14/04/2016

L'élite, 3 : Dernière épreuve, Joelle Charbonneau

Présentation. Cia a découvert les secrets du Test.

Aujourd'hui, elle veut y mettre fin.

Mais elle ne peut le faire seule.

En qui peut-elle vraiment avoir confiance ?

Pour le savoir, elle n'a qu'une solution : mettre au point son propre test et y soumettre son entourage.

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Mon avis. J'ai toujours une petite appréhension lorsque je lis le dernier tome d'une série que j'ai appréciée : et s'il n'était pas à la hauteur des précédents ?  Verdict ? Nulle déception, bien au contraire...

Nous retrouvons d'emblée (Valen)Cia en compagnie de Raffe, l'étudiant qui lui est venu en aide dans l'épisode précédent. Le "souci", c'est que l'adolescente ne sait pas si elle peut lui faire confiance. Une bonne partie du récit tourne d'ailleurs autour de la confiance à accorder, ou pas, et à qui. La seule personne qui, selon elle, en est digne, c'est Thomas ; or, elle le voit très/trop peu puisqu'ils ne suivent pas le même cursus universitaire...

Ce dernier opus est très centré sur le questionnement auquel est soumise/se soumet Cia : il est bien évidemment hors de question pour elle de "rentrer dans le moule", d'autant qu'elle a risqué sa vie durant les épreuves précédentes et que certains de ses camarades/amis y ont perdu la leur. Elle a grandi trop vite et même si elle ne peut être certaine du crédit à accorder à qui/quoi que ce soit, elle est bien décidée à rester fidèle à ses convictions : il est grand temps que les dirigeants revoient les règles de ce "jeu" ignoble.

Indépendamment de la réflexion sur la société, j'ai beaucoup aimé le fait que la jeune fille se retrouve en permanence sur le qui-vive, ne sachant si l'ami d'hier le restera ou deviendra un ennemi. Le lecteur l'accompagne dans cette hésitation perpétuelle...

  "Les visages de Zandri, Malachi, Ryme, Obidiah et Michal défilent devant mes yeux. Tous sont venus à la capitale pour améliorer la vie de leurs concitoyens. Tous sont morts. Je dois éviter le même sort à mon frère. J'espère de tout mon cœur qu'il n'est pas trop tard." [p. 22]

"Mais je n'accomplirai rien seule. Ce serait impossible. Mon père m'a recommandé de ne faire confiance à personne. J'ai brisé cette promesse à plusieurs reprises, souvent à mon détriment. Je vais peut-être devoir recommencer." [p. 55]

Traduction : Amélie Sarn.

Titre VO : The Testing, 3 : Graduation Day (2014).

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (18), "Un genre par mois" (Fantasy ou Aventure) et "Littérature de l'imaginaire" (14).

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20:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

10/04/2016

Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles, Suzanne Hayes et Loretta Nyhan

Présentation. États-Unis, années 1940. Glory, enceinte et déjà mère d'un petit garçon, souffre de l'absence de son mari, parti au front, de l'autre côté de l'Atlantique. À des centaines de kilomètres d'elle, Rita, femme et mère de soldat également, n'a pour compagnie que la fiancée de son fils.
Une lettre, envoyée comme une bouteille à la mer, va les réunir. Entre inconnues, on peut tout se dire. Les angoisses, l'attente des êtres aimés, mais aussi les histoires de voisinage, les secrets plus intimes et les recettes de cuisine. Les petites joies qui font que, dans les temps les plus difficiles, le bonheur trouve son chemin. 

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Mon avis. Une lecture très agréable : merci, Aurélie...

J'ai beaucoup apprécié ce récit épistolaire qui relate la correspondance entretenue de 1943 à 1946 entre deux Américaines directement touchées par la guerre.

Gloria, alias Glory, a vingt-trois ans et vit à Rockport (Massachusetts) avec son fils de deux ans, Robbie Jr ; elle est enceinte de sept mois et son mari, Robert, est au front.

Marguerite, alias Rita, a quant à elle une quarantaine d'années et vit à Iowa City ; son mari Sal et son fils Toby sont eux aussi au front.

La correspondance commence alors que Glory a décidé, à l'initiative du Club des femmes de Rockport, "d'écrire à une parfaite inconnue qui n'aura peut-être ni le temps ni l'envie de lui répondre" [p. 9]. Le hasard lui a fait tirer au sort "Sorcière aux mains vertes" : elle envoie ainsi sa première lettre à Rita. Celle-ci lui répond et s'ensuit un échange de courrier qui durera trois ans. Trois longues années placées sous le sceau du conflit mondial, chacune attendant que la paix se profile à l'horizon et que le(s) soldat(s) réintègre(nt) le domicile.

Par petites touches, Glory et Rita se confient l'une à l'autre : les relations (parfois tendues) avec les voisins ; les amitiés (parfois amoureuses) nouées ; l(e)'(dés)espoir dans l'attente du retour de l'être aimé ; les recettes de cuisine et les expériences (de vie) échangées ; les conseils de jardinage prodigués par Rita à Glory ; les petites et grandes souffrances qui constituent le quotidien de chacune.

Une histoire d'amitié qui, à certains moments, m'a fait songer à Beignets de tomates vertes, de Fannie Flagg. 

Et un jour, peut-être, la rencontre ? Qui sait ?

 

16 mai 1943

ROCKPORT, MASSACHUSETTS

Chère Rita,

   Deux lettres de vous en une même journée ! Elles sont si douces au creux de ma main. Quelle sensation agréable, au milieu du vide et de la fragilité qui m'entourent. En vérité, je me surprends à guetter vos lettres en retenant mon souffle. Elles sont devenues comme des talismans. [p. 46]

 

Traduction : Nathalie Perrony.

Titre VO : I'll be seeing you (2013).

16:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

08/04/2016

Le noir est ma couleur, 5 : Le piège, Olivier Gay

Présentation. Manon et Alexandre ont atteint le repaire des Mages Noirs auprès desquels la jeune fille espère trouver des réponses à son pouvoir. Un pouvoir toujours plus sombre, toujours plus puissant.

De nouveaux alliés pourraient les aider à percer le secret qui pèse sur elle mais personne n’est à l’abri d’une trahison. Le piège ne va-t-il pas se refermer sur eux ?

Résisteront-ils aux forces qui tentent de les séparer ?

Deux destins liés malgré les apparences…

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Mon avis. La fin d'une (très) belle aventure...

Ce dernier tome commence exactement là où s'était terminé le précédent : Manon a découvert Alexandre en "bonne compagnie", celle de Lise, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est en colère. Très en colère. Quant à Alexandre, il ne comprend pas la situation puisque l'illusion créée par Lise était parfaite. Les Mages Noirs vont donc devoir intervenir... mais ce qu'ils mijotent risque de n'être pas du goût des deux adolescents.

Beaucoup d'action dans ce roman ; dans un premier temps, il s'agit que Manon et Alexandre rétablissent une "certaine forme de dialogue", ce qui n'est pas gagné. Contraints ensuite de fuir à nouveau, avec aux trousses Mages Noirs, Mages Blancs, Police..., ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

En outre, ils ont été forcés d'emmener trois Mages Noirs, et pas des moindres : (LA !) Lise, qui maîtrise de manière exceptionnelle (!) le Violet ; Théo, champion de l'Orange - et l'Orange, ça chauffe ! -, avec "une lueur de folie qui couve dans son œil, de violence primale, de haine pour l'humanité entière y compris lui-même" [p. 33] ; Arthur, comme un poisson dans l'eau (!) avec l'Indigo. Au milieu du jeu de quilles couleurs, Alexandre, fidèle à lui-même - et à Manon -: touchant et plein d'humour, parfois caustique.

  "- Je me lance à leur poursuite, moi aussi. Je n'ai pas l'aide du Rouge mais je suis Alexandre, le grand, le beau, le fort - le rapide.

   Mon souffle s'emballe, et je continue à accélérer. Aller jusqu'à mes limites. Plus loin que mes limites ! D'après Jordan, Manon m'a transmis un peu de Rouge par capilli... capilla... par transfert. Autant que ça soit utile." [p. 54]

 

J'ai pris grand plaisir à retrouver Manon et Alexandre - surtout Alexandre ! -, même si  j'étais en même temps désolée de me dire que c'était la dernière fois. Les personnages qui gravitent autour du couple sont eux aussi intéressants ; Olivier Gay dit d'ailleurs qu'il ne compte pas abandonner ainsi Lise et Théo. Personnellement, je referais bien (hé, oui) un bout de chemin aussi avec Fabrice.

Que dire de la/les fin(s) ? Le "pré-épilogue" m'a paru un tantinet "facile" ; l'épilogue est assez expéditif, mais l'auteur s'en explique dans la postface - dont les dernières lignes sont magiques (!) - ; l'épilogue d'Alexandre et l'épilogue de Manon sont savoureux.

Cette série est de celles qui (ré)concilieront les jeunes et la lecture, si besoin en est.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (17) ; "Un genre par mois" (Fantasy ou Aventure) et "Littérature de l'imaginaire" (13).

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12:07 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

04/04/2016

Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong

Présentation. Milo, 12 ans, est dans le coma après une chute à vélo sur une route de campagne. Tandis que l'enfant se bat pour sa vie, c'est toute sa famille qui vole en éclats. Dans ce ballet des aveux où défilent ses parents, son indéchiffrable grand-mère et sa jeune tante Marguerite, se dessinent peu à peu les mensonges, les rapports de force et les petits arrangements qui cimentent cette famille. L'amour suffit-il pour tout reconstruire ?

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Mon avis. Un beau texte sur les non-dits, qui laisse cependant une aigreur en bouche...

Le soleil brille. Milo, 12 ans, fait la course à vélo avec sa jeune tante Marguerite. Soudain, c'est la chute, suivie du coma.

L'accident aura des conséquences irréversibles sur cette famille où tout n'est qu'apparence : la lézarde apparue sur un des murs (porteurs) s'étend à l'ensemble du bâtiment, se ramifie jusqu'à craqueler, brique après brique, toute la structure, factice s'il en est.

Ce récit dévoile, par couches successives, les secrets profondément (?) enfouis, ceux qui, en réalité, n'attendaient qu'une brèche pour exploser à "la gueule" des protagonistes.

Chaque chapitre porte le prénom de celui qui s'y exprime. D'abord Céleste, la maman de Milo, sorte de "tampon" entre tous : Lino, son mari, et Jeanne, sa mère, cette dernière tolérant à peine son beau-fils ; Marguerite, sa jeune sœur exécrée par leur mère et Jeanne elle-même, la "pisse-vinaigre". Céleste se revoit d'emblée plongée dans "le jour noir" du passé, celui qui a déjà failli les laisser sur le carreau. Ensuite Lino, le papa, qui marche constamment sur des œufs dès qu'il se retrouve face à sa belle-mère, autrement dit presque en permanence. Jeanne, la (belle-)mère dévouée corps et âme à son aînée et pour qui Marguerite est une ex-croissance dont elle aimerait se débarrasser (définitivement). (La superbe) Marguerite enfin, celle qui jamais, au grand jamais, ne trouve "sa place". Nulle part.

La culpabilité est le maître-mot du roman et avec elle, le malaise qui suinte des mots/maux, explicites ou implicites. Chacun se sent coupable, d'une manière ou d'une autre, à des degrés divers. Le temps du pardon est-il arrivé ? Pardonnable ou impardonnable ?

J'ai apprécié l'écriture du récit et la manière dont l'auteure arrive à rendre compte de cette déliquescence ; j'ai aimé particulièrement Milo, le seul dont la parole ne s'exprime pas ouvertement. Et pourtant.

Cependant, je suis quelque peu restée à distance des autres personnages, qui n'ont pas réussi à véritablement m'émouvoir, peut-être en raison de l'énormité et de l'accumulation des événements douloureux...

  "J'ai pensé, il est difficile de composer avec une vie dont on ne détient que des fragments, quand on n'a même pas idée de ce qui nous échappe, quand tout autour de nous n'est constitué que de pièces manquantes dont on ignore les contours." [p. 179]

 

Merci à J'ai Lu pour ce partenariat.

21:03 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

03/04/2016

Les Prodiges, Jeremy Scott

Présentation.

Ils sont six

Ils sont handicapés

Personne ne croit en eux

Pourtant leurs pouvoirs sont incroyables

Ils sont les Prodiges


DES SUPERHÉROS

COMME VOUS N'EN AVEZ JAMAIS VU !

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Mon avis. Décidément, les chouettes lectures se suivent ; pourvu que cela dure...

Même si les héros sont jeunes, le propos m'a d'emblée tapé dans l’œil puisqu'il y est question de handicap.

C'est Phillip, douze ans, qui raconte l'histoire : celle-ci commence alors que son père l'emmène "faire un tour" en vue dune discussion, celle que Phillip redoute parce qu'il n'a nulle envie de parler de ça avec son père.

  "Je compris que quelque chose couvait dès que papa prononça son premier mot.

   - Fils...

   Ses entretiens avec mon frère ou moi pendant notre enfance pouvaient atteindre trois degrés de sérieux - "sérieux modéré", "sérieux normal" et "supersérieux" -, degré reconnaissable au tout premier mot de sa toute première phrase. S'il attaquait par notre diminutif - Phil pour moi, Pat pour mon frère -, nous étions dans le domaine du "sérieux modéré", donc nullement obligés d'interrompre notre activité ni de tourner la tête vers lui, tant que nous entendions ce qu'il disait et parvenions à le lui répéter.

   Les discours commençant par notre prénom entier, ou bien par notre prénom et notre nom de famille accolés, étaient du type "sérieux normal" : laisse tomber ce que tu es en train de faire, tourne-toi et écoute ; il y a probablement une nouvelle règle que tu devras appliquer une fois l'entretien terminé. Cette variété-là détenait presque toujours un potentiel d'escalade latent, aussi fallait-il s'y engager avec précaution.

   Si la discussion débutait par "fils", alors là, c'était accroche-toi sous peine de mort." [p. 11 - 12]

 

Phillip se fourvoie : son père n'a pas l'intention de lui parler de "sexualité" comme l'adolescent s'y attend ; il veut "juste" évoquer les "superpouvoirs" de son fils ! Habitué à l'humour foireux de son paternel, Phillip attend "la chute" : comment imaginer qu'il dispose d'un quelconque pouvoir, lui qui est aveugle ?  Et pourtant...

C'est ainsi que Phillip découvre qu'il vit désormais dans une ville pour le moins particulière où sont rassemblés presque exclusivement des êtres hors-norme, dont sa famille fait partie.

Chaque "gardien" - ou protecteur des habitants de la Terre -  dispose d'un pouvoir particulier qui se révèle théoriquement à l'adolescence et se doit d'être exploité de manière optimale. Les circonstances sont telles que Phillip se retrouve bientôt dans une classe spéciale : celle qui regroupe les jeunes gardiens touchés par un handicap.

Six d'entre eux sont au centre du récit : Phillip, aveugle et télékinésiste ; Henry, en chaise roulante et télépathe ; James, aveugle et téléporteur ; Fred, asthmatique chronique, atteint de gigantisme ; Bentley, ataxique aux capacités cérébrales supérieures ; et enfin Donnie, trisomique dont le pouvoir n'a pas encore été révélé.

Les membres de ce petit groupe apprennent à se connaître et s'épaulent malgré les dissensions occasionnelles, d'autant que la différence attire l'attention, parfois malveillante, des autres élèves.

Parmi les Prodiges - à la personnalité nuancée - qui ne savent pas encore qu'il s'agira pour eux de rester soudés car le Mal rôde, indépendamment de Phillip lui-même, à l'humour ravageur, j'ai particulièrement apprécié Bentley et Donnie...

Ce roman devrait (beaucoup) plaire aux élèves du secondaire inférieur.

Traduction : Michel Pagel.

Titre VO : The Ables (2015).

Un grand merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (16) ; "Un genre par mois" (Fantasy ou Aventure) et "Littérature de l'imaginaire" (12).

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18:17 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

02/04/2016

La Belle et le Maudit, Page Morgan

Présentation.

UNE PART DE TÉNÈBRES

SOMMEILLE EN CHACUN DE NOUS...

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Mon avisUn excellent moment dans le Paris de la fin du XIXe siècle...

Le récit met en scène Ingrid, 17 ans, Gabriella, 15 ans, et leur mère Lady Charlotte Brickton. Toutes trois ont quitté Londres pour Paris où Charlotte est censée ouvrir une galerie d'art. Grayson, le frère jumeau d'Ingrid, les a précédées dans la Ville Lumière, histoire de rendre le lieu - en l'occurrence une abbaye en ruines - un tantinet "accueillant". Leur père ne devrait pas tarder à les rejoindre. Cet emménagement tombe à pic (!) pour Ingrid, désormais "grillée" (!) dans l'aristocratie anglaise. Le "beau parti" qu'elle était susceptible d'incarner s'est envolé (!) en fumée (!).

L'atmosphère est sombre, pesante, lugubre, dans cet endroit où les gargouilles sont omniprésentes ; atmosphère renforcée par l'enlèvement et le meurtre horrible de plusieurs jeunes Parisiennes, ainsi que la disparition récente de Grayson dont personne, parmi les domestiques engagés, ne paraît réellement se soucier. Le sujet semble tabou.

  "Elles avaient des gueules béantes qui semblaient pousser des cris silencieux, des dents acérées comme des poignards, des yeux globuleux, des oreilles de chien et des serres enfoncées dans la bordure du toit en pierre. Leurs ailes étaient tantôt largement déployées, tantôt repliées derrière leur dos vouté.

   Ingrid, plantée devant la grille, avait l'estomac noué. Les créatures de pierre étaient assez hideuses pour lui donner la chair de poule. Quelle idée de mettre des gargouilles sur une église ! Elle détourna les yeux." [p. 21]

 

En outre, le regard posé sur Ingrid par Luc, un des membres du personnel, est pétrifiant (!) :

  "Aussitôt, tout s'immobilisa : la pièce, son esprit, sa respiration. Les yeux qui la transperçaient étaient ceux d'un jeune homme. Les iris, d'un vert moucheté d'or, évoquaient une pâle mousse de forêt longtemps oubliée par le soleil. D'épais cils couleur de charbon les ombrageaient.

   Il ne devait avoir qu'un an ou deux en plus qu'Ingrid, et il l'observait avec une curiosité indiscrète qui la mettait mal à l'aise. Percevant de l'hostilité dans son regard, elle le fixa à son tour. Il ne grimaçait pas, mais la légère dilatation de ses narines traduisait un mépris manifeste. Comme si Ingrid lui avait fait du tort d'une façon ou d'une autre." [p. 29 - 30]

 

La famille Brickton est très loin de se douter qu'elle vient de mettre le doigt (le bras tout entier, devrais-je dire) dans un engrenage maléfique...

J'ai beaucoup aimé ce récit jeunesse - à tel point que le "triangle amoureux habituel" ne m'a même pas agacée - qui propose un imaginaire original, centré entre autres sur les gargouilles et le rôle qu'elles jouent dans notre monde. Les personnages principaux sont attachants et nuancés ; la couverture est superbement veloutée [dommage que le vêtement de la jeune fille ne corresponde nullement à l'époque évoquée dans le livre].

Je lirai volontiers la suite...

Traduction : Bee Formentelli.

Titre VO : The Beautiful and the Cursed (2014).

Un grand merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (15), "Lire sous la contrainte" (personnage célèbre - La Belle -), "Un genre par mois" (Fantasy ou Aventure), "Comme à l'école" (Lettre "O" ou thème "Animal") et "Littérature de l'imaginaire" (11).

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15:42 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

30/03/2016

Le Sculpteur, Scott McCloud

Présentation. En mal d'inspiration, David Smith, jeune sculpteur torturé, se voit proposer un pacte qui lui permettra de réaliser son rêve d'enfance : sculpter ce qu'il souhaite à mains nues.

Mais rien n'est éternel et tout a un prix. En échange de sa vie, il aura deux cents jours pour créer son Œuvre. Et il va le payer encore plus cher : au lancement du compte à rebours, il rencontre le grand amour... De quoi ébranler toutes ses certitudes.

Une interprétation moderne, implacable et poétique du mythe de Faust.

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Mon avis. Un régal...

David Smith est un jeune sculpteur en mal de reconnaissance ; exigeant envers lui-même, il a longtemps tenté de se persuader que viendrait son heure ; il est maintenant en pleine désepérance. Il n'a plus vendu de sculpture depuis un an et vivote plutôt mal que bien.

Alors qu'il mange un bout dans un bistrot de New York, il est rejoint par son grand-oncle, décédé depuis de longues années. Celui-ci lui propose un pacte impossible : David aura désormais la faculté de sculpter des œuvres à mains nues en contrepartie d'un temps de vie (plus que) réduit. Le jeune homme accepte puisqu'il n'a "rien" à perdre. Il lui reste désormais deux cents jours à vivre. C'était sans compter sur un clin d’œil (?) du destin (?) : il rencontre Meg et sa perspective change. Peut-être. Encore que. Oui. Mais...

Passé le moment de "confusion" du début de l'histoire, où les choses se mettent en place, ce roman graphique trouve son rythme de "croisière", initiant une réflexion pertinente sur l'A/art au centre de laquelle se (dé)bat David Smith.

Le graphisme est sublime ; j'ai beaucoup aimé également la palette du noir et blanc, et ses détours par les déclinaisons de gris et bleu.

Traduction : Fanny Soubiran ; Lettrage : Jean-Luc Ruault.

 

Un grand merci à PriceMinister pour ce partenariat, proposé dans le cadre de "La BD fait son Festival". J'attribue la note de 16/20 à cet ouvrage.

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12:39 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

29/03/2016

Germinal, Émile Zola

Présentation. Une des grandes grèves du siècle dernier racontée par un journaliste de génie qui en a fait un réquisitoire, un formidable "J'accuse" contre le capital, le roman de la lutte des classes et de la misère ouvrière. Un livre de nuit, de violence et de sang, mais qui débouche sur l'espoir d'un monde nouveau lorsque le héros, Étienne Lantier, quittant la mine "en soldat raisonneur de la révolution", sent naître autour de lui une "armée noire, vengeresse... dont la germination allait bientôt faire éclater la terre". Germinal marque l'éveil du monde du travail à la conscience de ses droits et c'est au cri sans cesse repris de "Germinal ! Germinal !" que la délégation des mineurs de Denain accompagna le convoi funèbre de Zola à travers les rues de Paris.

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Mon avis. Zola et moi, c'est une histoire qui, je peux franchement le dire, a (très) mal commencé. J'étais en quatrième secondaire (seconde en France) lorsque j'ai dû lire Le rêve pour le cours de français. Ce fut à l'époque plutôt un cauchemar : je n'ai vraiment pas aimé le livre, à tel point que je me souviens m'être dit que Zola et moi, c'était fini. [Soit dit en passant, le pire avait été pour moi, l'année précédente, Eugénie Grandet]. 

Je suis intimement persuadée qu'il ne faut pas "brûler les étapes" lorsque l'on propose/impose des lectures aux élèves, sous peine d'arriver à en dégouter certains ; c'est aussi pourquoi j'essaie, dans la mesure du possible, de leur donner une liste de livres dans laquelle ils en puiseront un. Ce n'est pas le cas ici même s'ils ont eu le choix entre la version originale et celle des Classiques abrégés de L'école des loisirs.

J'ai vraiment découvert Zola lors de mes études supérieures et, si mes souvenirs sont bons, Germinal est un des premiers que j'ai lus, après l'expérience malheureuse du Rêve. Je l'ai a-do-ré. Et je me suis lancée allègrement dans Les Rougon-Macquart [je les ai tous lus, hormis La débâcle que j'ai abandonné en cours de pages - titre prédestiné ? -] ; j'ai d'ailleurs fait mon mémoire sur Le Docteur Pascal.

Je dois avouer que j'ai eu un peu peur de relire Germinal : je l'avais tellement apprécié que je craignais d'être déçue comme ce fut le cas lors de la relecture, voici quelques années, de L’œuvre, ou plus récemment de Salammbô.

 

Nul regret cependant : j'ai aimé retrouver les personnages et l'atmosphère "épique" qui se dégage du roman. J'ai envie de mettre particulièrement en évidence Catherine, la fille des Maheu, quinze ans, usée prématurément. Ses "rêves" n'ont pas eu le temps d'être esquissés que déjà ils s'étaient envolés ; un seul mot "la résume" : résignation.

   "La peur du mâle l’affolait, cette peur qui raidit les muscles dans un instinct de défense, même lorsque les filles veulent bien, et qu’elles sentent l’approche conquérante de l’homme. Sa virginité, qui n’avait rien à apprendre pourtant, s’épouvantait, comme à la menace d’un coup, d’une blessure dont elle redoutait la douleur encore inconnue.

   - Non, non, je ne veux pas ! je te dis que je suis trop jeune… Vrai ! plus tard, quand je serai faite au moins.

   Il grogna sourdement :

   - Bête ! rien à craindre alors… Qu’est-ce que ça te fiche ?

   Mais il ne parla pas davantage. Il l’avait empoignée solidement, il la jetait sous le hangar. Et elle tomba à la renverse sur les vieux cordages, elle cessa de se défendre, subissant le mâle avant l’âge, avec cette soumission héréditaire, qui, dès l’enfance, culbutait en plein vent les filles de sa race. Ses bégaiements effrayés s’éteignirent, on n’entendit plus que le souffle ardent de l’homme." [p. 127 - 128]

   "Il la battrait, et quand il serait las de la battre, il s'arrêterait: ne valait-il pas mieux ça, que de rouler les chemins comme une gueuse ? Puis, elle s'habituait aux gifles, elle disait, pour se consoler, que sur dix filles, huit ne tombaient pas mieux qu'elle. Si son galant l'épousait un jour, ce serait tout de même bien gentil de sa part." [p. 392]

 

Face aux nantis qui disposent de chaleur et de nourriture, la souffrance sourd des pages consacrées aux mineurs, bientôt à la puissance dix, après l'infime espoir insufflé par Étienne, lorsque la grève s'installe et se prolonge, emportant les (éventuelles) illusions d'une existence décente.

   "Brusquement, la porte s’ouvrit, et une voix forte cria :

   - Eh bien ! quoi donc, on déjeune sans moi !

   C’était Cécile, au saut du lit, les yeux gonflés de sommeil. Elle avait simplement relevé ses cheveux et passé un peignoir de laine blanche.

   - Mais non, dit la mère, tu vois qu’on t’attendait… Hein ? ce vent a dû t’empêcher de dormir, pauvre mignonne !

   La jeune fille regarda très surprise.

   -  Il a fait du vent ?… Je n’en sais rien, je n’ai pas bougé de la nuit.

   Alors, cela leur sembla drôle, tous les trois se mirent à rire ; et les bonnes, qui apportaient le déjeuner, éclatèrent aussi, tellement l’idée que Mademoiselle avait dormi d’un trait ses douze heures, égayait la maison. La vue de la brioche acheva d’épanouir les visages.

   - Comment ! elle est donc cuite ? répétait Cécile. En voilà une attrape qu’on me fait !… C’est ça qui va être bon, tout chaud, dans le chocolat !

   Ils s’attablaient enfin, le chocolat fumait dans les bols, on ne parla longtemps que de la brioche. Mélanie et Honorine restaient, donnaient les détails sur la cuisson, les regardaient se bourrer, les lèvres grasses, en disant que c’était un plaisir de faire un gâteau, quand on voyait les maîtres le manger si volontiers." [p. 78 - 79]

  

   "Étienne, qui regardait fixement les dalles, leva la tête et murmura, les yeux perdus dans une vision d'avenir :

   - Ah ! il est temps, il est temps !". [p. 190]

  

   "Depuis deux jours, la neige tombait ; elle avait cessé le matin, une gelée intense glaçait l’immense nappe ; et ce pays noir, aux routes d’encre, aux murs et aux arbres poudrés des poussières de la houille, était tout blanc, d’une blancheur unique, à l’infini. Sous la neige, le coron des Deux-Cent-Quarante gisait, comme disparu. Pas une fumée ne sortait des toitures. Les maisons sans feu, aussi froides que les pierres des chemins, ne fondaient pas l’épaisse couche des tuiles. [...]

   Chez les Maheu, la dernière pelletée d’escarbilles était brûlée depuis la veille ; et il ne fallait plus songer à la glane sur le terri, par ce terrible temps, lorsque les moineaux eux-mêmes ne trouvaient pas un brin d’herbe. Alzire, pour s’être entêtée, ses pauvres mains fouillant la neige, se mourait. [...]

   C’était, maintenant, l’agonie dernière, la maison vidée, tombée au dénuement final. Les toiles des matelas avaient suivi la laine chez la brocanteuse ; puis les draps étaient partis, le linge, tout ce qui pouvait se vendre. Un soir, on avait vendu deux sous un mouchoir du grand-père. Des larmes coulaient, à chaque objet du pauvre ménage dont il fallait se séparer, et la mère se lamentait encore d’avoir emporté un jour, dans sa jupe, la boite de carton rose, l’ancien cadeau de son homme, comme on emporterait un enfant, pour s’en débarrasser sous une porte. Ils étaient nus, ils n’avaient plus à vendre que leur peau, si entamée, si compromise, que personne n’en aurait donné un liard. Aussi ne prenaient-ils même pas la peine de chercher, ils savaient qu’il n’y avait rien, que c’était la fin de tout, qu’ils ne devaient espérer ni une chandelle, ni un morceau de charbon, ni une pomme de terre ; et ils attendaient d’en mourir, ils ne se fâchaient que pour les enfants, car cette cruauté inutile les révoltait, d’avoir fichu une maladie à la petite, avant de l’étrangler." [p. 367 - 372]

 

Et toujours, bel et bien présente, la tare familiale, marque des Rougon-Macquart : "Une voix abominable, en lui, l'assourdissait. Cela montait de ses entrailles, battait dans sa tête à coups de marteau, une brusque folie du meurtre, un besoin de goûter au sang. Jamais la crise ne l'avait secoué ainsi. Pourtant, il n'était pas ivre. Et il luttait contre le mal héréditaire, avec le frisson désespéré d'un furieux d'amour qui se débat au bord du viol." [p. 389]

 

Quant à la version abrégée, elle ne donne qu'une pâle idée de ce qu'est le texte original...

 

Ce titre entre dans le challenge "Un genre par mois" [classique ou théâtre en mars].

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09:46 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

26/03/2016

S.A.S.H.A., Martin Michaud

Présentation. Elias et le petit Sasha errent dans l’aéroport Trudeau. Ils vont y accueillir Luana, la maman du garçon, qui revient d’un long ­séjour à l’étranger. Mais est-ce bien là toute l’histoire ? Trois jours plus tôt, un incendie a ravagé la cabane où ils habitaient, au fond des bois. Est-ce pour cette raison qu’Elias se tient sans cesse sur ses gardes ? Ou cela a-t-il plutôt à voir avec l’aura de mystère qui entoure l’enfant ?

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Mon avis. Je viens enfin de découvrir Martin Michaud, "le maître québécois du thriller" : Argali en dit tant de bien - si vous cherchez un avis éclairé sur la littérature québécoise, allez faire un tour sur son blog - que j'ai profité de la Foire du Livre de Bruxelles pour aller saluer ce grand monsieur, au demeurant bien sympathique.

Ce court roman est avant tout le récit d'une atmosphère : Elias et Sasha, un petit garçon de sept ans, sont présents dans l'aéroport Trudeau, à Montréal. Ils sont venus y attendre Luana, la maman de Sasha.

Ils sont cependant des "badauds" tout à fait particuliers : Elias demeure en permanence sur le qui-vive, attentif à tout un chacun dont il croise ne serait-ce que le regard ; Elias veille sur Sasha, grâce à/malgré les voix qui bataillent dans sa tête ; Elias doit trouver le moyen de rester en vie et de protéger l'enfant, lui procurer aussi de quoi les nourrir. Si possible.

  "Tant qu'ils s'étaient terrés dans cette vallée au fond des bois de la Missisquoi, il avait cru qu'il serait possible de disparaître et d'échapper à ceux qui les poursuivaient ; que Luana, la mère du garçon, pourrait les y rejoindre et vivre tranquille avec eux." [p. 21]

  "Elias voulait éviter qu'on les repère, mais ils ne pouvaient faire autrement que de se présenter au point de chute s'ils voulaient reprendre contact avec Luana. Ils devaient donc procéder avec prudence et se tenir le plus loin possible du champ des caméras de surveillance." [p. 43]

 

J'ai apprécié ce texte aux personnages particulièrement attachants, qu'il s'agisse de l'enfant ou de l'adulte. Leur relation est touchante et l'appréhension va crescendo... jusqu'à la fin. Une remarque : je ne sais (toujours) pas si j'aurais préféré - ou pas - que le récit s'arrête avant la dernière phrase...

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne (lecture supplémentaire pour février - mars).

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15:19 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

24/03/2016

Arithmétique de la chair, Macha Méril

Présentation. Bettina n’est pas une femme comme les autres. Expert-comptable, elle pèse 96 kilos, est passionnée par les mathématiques et vit seule, en compagnie de ses ordinateurs et de ses idoles d’Internet : les chercheurs et les savants.

Un jour, elle ose se présenter à un concours de calcul mental télévisé, le gagne et sa vie bascule. Elle devient une star médiatique et rencontre l’amour.

Où la conduiront ces succès et cette gloire rapides ? Que désire-t-elle vraiment ? Connaît-elle le bonheur ?

Voici une fable moderne où Cendrillon gouverne son destin et se pose les grandes questions de l’existence : où allons-nous, que devenons-nous, qui sommes-nous ?

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Mon avis. Une lecture qui fait réfléchir sur le regard : celui que l'on porte sur soi, celui que les autres portent sur soi...

Bettina vit pour et par les chiffres, ceux avec lesquels elle jongle volontiers, ceux qui jamais ne la déçoivent, ceux qui la rassurent, ceux qui rythment son existence. Ceux aussi qui grimpent sur l'écran de sa balance. Lentement mais sûrement.

  "Une passion véritable. Un engouement qui occupe tous les instants de sa vie. Une sorte de deuxième nature, une communication privilégiée avec ce qui lui paraît la base de tout, un langage compris par peu de personnes, tous membres d'un clan secret : les matheux. Les fous de mathématiques, d'algèbre et d'algorithmes. Un club sélectif où on n'entre pas comme on veut. Une famille de personnes rares qui maîtrisent les mêmes connaissances." [p. 10 - 11]

 

Bettina ne se formalise pas outre mesure des kilos excédentaires engrangés car elle vit bien en leur "compagnie", mais elle se demande quand même d'où vient - ce que les autres lui renvoient comme étant - le problème : elle n'a nullement modifié ses habitudes alimentaires, elle qui ne mange déjà que très peu, et les médecins consultés ne peuvent lui fournir aucune explication.

Le souci, c'est la gêne de son employeur face à l'obésité de la jeune femme qui n'a en rien démérité et demeure toujours la championne des chiffres.

Sa vie change du jour au lendemain lorsqu'elle participe à un jeu télévisé centré sur les calculs : focus sur sa personne bien en chair et oh combien attachante. Les portes de la notoriété s'entrouvrent. Pour le bien de Bettina.

Pour le bien de Bettina ?

  "Bettina pratique volontiers l'humour solitaire et l'autodérision. Elle se surprend parfois à rire toute seule dans sa cuisine, et maintenant quelquefois au bureau, comme si sa nouvelle carrure l'autorisait à ne plus se cacher." [...]

   L'attrait de la vie, selon elle, se situe ailleurs, du côté de l'intemporel et de l'impalpable. Le reste change continuellement, à grande vitesse, selon les flux de croissance du capitalisme qui a envahi la planète dans une folle sarabande, désordonnée et sans foi." [p. 20 - 21]

 

J'ai aimé l'héroïne et la manière dont elle gère la situation ; un bémol cependant : le début du récit, autrement dit la partie qui précède la participation de Bettina à l'émission, tire en longueur.

 

Merci à Gilles Paris pour ce partenariat qui m'a permis de découvrir la (belle) plume de Macha Méril.

16:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

20/03/2016

Le principe de parcimonie, Mallock

Présentation. On a volé la Joconde. À la place du mystérieux sourire apparaît le visage hideux de la barbarie. Plus qu'un crime, c'est un manifeste. Polichinelle écarlate et Paganini du rasoir, le monstre qui répond au nom de Docteur Ockham excelle à découper l'anatomie de ses très médiatiques victimes. Performance iconoclaste ou massacre dément ? Paris frissonne. La terreur tout autant que la fascination règnent.
Alors que la Seine, en pleine crue centennale, engloutit métro, monuments et musées de la capitale, Mallock, tour à tour commissaire et critique de cette exposition apocalyptique, va devoir démasquer Ockham avant qu'il n'accomplisse son ultime promesse, son grand œuvre : repeindre le monde aux couleurs du chaos. Un livre phénomène !

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Mon avis. Ce n'est pas encore cette fois que je regretterai d'avoir fait un bout de chemin avec le commissaire, bien loin de là...

L'histoire démarre lentement, ou plus exactement, elle plonge d'emblée le lecteur dans le sujet, mais l'enquête progresse lentement tant les indices sont ténus. Il est d'abord question du vol de La Joconde, bientôt suivi de sa destruction "en direct" via le Net.

Celui que l'on nomme bientôt l'arlequin ou le Polichinelle en raison de son déguisement s'en prend ensuite à l'intégrité de ses victimes, au demeurant fort peu sympathiques : la description de Louis Bastien Vidal, "le plus grand philosophe français vivant. Ou du moins le croyait-il, du haut de son incommensurable suffisance." [p. 79] est extrêmement savoureuse - toute ressemblance avec une personne existant ne peut être fortuite -. L'as du rasoir commence à trancher dans le vif : du cuir chevelu aux oreilles, en passant par le nez  et autres "attributs" de personnalités pour lesquelles le commun des mortels n'éprouve, la plupart du temps, que (très) peu d'empathie.

Le public, avide de sensations fortes, suit ainsi, par écran interposé, les méfaits du maître ès découpes, ainsi que l'impuissance de la Police face à celui-ci. Mallock joue une partie particulièrement difficile, tentant de "faire parler" les bocaux contenant les "morceaux" prélevés sur les victimes reçus au "13, nouveau temple de la lutte contre le crime" [p. 16]. Perpétuellement sur le fil du rasoir (!), le commissaire pressent que si le malfrat n'a pas encore tué, cela risque bien de se produire, un jour ou l'autre.

Cette cinquième chronique barbare qui permet de retrouver, avec grand plaisir, la fine équipe de l'ex-36, immerge par moments le lecteur dans la philosophie, tout comme Paris est victime d'une crue centennale - je ne connaissais pas l'adjectif - : la Seine donne sa pleine mesure et les Parisiens luttent à armes (in)égales contre la nature dévastatrice. Si seulement le Polichinelle pouvait se retrouver le bec dans l'eau (!)...

 

L'écriture est toujours aussi affûtée (!), le cynisme est bel et bien présent, notamment dans le regard posé sur les (con)citoyens ; à noter que certaines scènes font mal. Très mal.

   "- [...] Jules s'occupe en ce moment même de recueillir le témoignage du journaleux, Ken prend la déposition du philosophe et Julie celui du baveux.

   Ce dernier, propriétaire d'une imposante chevelure tirant sur le violet, s'était fait une spécialité de racler les fonds de prison pour y dégoter les cas les plus indéfendables. Dans la foulée, il écumait les plateaux de télévision pour y fourguer les livres-vérités qui découlaient de son édifiante expérience de la condition humaine. Tout, surtout un tel sacerdoce, avait un prix. Charles W. Pirreli, qui avait bien compris la faim insatiable du peuple et des médias pour l'indignation et les causes à la con, s'adonnait désormais au mouvement perpétuel : la transformation opportuniste et sélective de ses vertueuses colères en livres-étrons. Rien ne se perd, tout se transforme, surtout l'ignoble." [p. 107]

 

   "Mallock partit presser le jus d'une capsule pour se faire du café, et mit deux oranges dans le percolateur, ou le contraire.

   Il avait mal dormi et n'était pas bien réveillé.

   Trop tôt pour sortir.

   Alors, allumer la télé ?

   Toujours cette fascination pour l'information, ce vilain petit mensonge. Au matin, deux nouvelles d'importance occupaient l'écran : la mort d'un savant ayant réinventé notre vision du monde et la sortie des mémoires d'une vedette de la téléréalité. L'homme a besoin d'icônes. Petite conne ou grand homme, qu'importe, son besoin de divinités n'avait jamais cessé, que ce fût pour les frotter contre son ventre dans un but de fertilité, ou pour les fracasser contre le mur de ses frustrations.

   Amédée éteignit le poste et regarda au-dehors.

   Rêvait-il encore ?" [p. 131]

 

   "Mallock attendit. Il savait qu'il fallait parfois être patient lorsque venait de naître une belle idée toute tremblante, encore recouverte de son placenta cervical. Il convenait de ne pas forcer les choses, de laisser la nature suivre son cours et l'idée s'habituer à la lumière du jour." [p. 145]

 

Une remarque pratique : j'aime beaucoup le nouveau format de cette édition.

Si vous ne connaissez pas encore Mallock, n'hésitez pas...

 

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne 2 (session 3 : thriller-policier).

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17:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

18/03/2016

Deadlock, Saki Aida & Yuh Takashina

Présentation. Yûto, un ancien agent de la brigade des stups (BS), affirme ne pas avoir tué son collègue et avoir été emprisonné à tort.

Pour être libéré, il devra identifier un terroriste qui opère depuis la prison. [...]

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Mon avis. Je lirai la suite. Absolument.

Je ne suis pas une spécialiste des mangas ; j'ai donc dû effectuer une recherche afin de savoir à quoi correspond la dénomination "Yaoi" relative à Deadlock : il s'agit d'œuvres de fiction centrées sur les relations sentimentales et/ou sexuelles entre personnages de sexe masculin.

Le cadre est ici une prison, celle de Schelger dans laquelle a été envoyé Yûto, ancien policier des stups accusé du meurtre de son coéquipier. Il a toujours clamé son innocence. En vain. Il en a pris pour quinze ans. Le FBI lui a alors proposé, en échange d'une réduction de peine, de démasquer un terroriste dans l'enfer de Schelger. Difficile de refuser...

Le dessin est sublime et, ce qui ne gâche rien, les personnages principaux sont (très) agréables à regarder : Yûto, le brun, et Dick, le blond, son compagnon de cellule qui, visiblement, a de l'ascendant sur les autres détenus, y compris les "durs à cuire".

Yûto se doit de trouver l'identité du fameux terroriste, tout en essayant de préserver sa vie et son "intégrité" -  chacun risquant de devenir très vite la "femme" d'un autre - d'autant que les clans font la loi au sein de ce lieu clos, sous l’œil bien/malveillant des gardiens.

Ce premier opus pose le cadre de l'histoire et met l'accent sur les liens qui se tissent (in)sensiblement entre les détenus en général, Yûto et Dick en particulier...

Le seul bémol, ce sont les mini-résumés mis "artificiellement" dans la bouche de Yûto.

Traduction : Nesrine Mezouane.

Merci à Livraddict pour ce partenariat.

21:58 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/03/2016

Je sais que tu sais, Gilles Abier

Présentation. J'ai les mains moites. J'ai beau les frotter à plat sur mon jean, elles suent, elles suintent. Je ne suis pas quelqu'un qui transpire pourtant. Je peux danser une heure, courir vingt minutes, buller sous deux couettes, je reste au sec. Ça énervait mon frère d'ailleurs. Mon côté "poupée de porcelaine", comme il disait, jamais chiffonnée. Le teint frais. La tenue impeccable. Une vraie princesse, quoi ! Mais ça, c'était avant. C'était quand il était encore vivant. Aujourd'hui, j'ai le nez percé, le regard fatigué et le vide au ventre.

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Mon avis. Un très beau texte que j'aurais voulu voir se prolonger, tant il est bien écrit, mais aussi parce que je suis quelque peu restée sur ma faim...

Le lecteur entre d'emblée dans le vif du sujet : Axelle raconte la douleur qui est la sienne depuis que, trois ans auparavant, son frère Martial a été abattu par son meilleur ami. Six balles qui ont définitivement anéanti l'existence, non seulement de Martial, mais également de toute sa famille : Axelle elle-même qui a depuis lors rué dans les brancards plus souvent qu'à son tour, les parents dont l'incommensurable souffrance se mesure à la "mémoire (dés)espérément entretenue" du défunt, Louise, l'aînée qui s'efface. Sans oublier celle de Bastien, le meurtrier.

Ce récit raconte la présence, immense, de l'absence, celle qui "bouffe" chacun de l'intérieur et tente de prendre la place laissée vacante par la victime. Il faut sur-vivre, tant que faire se peut, même si pour cela, chaque membre de la famille s'écorche à la douleur des autres...

  "On pourrait se recueillir ailleurs, au pied du chêne aux trois troncs par exemple, cet arbre de conte de fées sur lequel Martial aimait grimper. J'ai eu beau les y emmener, leur apprendre que c'était son endroit préféré, qu'il lisait sur la branche qui pointait au-dessus de la rivière, se pendait à la plus haute pour parfaire ses abdos, eux veulent le marbre avec son nom écrit dessus et la plaque "A notre fils aimé". Ils veulent la bruyère et le vase aux fleurs coupées, ils veulent les morts alentour, ceux qui vous mènent au vôtre, ceux qui confirment que vous n'êtes pas seuls dans la peine et les regrets. Et même si je n'ai pas besoin de respecter ce jour maudit pour penser à Martial, je n'ai pas le choix, je dois subir la douleur silencieuse de ma mère, l'indignation hystérique de mon père." [p. 13 - 14]

 

L'auteur (de La piscine était vide) réussit à décrire l'indicible à travers le regard d'Axelle : les mots sonnent (terriblement) juste. Si elle veut éviter l'implosion, la jeune fille n'a d'autre choix que de grappiller, lentement mais sûrement (?), des bribes d'informations qui lui permettront de comprendre (?) le geste assassin et par là même, "éclairer" d'un jour nouveau ce frère chéri...

Merci aux éditions Talents hauts pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (14).

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17:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

04/03/2016

Tout plutôt qu'être moi, Ned Vizzini

Présentation. Chez son psy, Craig Gilner apprend l'existence du syndrome d'Ondine : ceux qui en souffrent oublient de respirer. La dépression, Craig va en faire l'expérience, c'est ce qui arrive quand on oublie de vivre. [...]

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Mon avis. Un texte qui m'a beaucoup touchée et auquel il est nécessaire, me semble-t-il, d'accorder du temps...

Craig Gilner a 15 ans et tente, du mieux - ou plus exactement du moins mal - qu'il peut de garder la tête hors de l'eau et ne pas se laisser submerger par la pression intense qu'il ressent depuis qu'il a intégré un prestigieux lycée de New York. Ravi dans un premier temps d'y avoir été accepté, il n'arrive bientôt plus à s'alimenter, ni à dormir. Son obsession : le travail scolaire. Même les "séances de fumette" avec ses copains ne le détendent plus. L'angoisse le ronge...

En (dés)espoir de cause, il prend le parti d'intégrer l'unité psychiatrique d'un hôpital proche de chez lui ; il s'y retrouve confronté aux autres malades, pour la plupart adultes.

La plume de l'auteur arrive à rendre compte de manière magistrale des questions incessantes qui taraudent Craig, ainsi que sa "naïveté réaliste". Aucun faux-semblant chez le jeune homme qui découvre l'univers particulier de ce lieu où chacun traîne derrière lui son mal-être ; la souffrance s'y exprime de multiples manières.

Craig découvre le tracé des chemins qui l'ont conduit, (in)sensiblement, dans la spirale de la dépression, évoquant les "ancres" qui lui procurent (trop rarement) un sentiment de "plénitude" et les (nombreux) "tentacules", situations qui le tiraillent dans tous les sens, jusqu'à la "surchauffe".

  "C'est à peu près à cette époque que j'ai commencé à qualifier de tentacules certaines choses à accomplir. Et il y en avait beaucoup. J'aurais dû en couper. Mais je n'y arrivais pas ; ils étaient bien trop forts et j'étais comme prisonnier de leur étreinte étouffante. Pour m'en défaire, il m'aurait fallu admettre l'impensable, comme le fait que je n'avais tout simplement pas le niveau pour cette école." [p. 93]

Impossible pour moi de ne pas être émue lors de cette lecture puisque j'ai été confrontée à la dépression dans ma famille et me suis rendue en visite dans un premier hôpital où les images de Vol au-dessus d'un nid de coucous m'ont immédiatement sauté à la gorge - heureusement, le second établissement s'est avéré tout autre(ment humain) - ; Craig y fait une fois allusion.

En outre, l'adolescent relate les rencontres bouleversantes qui vont, d'une façon ou d'une autre, lui venir en aide : Nia, La Prof, Humble, Bobby, Muqtada...

Enfin, la force de ce récit réside aussi dans l'humour, très présent au fil des pages.

Ce "roman" prend une résonance particulière quand on sait que l'auteur, qui s'est longtemps battu contre la dépression, a mis fin à ses jours à l'âge de 32 ans.

Traduction : Fanny Ladd et Christel Gaillard-Paris.

Grand merci à La belle Colère pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (13).

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18:08 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

03/03/2016

La fille quelques heures avant l'impact, Hubert Ben Kemoun

Présentation. Ce soir. Tous ou presque ont prévu d'assister au concert du groupe de Marion. Mais tous n'iront pas pour les mêmes raisons. Certains sont venus avec joie et envie, d'autres avec rage et dégoût. Ici des comptes vont se régler, des vies basculer en quelques instants. Celle d'Annabelle tout particulièrement. Dans le noir, la tension monte. Annabelle veut croire que l'espoir va l'emporter mais la haine peut triompher…

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Mon avis. Tension, tel est le mot qui me vient à l'esprit avec cette lecture placée sous l'égide de la colère...

Le roman s'ouvre sur des pages en italiques, celles qui ponctueront régulièrement l'histoire, celles qui émanent de deux narrateurs différents qui vivent un drame "en temps réel" et ne laissent, dès lors, aucune échappatoire au lecteur : celui-ci lira les mots/maux qui conduisent à l'inéluctable, s'ingéniant à repérer les "indices" révélateurs de cette tension de plus en plus palpable...

Le chapitre 1 plonge dans la classe de français d'Isabelle Etcheverry : Isabelle d'un côté, ses élèves de l'autre. Isabelle qui tente de faire face, le mieux (le moins mal) possible, aux jeunes à qui elle essaie de faire découvrir la littérature. Ces jeunes qui n'ont pas forcément grand-chose en commun et viennent d'horizons différents. Ces jeunes qui, pour certains, attendent que le temps s'écoule (trop lentement), avant de retourner à leurs "petites affaires", plus "lucratives" que l'analyse littéraire, quelle qu'elle soit.

  "Le bouquin de Radiguet entre les mains, tel un prêtre avec son bréviaire, la jeune prof de français harangue depuis le début du cours pour essayer d'intéresser ses troisièmes. Elle rame un maximum dans la somnolence de cette fin de journée, à contre-courant d'un fleuve de fatigue et d'ennui.

   Les intéresser ? Les réveiller lui suffirait." [p. 15]

 

Des mots durs s'échangent entre les "grandes gueules", ceux qui font régner leur loi : d'une part Mokhtar, le grand escogriffe ; d'autre part Fabien, le facho de service, et Thierry, son "larbin". Les élèves comptent les points ; quant à Isabelle, elle aimerait tellement que s'achève cette heure qui s'étire à l'infini, d'autant qu'elle vient de recevoir un sms - qu'elle ne peut évidemment pas lire en cours - alors que sa relation avec Quentin s'effiloche, lentement mais sûrement : elle le soupçonne (fortement) d'être allé "voir ailleurs".

Au milieu de ce jeu de quilles intervient Annabelle : elle recadre vertement Fabien et Thierry si bien que "le silence qui suit ne dure que quelques secondes, mais il pèse des tonnes et il a la texture du plomb. Tous les regards des élèves sont tournés à présent vers Fabien et Thierry. L'atmosphère semble hésiter entre l'engourdissement collant et un tsunami de rage." [p. 33]

Les dés sont jetés.

Ce livre, qui illustre la colère dans la série "Toutes les émotions dans une collection", se lit aisément et met l'accent sur les relations difficiles, conflictuelles, douloureuses, voire impossibles entre les adolescents, sur leur mal-être, ainsi que les influences, parfois dévastatrices, qu'ils peuvent subir. Pourtant, de temps à autre, subrepticement, apparaît un rayon de lumière, comme l'amitié entre Annabelle et Fatoumata, toutes deux très attachantes...

Merci à Flammarion pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le Challenge "Jeunesse/Young Adult" (12).

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21:22 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

02/03/2016

(Re)Lecture commune : Harry Potter à l'école des sorciers, J. K. Rowling

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Je vous propose une (re)lecture commune du premier tome de la saga Harry Potter : Harry Potter à l'école des sorciers.

Ce sera une première pour moi : j'ai reçu à Noël la superbe version illustrée par Jim Kay ; j'ai eu envie de m'y lancer après avoir vu le spectacle parodique Potter Mania.

Je vous propose donc de vous joindre à moi, qu'il s'agisse pour vous d'une découverte ou bien d'une énième lecture, avec publication des billets éventuels - si vous tenez un blog - le 30 avril.

Qui en est ?

 

13:55 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

01/03/2016

Un parfum d'encre et de liberté, Sarah McCoy

Présentation. 1859. La jeune et impétueuse Sarah apprend qu'elle ne pourra pas avoir d'enfant. Mais comment trouver un sens à sa vie dans ce monde régi par les hommes ? Comment trouver sa place quand on est la fille de John Brown, célèbre abolitionniste qui aide les esclaves à fuir ?

2014. Eden et son pari emménagent dans la banlieue de Washington dans l'espoir de sauver leur mariage et fonder enfin une famille. En explorant sa nouvelle demeure, la jeune femme découvre une tête de poupée ancienne. Que signifient les mystérieuses lignes qui la recouvrent ?

Plus de cent cinquante ans séparent Eden de Sarah, mais sur la grande carte du monde et de l'Histoire, les destins de ces deux femmes se rejoignent en plus d'un point.

Un voyage exaltant, à la redécouverte du courage, de la famille, de l'amour et de l'héritage.

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Mon avis. J'ai beaucoup aimé ce roman inspiré d'une réalité historique douloureuse ; l'auteure explique d'ailleurs à la fin du livre les étapes de l'écriture.

Le récit alterne 19e et 21e siècles : nous découvrons d'abord Sarah en ces temps troublés annonciateurs de la guerre de Sécession. Son père, John Brown, fait partie des abolitionnistes qui risquent leur vie pour défendre leurs convictions. Sarah est bien décidée à leur apporter son aide, même si elle n'est "qu'une fille", davantage encore diminuée lorsqu'elle apprend qu'elle ne pourra pas porter d'enfant. Elle ne baisse pourtant pas les bras et veut mettre son talent de dessinatrice au service de "la cause", quels que soient les risques encourus.

C'est ensuite Eden qui fait son apparition - 2014 - : elle vient de s'installer avec Jack, son mari, à New Charleston, en Virginie-Occidentale. Le couple bat de l'aile en raison des multiples tentatives (désespérées) de concevoir un bébé. Sans succès. Eden, de plus en plus aigrie, est devenue invivable et Jack tente, tant que faire se peut, de "s'accrocher".

Aucune des deux héroïnes n'a été pour moi, dans un premier temps, attachante ; j'ai dû attendre que la trame se déroule avant qu'elles ne m'apprivoisent, lentement mais sûrement. Un trait d'union apparent : la tête d'une poupée qu'Eden découvre, incidemment, dans une cave de sa nouvelle maison.

Difficile de lâcher le livre une fois que je l'ai eu commencé : chaque chapitre se termine de telle manière que je désirais à tout prix connaître la suite ; les pages se sont donc tournées (presque) toutes seules.

Côté personnages, j'ai beaucoup apprécié Cleo, la jeune voisine d'Eden, pipelette invétérée, ainsi que Freddy, le fils d'un fidèle ami de John Brown. En toile de fond, les tensions exacerbées entre Sudistes et Nordistes. Et la souffrance des esclaves.

Traduction : Anath Riveline.

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

17:58 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

27/02/2016

Puzzle, Franck Thilliez

Présentation. Ilan et Chloé sont spécialistes des chasses au trésor. Longtemps, ils ont rêvé de participer au jeu ultime, celui dont on ne connaît que le nom : Paranoïa.

Le jour venu, ils reçoivent la règle numéro 1 : Quoi qu'il arrive, rien de ce que vous allez vivre n'est la réalité. Il s'agit d'un jeu.

Suivie, un peu plus tard, de la règle numéro 2 : L'un d'entre vous va mourir.

Et quand les joueurs trouvent un premier cadavre, jeu et réalité commencent à se confondre.

Paranoïa peut alors réellement commencer...

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Mon avis. Un roman qui happe le lecteur et ne le lâche plus, tout comme Ilan est lui-même entraîné dans un tourbillon maléfique...

C'est une de mes élèves (merci Lucie) qui m'a prêté Puzzle ; je ne comptais pas le lire tout de suite mais après en avoir découvert les premières pages, j'ai été harponnée, comme toujours avec Franck Thilliez...

Pièce après pièce, le puzzle prend forme et ouvre les portes du (de l'') (im)possible, centré principalement sur le personnage d'Ilan, un jeune homme féru de "chasses au trésor", virtuelles ou réelles. Sa compagne de jeu, un temps partenaire dans la vie, se nomme Chloé et semble encore davantage accro que lui à cet univers mystérieux.

Le couple se retrouve "incidemment" lors d'un jeu judicieusement intitulé Paranoïa, qui les entraînera dans un lieu situé à l'écart de tout/tous, hormis les huit participants sélectionnés pour la dernière (!) ligne droite. Leur nombre diminue comme peau de chagrin et Ilan commence à se méfier de chacun, y compris de lui-même même si Quoi qu'il arrive, rien de ce que vous allez vivre n'est la réalité. Il s'agit d'un jeu.

Vraiment ?

Un conseil ? Ne lisez pas trop de chroniques avant de vous plonger dans ce roman : certaines donnent des indices qui mettent (presque inévitablement) la puce à l'oreille...

Ce livre entre dans le challenge de La Licorne (thriller-policier pour février/mars).

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16:57 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

25/02/2016

Osez... 20 histoires de correspondance érotique, Collectif

Présentation. Quand l’art d’écrire devient art de jouir !
La correspondance érotique est depuis toujours un formidable vecteur d’excitation. Au XVIIIe siècle, à l’époque du Marquis de Sade, les amants s’échangeaient des lettres écrites à la plume et cachetées à la cire. En 2015, c’est le plus souvent en tapant fiévreusement sur nos claviers d’ordinateurs et de smartphones que l’on fait monter le désir... mais les adeptes du papier restent nombreux !

Dans ce nouveau recueil, vous découvrirez des correspondances érotiques de formes très différentes, mais toutes au service du même éternel but : s’abandonner à la magie sexuelle des mots. Tour à tour doux, crus, tendres, obscènes, enjôleurs ou pervers, ils vous feront découvrir la littérature érotique sous un jour nouveau... Et vous suggéreront plein d’idées pour vos propres correspondances coquines !

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Mon avis. J'ai postulé pour ce titre dans le cadre de la dernière édition de Masse critique sur Babelio, désireuse de tâter [...] un genre dont je ne suis pas coutumière... Mon avis est mitigé, tout simplement car j'aurais aimé davantage de "raffinement" dans l'expression de "la chose" [...] Peut-être mon côté féminin préfère-t-il la suggestion plutôt que la description pure et dure [...]

Indépendamment de la manière dont certains sujets (féminins) ont été (parfois violemment) (mal)traités, la langue [...] manque, selon moi, de goût [...].

Quelques textes m'ont davantage plu [...], même si je con[...]sidère qu'il ne faut pas obligatoirement appeler un chat [...] un chat [...] pour rendre le texte un tant/tend soit peu émoustillant : Le secret de Tante Anne, d'Amandine Gantois dont la chute [...] est excellente ; Une tasse pour deux, d'O-negatif où tel est pris [...] qui croyait prendre [...] ; Vous ne retrouverez jamais plus, de Raphaël Boudin (!) ; Des mots de feu [...], de Julie Derussy.

 

Ce titre entre dans les challenges "Un genre par mois" (romance, chick litt, érotique) et "Lire sous la contrainte" (73 points).

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13:16 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

16/02/2016

Joyland, Stephen King

Présentation. Les clowns vous ont toujours fait un peu peur ?
L’atmosphère des fêtes foraines vous angoisse ?
Alors, un petit conseil : ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d’orage…

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Mon avis. C'est de circonstance : j'ai gravi "une montagne russe" avec ce récit.

Ce fut d'abord une légère impulsion qui, je l'espérais, allait me mener lentement mais sûrement vers le sommet. Lentement, oui. Sûrement, c'était une autre paire de manches.

Car le premier tiers du roman s'étire (s'étire, s'étire) en longueurrrr, à tel point que je me suis demandé si c'était une nouvelle transformée en roman. J'ai ainsi attendu longtemps qu'il se passe "vraiment quelque chose", une fois passé le très (trop) long préambule destiné à "camper psychologiquement" le personnage principal, Devin Jones - au demeurant bien attachant - ainsi que le cadre particulier dans lequel il va évoluer : Dev' vient de se faire "larguer"et a décidé de travailler, durant l'été, dans un parc d'attraction appelé Joyland. Il intègre ainsi la "grande famille des forains".

Heureusement, tout vient à point à qui sait attendre : les rouages se dégrippent et j'ai alors pris place, avec beaucoup de plaisir, dans la grande roue menant au sommet, aux côtés du jeune homme et des autres personnages qui apportent chacun une touche particulière à cette (en)quête. Je pense particulièrement à ses amis Tom et Erin, à sa logeuse, Mrs Shoplaw, aux employés du parc et bien sûr aux enfants, ceux qui se doivent d'être présents dans un parc d'attraction. Et les autres...

Le récit brille également par l'humour qui s'en dégage mais si vous attendez l'atmosphère angoissante suggérée sur la 4e de couverture, vous risquez d'être déçu(e)...

Traduction : Nadine Gassie et Océane Bies.

Merci au Livre de Poche pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (10) et "Stephen King" (1).

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20:15 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

11/02/2016

La loi du dôme, 1, Sarah Crossan

Présentation. Les arbres ont été éliminés de la Terre et l’oxygène s’est raréfié, provoquant des millions de morts…

Les survivants ont été rassemblés sous le Dôme, sorte de bulle protectrice où un nouvel ordre s’est constitué autour d’un État totalitaire et d’une société, Respirer Inc, qui contrôle l’air que les habitants respirent. Tout en haut de l’échelle sociale, se trouvent les Premiums.

Riches et en bonne santé, ils méprisent les Auxiliaires, trop pauvres pour payer un impôt sur l’oxygène et donc contraints de survivre avec le peu d’air qu’ils respirent…

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Mon avis. Un livre que j'ai eu du mal de lâcher une fois ma lecture commencée...

Cette dystopie est de facture classique : la nature a été complètement détruite et les survivants vivent "sous cloche", contraints d'économiser l'oxygène devenu denrée rare, sauf pour qui a les moyens d'en acheter des volumes complémentaires, à savoir les nantis appelés Premiums. Ceux-ci ont ainsi l'opportunité de se tenir en forme puisqu'ils disposent de nourriture autre que chimique et ont la possibilité de faire du sport grâce à l'oxygène acquis. Les Auxiliaires, faute de moyens, doivent respirer le plus parcimonieusement possible et se tuent littéralement au travail.

Le roman se focalise tout à tour sur trois personnages : Alina, une Auxiliaire qui a perdu ses parents et fait maintenant partie de la Résistance, les RATs, désireux de résoudre les problèmes d'inégalité, liés entre autres au manque d'oxygène ; Béa brillante élève à l'avenir sombre puisque Auxiliaire, amoureuse de Quinn, son "meilleur ami" qui n'a d'yeux que pour les autres filles même s'il est profondément attaché à l'adolescente ; Quinn enfin, né Prémium et en tant que tel, disposant de tout ou presque mais jamais condescendant à l'égard des Auxiliaires, contrairement à bon nombre de ses pairs.

Ces trois-là vont risquer leur vie dès lors qu'ils ont mis le doigt (presque) malgré eux dans un engrenage qui s'emballe car une fois qu'est lancée la machine, impossible de l'arrêter. Les yeux se dessillent, douloureusement. Plus rien ne peut désormais être comme l'Avant.

Le roman se lit aisément ; mon personnage préféré est Béa, même si chacun est attachant, avec ses propres nuances et ses interrogations, qui deviennent nôtres...

Je découvrirai bien volontiers la suite.

Traduction : Mim.

Un grand merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (11), "Littérature de l'imaginaire" (9) et "Philéas Fogg".

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19:07 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

08/02/2016

Ta façon d'être au monde, Camille Anseaume

Présentation. Elles sont amies d’enfance. L’une est inquiète, rêveuse, introvertie ; l’autre est souriante, joyeuse, lumineuse. Ensemble, elles grandissent, découvrent la vie, l’amour. Jusqu’à ce qu’un drame bouleverse le monde qu’elles se sont bâti... Un roman poignant sur l’amitié, le deuil, et sur ce point de bascule irréversible qui sonne la fin de l’insouciance.

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Mon avis. Un texte touchant, une fois surmontée la confusion (éventuelle) liée à la narration où le "elle" le dispute au "tu".

Elle, c'est la petite fille qui se perçoit profondément "différente au monde" et ne peut s'empêcher de décortiquer à outrance les relations qu'elle (n') entretient (pas) avec les autres.

"Tu", c'est l'amie d'"elle", celle  qui progressivement et sans le savoir devient la référence d'"elle".

J'avoue qu'il m'est arrivé, au début du récit, d'être quelque peu déroutée par ce parti pris narratif peu conventionnel ; je me suis surprise de temps à autre à relire l'une ou l'autre phrase afin de "remettre mes pendules à l'heure" et fixer dans mon esprit ce qu'il survenait à qui.

J'ai alors pris mon rythme de croisière pour suivre, dans un premier temps, les débuts de l'existence d'"elle", "la petite fille", indiciblement inquiète.

  "Quelque chose en elle lui murmure que c'est beau l'enfance, et que ça meurt aussi. Elle essaye d'immortaliser la scène, avant d'y revenir. Trop tard, elle en a déjà fait un souvenir." [p. 25 - 26]

  Elle ne fait pas de bêtises, ne se roule pas par terre dans les supermarchés. Alors elle se demande pourquoi si souvent, le soir surtout, elle s'en veut. Elle ne connaît pas le mot, ne sait même pas qu'il en existe un pour désigner cela, mais elle sent dans tout son corps le poids d'une faute qu'elle a commise sans parvenir à l'identifier. Elle passe en revue la journée, à la recherche du péché capital qui lui vaut ses insomnies." [p. 37]

 

Sont évoqués ensuite des épisodes relatifs à ces deux personnages si complémentaires : leur rencontre quand elles sont enfants, leur complicité sous le "regard extérieurement observateur" de "la petite fille".

  "Dès qu'ils te rencontrent, les parents de la petite fille disent de toi que tu es un "rayon de soleil". Elle fait pourtant de son mieux pour en être un aussi.

   Mais elle n'y peut rien, tu n'y peux rien, ils ont raison, tu irradies.

   Tu souris tout le temps. Ou presque. Quand tu ne le fais pas, on dirait qu'il se passe quelque chose de grave. Alors on te demande pourquoi tu fais la tête, et tu souris pour dire que non. Tu as 10 ans à peine et c'est déjà trop tard. Tu es condamnée à sourire, les autres à te regarder." [p. 43]

 

Le sablier s'écoule : le récit raconte des tranches de vie des deux jeunes filles, souvent entourées de leur groupe d'amis, dans la maison de vacances de "Ker Timéoscor", à Tours ou Paris ; le "elle" se mue en "je". Jusqu'à ce que l'insouciance soit balayée et devienne souffrance : la douleur est minutieusement explorée, à travers de superbes "instantanés" qui m'ont rappelé, çà et là, l'écriture d'Un tout petit rien.

  "Elle a levé les yeux au ciel, quelques nuages épais tachetaient le ciel bleu. Elle a replongé le nez dans son verre, déçue de constater que tout aurait pu être parfait, si seulement le soleil ne menaçait pas déjà de se cacher." [p. 100]

  "À peine le temps de se remettre de l'attente qu'il faut déjà se préparer à l'abandon. Elle apprivoise doucement le départ qu'il mijote.

   L'attente était plus douce que le présence, finalement." [p. 107]

  "L'interphone pleure deux fois.

   [...] Longtemps, la bande-son est coupée, et ce qu'on entend le plus, c'est un silence stupéfait." [p. 121 - 122]

  "Tu pratiques l'endurance pendant que mon cerveau plonge dans les fissures que la déflagration a créées. Il s'y engouffre et creuse encore, labourant les nerfs à vif, élargissant les sillons de la tristesse, cherchant avidement des appuis à l'insoutenable. Ma tête scanne tout ce qui dans l'environnement peut actionner la tristesse et l'angoisse. Elle liste les souvenirs et les projets avortés, énumère les dernières fois. Il me semble qu'en une matinée j'ai déjà fait le tour des pensées qui coupent le souffle." [p. 129 - 130]

 

Quant à la fin, elle est percutante. Pas moins.

Merci aux éditions Kero pour ce partenariat.

16:42 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

06/02/2016

Kyrielle Blues, Biefnot-Dannemark

Présentation. " Un blues, mais d'un bleu lumineux ! " (Simon Bersic)

Ce qui s'annonçait comme un pénible voyage vers le Nord va peut-être changer la vie de Nina. Le cœur lourd, elle a quitté Bordeaux pour rejoindre Hazebrouck. Un notaire l'y attend pour lui lire les dernières volontés de son père, Teddy, un pianiste de jazz réputé, qui l'a élevée seul.

Le testament commence par une énumération de biens, pour la plupart dérisoires, qui libère en Nina une troublante kyrielle de souvenirs. Mais l'essentiel est ailleurs : la confession finale de Teddy va entraîner Nina et le notaire, confident inattendu, très loin derrière le miroir. Là où sont enfouis les mensonges, les silences, les ressorts secrets d'une vie.

De révélations en surprises, ces aveux bouleversent passé et présent. Vont-ils changer la couleur de l'avenir et permettre de repeindre l'horizon en bleu ? En tout cas, très vite, l'histoire rebondit...

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Mon avis. Un récit-friandise qui déroule sa partition au fil des mots : ceux-ci deviennent notes et emportent le lecteur sur des sentiers lumineux.

Le premier mouvement nous emmène au printemps 2016 : Nina, Antoine et Kathy reçoivent, dans leur restaurant-club de jazz bordelais, un duo  de musiciens américains. C'est Antoine qui a organisé cette soirée au cours de laquelle il se mue en équilibriste : la surprise est de taille, dans tous les sens du terme, mais elle risque de n'être pas au goût de Nina...

Plongée dans le passé : dix-huit mois auparavant, Nina a accompli le voyage qui l'a conduite sur les traces douloureuses de son passé alors que, contrainte et forcée, elle "remonte" vers Hazebrouck, là où le notaire fera lecture du testament paternel.

Passée la tension palpable qui étreint Nina dès qu'elle franchit le seuil de l'étude de maître de Laval, le rendez-vous dévoile, lentement mais sûrement, des pans entiers de la vie de Teddy que sa fille ne connaissait ni d’Ève ni d'Adam et qu'elle aurait préféré laisser dans l'ombre.

Ce récit est l'histoire de rencontres : Antoine et Nina lors de la lecture du testament, Nina et le Teddy qu'elle n'a jamais soupçonné, Antoine et un Teddy qu'il découvre, ou encore Antoine et (la rayonnante) Kathy (ma préférée), l'amie cordon bleu de Nina. Des rencontres qui risquent de bouleverser l'existence de ces héros de papier...

 

  "Nina retient son souffle. Elle cherche quelque chose à quoi accrocher son regard. Ses yeux croisent ceux d'Antoine de Laval. C'est de la douceur qu'elle y voit. A-t-il deviné ses larmes anciennes ? D'un battement des paupières, elle lui dit de poursuivre." [p. 75]

  "Plus tard, dans la nuit, ils font lentement le chemin en sens inverse, sans dire un mot, pour permettre aux paroles de Teddy de trouver leur juste place au fond d'eux-mêmes." [p. 137]

  "Debout. Faire des pas. Dire doucement au revoir, à bientôt. À bientôt ?" [p. 191]

 

Rencontre aussi entre le lecteur et un très beau texte, agrémenté par les aquarelles de Véronique Biefnot, un de ceux qui font du bien et poétisent le temps écoulé en compagnie des personnages.

Grand merci aux auteurs pour ce partenariat ; le livre est disponible à partir du 11 février : n'hésitez pas.

 

Ce roman entre dans les challenges "Lire sous la contrainte" (33 points) et "Phileas Fogg".

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15:11 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

03/02/2016

Si c'est la fin du monde, Tommy Wallach

Présentation. Et si une météorite avait deux chances sur trois… de faire exploser la Terre dans deux mois ? Alors que la fin de la terminale approche pour Peter, Anita, Andy et Eliza, une météorite apparaît dans le ciel : elle a deux chances sur trois de percuter et faire exploser la Terre deux mois plus tard.
Tout à coup, l’avenir n’a plus la même importance… L’anarchie s’installe peu à peu : violence et pillages se multiplient, beaucoup arrêtent de travailler, la nourriture commence à manquer.
Les quatre adolescents doivent décider maintenant ce qu’ils feront du reste de leur vie, et peut-être, paradoxalement, en profiter pour être enfin libres et heureux, même pour peu de temps…

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Mon avis. Un bon moment de lecture mais si le thème avait été exploité plus en profondeur, c'eût été un très bon moment...

Nous nous retrouvons à Seattle, au milieu de jeunes dont le temps est désormais compté ; en effet, les probabilités de voir la Terre détruite par une météorite sont extrêmement élevées. Chacun tâche de continuer à "exister" en attendant la fin...

Le récit se centre tour à tour sur un des personnages principaux : Peter,  jeune homme "bien sous tous rapports", si l'on excepte un "faux pas" ; Eliza, étudiante brillante, passionnée de photographie, qui s'étourdit dans les relations d'un soir pour oublier l'épreuve qui touche son papa ; Andy, délaissé par ses parents et attaché (presque) malgré lui à Bobo, le voyou de service ; enfin Anita, jeune femme parfaite qui semble pourtant vouée à décevoir constamment l'imposante figure paternelle.

Petit à petit, les protagonistes réagissent, chacun à sa manière, face à l'inéluctabilité de l'événement : certains vont enfin se découvrir/se révéler ; d'autres vont se perdre... Ma déception réside dans le fait que le propos s'éparpille quelque peu ; en outre, j'aurais apprécié que les personnages soient davantage nuancés...

Traduction : Papillon.

Merci aux éditions Nathan pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (10) et "Littérature de l'imaginaire" (8).

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12:28 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

31/01/2016

Orange, 1, Ichigo Takano

Présentation. Un matin, alors qu'elle se rend au lycée, Naho reçoit une drôle de lettre… une lettre du futur ! La jeune femme qu'elle est devenue dix ans plus tard, rongée par de nombreux remords, souhaite aider celle qu'elle était autrefois à ne pas faire les mêmes erreurs qu'elle. Aussi, elle a décrit, dans un long courrier, les évènements qui vont se dérouler dans la vie de Naho lors des prochains mois, lui indiquant même comment elle doit se comporter. Mais Naho, a bien du mal à y croire, à cette histoire… [...]

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Mon avis. Je risque de me faire présentement des ennemis : c'est clairement pour moi une déception...

Ce manga (shōjo) est encensé sur la Toile, j'ai donc choisi de le lire dans le cadre du challenge "Un genre par mois".

J'ai adoré le graphisme, les visages sont superbes et pleins de fraîcheur, très féminins aussi : il m'est arrivé, à plusieurs reprises d'y regarder à deux fois afin de "reconnaître les garçons".

L'intrigue est tout à fait intéressante : les lettres que Naho reçoit de la "future elle-même" initient une intrigue prometteuse ; elle l'est, du moins dans une certaine mesure : j'ai trouvé l'ensemble parfois quelque peu confus.

Mais là où le bât (m'a) bless(é)e, c'est dans le texte, tellement "simple", presque "balbutiant"... Dommage...

Traduction : Chiharu Chujo.

 

Ce titre entre dans les challenges "Un genre par mois" (BD, comics, manga pour janvier) et "Phileas Fogg".

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12:57 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

29/01/2016

Silo, Hugh Howey

Présentation. Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants occupent  un silo souterrain de 144 étages. Presque tout y est interdit ou contrôlé, y compris les naissances. Ceux qui enfreignent la loi sont expulsés en dehors du silo, où l'air est toxique. Avant de mourir, ils doivent nettoyer les capteurs qui retransmettent des images brouillées du monde extérieur sur un écran géant. Mais certains commencent à douter de ce qui se passe réellement dehors.

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Mon avis. Un récit que j'ai beaucoup apprécié...

Dès la première page, le lecteur se retrouve piégé dans le silo dont la colonne vertébrale n'est autre que l'escalier qui relie (ou sépare ?) les 144 étages de cette boîte gigantesque.

On accompagne d'abord Holston, le shérif du silo, en train de gravir les dernières marches, celles qui conduisent "au lieu ultime" : Holston est bel et bien déterminé à sortir, signant par là même son arrêt de mort.

Ensuite, focus sur Jahns, une dame vieillissante mais toujours énergique, qui occupe la fonction de maire ; suite au nettoyage entrepris par Holston, elle a pour mission de nommer un nouveau shérif. Pour ce faire, elle a décidé d'accomplir le "voyage" qui la mènera vers les Machines, soit 140 étages plus bas, en compagnie de Marnes, l'adjoint du shérif.

Troisième personnage : Juliette, une jeune femme qui travaille "au fond", une "graisseuse" comme disent ceux des étages supérieurs. C'est Juliette qui a été choisie par Jahns pour succéder à Holston mais tout le monde ne l'entend visiblement pas de cette oreille.

  "Elle et Marnes trouvèrent leur rythme de croisière, chaque pied déjà tendu vers la marche suivante, une sorte d'effondrement des os, de résignation à la gravité, se laisser tomber sur ce pied, glisser la main, tendre la canne, recommencer. Le doute s'insinua en Jahns aux abords du trentième étage. Ce qui semblait une belle aventure au lever du soleil lui semblait désormais une entreprise immense. Chaque pas se faisait à contrecœur, avec la conscience de l'effort éreintant qu'il faudrait pour reconquérir cette altitude.

   Au trente-deuxième, ils passèrent la station d'épuration du haut et Jahns réalisa que certaines parties du silo étaient presque nouvelles pour elle. À sa grande honte, il y avait une éternité qu'elle n'était pas descendue si bas. Et entre-temps, des changements étaient intervenus. Des constructions et des réparations étaient en cours. Les murs n'étaient plus de la même couleur que dans son souvenir. Encore qu'il lui était difficile de se fier à son souvenir..." [p. 96 - 97]

 

Ces trois personnages attachants jouent un rôle prépondérant dans l'histoire, grains de sable qui vont gripper la mécanique (finalement pas aussi) "totalitairement huilée" (que certains le voudraient). Dès lors, les nettoyages se suivent et (ne) se ressemblent (pas).

Je ne me suis pas ennuyée une seconde alors que certains (longs) passages décortiquent pourtant les lieux, et particulièrement celui où tout se (dé)noue : l'escalier, bientôt témoin muet du drame qui se joue...

Traduction : Yoann Gentric et Laure Manceau.

Merci au Livre de Poche pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (7) et "Phileas Fogg" (USA).

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19:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

17/01/2016

Fondation Deus, III : L'ombre des nuages, Pierre-Arnaud Francioso

Présentation. Après avoir été victime d'un terrible accident, Astrid est enlevée et se réveille avec une trentaine de personnes de tous âges dans un établissement pour mutants coupé du monde, la Fondation Deus, créée il y a près de trois cents ans. Alors qu'ils commencent à œuvrer pour l'école, certains élèves disparaissent dans des circonstances mystérieuses, victimes d'une menace insoupçonnée qui s'apprête à ravager la Fondation.

Héros ou égoïstes... Face à la mort, la vraie nature des mutants va se révéler. Découvrez certaines des heures les plus sombres de la Fondation Deus, et la lutte de ses occupants pour essayer de survivre aux dangers qui les guettent. Voyagez à travers les époques, comprenez pourquoi les murs de l'école semblent pleurer et percez les mystères du Gardien des Ombres.

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Mon avis. J'avais beaucoup apprécié le tome 1, intitulé Le Veilleur, à tel point que j'en avais parlé aux collègues ayant des élèves plus jeunes que les miens, le livre me paraissant convenir à des élèves du premier degré. L'auteur doit d'ailleurs revenir bientôt à l'école.

Mon avis est cependant mitigé concernant ce roman-ci, que l'on peut par ailleurs tout à fait découvrir sans avoir lu la deuxième partie puisqu'il prend place, chronologiquement, avant l'action du Veilleur...

Le récit commence de la même manière que le premier opus, à savoir la description des circonstances dramatiques qui conduisent une adolescente, en l'occurrence Astrid, à se retrouver au cœur d'un endroit très mystérieux : la Fondation Deus.

Des individus, jeunes ou adultes, venant d'époques et de lieux différents sont enfermés dans un espace clos, contraints de suivre des cours susceptibles de faire surgir en eux un "pouvoir potentiel". À l'issue des semaines d'observation programmées, des examens seront organisés, destinés à sélectionner les "vainqueurs"...

J'ai dans un premier temps retrouvé avec plaisir l'atmosphère particulière de la Fondation, dans laquelle les questions abondent, sans les réponses. Cependant, j'ai trouvé la "première partie", autrement dit celle de la (re)découverte, longue et répétitive. De plus, les personnages sont nombreux, même si l'attention se focalise sur certains d'entre eux, si bien que je me suis quelque peu perdue dans le dédale des personnalités. J'ai en revanche apprécié la relation, distillée çà et là, des bribes du passé de certains d'entre eux.

Mon intérêt a été relancé lorsque la Fondation est en proie à des attaques de "scorps" qui déciment petit à petit les rangs des membres de l'école, tant professeurs qu'élèves, mais j'ajouterai quelques bémols : outre le ver "grand-guignolesque" et les handicaps dont sont victimes certains des élèves qui passent "comme une lettre à la Poste", me semblant ainsi intégrés/acceptés trop facilement, j'ai trouvé la fin abrupte.

Côté écriture, le texte est très dense et me paraît cette fois davantage approprié à de plus grands adolescents.

Merci à Livraddict et à l'auteur pour ce partenariat.

 

Ce roman entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (9), "Littérature de l'imaginaire" (6), "Lire sous la contrainte" (25e session) et "Comme à l'école" (Thème : Rouge).

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14:25 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

10/01/2016

Praërie, 2 : Le secret des Haoms, Jean-Luc Marcastel

Présentation. Le lieutenant Vincent Marty réussira-t-il à quitter le monde impitoyable de Praërie ?

Là, parmi ces descendants d’humains miniaturisés par erreur voici plus de vingt ans, il a trouvé des alliés en la personne de Lo'Hiss, redoutable chasseur, d’une étrange fille-guêpe et de Séfan, une jeune Sink aussi surprenante qu’attachante. Avec leur aide, il est parti à la recherche du laboratoire où se trouve le protocole qui lui permettra de retrouver sa taille d’origine.

Mais la Vertjungle est féroce et sans pitié pour qui ne connaît pas ses secrets… car le moindre ruisseau y devient un fleuve infranchissable hanté par des créatures redoutables, les insectes !

Pourtant, ici comme ailleurs, le plus terrible des prédateurs n’est pas toujours celui que l’on croit…

Praërie - Les vrais monstres sont sous nos pieds…

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Mon avis. J'avais déjà beaucoup apprécié le premier tome de Praërie, Le monde des Sinks ; j'ai davantage encore aimé ce deuxième opus.

Prêts à vous miniaturiser l'espace de quelques heures et à vous retrouver, infi(nissi)me, face aux carapattes de la Vertjungle ? Allons-y, mais que vos sens demeurent constamment aux aguets si vous ne souhaitez pas devenir une friandise pour insectes...

Le récit commence exactement là où s'était terminé le précédent : les quatre protagonistes pensent avoir retrouvé l'hélicoptère de Vincent mais il s'avère que ce n'est pas le cas. D'emblée commence une course effrénée alors que le petit (!) groupe composé de Vincent, Séfan, Lo'Hiss et la Fillvolmort deviennent des mets de choix pour les Grouillepinces, alias les fourmis, toutes mandibules dehors, cisaillant l'air en une espèce de répétition avant la "t/fournée générale".

Ce n'est que le début de leurs (més)aventures face aux monstres démesurés de Praërie, contées de main de maître(-poète) par Jean-Luc Marcastel, d'un combat mémorable contre une (gigantesque) ventrecroche (araignée) à la confrontation avec les filles-guêpes, Amazones corsetées de noir et or, en passant par un affrontement avec une (énorme) grouillecroche (scolopendre).

Et chaque fois qu'un combat s'engage, le sablier du temps s'écoule : si le groupe n'a pas retrouvé l'hélicoptère endéans quelques heures, il leur sera définitivement impossible de rejoindre Gradmonde.

  "Là, patiente, vigilante, guettait la maîtresse des lieux.

   Un frisson de terreur avait traversé Vincent.

   Deux de ses pattes, longues et puissantes, segmentées et velues d'une broussaille agressive, dépassaient hors de son antre.

   Elle attendait.

   Malgré ses jumelles dotées d'un filtre amplificateur, il ne distinguait d'Elle que quelques fragments, un reflet par-ci, égaré sur une portion de crâne énorme, un éclat par-là, luisant, agressif... celui du soleil se compromettant sur deux crochets que Vincent devinait presque aussi longs que lui.

   Un rien plus haut, huit points noirs, des petits et des grands, se détachaient de quelque masse plus sombre, infiniment plus imposante, repliée dans cet espace trop exigu pour elle...

   Cette ombre, c'était celle qui se tapissait au fond de ses cauchemars d'enfant, celle qui le guettait sous son lit, quand, tellement terrifié qu'il ne pouvait plus bouger, il attendait qu'une de ses pattes vienne se poser sur ses couvertures, puis une deuxième, tractant le corps boursouflé de venin jusqu'à lui, pour enfin le mordre, le paralyser et le vampiriser.

   Ces huit fragments de ténèbres pures, sans partage, qui n'offraient rien, mais absorbaient tout, fenêtres ouvertes sur le néant, la mort, il lui sembla un instant qu'ils le fixaient, le consommaient déjà." [p. 66]

 

J'ai vibré (!) avec les héros, et adoré la manière dont chacun apprivoise ses compagnons, osant par là même se rendre vulnérable afin de découvrir l'autre dans sa différence... [Et pour l'anecdote, je me suis même surprise à observer une araignée qui avait élu domicile dans la maison, imaginant les Sinks face à elle...]

 

Ce livre entre dans les challenges de la Licorne 2 ; "Jeunesse/Young Adult" (8) et "Littérature de l'imaginaire" (5).

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21:33 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

06/01/2016

Les anonymes, Roger Jon Ellory

Présentation. Washington. Quatre meurtres aux modes opératoires identiques. La marque d'un serial killer de toute évidence. Une enquête presque classique donc pour l'inspecteur Miller. Jusqu'au moment où il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité. Qui était-elle réellement ? Et ce qui semblait être une affaire banale va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain...

Une fois encore, R. J. Ellory pousse le thriller dans ses retranchements.

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Mon avis. Mais comment diable ai-je attendu si longtemps avant de me lancer dans la découverte de l'auteur ? Impression que je risque peu d'être déçue avec Ellory...

Après Seul le silence, Les neuf cercles, voici donc Les anonymes, un récit qui s'ouvre sur une scène qui sort des sentiers battus : Catherine Sheridan, une (presque) quinquagénaire, est sur le point de se faire assassiner. Jusque-là, rien "d'original" si je puis dire, mais la particularité de cet homicide tient dans le fait qu'elle sait pertinemment que son meurtrier est dans sa maison, qu'elle va "y passer" et semble pourtant attendre, fataliste, que se produise l'inéluctable.

  "Ça y est, se dit-elle.

Je m'appelle Catherine. J'ai 49 ans, et ça y est.

   Merde.

   Elle bouge vers la droite, tend la main et touche la surface froide de l'évier. Elle s'agrippe au rebord et, en usant comme d'un levier, se retourne lentement vers la porte.

   Elle se demande s'il est déjà dans la maison.

   Elle se demande si elle ferait mieux de rester immobile et d'attendre, ou au contraire de bouger.

   Elle se demande ce qu'il veut d'elle.

   Elle met du temps à prendre une décision, mais, une fois qu'elle l'a prise, elle s'y tient.

   Elle traverse la cuisine jusqu'au salon - déterminée, concentrée. Elle sort un DVD de l'étagère contre le mur et, avec la télécommande, ouvre le lecteur, pose le disque, referme le lecteur, appuie sur des boutons et attend que le son arrive... Puis l'image apparaît. Elle hésite.

   Une musique.

   Elle monte le volume.

   Musique composée par Dimitri Tiomkin.

   La vie est belle." [p. 11 - 12]

  

L'inspecteur Miller, qui vient tout juste de réintégrer ses fonctions, est chargé de l'enquête et il a conscience qu'il n'a pas le droit à l'erreur. "On" l'attend au tournant depuis que les médias l'ont jeté en pâture au public... Or Catherine Sheridan est la quatrième victime d'un serial killer qui semble prendre un malin plaisir à mettre en scène des meurtres commis de manière particulièrement horrible.

À côté du mode opératoire sanguinolent, les indices sont peu nombreux : un ruban coloré "artistiquement" laissé sur les lieux, ainsi qu'une odeur écœurante de lavande. La Police du 2e district patauge, au sens propre comme au figuré.

Pas (infime) à pas (infime), l'équipe de Miller et Roth, son coéquipier, épluche toutes les pistes possibles et (in)imaginables : il est indispensable de coffrer celui qui se cache derrière tout cela.

Ce récit principal est entrecoupé de pages en italiques, rédigées par John Robey, un homme désireux de "dévoiler les ombres" et "montrer au monde ce qui s'y cache". [p. 62] Petit à petit, ce personnage se livre :

  "Je sais l'amour et le dépit, les cœurs brisés et les désillusions. J'ai compris que le temps sert à émousser cette lame de rasoir qu'est le deuil, jusqu'à ce que la plaie des souvenirs soit moins profonde et que ne subsiste plus que la douleur de l'oubli forcé.

   Je sais tout des promesses tenues comme des promesses trahies." [p. 60]

  "[...] j'attends - (in)visiblement - que la police frappe à ma porte et me dise ce que j'ai prévu d'entendre.

   Parfois je me surprends à retenir mon souffle en attendant cet instant-là." [p. 143]

 

Indépendamment de l'intrigue extrêmement fouillée, relative au Complot, teintée d'habile manipulation et de culpabilité, j'ai beaucoup apprécié les personnages principaux : Miller et ses (profondes) fêlures ;  Roth, soutien conventionnel de Miller ; le vieux couple Shamir qui tente de veiller "de loin" sur Miller, lui rappelant qu'il est bon de se nourrir de temps à autre ; John Robey lui-même, homme de l'ombre bien décidé à mettre en lumière ce qui n'était pas censé l'être. En outre, la relation qui se noue entre Miller et Robey est unique...

Traduction : Clément Baude.

 

Ce livre entre dans le challenge "Phileas Fogg" (auteur anglais).

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20:59 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

03/01/2016

Le Visage de Satan, Florent Marotta

Présentation. Un hurlement. Là, quelque part, qui se répercutait sur les murs poisseux et humides de la pièce. L'endroit ressemblait davantage à une cave avec ses murs bruts et ses parois voûtées. Puis un râle d'agonie s'étouffa, comme si même la mort prenait plaisir à attendre. L'homme pendait comme une vulgaire carcasse de viande accrochée à une esse de boucher. Son visage n'était que souffrance, rictus d'agonie et d'abomination. « Faites que je meure », implora-t-il en silence.

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Mon avis. Un titre et une présentation qui donnent le ton, sanglant s'il en est...

Quelques jours avant la "fin du monde programmée" de décembre 2012, les forces obscures se déchaînent et c'est par le biais de Gino Paradio, ex-policier, alcoolique (pas encore tout à fait) repenti, devenu détective privé, présentement sans travail, que le lecteur plonge dans une atmosphère glauque, dégoulinante de satanisme...

Gino est lui-même poursuivi par ses propres démons : sa sœur est décédée, renversée par un chauffard, et ses parents ont été assassinés. Depuis lors, la colère, la haine et la vengeance lui tiennent compagnie...

Alors qu'il se demande à quoi se raccrocher dans la vie, en lutte perpétuelle contre l'envie prégnante d'à nouveau s'oublier dans l'alcool, il est contacté par Sibylle Pech, une veuve sculpturale qui lui demande de prouver que son mari défunt, victime d'une crise cardiaque, a bel et bien été assassiné. Le détective ne "sent pas" cette affaire, mais il lui faut bien se nourrir - à défaut de boire - et le voici lancé dans cette enquête susceptible d'être pour lui la dernière...

Or il se fait que d'horribles crimes sont perpétrés dans la capitale française et Gino commence à se demander si ceux-ci et ses investigations ne seraient pas liés. Il sera contraint, à certains moments, de se dépouiller de la carapace qu'il s'est forgée et de son "armure cartésienne" s'il veut espérer trouver le "fin mot" de l'histoire, au risque de sombrer définitivement dans sa part d'ombre, celle qui ne demande qu'une chose : l'engloutir. Irrémédiablement.

Malgré les erreurs de langue qui émaillent çà et là le texte, et même si j'ai parfois été heurtée (!) par les crimes savamment orchestrés par le Mal(in), j'ai été happée par l'histoire et j'ai beaucoup apprécié le personnage principal, anti-héros perpétuellement sur le fil du rasoir (!), qui, à son corps défendant, entrouvre les portes de l'occultisme...

Âmes sensibles s'abstenir...

Merci aux éditions Taurnada pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Comme à l'école" (Thème : rouge).

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17:14 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |