ils découvriront bien vite que le monde des Motorcycle Clubs est régi par des règles et qu'ils ont intérêt à les respecter. La route sera aussi le lieu de rencontres, (très) belles ou (nettement) moins belles...

Ce récit est avant tout celui de l'Amitié, celle qui unit les protagonistes comme les doigts de la main, celle qui les pousse toujours plus loin dans leur quête éperdue de cette liberté qui les nargue, celle qui perdure, au-delà des "grains de sable" susceptibles d'enrayer la mécanique. Celle qui doit perdurer, coûte que coûte. Ou ?

  "Lobo m'a montré les photos de ses frères affichées sur le mur, et il m'a dit :

   - Il y a un proverbe qui dit : "Que Dieu me protège de mes amis ; mes ennemis, je m'en charge."

   - Je ne crois pas en Dieu.

   - Alors protège-toi tout seul de tes amis.

   - Le jour où j'aurais besoin de me protéger d'eux, c'est qu'ils n'en seraient plus.

  - C'est pas faux. Mais ce jour arrivera plus vite que tu le penses.

Ce jour-là, je mourrai, Lobo. Sans mes amis, je suis rien. Je pourrais crever, j'en aurais rien à foutre." [p. 298]

 

Le texte se lit aisément, il s'écoule au fil des kilomètres avalés cheveux au vent, il heurte, il choque ; il éblouit, il émeut aussi. Profondément. Au point que le regard se trouble et que les larmes finissent par rouler (elles aussi) lorsque s'inscrivent les dernières pages...

Il est des personnages qui marquent le lecteur de manière indélébile ; Bohem est de ceux-là, tout comme l'a été en son temps Marianne dans Meurtres pour rédemption, de Karin Giébel. Peut-être ces deux héros de papier font-ils ensemble un bout de chemin, ailleurs, là où le rêve s'immisce dans la réalité... Peut-être...

Un grand merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

11:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

04/04/2017

Passenger, Alexandra Bracken

Présentation. Soudain propulsée dans un couloir du temps, Etta, adolescente de 17 ans qui vit à New York, se retrouve sur un navire négrier en plein Atlantique au XVIIIe siècle. Cet événement marque le début d’une quête en plusieurs lieux et époques lui apprenant la vérité sur sa famille. Faute de retrouver un astrolabe, le futur de la jeune fille n’existera plus et le monde tel qu’elle le connaît sera bouleversé à jamais.

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Mon avis. Je n'ai pas été conquise par ce roman, mais je pense qu'il devrait plaire aux adolescents.

Après le prologue relatant un épisode qui trouvera sa résonance dans l'ensemble du récit, focus sur notre époque : Etta, une adolescente de 17 ans, s'apprête à entrer sur scène. Elle a jusque-là consacré sa vie au violon, avec l'indéfectible soutien d'Alice, son professeur qui lui a, depuis bon nombre d'années, apporté l'amour qu'elle n'a pas reçu de sa mère.

Survient alors un événement tout à fait inattendu : tandis qu'elle "stresse" en attendant sa prestation, elle se retrouve catapultée sur un navire voguant sur l'Atlantique en plein XVIIIe siècle. Etta apprend qu'elle appartient à une des grandes familles de voyageurs, hors norme s'il en est, puisqu'ils sont capables de passer d'une époque/d'un lieu à un(e) autre, en un claquement de doigt, ou presque. Le souci, c'est qu'Etta n'a jamais été initiée par sa mère : elle doit tout apprendre et tâcher de survivre, ce qui n'est pas une mince affaire.

Le récit - à la superbe couverture - se lit aisément mais je dois avouer que le destin des deux adolescents - Etta et Nicholas, lui-même voyageur issu d'une autre époque, "accessoirement" fils d'esclave, et petit-fils du Maître suprême des voyageurs, soumis bien malgré lui à son grand-père - m'a laissée indifférente. En outre, les règles liées à ces périples temporels s'avèrent parfois pour le moins confuses.

Bref, nul regret d'avoir lu ce roman, mais je m'arrêterai là.

Traduction : Leslie Damant-Jeandel.

Titre VO : Passenger (2016).

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (16/20) ; "Littérature de l'imaginaire" (10/24) ; "Comme à l'école" (thème de l'eau et lettre "P").

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18:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

03/04/2017

OH ! Un livre qui fait des sons, Hervé Tullet

Présentation. C'est un livre sonore : tu poses ton doigt sur la page et... c'est toi qui fais les sons !

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Mon avis. Un chouette livre qui, partant des "ronds colorés" chers à Hervé Tullet, fait la part belle aux sons... produits par l'enfant lui-même.

Les pages se focalisent dans un premier temps sur une couleur en particulier : d'abord le bleu (OH !), ensuite le rouge (AH !), enfin le jaune (WHAOU !). L'enfant est invité à poser son doigt sur le rond coloré et à prononcer le son qui y est associé ; attention cependant : plus le rond est grand, plus le son doit être fort. S'ajoute ensuite une contrainte supplémentaire : selon l'espacement des ronds, les sons produits doivent s'enchaîner rapidement ou, au contraire, plus lentement.

La voix se module ainsi en fonction de la couleur du rond, de sa grosseur et des associations proposées. Surprise : à la fin, d'autres couleurs s'immiscent dans le jeu et invitent l'enfant à produire de nouveaux sons.

Beaucoup de (sou)rire en perspective car il s'agit de ne pas s'emmêler les pinceaux !

Testé et approuvé.

Merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

17:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

26/03/2017

De sinistre mémoire, Jacques Saussey

Présentation. Deux jeunes trouvent la mort à Paris, victimes d'un tueur qui leur injecte de l'héroïne pure. Deux SDF subissent également un sort funeste dans les sous-sols de la gare de Lyon. La copie d'une lettre codée ancienne va parvenir à la police, et la mettre sur la trace d'une vieille histoire qui trouve sa source en Bretagne, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le capitaine Daniel Magne et la jeune APJ Lisa Heslin vont tâcher de remonter dans le temps pour démêler l'affaire... mais celui qu'ils traquent est-il le vrai coupable, ou également une victime ?

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Mon avis. Un récit prenant qui mêle passé et présent...

J'ai retrouvé avec grand plaisir Daniel Magne et son équipe de nouveau au complet puisque Lisa est de retour après le "break" indispensable, conséquence de ce qu'elle a vécu dans Colère noire.

Le point de départ de cette enquête difficile, c'est la mort de deux jeunes par injection d'héroïne ; si le premier cas pouvait laisser supposer une overdose, le deuxième ne laisse aucune place au doute. Bien vite, les témoins susceptibles de renseigner la Police se retrouvent en danger.

C'est grâce à une lettre anonyme que le capitaine Magne va tâcher de grappiller des informations susceptibles de l'aider dans ses recherches, mais la partie est loin d'être gagnée car il s'avère que la piste principale semble se scinder en deux embranchements qu'il faut suivre sans savoir ce qui véritablement les relie.

J'ai apprécié les multiples ramifications de cette enquête, ainsi que la dimension historique qui traverse le récit ; j'ai aimé le pas de deux entamé par Magne et Heslin, tout comme les questions suscitées par l'idée d'une vengeance qui transcende les époques et rend (presque) sympathique l'exécuteur. Car tout n'est jamais blanc ou noir...

  "Il était le suivant sur la liste...

   Le jeune homme se leva enfin, les jambes molles. Il laissa un peu de monnaie sur la table et sortit de la brasserie en silence. Personne ne fit attention à lui. Avant de quitter le quartier, il avait une dernière chose à faire, et il ne devait pas perdre de temps, s'il voulait garder une chance de rester en vie." [p. 50]

Merci à Gilles Paris et French Pulp éditions pour ce partenariat.

 

Ce titre entre comme lecture supplémentaire dans le challenge de La Licorne 3.

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21:24 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

19/03/2017

Les chroniques de Nadia Tesla, tome 1 : Le garçon qui venait du réacteur 4, Orest Stelmach

Présentation. Nadia ne garde pas de souvenirs heureux de son père. Homme solitaire et colérique, il a trouvé la mort lorsqu’elle n’avait que treize ans, laissant son passé enveloppé de mystère.

Lorsqu’un étranger prétend avoir connu son père durant sa jeunesse en Europe de l’Est, Nadia accepte de le rencontrer, et assiste à son exécution en pleine rue. Dans son dernier souffle, il lui révèle un indice incompréhensible, un indice qui envoie Nadia dans une chasse au trésor entre New York et l’Ukraine, terre de ses ancêtres.

Elle y rencontrera un allié improbable : Adam, jeune prodige de hockey sur glace qui s’entraîne sur les bassins de refroidissement gelés de Tchernobyl. Traumatisé physiquement et psychologiquement par les radiations, Adam cache un secret qui pourrait changer le cours du monde… à condition que Nadia le protège assez longtemps.

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Mon avis. Du bon... et du moins bon.

Après un prologue dont on comprendra par la suite les tenants et les aboutissants, le lecteur entre dans l'histoire dès les premières pages et se retrouve ainsi catapulté aux côtés de Nadia Tesla, une jeune femme qui a perdu son emploi (fort bien rémunéré) dans la finance et tente de retrouver du travail. Sans succès.

Elle a été contactée par un homme qui dit avoir connu son père, un père avec lequel les relations ont été pour le moins tendues ; elle n'a pourtant pas le temps d'en apprendre davantage : le "mystérieux informateur" est abattu dès leur rencontre.

Moteur. Action. Course-poursuite - renforcée par la brièveté des chapitres - sans temps mort, par ailleurs digne d'un film. Mais non sans morts. Car Nadia a à peine le temps de se rendre compte qu'elle a mis le doigt dans un dangereux engrenage qu'elle devient une cible majeure pour bon nombre de poursuivants. Commence alors pour la jeune femme un long périple qui l'emmènera en Ukraine, sur les traces paternelles.

Le lecteur ne s'ennuie jamais durant cette lecture dont l'action est le maître-mot : les événements s'enchaînent habilement et de manière extrêmement rapide. Parfois un peu trop rapidement car les informations déboulent à toute vitesse et par moments, on a à peine le temps de les "digérer" que Nadia a déjà poursuivi sa route. [Spontanément, me revient en mémoire le film Lola rennt, de Tom Tykwer, avec Franka Potente] Je pense entre autres à une des scènes majeures de la fin du récit, expédiée en deux coups de cuiller à pot, à tel point que je l'ai relue pour être sûre de n'avoir rien loupé.

Côté personnages, Nadia a indéniablement de la personnalité, même si l'on peut légitimement se demander comment il est possible qu'elle réussisse à réagir comme elle le fait alors que rien ne la prédisposait à avoir autant de ressources. Je retiens également Victor, un des mafieux ukrainiens qui réussit l'exploit de ne pas se rendre foncièrement antipathique.

J'en arrive maintenant au gros point négatif : la traduction. Je me suis toujours demandé comment il était possible de repérer des "soucis de traduction" sans avoir lu le récit dans sa version originale. C'est désormais chose faite : à de multiples reprises, je me suis surprise à froncer les sourcils face à une tournure de phrase bizarre ou un verbe dont le sens était compréhensible par rapport à l'ensemble, mais qui jamais ne serait employé tel quel en français, à l'instar d'une traduction littérale. Et ce phénomène apparaît tout au long du roman, comme si le français n'était pas la langue maternelle du traducteur. Difficile dès lors de ne pas tiquer au fil de cette lecture.

Un avis mitigé donc pour ce roman...

Traduction : Martin Rouillard, révisé par Audrey Favre.

Titre VO (2013) : The boy from reactor 4.

Merci à Livraddict et aux éditions Smart Cat pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Comme à l'école" (lettre "c" pour le mode 1 de cette session).

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16:10 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

17/03/2017

Grosse folie, Raphaële Frier

Présentation.

Elle

Mon souci à moi, c'est une masse de graisse. Presque vingt kilos de chair en trop, des pneus autour du ventre, des fesses qui débordent des chaises, des troncs à la place des jambes, des doigts comme des boudins apéritif, un visage rond comme la lune...

Lui

Ma mère, elle a déjà fait son deuil du fils idéal. Le "populaire", le beau gosse qui en impose, le sportif dynamique qui sent le gel douche quand il part au lycée. Le jeune qui sort en boîte et emballe les filles sans se poser de questions. 

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Mon avis. Décidément, les belles découvertes s'enchaînent...

Focus sur deux personnages extrêmement attachants : Chloé et Quentin, chacun "en décalage par rapport à la norme" (la norme, késako ?).

Chloé est ce que l'on nomme grac(ss)ieusement une personne en surpoids ; elle a des rêves d'adolescente mais (tâche de) se convainc(re) que les relations amoureuses, ce n'est décidément pas pour elle.

Quentin, quant à lui, vit la plupart du temps dans une espèce de bulle, limitant les interactions avec les autres au strict minimum, y compris (surtout) avec ses parents qui n'ont de considération que pour son frère aîné qui, lui, cumule toutes les "qualités", à leurs yeux du moins.

Chloé et Quentin se rencontrent dans un club de vacances, ou plus exactement Quentin "flashe" sur Chloé, d'emblée fasciné par la jeune fille ; oh bien sûr, il a bien remarqué qu'elle est "plutôt grosse", mais il a surtout vu "qu'elle était jolie, en fait. Pleine de chair, ronde et blanche, comme un galet poli par la mer. Des cheveux noirs et mi-longs, des yeux malicieux, une bouche très douce qui a l'air de sourire en permanence, une bouche très gourmande. De temps en temps, elle glissait une mèche de cheveux derrière son oreille. J'ai eu envie de respirer profondément pour saisir au vol le parfum qui se dégageait de son mouvement. Parce qu'elle sentait bon en plus. C'était tellement étrange. Je me disais "Qu'est-ce que tu fous ? Elle est grosse quand même..." Mais j'étais subjugué." [p. 26]

Ni une, ni deux, il n'a de cesse de la contacter ; il réussit à le faire mais c'est sans compter sur le scepticisme (euphémisme !) de Chloé, persuadée qu'il doit se "tromper de brune". Comment imaginer qu'un garçon, normalement constitué si ça se trouve, s'intéresse à elle ?

  "- Écoute, tu te trompes forcément de brune. Y a un truc sur moi que t'as pas dit, un truc qui saute aux yeux et qui prouve que tu ne parles pas de moi.

   Il rétorque qu'il est désolé de ne pas avoir précisé dès le début que j'étais jolie.

  - La preuve que tu fais fausse route, je suis pas jolie.

  - Je trouve que si...

   Je pose le combiné. Je ne sais pas, j'ai peur, je ne comprends rien. On ne m'a encore jamais fait cette blague. Je suis certaine que Quentin n'a pas fait erreur et qu'il a trouvé un moyen de se marrer, qu'il se fout de moi. Ou bien... je me surprends à faire l'inventaire des jeunes gros du village de vacances. Il doit faire partie du lot. Il cherche peut-être simplement à se mettre une fille sous la dent et avec son physique, il n'espère pas mieux que moi... Qui se ressemble s'assemble ! Au secours ! Je peste contre mon père qui a descendu le dernier paquet de gâteaux. Il me faudrait le rayon biscuits d'un supermarché à moi toute seule pour me calmer, là." [p. 33 - 34]

 

Un troisième "personnage" occupe une place prépondérante dans le récit : le regard des autres. Un regard qui tue encore plus sûrement que le manque de confiance en soi ; un regard qui scrute ; un regard qui analyse ; un regard condescendant ; un regard qui parfois s'apitoie ; un regard qui ne se contente jamais de lire le bonheur du jeune couple en train de s'apprivoiser...

Chloé et Quentin réussiront-ils à passer outre ce regard ?

La plume de Raphaële Frier, que j'ai découverte avec Mauvais fils - lu en classe l'an dernier - relate avec brio cette histoire, réussissant à dépeindre la souffrance qui transparaît de part et d'autre.

"Pour vivre heureux, vivons cachés" ?

 

Un grand merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat ; de nouveau un roman de la collection Ego à (faire) lire...

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (15/20).

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16:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/03/2017

La voie des Oracles, I : Thya, Estelle Faye

Présentation. Thya est la fille de Gnaeus Sertor, général romain et héros de l'Empire. Mais Thya est aussi une Oracle, peut-être la dernière élue capable de démêler les fils de l'avenir. Elle est donc contrainte de se cacher en Gaule, au fin fond de la forêt d'Aquitania car, à Rome, comme partout ailleurs dans l'Empire, les chrétiens règnent en maîtres et font impitoyablement la chasse aux adorateurs des dieux anciens. Mais lorsque son père est laissé pour mort par des Pictes, Thya n'a plus d'autre solution que de fuir vers le nord pour suivre une étrange vision dans laquelle son père est toujours en vie. 

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Mon avis. Après quelques "déceptions livresques", la tendance semble s'inverser depuis quelques semaines : j'ai passé un très bon moment en compagnie de Thya et ses compagnons...

C'est un destin hors norme que celui de l'adolescente : fille de Gnaeus Sertor, héros de l'Empire, elle vit désormais en Gaule, là où le secret de sa "nature particulière" risque d'être davantage occulté qu'à Rome. Thya est en effet une Oracle et ne peut s'adonner librement à son art dans un pays où les croyances anciennes sont ardemment combattues par les chrétiens.

L'existence de Thya bascule lorsque son père rentre mourant au domaine, suite à une attaque des Pictes. La jeune fille décide de fuir : ses visions lui ont suggéré une destination, la forteresse de Brog où son père s'est jadis brillamment illustré, et lui ont donné à voir son père vivant ; elle veut donc absolument s'y rendre afin de trouver un quelconque moyen de lui venir en aide. En outre, elle sait qu'elle risque désormais sa vie si elle demeure chez elle : Aedon, son frère, être fourbe s'il en est, n'aura de cesse de l'éliminer.

La voilà sur les routes, poursuivie sans relâche par les sbires d'Aedon, tâchant de rallier Brog, tout en essayant de comprendre le sens de ses visions nébuleuses... Elle croise (heureusement) bien vite le chemin d'Enoch, jeune (séduisant, agaçant) parfumeur, et de Mettius, soldat à la retraite devenu éleveur de porcs. Ce qu'elle ignore, c'est que bien des yeux non humains sont braqués sur elle...

  "La forêt veillait sur elle, elle n'aurait su dire comment ou pourquoi, mais elle en était certaine, au fond de son cœur. Une ou deux fois, elle tourna à demi la tête, de manière très discrète, comme pour apercevoir un esprit ou un ami dans le sous-bois. Elle ne vit rien, bien sûr. Mais elle entendait la forêt vivre autour d'elle, les appels des oiseaux nocturnes, les froissements des mulots sous les herbes, les crapauds coassant près des trous d'eau... Son instinct lui soufflait que tant que les bois bruisseraient, cela signifierait que tout allait bien." [p. 43]

 

J'ai beaucoup aimé suivre le cheminement personnel de la jeune fille, héroïne au caractère affirmé, contrainte de faire face à son destin ; j'ai apprécié Enoch et Mettius, tous deux attachants malgré leur "côté obscur". Chacun des héros a en effet des choses à se reprocher et les certitudes de la veille se lézardent  avant de voler en éclats.

Je me suis immergée avec grand plaisir dans cette Gaule du Ve siècle où les croyances s'affrontent : l'atmosphère, les lieux, les odeurs, prennent vie sous la plume "à la sauce antique" de l'auteure qui, visiblement, s'est abondamment documentée.

  l'approche de la Via Aquitania, Thya ressentit un frisson d'excitation, malgré les menaces qui planaient au-dessus d'elle. Enfin, elle allait voir, mieux, elle allait voyager sur une de ces Voies Romaines qu'elle suivait du doigt sur des cartes, depuis qu'elle était enfant. Ces routes qui irriguaient l'Empire, qui avaient conduit les légions de son père presque jusqu'aux confins du monde... Inconsciemment, elle se tendait en avant, tirait sur son cou pour mieux voir. Déjà elle imaginait les soldats défilant sur les larges pavés gris, le métal des casques et des cottes de mailles étincelant sous le soleil, leur éclat répondant au rouge vif des tuniques, aux blasons dorés des étendards... Tandis que, de loin en loin, des bornes leugaires, des cylindres de pierre plus hauts qu'un homme, rappelaient les noms d'anciens empereurs, Octave Auguste, Caius Tetricus, ou des consuls ayant consolidé la route, Mummius Tuscus, Quintus Clodius... Ça, et la distance qu'il restait à parcourir jusqu'aux prochaines villes. Oui, Thya rêvait tout éveillée. Et puis les arbres s'écartèrent, la Via Aquitania apparut. Enoch fit ralentir le cheval. Le visage de Thya s'assombrit, comme celui d'une petite fille déçue, qui voit sans comprendre un jour de soleil se changer en pluie.

   La Via Aquitania était encore passante, en cette fin d'après-midi. Mais la chaussée avait perdu sa splendeur d'antan. L'entretien des pavés plusieurs fois centenaires avait été abandonné depuis longtemps. Le ruderatio, le revêtement de dalles, était parcouru de larges fissures, et des herbes folles y croissaient, vivaces, résistant au piétinement des voyageurs. Les lichens et le lierre effaçaient les noms sur les bornes, dont certaines, descellées, penchaient bizarrement vers le sol. Et les voyageurs eux-mêmes n'avaient que peu en commun avec ceux que décrivaient les grands poètes latins. Le monde entier convergeait vers cette route, certes, mais un monde qui, désormais, n'avait plus grand-chose de romain. C'était une foule hétéroclite où se mêlaient les étoffes barbares, de lin rugueux ou de grosse laine, quelques moutons, des chariots où s'entassaient les tonneaux de vin miellé." [p. 73 - 74]

 

J'ai savouré la fantasy alliée à l'Histoire : elle apparaît à travers les créatures surnaturelles qui tentent de survivre dans cette époque troubl(é)e, bien décidées à venir en aide à l'adolescente en qui elles reconnaissent une des leurs. Mention particulière pour le Faune et le facétieux Sylvain...

  "L'être qui se balançait sur le rebord du banc, c'était... c'était très différent. Il s'agissait d'une créature haute comme deux fois sa main, dont le peau ressemblait à l'écorce d'un arbre, et qui portait deux petites cornes plantées au milieu du front." [p. 310]

 

Je lirai bien volontiers la suite. Pour rappel, Estelle Faye est à l'honneur durant ce mois sur Book en Stock, c'est le moment d'aller l'y découvrir ; elle sera présente au Festival Trolls et Légendes, à Mons, le WE de Pâques.

Un grand merci à Book en Stock pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (14/20), "Un genre par mois" (historique pour mars - genre auquel appartient aussi ce récit -), "de la Licorne 3" et "Littérature de l'imaginaire" (9/24).

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14:38 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

07/03/2017

La carotte et le bâton, Delphine Pessin

Présentation.

Toute la semaine, j'ai gardé la sensation désagréable d'être épiée.

Qu'est-ce qu'ils mijotaient tous ?

Le vendredi, Johnny s'exclama suffisamment fort pour que je l'entende :

- Tu sais que les rousses sentent mauvais ?

J'ai rougi d'un coup.

- Carotte ! triompha-t-il.

Cette fois, le doute n'était plus possible. J'étais au centre de quelque chose qui m'échappait.

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Mon avis. Un excellent récit à faire lire aux adolescents. Absolument.

C'est la rentrée scolaire pour Émilie : "nouvelle sœur, nouvelle ville, nouveau collège, nouveaux profs, nouvelle classe, nouveaux amis." [p. 7].

L'appréhension lui noue l'estomac. Elle aimerait tant se fondre dans la masse, mais elle sait déjà que cela risque d'être difficile ; elle attire en effet inévitablement les regards car elle est rousse : "Pas blond vénitien, j'aurais préféré, ni même auburn, ce qui aurait été un moindre mal. Ils sont roux, d'un roux flamboyant. Orange, il faut bien appeler un chat un chat. Mes sourcils sont roux aussi et mon nez est parsemé de taches de rousseur. Je n'ai pas tiré les meilleures cartes, c'est sûr..." [p. 8].

Heureusement, elle a rencontré par hasard Cloé qui étudie dans le même établissement et mieux, dans la même classe. Les choses semblent donc se présenter "moins mal que prévu". C'est sans compter sur Barbara, alias Barbie, la peste qui cumule toutes les "qualités", extérieurement s'entend :

  "J'ai découvert, devant moi, en montant dans notre salle, une fille élancée. Alors même que je ne voyais d'elle que son dos, je n'avais pas besoin de demander la raison de son surnom. Moulée dans un short si court que ma mère en aurait eu une syncope, ses jambes semblaient interminables. Ses cheveux lisses arrivaient jusqu'à sa taille. Blonds, évidemment. Elle avançait, légère, gracieuse, indifférente à la bruine qui me transperçait les os." [p. 14 - 15]

 

Commence alors pour Émilie une véritable descente aux Enfers : tous les élèves, ou presque, calquent leur comportement sur celui de Barbie. Brimades, humiliations, coups, se succèdent à qui mieux mieux et si Cloé ne l'abandonne pas à son sort, elle prend ses distances pour ménager la chèvre et le chou, désireuse de ne pas devenir elle-même un souffre-douleur...

Le lecteur suit, totalement impuissant, les vexations subies par Émilie, se demandant si cette spirale infernale va se briser un jour, ressentant douloureusement la pression qui pèse sur les épaules de l'adolescente qui n'est désormais plus que souffrance, s'étiole, passe de plus en plus de temps dans les toilettes ou au CDI pour se ménager quelques rares moments de respiration. La tension monte. Inexorablement. Et trouve sa pleine mesure avec un "divertissement" baptisé La carotte et le bâton.

  "Je n'imaginais pas que ce n'était que le début. J'ai passé le reste de la récréation dans les toilettes, à enlever le fromage qui engluait mes cheveux." [p. 83]

  "Aujourd'hui, je me sentais aussi vulnérable que ce chaton. Rejetée comme une erreur de la nature." [p. 100]

Parution le 16 mars 2017.

 

Un grand merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat ; je rajoute d'ores et déjà ce titre sur les listes de propositions de lecture pour mes élèves.

Ce livre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (13/20).

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16:30 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

05/03/2017

Blue gold, Elizabeth Stewart

Présentation.

AMÉRIQUE

Fiona vit à Vancouver. Après une fête arrosée, elle envoie à son petit ami un selfie dénudé qu’elle pourrait bientôt regretter… car là où le téléphone portable est roi, les lois de la réputation sont impitoyables.

AFRIQUE

Sylvie a fui le Congo avec sa famille. Son père a été tué dans le conflit autour du coltan, le minerai qui sert à la fabrication des téléphones portables. Dans un camp en Tanzanie, l’avenir des siens repose désormais sur ses épaules : doit-elle se marier ? Ou tenter de fuir ?

CHINE

Laiping débarque dans la grande ville de Shenzhen. Venue de la campagne, elle rêve de travailler dans une usine de fabrication de téléphones. Mais la réalité est tout autre : le travail est épuisant, et Laiping va vite apprendre qu’il vaut mieux ne pas protester…

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Mon avis. Un récit à (faire) découvrir...

Trois voix/voies : celle de Fiona, 16 ans, qui vit à Vancouver et a des préoccupations de son âge, à savoir les amis, les sorties, l'argent de poche... Au cours d'une soirée (beaucoup) trop arrosée, elle cède à son copain du moment qui lui demande de lui envoyer une photo sexy. Lorsqu'elle recouvre ses esprits, elle commence à se demander si le selfie ne risque pas d'être vu par d'autres destinataires...

 

Sylvie est la deuxième narratrice : âgée de 15 ans, elle a fui le Congo en compagnie de sa maman et de ses frères et sœur ; la famille est désormais parquée dans un camp de réfugiés en Tanzanie. Depuis que sa maman est de plus en plus souvent "dans un mauvais jour, un de ceux où son esprit n'était qu'à moitié avec eux, dans le présent" [p. 22], Sylvie fait office de chef de famille, s'occupant de tous, tracassée par le mauvais coton filé par son frère Olivier. Elle échappe à son triste sort lorsqu'elle donne des cours aux petits, leur professeur officiel d'un des "établissements scolaires" du camp faisant trop d'erreurs, ou encore quand elle gagne quelque argent en travaillant à la clinique de la Zone 3 auprès de Mélissa Pierre, docteur canadien.

  "Jamais elle n'oublierait l'arrogance de ces soldats qui avaient fait irruption dans leur village comme s'ils possédaient tout, même les gens. Elle était écœurée de la reconnaître chez son propre frère." [p. 49]

 

Laiping complète le trio : la jeune fille a quitté ses parents afin de travailler à Shenzhen, troisième ville de Chine, où l'attend sa cousine Min, ouvrière dans l'immense complexe constitué d'usines plus "performantes" les unes que les autres. Elle passe sa première nuit sur une couchette qu'elle partage avec Min, dans un dortoir où des lits superposés garnissent les murs "du sol au plafond sur trois niveaux." [p. 36] Laiping est loin de se douter qu'elle a mis le doigt dans un engrenage dont les maitres-mots sont productivité et délation.

  "Encore une heure, et elle pourrait rentrer au dortoir et dormir. Carte de circuit - condensateur - fil à souder - condensateur - fil à souder ; carte de circuit - condensateur - fil à souder - condensateur - fil à souder. Il lui semblait que son corps avait épousé ce rythme, plus naturel que les battements de son cœur." [p. 163]

 

A l'intersection de ces trois destins, blue gold, l'or bleu, le coltan, composant indispensable - extrait des mines congolaises - des téléphones portables qui est à l'origine d'un nombre incalculable de victimes, un génocide où "le viol systématique des femmes, des enfants et des hommes est utilisé comme arme de guerre" [p. 371]. Laiping incarne l'une des ouvrières exploitées par les multinationales dont l'objectif est de produire un maximum à moindre coût, bafouant en toute impunité les droits des travailleurs. Fiona, plus réfléchie que ce que les apparences pouvaient le suggérer à première vue, représente le consommateur à l'autre bout de la chaîne.

Le récit alterne les trois points de vue, même si celui de Fiona est nettement moins présent que celui de Sylvie et Laiping ; il donne à réfléchir sur les conditions de (sur)vie des travailleurs de l'ombre qui crèvent littéralement afin que nous, Occidentaux, disposions du superflu.

Un texte qui remet (douloureusement) les choses en perspective, tout en faisant la part belle à l'action, dans tous les sens du terme...

Traduction : Jean-Luc Defromont.

Titre VO (2014) : Blue gold.

Un grand merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (12/20).

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20:13 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

03/03/2017

L'enfant, la baleine et l'hiver, Benji Davies

Présentation. On retrouve Noé, le héros de L’Enfant et la Baleine, qui vit toujours au bord de la mer avec son papa. Mais, pour cette histoire-ci, c’est l’hiver. Un soir, une tempête empêche son papa de rentrer. Noé part à sa recherche, tout seul, dans la nuit, le froid et la neige…

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Mon avis. Un superbe album où le graphisme est au service de l'histoire et inversement.

On y retrouve le jeune héros de L'enfant et la baleine que je n'ai personnellement pas (encore) lu. Noé vit avec son papa pêcheur ; lors de sa dernière sortie en mer de la saison, ce dernier tarde à rentrer ; le petit garçon s'arme de courage pour affronter la tempête de neige et tenter de retrouver son papa...

Si le blanc et le bleu dominent (logiquement) dans cet album pour les scènes relatives à la tempête, de multiples couleurs réchauffent les pages ; les dessins sont magnifiques et les traits tout en courbes et rondeurs, à l'image de la "bonne bouille" de Noé.

Testé avec succès auprès de mes petits-enfants.

Titre VO (2016) : The Storm Whale in Winter.

Adaptation française : Mim.

 

Un grand merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

09:28 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

01/03/2017

Mars : le mois de...

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Vous disposez de 31 jours pour aller poser vos questions, aussi sérieuses, farfelues, humoristiques, saugrenues, existentielles... soient-elles, à Estelle Faye sur Book en Stock.

11:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

28/02/2017

Arena 13, tome 2 : La proie, Joseph Delaney

Présentation.

ENTREZ DANS L’ARÈNE 13

CEUX QUI S'AFFRONTENT ICI

SAVENT QUE LA MORT N'EST JAMAIS LOIN.

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Mon avis. J'ai retrouvé avec plaisir Leif, cet adolescent découvert dans le tome 1. Alors que la saison des combats est terminée, le jeune homme part sur la trace de ses racines : il se rend auprès des Genthai, peuplade à laquelle appartenait son père. Difficile pour lui de se forger une place au milieu de ces hommes fiers, courageux, âpres au combat... eux aussi confrontés au Mal. Leif se rend vite compte que, quoi qu'il entreprenne, il ne sera jamais considéré par le peuple de son père, pas plus que par celui de sa mère, comme un des leurs puisqu'il (n')est (qu')un "sang mêlé".

  "J'écarquillai les yeux. Ce que Konnit venait de me décrire m'évoquait les combats de l'Arène 13, mais dans une version de cauchemar." [p. 49]

 

L'adolescent rejoint ensuite Gindeen, heureux à l'idée de retrouver Kwin et espérant pouvoir enfin en découdre avec l'infâme Hob. Les choses sérieuses - et particulièrement dangereuses - vont commencer.

J'ai davantage apprécié ce deuxième opus où Leif "prend de la bouteille" et tente (!) de réfréner ses ardeurs afin de mettre tous les atouts de son côté dans sa lutte contre le djinn. Pourtant, un épisode m'a particulièrement déplu (euphémisme) : celui qui concerne la shatek ; j'ai très peu goûté (!) le côté grand-guignolesque de cette partie qui a quelque peu douché l'enthousiasme ressenti jusqu'alors durant cette lecture.

Côté personnages, outre Leif lui-même, je retiens particulièrement Tyron, contraint de "ménager la chèvre et le chou" ; Deinon, compagnon d'armes de Leif ; le lacre Thrym, aux facultés exceptionnelles ; la précieuse Ada ; sans oublier le mystérieux Négociant dont j'attends de découvrir "la pleine mesure".

  "Le lacre me regarda à nouveau. Son expression était troublante. Presque humaine." [p. 223]

Traduction : Sidonie Van den Dries.

Titre VO : Arena 13, The Prey.

Merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges de la Licorne (lecture supplémentaire), "Jeunesse/Young Adult" (11/20) et "Littérature de l'imaginaire" (8/24).

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17:09 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

26/02/2017

La Lune avait bu, Florence Médina

Présentation. Plus rare que la Comète de Halley et totalement imprévisible, la Lune Andrinople est un phénomène astral méconnu. Une nuit, tandis qu’il erre dans les rues, Balthazar Borek est victime des rayons particulièrement féroces de cette lune exceptionnelle.

Misanthrope, esthète joufflu, gourmet érudit, Balthazar ne vit que pour et par la bonne chère. Le reste, et en particulier ses contemporains, ne l'intéresse guère. Or, suite à l’inlunation, il devient le jouet d'événements étranges, et parfois catastrophiques, qui bouleversent l'harmonie maniaque de sa vie bien réglée, le forcent à sortir de sa coquille, l’envoient valdinguer en terres inconnues : la diététique, l'entomologie, l'amour...

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Mon avis. Un (court) récit original, loufoque ; un ovni gastronomique...

Le "héros" se nomme Balthazar, prénom peu banal s'il en est, pour un personnage unique : Balthazar vit seul, fraie le moins possible avec ses (dis)semblables et est animé par une passion dévorante (!), à savoir la gastronomie. Le gourmet se voit contraint, sous l'action facétieuse de la Lune Andrinople, de trouver l'amour dans les trois mois sous peine de subir une étrange métamorphose...

"Pour conjurer le sort de ce réveil vaseux, il se prépara un petit déjeuner princier. Brioches et confitures maison, œufs brouillés à la truffe, mini-saucisses au curry, Darjeeling en provenance directe de chez Harrods, celui-là même que la Reine Mère sirotait tous les matins, son légendaire petit doigt pointé vers le ciel. Le tout servi sur porcelaine de Sèvres agrémentée de couverts en argent. Déguster un repas digne de ce nom dans une vaisselle en arcopal ou en plastique bariolé, fût-elle suédoise, eût été une hérésie."

 

Le lecteur est emmené par le bout du nez (!) dans le sillage de Balthazar qui se retrouve confronté à une réalité (?) qui va balayer ce qui, jusque-là, constituait son quotidien.

J'ai apprécié suivre les (més)aventures de ce héros, me demandant vers quel horizon il se laissait emporter ; à cet égard, j'ai été quelque peu déçue par la fin. En revanche, l'écriture est superbement travaillée : les mots sont judicieusement choisis et l'humour est présent tout au long du récit.

Merci à l'auteure pour cette découverte.

 

Ce titre entre dans les challenges "Objectif du mois" (en février, livre pour lequel on n'a pas encore lu d'avis sur la blogosphère), "Littérature de l'imaginaire" (7/24) et "de la Licorne".

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17:55 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

25/02/2017

J'ai avalé un arc-en-ciel, Erwan Ji

Présentation. Plongez dans le blog d’une jeune Franco-Américaine, un journal intime avec une voix pétillante et forte qui vous fera passer par toute la palette des émotions.

En racontant sa vie, ses amis, ses amours, sa famille, l’héroïne propose un véritable décryptage du monde du lycée américain.

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Mon avis. Une agréable lecture ; une friandise, en quelque sorte...

On découvre le quotidien de Capucine, alias Puce, une Franco-Américaine de bientôt dix-huit ans qui termine ses études secondaires dans un lycée huppé qui "coûte la peau des fesses" et auquel elle n'a pu avoir accès que parce que sa mère y enseigne. La jeune fille commence "tout doucement" à cogiter sur le parcours universitaire qui se profile à l'horizon.

Ce récit se lit aisément ; Puce y relate ses joies, ses peines, ses déboires, ses souffrances, ses bonheurs - petits ou grands  -, l'amitié, l'amour...

  "Dans ce blog, je vais parler de ma vie, mais aussi de la vie. Parce que ce qui compte quand on navigue, ce n'est pas le bateau. C'est l'océan, l'équipage, et les étoiles au-dessus de nos têtes." [p. 8]

 

L'équipage en question, à savoir ses amis, occupe une place prépondérante dans sa vie : Sara, Vaneck et Soupe, le "FPC", Forever Pals Club, le Club des Amis pour Toujours. Chacun a dû trouver sa place au fil des ans au sein de la hiérarchie codée du lycée : les freshmen - au bas de l'échelle -, les sophomores, les juniors et enfin, les seniors, stade ultime enfin atteint par le quatuor. Celui-ci n'appartient à aucune des cliques recensées en lycée ; ni Populaires, Artistes ou Athlètes, pas plus que Hipsters ou Nerds :

  "Mes amis et moi, on est à mi-chemin entre les Nerds et les Populaires. On fait des soirées vidéo et plateau télé, mais on va à des fêtes aussi. On fait nos devoirs, mais ça nous arrive de nous planter aux exams. On n'est pas les plus populaires, mais on connaît tout le monde. On ne passe pas notre temps à coucher les uns avec les autres, mais on peut parler de sexe sans rougir." [p. 24]

 

Puce ("comme le son "u" n'existe pas en anglais, la plupart de mes amis m'appellent "Pouce". Résultat des courses, quand je n'ai pas un nom de plante ou un nom de bestiole qui gratte, j'ai un nom de doigt." [p. 21]) est dans une période de son existence où elle se cherche ; à certains moments, elle "se trouve", à d'autres non, à d'autres encore, elle se découvre en (in)adéquation avec l'image que les autres ont d'elle...

J'ai apprécié découvrir certaines coutumes américains dont je n'avais jamais entendu parler ; j'ai surtout aimé l'humour qui se dégage du texte.

Le seul léger bémol est que dans la première partie du récit, Capucine a, me semble-t-il, des réflexions de "gamine" qui cadrent peu avec une personnalité de dix-sept ans alors que, par la suite, elle gagne en maturité. Selon moi, cette évolution est trop rapide, à tel point que l'on a presque l'impression de voir se dérouler les (més)aventures de deux personnes différentes. J'ai de loin préféré la Capucine plus mature, celle qui voit s'ouvrir devant elle des sentiers nouveaux...

Un grand merci aux éditions Nathan pour ce partenariat.

Parution : le 2 mars.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (10/20).

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11:32 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |