26/03/2016

S.A.S.H.A., Martin Michaud

Présentation. Elias et le petit Sasha errent dans l’aéroport Trudeau. Ils vont y accueillir Luana, la maman du garçon, qui revient d’un long ­séjour à l’étranger. Mais est-ce bien là toute l’histoire ? Trois jours plus tôt, un incendie a ravagé la cabane où ils habitaient, au fond des bois. Est-ce pour cette raison qu’Elias se tient sans cesse sur ses gardes ? Ou cela a-t-il plutôt à voir avec l’aura de mystère qui entoure l’enfant ?

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Mon avis. Je viens enfin de découvrir Martin Michaud, "le maître québécois du thriller" : Argali en dit tant de bien - si vous cherchez un avis éclairé sur la littérature québécoise, allez faire un tour sur son blog - que j'ai profité de la Foire du Livre de Bruxelles pour aller saluer ce grand monsieur, au demeurant bien sympathique.

Ce court roman est avant tout le récit d'une atmosphère : Elias et Sasha, un petit garçon de sept ans, sont présents dans l'aéroport Trudeau, à Montréal. Ils sont venus y attendre Luana, la maman de Sasha.

Ils sont cependant des "badauds" tout à fait particuliers : Elias demeure en permanence sur le qui-vive, attentif à tout un chacun dont il croise ne serait-ce que le regard ; Elias veille sur Sasha, grâce à/malgré les voix qui bataillent dans sa tête ; Elias doit trouver le moyen de rester en vie et de protéger l'enfant, lui procurer aussi de quoi les nourrir. Si possible.

  "Tant qu'ils s'étaient terrés dans cette vallée au fond des bois de la Missisquoi, il avait cru qu'il serait possible de disparaître et d'échapper à ceux qui les poursuivaient ; que Luana, la mère du garçon, pourrait les y rejoindre et vivre tranquille avec eux." [p. 21]

  "Elias voulait éviter qu'on les repère, mais ils ne pouvaient faire autrement que de se présenter au point de chute s'ils voulaient reprendre contact avec Luana. Ils devaient donc procéder avec prudence et se tenir le plus loin possible du champ des caméras de surveillance." [p. 43]

 

J'ai apprécié ce texte aux personnages particulièrement attachants, qu'il s'agisse de l'enfant ou de l'adulte. Leur relation est touchante et l'appréhension va crescendo... jusqu'à la fin. Une remarque : je ne sais (toujours) pas si j'aurais préféré - ou pas - que le récit s'arrête avant la dernière phrase...

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne (lecture supplémentaire pour février - mars).

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15:19 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

24/03/2016

Arithmétique de la chair, Macha Méril

Présentation. Bettina n’est pas une femme comme les autres. Expert-comptable, elle pèse 96 kilos, est passionnée par les mathématiques et vit seule, en compagnie de ses ordinateurs et de ses idoles d’Internet : les chercheurs et les savants.

Un jour, elle ose se présenter à un concours de calcul mental télévisé, le gagne et sa vie bascule. Elle devient une star médiatique et rencontre l’amour.

Où la conduiront ces succès et cette gloire rapides ? Que désire-t-elle vraiment ? Connaît-elle le bonheur ?

Voici une fable moderne où Cendrillon gouverne son destin et se pose les grandes questions de l’existence : où allons-nous, que devenons-nous, qui sommes-nous ?

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Mon avis. Une lecture qui fait réfléchir sur le regard : celui que l'on porte sur soi, celui que les autres portent sur soi...

Bettina vit pour et par les chiffres, ceux avec lesquels elle jongle volontiers, ceux qui jamais ne la déçoivent, ceux qui la rassurent, ceux qui rythment son existence. Ceux aussi qui grimpent sur l'écran de sa balance. Lentement mais sûrement.

  "Une passion véritable. Un engouement qui occupe tous les instants de sa vie. Une sorte de deuxième nature, une communication privilégiée avec ce qui lui paraît la base de tout, un langage compris par peu de personnes, tous membres d'un clan secret : les matheux. Les fous de mathématiques, d'algèbre et d'algorithmes. Un club sélectif où on n'entre pas comme on veut. Une famille de personnes rares qui maîtrisent les mêmes connaissances." [p. 10 - 11]

 

Bettina ne se formalise pas outre mesure des kilos excédentaires engrangés car elle vit bien en leur "compagnie", mais elle se demande quand même d'où vient - ce que les autres lui renvoient comme étant - le problème : elle n'a nullement modifié ses habitudes alimentaires, elle qui ne mange déjà que très peu, et les médecins consultés ne peuvent lui fournir aucune explication.

Le souci, c'est la gêne de son employeur face à l'obésité de la jeune femme qui n'a en rien démérité et demeure toujours la championne des chiffres.

Sa vie change du jour au lendemain lorsqu'elle participe à un jeu télévisé centré sur les calculs : focus sur sa personne bien en chair et oh combien attachante. Les portes de la notoriété s'entrouvrent. Pour le bien de Bettina.

Pour le bien de Bettina ?

  "Bettina pratique volontiers l'humour solitaire et l'autodérision. Elle se surprend parfois à rire toute seule dans sa cuisine, et maintenant quelquefois au bureau, comme si sa nouvelle carrure l'autorisait à ne plus se cacher." [...]

   L'attrait de la vie, selon elle, se situe ailleurs, du côté de l'intemporel et de l'impalpable. Le reste change continuellement, à grande vitesse, selon les flux de croissance du capitalisme qui a envahi la planète dans une folle sarabande, désordonnée et sans foi." [p. 20 - 21]

 

J'ai aimé l'héroïne et la manière dont elle gère la situation ; un bémol cependant : le début du récit, autrement dit la partie qui précède la participation de Bettina à l'émission, tire en longueur.

 

Merci à Gilles Paris pour ce partenariat qui m'a permis de découvrir la (belle) plume de Macha Méril.

16:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

20/03/2016

Le principe de parcimonie, Mallock

Présentation. On a volé la Joconde. À la place du mystérieux sourire apparaît le visage hideux de la barbarie. Plus qu'un crime, c'est un manifeste. Polichinelle écarlate et Paganini du rasoir, le monstre qui répond au nom de Docteur Ockham excelle à découper l'anatomie de ses très médiatiques victimes. Performance iconoclaste ou massacre dément ? Paris frissonne. La terreur tout autant que la fascination règnent.
Alors que la Seine, en pleine crue centennale, engloutit métro, monuments et musées de la capitale, Mallock, tour à tour commissaire et critique de cette exposition apocalyptique, va devoir démasquer Ockham avant qu'il n'accomplisse son ultime promesse, son grand œuvre : repeindre le monde aux couleurs du chaos. Un livre phénomène !

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Mon avis. Ce n'est pas encore cette fois que je regretterai d'avoir fait un bout de chemin avec le commissaire, bien loin de là...

L'histoire démarre lentement, ou plus exactement, elle plonge d'emblée le lecteur dans le sujet, mais l'enquête progresse lentement tant les indices sont ténus. Il est d'abord question du vol de La Joconde, bientôt suivi de sa destruction "en direct" via le Net.

Celui que l'on nomme bientôt l'arlequin ou le Polichinelle en raison de son déguisement s'en prend ensuite à l'intégrité de ses victimes, au demeurant fort peu sympathiques : la description de Louis Bastien Vidal, "le plus grand philosophe français vivant. Ou du moins le croyait-il, du haut de son incommensurable suffisance." [p. 79] est extrêmement savoureuse - toute ressemblance avec une personne existant ne peut être fortuite -. L'as du rasoir commence à trancher dans le vif : du cuir chevelu aux oreilles, en passant par le nez  et autres "attributs" de personnalités pour lesquelles le commun des mortels n'éprouve, la plupart du temps, que (très) peu d'empathie.

Le public, avide de sensations fortes, suit ainsi, par écran interposé, les méfaits du maître ès découpes, ainsi que l'impuissance de la Police face à celui-ci. Mallock joue une partie particulièrement difficile, tentant de "faire parler" les bocaux contenant les "morceaux" prélevés sur les victimes reçus au "13, nouveau temple de la lutte contre le crime" [p. 16]. Perpétuellement sur le fil du rasoir (!), le commissaire pressent que si le malfrat n'a pas encore tué, cela risque bien de se produire, un jour ou l'autre.

Cette cinquième chronique barbare qui permet de retrouver, avec grand plaisir, la fine équipe de l'ex-36, immerge par moments le lecteur dans la philosophie, tout comme Paris est victime d'une crue centennale - je ne connaissais pas l'adjectif - : la Seine donne sa pleine mesure et les Parisiens luttent à armes (in)égales contre la nature dévastatrice. Si seulement le Polichinelle pouvait se retrouver le bec dans l'eau (!)...

 

L'écriture est toujours aussi affûtée (!), le cynisme est bel et bien présent, notamment dans le regard posé sur les (con)citoyens ; à noter que certaines scènes font mal. Très mal.

   "- [...] Jules s'occupe en ce moment même de recueillir le témoignage du journaleux, Ken prend la déposition du philosophe et Julie celui du baveux.

   Ce dernier, propriétaire d'une imposante chevelure tirant sur le violet, s'était fait une spécialité de racler les fonds de prison pour y dégoter les cas les plus indéfendables. Dans la foulée, il écumait les plateaux de télévision pour y fourguer les livres-vérités qui découlaient de son édifiante expérience de la condition humaine. Tout, surtout un tel sacerdoce, avait un prix. Charles W. Pirreli, qui avait bien compris la faim insatiable du peuple et des médias pour l'indignation et les causes à la con, s'adonnait désormais au mouvement perpétuel : la transformation opportuniste et sélective de ses vertueuses colères en livres-étrons. Rien ne se perd, tout se transforme, surtout l'ignoble." [p. 107]

 

   "Mallock partit presser le jus d'une capsule pour se faire du café, et mit deux oranges dans le percolateur, ou le contraire.

   Il avait mal dormi et n'était pas bien réveillé.

   Trop tôt pour sortir.

   Alors, allumer la télé ?

   Toujours cette fascination pour l'information, ce vilain petit mensonge. Au matin, deux nouvelles d'importance occupaient l'écran : la mort d'un savant ayant réinventé notre vision du monde et la sortie des mémoires d'une vedette de la téléréalité. L'homme a besoin d'icônes. Petite conne ou grand homme, qu'importe, son besoin de divinités n'avait jamais cessé, que ce fût pour les frotter contre son ventre dans un but de fertilité, ou pour les fracasser contre le mur de ses frustrations.

   Amédée éteignit le poste et regarda au-dehors.

   Rêvait-il encore ?" [p. 131]

 

   "Mallock attendit. Il savait qu'il fallait parfois être patient lorsque venait de naître une belle idée toute tremblante, encore recouverte de son placenta cervical. Il convenait de ne pas forcer les choses, de laisser la nature suivre son cours et l'idée s'habituer à la lumière du jour." [p. 145]

 

Une remarque pratique : j'aime beaucoup le nouveau format de cette édition.

Si vous ne connaissez pas encore Mallock, n'hésitez pas...

 

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne 2 (session 3 : thriller-policier).

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17:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

18/03/2016

Deadlock, Saki Aida & Yuh Takashina

Présentation. Yûto, un ancien agent de la brigade des stups (BS), affirme ne pas avoir tué son collègue et avoir été emprisonné à tort.

Pour être libéré, il devra identifier un terroriste qui opère depuis la prison. [...]

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Mon avis. Je lirai la suite. Absolument.

Je ne suis pas une spécialiste des mangas ; j'ai donc dû effectuer une recherche afin de savoir à quoi correspond la dénomination "Yaoi" relative à Deadlock : il s'agit d'œuvres de fiction centrées sur les relations sentimentales et/ou sexuelles entre personnages de sexe masculin.

Le cadre est ici une prison, celle de Schelger dans laquelle a été envoyé Yûto, ancien policier des stups accusé du meurtre de son coéquipier. Il a toujours clamé son innocence. En vain. Il en a pris pour quinze ans. Le FBI lui a alors proposé, en échange d'une réduction de peine, de démasquer un terroriste dans l'enfer de Schelger. Difficile de refuser...

Le dessin est sublime et, ce qui ne gâche rien, les personnages principaux sont (très) agréables à regarder : Yûto, le brun, et Dick, le blond, son compagnon de cellule qui, visiblement, a de l'ascendant sur les autres détenus, y compris les "durs à cuire".

Yûto se doit de trouver l'identité du fameux terroriste, tout en essayant de préserver sa vie et son "intégrité" -  chacun risquant de devenir très vite la "femme" d'un autre - d'autant que les clans font la loi au sein de ce lieu clos, sous l’œil bien/malveillant des gardiens.

Ce premier opus pose le cadre de l'histoire et met l'accent sur les liens qui se tissent (in)sensiblement entre les détenus en général, Yûto et Dick en particulier...

Le seul bémol, ce sont les mini-résumés mis "artificiellement" dans la bouche de Yûto.

Traduction : Nesrine Mezouane.

Merci à Livraddict pour ce partenariat.

21:58 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/03/2016

Je sais que tu sais, Gilles Abier

Présentation. J'ai les mains moites. J'ai beau les frotter à plat sur mon jean, elles suent, elles suintent. Je ne suis pas quelqu'un qui transpire pourtant. Je peux danser une heure, courir vingt minutes, buller sous deux couettes, je reste au sec. Ça énervait mon frère d'ailleurs. Mon côté "poupée de porcelaine", comme il disait, jamais chiffonnée. Le teint frais. La tenue impeccable. Une vraie princesse, quoi ! Mais ça, c'était avant. C'était quand il était encore vivant. Aujourd'hui, j'ai le nez percé, le regard fatigué et le vide au ventre.

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Mon avis. Un très beau texte que j'aurais voulu voir se prolonger, tant il est bien écrit, mais aussi parce que je suis quelque peu restée sur ma faim...

Le lecteur entre d'emblée dans le vif du sujet : Axelle raconte la douleur qui est la sienne depuis que, trois ans auparavant, son frère Martial a été abattu par son meilleur ami. Six balles qui ont définitivement anéanti l'existence, non seulement de Martial, mais également de toute sa famille : Axelle elle-même qui a depuis lors rué dans les brancards plus souvent qu'à son tour, les parents dont l'incommensurable souffrance se mesure à la "mémoire (dés)espérément entretenue" du défunt, Louise, l'aînée qui s'efface. Sans oublier celle de Bastien, le meurtrier.

Ce récit raconte la présence, immense, de l'absence, celle qui "bouffe" chacun de l'intérieur et tente de prendre la place laissée vacante par la victime. Il faut sur-vivre, tant que faire se peut, même si pour cela, chaque membre de la famille s'écorche à la douleur des autres...

  "On pourrait se recueillir ailleurs, au pied du chêne aux trois troncs par exemple, cet arbre de conte de fées sur lequel Martial aimait grimper. J'ai eu beau les y emmener, leur apprendre que c'était son endroit préféré, qu'il lisait sur la branche qui pointait au-dessus de la rivière, se pendait à la plus haute pour parfaire ses abdos, eux veulent le marbre avec son nom écrit dessus et la plaque "A notre fils aimé". Ils veulent la bruyère et le vase aux fleurs coupées, ils veulent les morts alentour, ceux qui vous mènent au vôtre, ceux qui confirment que vous n'êtes pas seuls dans la peine et les regrets. Et même si je n'ai pas besoin de respecter ce jour maudit pour penser à Martial, je n'ai pas le choix, je dois subir la douleur silencieuse de ma mère, l'indignation hystérique de mon père." [p. 13 - 14]

 

L'auteur (de La piscine était vide) réussit à décrire l'indicible à travers le regard d'Axelle : les mots sonnent (terriblement) juste. Si elle veut éviter l'implosion, la jeune fille n'a d'autre choix que de grappiller, lentement mais sûrement (?), des bribes d'informations qui lui permettront de comprendre (?) le geste assassin et par là même, "éclairer" d'un jour nouveau ce frère chéri...

Merci aux éditions Talents hauts pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (14).

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17:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

04/03/2016

Tout plutôt qu'être moi, Ned Vizzini

Présentation. Chez son psy, Craig Gilner apprend l'existence du syndrome d'Ondine : ceux qui en souffrent oublient de respirer. La dépression, Craig va en faire l'expérience, c'est ce qui arrive quand on oublie de vivre. [...]

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Mon avis. Un texte qui m'a beaucoup touchée et auquel il est nécessaire, me semble-t-il, d'accorder du temps...

Craig Gilner a 15 ans et tente, du mieux - ou plus exactement du moins mal - qu'il peut de garder la tête hors de l'eau et ne pas se laisser submerger par la pression intense qu'il ressent depuis qu'il a intégré un prestigieux lycée de New York. Ravi dans un premier temps d'y avoir été accepté, il n'arrive bientôt plus à s'alimenter, ni à dormir. Son obsession : le travail scolaire. Même les "séances de fumette" avec ses copains ne le détendent plus. L'angoisse le ronge...

En (dés)espoir de cause, il prend le parti d'intégrer l'unité psychiatrique d'un hôpital proche de chez lui ; il s'y retrouve confronté aux autres malades, pour la plupart adultes.

La plume de l'auteur arrive à rendre compte de manière magistrale des questions incessantes qui taraudent Craig, ainsi que sa "naïveté réaliste". Aucun faux-semblant chez le jeune homme qui découvre l'univers particulier de ce lieu où chacun traîne derrière lui son mal-être ; la souffrance s'y exprime de multiples manières.

Craig découvre le tracé des chemins qui l'ont conduit, (in)sensiblement, dans la spirale de la dépression, évoquant les "ancres" qui lui procurent (trop rarement) un sentiment de "plénitude" et les (nombreux) "tentacules", situations qui le tiraillent dans tous les sens, jusqu'à la "surchauffe".

  "C'est à peu près à cette époque que j'ai commencé à qualifier de tentacules certaines choses à accomplir. Et il y en avait beaucoup. J'aurais dû en couper. Mais je n'y arrivais pas ; ils étaient bien trop forts et j'étais comme prisonnier de leur étreinte étouffante. Pour m'en défaire, il m'aurait fallu admettre l'impensable, comme le fait que je n'avais tout simplement pas le niveau pour cette école." [p. 93]

Impossible pour moi de ne pas être émue lors de cette lecture puisque j'ai été confrontée à la dépression dans ma famille et me suis rendue en visite dans un premier hôpital où les images de Vol au-dessus d'un nid de coucous m'ont immédiatement sauté à la gorge - heureusement, le second établissement s'est avéré tout autre(ment humain) - ; Craig y fait une fois allusion.

En outre, l'adolescent relate les rencontres bouleversantes qui vont, d'une façon ou d'une autre, lui venir en aide : Nia, La Prof, Humble, Bobby, Muqtada...

Enfin, la force de ce récit réside aussi dans l'humour, très présent au fil des pages.

Ce "roman" prend une résonance particulière quand on sait que l'auteur, qui s'est longtemps battu contre la dépression, a mis fin à ses jours à l'âge de 32 ans.

Traduction : Fanny Ladd et Christel Gaillard-Paris.

Grand merci à La belle Colère pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (13).

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18:08 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

03/03/2016

La fille quelques heures avant l'impact, Hubert Ben Kemoun

Présentation. Ce soir. Tous ou presque ont prévu d'assister au concert du groupe de Marion. Mais tous n'iront pas pour les mêmes raisons. Certains sont venus avec joie et envie, d'autres avec rage et dégoût. Ici des comptes vont se régler, des vies basculer en quelques instants. Celle d'Annabelle tout particulièrement. Dans le noir, la tension monte. Annabelle veut croire que l'espoir va l'emporter mais la haine peut triompher…

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Mon avis. Tension, tel est le mot qui me vient à l'esprit avec cette lecture placée sous l'égide de la colère...

Le roman s'ouvre sur des pages en italiques, celles qui ponctueront régulièrement l'histoire, celles qui émanent de deux narrateurs différents qui vivent un drame "en temps réel" et ne laissent, dès lors, aucune échappatoire au lecteur : celui-ci lira les mots/maux qui conduisent à l'inéluctable, s'ingéniant à repérer les "indices" révélateurs de cette tension de plus en plus palpable...

Le chapitre 1 plonge dans la classe de français d'Isabelle Etcheverry : Isabelle d'un côté, ses élèves de l'autre. Isabelle qui tente de faire face, le mieux (le moins mal) possible, aux jeunes à qui elle essaie de faire découvrir la littérature. Ces jeunes qui n'ont pas forcément grand-chose en commun et viennent d'horizons différents. Ces jeunes qui, pour certains, attendent que le temps s'écoule (trop lentement), avant de retourner à leurs "petites affaires", plus "lucratives" que l'analyse littéraire, quelle qu'elle soit.

  "Le bouquin de Radiguet entre les mains, tel un prêtre avec son bréviaire, la jeune prof de français harangue depuis le début du cours pour essayer d'intéresser ses troisièmes. Elle rame un maximum dans la somnolence de cette fin de journée, à contre-courant d'un fleuve de fatigue et d'ennui.

   Les intéresser ? Les réveiller lui suffirait." [p. 15]

 

Des mots durs s'échangent entre les "grandes gueules", ceux qui font régner leur loi : d'une part Mokhtar, le grand escogriffe ; d'autre part Fabien, le facho de service, et Thierry, son "larbin". Les élèves comptent les points ; quant à Isabelle, elle aimerait tellement que s'achève cette heure qui s'étire à l'infini, d'autant qu'elle vient de recevoir un sms - qu'elle ne peut évidemment pas lire en cours - alors que sa relation avec Quentin s'effiloche, lentement mais sûrement : elle le soupçonne (fortement) d'être allé "voir ailleurs".

Au milieu de ce jeu de quilles intervient Annabelle : elle recadre vertement Fabien et Thierry si bien que "le silence qui suit ne dure que quelques secondes, mais il pèse des tonnes et il a la texture du plomb. Tous les regards des élèves sont tournés à présent vers Fabien et Thierry. L'atmosphère semble hésiter entre l'engourdissement collant et un tsunami de rage." [p. 33]

Les dés sont jetés.

Ce livre, qui illustre la colère dans la série "Toutes les émotions dans une collection", se lit aisément et met l'accent sur les relations difficiles, conflictuelles, douloureuses, voire impossibles entre les adolescents, sur leur mal-être, ainsi que les influences, parfois dévastatrices, qu'ils peuvent subir. Pourtant, de temps à autre, subrepticement, apparaît un rayon de lumière, comme l'amitié entre Annabelle et Fatoumata, toutes deux très attachantes...

Merci à Flammarion pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le Challenge "Jeunesse/Young Adult" (12).

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21:22 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

02/03/2016

(Re)Lecture commune : Harry Potter à l'école des sorciers, J. K. Rowling

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Je vous propose une (re)lecture commune du premier tome de la saga Harry Potter : Harry Potter à l'école des sorciers.

Ce sera une première pour moi : j'ai reçu à Noël la superbe version illustrée par Jim Kay ; j'ai eu envie de m'y lancer après avoir vu le spectacle parodique Potter Mania.

Je vous propose donc de vous joindre à moi, qu'il s'agisse pour vous d'une découverte ou bien d'une énième lecture, avec publication des billets éventuels - si vous tenez un blog - le 30 avril.

Qui en est ?

 

13:55 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

01/03/2016

Un parfum d'encre et de liberté, Sarah McCoy

Présentation. 1859. La jeune et impétueuse Sarah apprend qu'elle ne pourra pas avoir d'enfant. Mais comment trouver un sens à sa vie dans ce monde régi par les hommes ? Comment trouver sa place quand on est la fille de John Brown, célèbre abolitionniste qui aide les esclaves à fuir ?

2014. Eden et son pari emménagent dans la banlieue de Washington dans l'espoir de sauver leur mariage et fonder enfin une famille. En explorant sa nouvelle demeure, la jeune femme découvre une tête de poupée ancienne. Que signifient les mystérieuses lignes qui la recouvrent ?

Plus de cent cinquante ans séparent Eden de Sarah, mais sur la grande carte du monde et de l'Histoire, les destins de ces deux femmes se rejoignent en plus d'un point.

Un voyage exaltant, à la redécouverte du courage, de la famille, de l'amour et de l'héritage.

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Mon avis. J'ai beaucoup aimé ce roman inspiré d'une réalité historique douloureuse ; l'auteure explique d'ailleurs à la fin du livre les étapes de l'écriture.

Le récit alterne 19e et 21e siècles : nous découvrons d'abord Sarah en ces temps troublés annonciateurs de la guerre de Sécession. Son père, John Brown, fait partie des abolitionnistes qui risquent leur vie pour défendre leurs convictions. Sarah est bien décidée à leur apporter son aide, même si elle n'est "qu'une fille", davantage encore diminuée lorsqu'elle apprend qu'elle ne pourra pas porter d'enfant. Elle ne baisse pourtant pas les bras et veut mettre son talent de dessinatrice au service de "la cause", quels que soient les risques encourus.

C'est ensuite Eden qui fait son apparition - 2014 - : elle vient de s'installer avec Jack, son mari, à New Charleston, en Virginie-Occidentale. Le couple bat de l'aile en raison des multiples tentatives (désespérées) de concevoir un bébé. Sans succès. Eden, de plus en plus aigrie, est devenue invivable et Jack tente, tant que faire se peut, de "s'accrocher".

Aucune des deux héroïnes n'a été pour moi, dans un premier temps, attachante ; j'ai dû attendre que la trame se déroule avant qu'elles ne m'apprivoisent, lentement mais sûrement. Un trait d'union apparent : la tête d'une poupée qu'Eden découvre, incidemment, dans une cave de sa nouvelle maison.

Difficile de lâcher le livre une fois que je l'ai eu commencé : chaque chapitre se termine de telle manière que je désirais à tout prix connaître la suite ; les pages se sont donc tournées (presque) toutes seules.

Côté personnages, j'ai beaucoup apprécié Cleo, la jeune voisine d'Eden, pipelette invétérée, ainsi que Freddy, le fils d'un fidèle ami de John Brown. En toile de fond, les tensions exacerbées entre Sudistes et Nordistes. Et la souffrance des esclaves.

Traduction : Anath Riveline.

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

17:58 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

27/02/2016

Puzzle, Franck Thilliez

Présentation. Ilan et Chloé sont spécialistes des chasses au trésor. Longtemps, ils ont rêvé de participer au jeu ultime, celui dont on ne connaît que le nom : Paranoïa.

Le jour venu, ils reçoivent la règle numéro 1 : Quoi qu'il arrive, rien de ce que vous allez vivre n'est la réalité. Il s'agit d'un jeu.

Suivie, un peu plus tard, de la règle numéro 2 : L'un d'entre vous va mourir.

Et quand les joueurs trouvent un premier cadavre, jeu et réalité commencent à se confondre.

Paranoïa peut alors réellement commencer...

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Mon avis. Un roman qui happe le lecteur et ne le lâche plus, tout comme Ilan est lui-même entraîné dans un tourbillon maléfique...

C'est une de mes élèves (merci Lucie) qui m'a prêté Puzzle ; je ne comptais pas le lire tout de suite mais après en avoir découvert les premières pages, j'ai été harponnée, comme toujours avec Franck Thilliez...

Pièce après pièce, le puzzle prend forme et ouvre les portes du (de l'') (im)possible, centré principalement sur le personnage d'Ilan, un jeune homme féru de "chasses au trésor", virtuelles ou réelles. Sa compagne de jeu, un temps partenaire dans la vie, se nomme Chloé et semble encore davantage accro que lui à cet univers mystérieux.

Le couple se retrouve "incidemment" lors d'un jeu judicieusement intitulé Paranoïa, qui les entraînera dans un lieu situé à l'écart de tout/tous, hormis les huit participants sélectionnés pour la dernière (!) ligne droite. Leur nombre diminue comme peau de chagrin et Ilan commence à se méfier de chacun, y compris de lui-même même si Quoi qu'il arrive, rien de ce que vous allez vivre n'est la réalité. Il s'agit d'un jeu.

Vraiment ?

Un conseil ? Ne lisez pas trop de chroniques avant de vous plonger dans ce roman : certaines donnent des indices qui mettent (presque inévitablement) la puce à l'oreille...

Ce livre entre dans le challenge de La Licorne (thriller-policier pour février/mars).

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16:57 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

25/02/2016

Osez... 20 histoires de correspondance érotique, Collectif

Présentation. Quand l’art d’écrire devient art de jouir !
La correspondance érotique est depuis toujours un formidable vecteur d’excitation. Au XVIIIe siècle, à l’époque du Marquis de Sade, les amants s’échangeaient des lettres écrites à la plume et cachetées à la cire. En 2015, c’est le plus souvent en tapant fiévreusement sur nos claviers d’ordinateurs et de smartphones que l’on fait monter le désir... mais les adeptes du papier restent nombreux !

Dans ce nouveau recueil, vous découvrirez des correspondances érotiques de formes très différentes, mais toutes au service du même éternel but : s’abandonner à la magie sexuelle des mots. Tour à tour doux, crus, tendres, obscènes, enjôleurs ou pervers, ils vous feront découvrir la littérature érotique sous un jour nouveau... Et vous suggéreront plein d’idées pour vos propres correspondances coquines !

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Mon avis. J'ai postulé pour ce titre dans le cadre de la dernière édition de Masse critique sur Babelio, désireuse de tâter [...] un genre dont je ne suis pas coutumière... Mon avis est mitigé, tout simplement car j'aurais aimé davantage de "raffinement" dans l'expression de "la chose" [...] Peut-être mon côté féminin préfère-t-il la suggestion plutôt que la description pure et dure [...]

Indépendamment de la manière dont certains sujets (féminins) ont été (parfois violemment) (mal)traités, la langue [...] manque, selon moi, de goût [...].

Quelques textes m'ont davantage plu [...], même si je con[...]sidère qu'il ne faut pas obligatoirement appeler un chat [...] un chat [...] pour rendre le texte un tant/tend soit peu émoustillant : Le secret de Tante Anne, d'Amandine Gantois dont la chute [...] est excellente ; Une tasse pour deux, d'O-negatif où tel est pris [...] qui croyait prendre [...] ; Vous ne retrouverez jamais plus, de Raphaël Boudin (!) ; Des mots de feu [...], de Julie Derussy.

 

Ce titre entre dans les challenges "Un genre par mois" (romance, chick litt, érotique) et "Lire sous la contrainte" (73 points).

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13:16 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

16/02/2016

Joyland, Stephen King

Présentation. Les clowns vous ont toujours fait un peu peur ?
L’atmosphère des fêtes foraines vous angoisse ?
Alors, un petit conseil : ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d’orage…

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Mon avis. C'est de circonstance : j'ai gravi "une montagne russe" avec ce récit.

Ce fut d'abord une légère impulsion qui, je l'espérais, allait me mener lentement mais sûrement vers le sommet. Lentement, oui. Sûrement, c'était une autre paire de manches.

Car le premier tiers du roman s'étire (s'étire, s'étire) en longueurrrr, à tel point que je me suis demandé si c'était une nouvelle transformée en roman. J'ai ainsi attendu longtemps qu'il se passe "vraiment quelque chose", une fois passé le très (trop) long préambule destiné à "camper psychologiquement" le personnage principal, Devin Jones - au demeurant bien attachant - ainsi que le cadre particulier dans lequel il va évoluer : Dev' vient de se faire "larguer"et a décidé de travailler, durant l'été, dans un parc d'attraction appelé Joyland. Il intègre ainsi la "grande famille des forains".

Heureusement, tout vient à point à qui sait attendre : les rouages se dégrippent et j'ai alors pris place, avec beaucoup de plaisir, dans la grande roue menant au sommet, aux côtés du jeune homme et des autres personnages qui apportent chacun une touche particulière à cette (en)quête. Je pense particulièrement à ses amis Tom et Erin, à sa logeuse, Mrs Shoplaw, aux employés du parc et bien sûr aux enfants, ceux qui se doivent d'être présents dans un parc d'attraction. Et les autres...

Le récit brille également par l'humour qui s'en dégage mais si vous attendez l'atmosphère angoissante suggérée sur la 4e de couverture, vous risquez d'être déçu(e)...

Traduction : Nadine Gassie et Océane Bies.

Merci au Livre de Poche pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (10) et "Stephen King" (1).

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20:15 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

11/02/2016

La loi du dôme, 1, Sarah Crossan

Présentation. Les arbres ont été éliminés de la Terre et l’oxygène s’est raréfié, provoquant des millions de morts…

Les survivants ont été rassemblés sous le Dôme, sorte de bulle protectrice où un nouvel ordre s’est constitué autour d’un État totalitaire et d’une société, Respirer Inc, qui contrôle l’air que les habitants respirent. Tout en haut de l’échelle sociale, se trouvent les Premiums.

Riches et en bonne santé, ils méprisent les Auxiliaires, trop pauvres pour payer un impôt sur l’oxygène et donc contraints de survivre avec le peu d’air qu’ils respirent…

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Mon avis. Un livre que j'ai eu du mal de lâcher une fois ma lecture commencée...

Cette dystopie est de facture classique : la nature a été complètement détruite et les survivants vivent "sous cloche", contraints d'économiser l'oxygène devenu denrée rare, sauf pour qui a les moyens d'en acheter des volumes complémentaires, à savoir les nantis appelés Premiums. Ceux-ci ont ainsi l'opportunité de se tenir en forme puisqu'ils disposent de nourriture autre que chimique et ont la possibilité de faire du sport grâce à l'oxygène acquis. Les Auxiliaires, faute de moyens, doivent respirer le plus parcimonieusement possible et se tuent littéralement au travail.

Le roman se focalise tout à tour sur trois personnages : Alina, une Auxiliaire qui a perdu ses parents et fait maintenant partie de la Résistance, les RATs, désireux de résoudre les problèmes d'inégalité, liés entre autres au manque d'oxygène ; Béa brillante élève à l'avenir sombre puisque Auxiliaire, amoureuse de Quinn, son "meilleur ami" qui n'a d'yeux que pour les autres filles même s'il est profondément attaché à l'adolescente ; Quinn enfin, né Prémium et en tant que tel, disposant de tout ou presque mais jamais condescendant à l'égard des Auxiliaires, contrairement à bon nombre de ses pairs.

Ces trois-là vont risquer leur vie dès lors qu'ils ont mis le doigt (presque) malgré eux dans un engrenage qui s'emballe car une fois qu'est lancée la machine, impossible de l'arrêter. Les yeux se dessillent, douloureusement. Plus rien ne peut désormais être comme l'Avant.

Le roman se lit aisément ; mon personnage préféré est Béa, même si chacun est attachant, avec ses propres nuances et ses interrogations, qui deviennent nôtres...

Je découvrirai bien volontiers la suite.

Traduction : Mim.

Un grand merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (11), "Littérature de l'imaginaire" (9) et "Philéas Fogg".

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19:07 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

08/02/2016

Ta façon d'être au monde, Camille Anseaume

Présentation. Elles sont amies d’enfance. L’une est inquiète, rêveuse, introvertie ; l’autre est souriante, joyeuse, lumineuse. Ensemble, elles grandissent, découvrent la vie, l’amour. Jusqu’à ce qu’un drame bouleverse le monde qu’elles se sont bâti... Un roman poignant sur l’amitié, le deuil, et sur ce point de bascule irréversible qui sonne la fin de l’insouciance.

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Mon avis. Un texte touchant, une fois surmontée la confusion (éventuelle) liée à la narration où le "elle" le dispute au "tu".

Elle, c'est la petite fille qui se perçoit profondément "différente au monde" et ne peut s'empêcher de décortiquer à outrance les relations qu'elle (n') entretient (pas) avec les autres.

"Tu", c'est l'amie d'"elle", celle  qui progressivement et sans le savoir devient la référence d'"elle".

J'avoue qu'il m'est arrivé, au début du récit, d'être quelque peu déroutée par ce parti pris narratif peu conventionnel ; je me suis surprise de temps à autre à relire l'une ou l'autre phrase afin de "remettre mes pendules à l'heure" et fixer dans mon esprit ce qu'il survenait à qui.

J'ai alors pris mon rythme de croisière pour suivre, dans un premier temps, les débuts de l'existence d'"elle", "la petite fille", indiciblement inquiète.

  "Quelque chose en elle lui murmure que c'est beau l'enfance, et que ça meurt aussi. Elle essaye d'immortaliser la scène, avant d'y revenir. Trop tard, elle en a déjà fait un souvenir." [p. 25 - 26]

  Elle ne fait pas de bêtises, ne se roule pas par terre dans les supermarchés. Alors elle se demande pourquoi si souvent, le soir surtout, elle s'en veut. Elle ne connaît pas le mot, ne sait même pas qu'il en existe un pour désigner cela, mais elle sent dans tout son corps le poids d'une faute qu'elle a commise sans parvenir à l'identifier. Elle passe en revue la journée, à la recherche du péché capital qui lui vaut ses insomnies." [p. 37]

 

Sont évoqués ensuite des épisodes relatifs à ces deux personnages si complémentaires : leur rencontre quand elles sont enfants, leur complicité sous le "regard extérieurement observateur" de "la petite fille".

  "Dès qu'ils te rencontrent, les parents de la petite fille disent de toi que tu es un "rayon de soleil". Elle fait pourtant de son mieux pour en être un aussi.

   Mais elle n'y peut rien, tu n'y peux rien, ils ont raison, tu irradies.

   Tu souris tout le temps. Ou presque. Quand tu ne le fais pas, on dirait qu'il se passe quelque chose de grave. Alors on te demande pourquoi tu fais la tête, et tu souris pour dire que non. Tu as 10 ans à peine et c'est déjà trop tard. Tu es condamnée à sourire, les autres à te regarder." [p. 43]

 

Le sablier s'écoule : le récit raconte des tranches de vie des deux jeunes filles, souvent entourées de leur groupe d'amis, dans la maison de vacances de "Ker Timéoscor", à Tours ou Paris ; le "elle" se mue en "je". Jusqu'à ce que l'insouciance soit balayée et devienne souffrance : la douleur est minutieusement explorée, à travers de superbes "instantanés" qui m'ont rappelé, çà et là, l'écriture d'Un tout petit rien.

  "Elle a levé les yeux au ciel, quelques nuages épais tachetaient le ciel bleu. Elle a replongé le nez dans son verre, déçue de constater que tout aurait pu être parfait, si seulement le soleil ne menaçait pas déjà de se cacher." [p. 100]

  "À peine le temps de se remettre de l'attente qu'il faut déjà se préparer à l'abandon. Elle apprivoise doucement le départ qu'il mijote.

   L'attente était plus douce que le présence, finalement." [p. 107]

  "L'interphone pleure deux fois.

   [...] Longtemps, la bande-son est coupée, et ce qu'on entend le plus, c'est un silence stupéfait." [p. 121 - 122]

  "Tu pratiques l'endurance pendant que mon cerveau plonge dans les fissures que la déflagration a créées. Il s'y engouffre et creuse encore, labourant les nerfs à vif, élargissant les sillons de la tristesse, cherchant avidement des appuis à l'insoutenable. Ma tête scanne tout ce qui dans l'environnement peut actionner la tristesse et l'angoisse. Elle liste les souvenirs et les projets avortés, énumère les dernières fois. Il me semble qu'en une matinée j'ai déjà fait le tour des pensées qui coupent le souffle." [p. 129 - 130]

 

Quant à la fin, elle est percutante. Pas moins.

Merci aux éditions Kero pour ce partenariat.

16:42 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

06/02/2016

Kyrielle Blues, Biefnot-Dannemark

Présentation. " Un blues, mais d'un bleu lumineux ! " (Simon Bersic)

Ce qui s'annonçait comme un pénible voyage vers le Nord va peut-être changer la vie de Nina. Le cœur lourd, elle a quitté Bordeaux pour rejoindre Hazebrouck. Un notaire l'y attend pour lui lire les dernières volontés de son père, Teddy, un pianiste de jazz réputé, qui l'a élevée seul.

Le testament commence par une énumération de biens, pour la plupart dérisoires, qui libère en Nina une troublante kyrielle de souvenirs. Mais l'essentiel est ailleurs : la confession finale de Teddy va entraîner Nina et le notaire, confident inattendu, très loin derrière le miroir. Là où sont enfouis les mensonges, les silences, les ressorts secrets d'une vie.

De révélations en surprises, ces aveux bouleversent passé et présent. Vont-ils changer la couleur de l'avenir et permettre de repeindre l'horizon en bleu ? En tout cas, très vite, l'histoire rebondit...

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Mon avis. Un récit-friandise qui déroule sa partition au fil des mots : ceux-ci deviennent notes et emportent le lecteur sur des sentiers lumineux.

Le premier mouvement nous emmène au printemps 2016 : Nina, Antoine et Kathy reçoivent, dans leur restaurant-club de jazz bordelais, un duo  de musiciens américains. C'est Antoine qui a organisé cette soirée au cours de laquelle il se mue en équilibriste : la surprise est de taille, dans tous les sens du terme, mais elle risque de n'être pas au goût de Nina...

Plongée dans le passé : dix-huit mois auparavant, Nina a accompli le voyage qui l'a conduite sur les traces douloureuses de son passé alors que, contrainte et forcée, elle "remonte" vers Hazebrouck, là où le notaire fera lecture du testament paternel.

Passée la tension palpable qui étreint Nina dès qu'elle franchit le seuil de l'étude de maître de Laval, le rendez-vous dévoile, lentement mais sûrement, des pans entiers de la vie de Teddy que sa fille ne connaissait ni d’Ève ni d'Adam et qu'elle aurait préféré laisser dans l'ombre.

Ce récit est l'histoire de rencontres : Antoine et Nina lors de la lecture du testament, Nina et le Teddy qu'elle n'a jamais soupçonné, Antoine et un Teddy qu'il découvre, ou encore Antoine et (la rayonnante) Kathy (ma préférée), l'amie cordon bleu de Nina. Des rencontres qui risquent de bouleverser l'existence de ces héros de papier...

 

  "Nina retient son souffle. Elle cherche quelque chose à quoi accrocher son regard. Ses yeux croisent ceux d'Antoine de Laval. C'est de la douceur qu'elle y voit. A-t-il deviné ses larmes anciennes ? D'un battement des paupières, elle lui dit de poursuivre." [p. 75]

  "Plus tard, dans la nuit, ils font lentement le chemin en sens inverse, sans dire un mot, pour permettre aux paroles de Teddy de trouver leur juste place au fond d'eux-mêmes." [p. 137]

  "Debout. Faire des pas. Dire doucement au revoir, à bientôt. À bientôt ?" [p. 191]

 

Rencontre aussi entre le lecteur et un très beau texte, agrémenté par les aquarelles de Véronique Biefnot, un de ceux qui font du bien et poétisent le temps écoulé en compagnie des personnages.

Grand merci aux auteurs pour ce partenariat ; le livre est disponible à partir du 11 février : n'hésitez pas.

 

Ce roman entre dans les challenges "Lire sous la contrainte" (33 points) et "Phileas Fogg".

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15:11 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

03/02/2016

Si c'est la fin du monde, Tommy Wallach

Présentation. Et si une météorite avait deux chances sur trois… de faire exploser la Terre dans deux mois ? Alors que la fin de la terminale approche pour Peter, Anita, Andy et Eliza, une météorite apparaît dans le ciel : elle a deux chances sur trois de percuter et faire exploser la Terre deux mois plus tard.
Tout à coup, l’avenir n’a plus la même importance… L’anarchie s’installe peu à peu : violence et pillages se multiplient, beaucoup arrêtent de travailler, la nourriture commence à manquer.
Les quatre adolescents doivent décider maintenant ce qu’ils feront du reste de leur vie, et peut-être, paradoxalement, en profiter pour être enfin libres et heureux, même pour peu de temps…

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Mon avis. Un bon moment de lecture mais si le thème avait été exploité plus en profondeur, c'eût été un très bon moment...

Nous nous retrouvons à Seattle, au milieu de jeunes dont le temps est désormais compté ; en effet, les probabilités de voir la Terre détruite par une météorite sont extrêmement élevées. Chacun tâche de continuer à "exister" en attendant la fin...

Le récit se centre tour à tour sur un des personnages principaux : Peter,  jeune homme "bien sous tous rapports", si l'on excepte un "faux pas" ; Eliza, étudiante brillante, passionnée de photographie, qui s'étourdit dans les relations d'un soir pour oublier l'épreuve qui touche son papa ; Andy, délaissé par ses parents et attaché (presque) malgré lui à Bobo, le voyou de service ; enfin Anita, jeune femme parfaite qui semble pourtant vouée à décevoir constamment l'imposante figure paternelle.

Petit à petit, les protagonistes réagissent, chacun à sa manière, face à l'inéluctabilité de l'événement : certains vont enfin se découvrir/se révéler ; d'autres vont se perdre... Ma déception réside dans le fait que le propos s'éparpille quelque peu ; en outre, j'aurais apprécié que les personnages soient davantage nuancés...

Traduction : Papillon.

Merci aux éditions Nathan pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (10) et "Littérature de l'imaginaire" (8).

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12:28 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

31/01/2016

Orange, 1, Ichigo Takano

Présentation. Un matin, alors qu'elle se rend au lycée, Naho reçoit une drôle de lettre… une lettre du futur ! La jeune femme qu'elle est devenue dix ans plus tard, rongée par de nombreux remords, souhaite aider celle qu'elle était autrefois à ne pas faire les mêmes erreurs qu'elle. Aussi, elle a décrit, dans un long courrier, les évènements qui vont se dérouler dans la vie de Naho lors des prochains mois, lui indiquant même comment elle doit se comporter. Mais Naho, a bien du mal à y croire, à cette histoire… [...]

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Mon avis. Je risque de me faire présentement des ennemis : c'est clairement pour moi une déception...

Ce manga (shōjo) est encensé sur la Toile, j'ai donc choisi de le lire dans le cadre du challenge "Un genre par mois".

J'ai adoré le graphisme, les visages sont superbes et pleins de fraîcheur, très féminins aussi : il m'est arrivé, à plusieurs reprises d'y regarder à deux fois afin de "reconnaître les garçons".

L'intrigue est tout à fait intéressante : les lettres que Naho reçoit de la "future elle-même" initient une intrigue prometteuse ; elle l'est, du moins dans une certaine mesure : j'ai trouvé l'ensemble parfois quelque peu confus.

Mais là où le bât (m'a) bless(é)e, c'est dans le texte, tellement "simple", presque "balbutiant"... Dommage...

Traduction : Chiharu Chujo.

 

Ce titre entre dans les challenges "Un genre par mois" (BD, comics, manga pour janvier) et "Phileas Fogg".

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12:57 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

29/01/2016

Silo, Hugh Howey

Présentation. Dans un futur post-apocalyptique indéterminé, quelques milliers de survivants occupent  un silo souterrain de 144 étages. Presque tout y est interdit ou contrôlé, y compris les naissances. Ceux qui enfreignent la loi sont expulsés en dehors du silo, où l'air est toxique. Avant de mourir, ils doivent nettoyer les capteurs qui retransmettent des images brouillées du monde extérieur sur un écran géant. Mais certains commencent à douter de ce qui se passe réellement dehors.

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Mon avis. Un récit que j'ai beaucoup apprécié...

Dès la première page, le lecteur se retrouve piégé dans le silo dont la colonne vertébrale n'est autre que l'escalier qui relie (ou sépare ?) les 144 étages de cette boîte gigantesque.

On accompagne d'abord Holston, le shérif du silo, en train de gravir les dernières marches, celles qui conduisent "au lieu ultime" : Holston est bel et bien déterminé à sortir, signant par là même son arrêt de mort.

Ensuite, focus sur Jahns, une dame vieillissante mais toujours énergique, qui occupe la fonction de maire ; suite au nettoyage entrepris par Holston, elle a pour mission de nommer un nouveau shérif. Pour ce faire, elle a décidé d'accomplir le "voyage" qui la mènera vers les Machines, soit 140 étages plus bas, en compagnie de Marnes, l'adjoint du shérif.

Troisième personnage : Juliette, une jeune femme qui travaille "au fond", une "graisseuse" comme disent ceux des étages supérieurs. C'est Juliette qui a été choisie par Jahns pour succéder à Holston mais tout le monde ne l'entend visiblement pas de cette oreille.

  "Elle et Marnes trouvèrent leur rythme de croisière, chaque pied déjà tendu vers la marche suivante, une sorte d'effondrement des os, de résignation à la gravité, se laisser tomber sur ce pied, glisser la main, tendre la canne, recommencer. Le doute s'insinua en Jahns aux abords du trentième étage. Ce qui semblait une belle aventure au lever du soleil lui semblait désormais une entreprise immense. Chaque pas se faisait à contrecœur, avec la conscience de l'effort éreintant qu'il faudrait pour reconquérir cette altitude.

   Au trente-deuxième, ils passèrent la station d'épuration du haut et Jahns réalisa que certaines parties du silo étaient presque nouvelles pour elle. À sa grande honte, il y avait une éternité qu'elle n'était pas descendue si bas. Et entre-temps, des changements étaient intervenus. Des constructions et des réparations étaient en cours. Les murs n'étaient plus de la même couleur que dans son souvenir. Encore qu'il lui était difficile de se fier à son souvenir..." [p. 96 - 97]

 

Ces trois personnages attachants jouent un rôle prépondérant dans l'histoire, grains de sable qui vont gripper la mécanique (finalement pas aussi) "totalitairement huilée" (que certains le voudraient). Dès lors, les nettoyages se suivent et (ne) se ressemblent (pas).

Je ne me suis pas ennuyée une seconde alors que certains (longs) passages décortiquent pourtant les lieux, et particulièrement celui où tout se (dé)noue : l'escalier, bientôt témoin muet du drame qui se joue...

Traduction : Yoann Gentric et Laure Manceau.

Merci au Livre de Poche pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (7) et "Phileas Fogg" (USA).

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19:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

17/01/2016

Fondation Deus, III : L'ombre des nuages, Pierre-Arnaud Francioso

Présentation. Après avoir été victime d'un terrible accident, Astrid est enlevée et se réveille avec une trentaine de personnes de tous âges dans un établissement pour mutants coupé du monde, la Fondation Deus, créée il y a près de trois cents ans. Alors qu'ils commencent à œuvrer pour l'école, certains élèves disparaissent dans des circonstances mystérieuses, victimes d'une menace insoupçonnée qui s'apprête à ravager la Fondation.

Héros ou égoïstes... Face à la mort, la vraie nature des mutants va se révéler. Découvrez certaines des heures les plus sombres de la Fondation Deus, et la lutte de ses occupants pour essayer de survivre aux dangers qui les guettent. Voyagez à travers les époques, comprenez pourquoi les murs de l'école semblent pleurer et percez les mystères du Gardien des Ombres.

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Mon avis. J'avais beaucoup apprécié le tome 1, intitulé Le Veilleur, à tel point que j'en avais parlé aux collègues ayant des élèves plus jeunes que les miens, le livre me paraissant convenir à des élèves du premier degré. L'auteur doit d'ailleurs revenir bientôt à l'école.

Mon avis est cependant mitigé concernant ce roman-ci, que l'on peut par ailleurs tout à fait découvrir sans avoir lu la deuxième partie puisqu'il prend place, chronologiquement, avant l'action du Veilleur...

Le récit commence de la même manière que le premier opus, à savoir la description des circonstances dramatiques qui conduisent une adolescente, en l'occurrence Astrid, à se retrouver au cœur d'un endroit très mystérieux : la Fondation Deus.

Des individus, jeunes ou adultes, venant d'époques et de lieux différents sont enfermés dans un espace clos, contraints de suivre des cours susceptibles de faire surgir en eux un "pouvoir potentiel". À l'issue des semaines d'observation programmées, des examens seront organisés, destinés à sélectionner les "vainqueurs"...

J'ai dans un premier temps retrouvé avec plaisir l'atmosphère particulière de la Fondation, dans laquelle les questions abondent, sans les réponses. Cependant, j'ai trouvé la "première partie", autrement dit celle de la (re)découverte, longue et répétitive. De plus, les personnages sont nombreux, même si l'attention se focalise sur certains d'entre eux, si bien que je me suis quelque peu perdue dans le dédale des personnalités. J'ai en revanche apprécié la relation, distillée çà et là, des bribes du passé de certains d'entre eux.

Mon intérêt a été relancé lorsque la Fondation est en proie à des attaques de "scorps" qui déciment petit à petit les rangs des membres de l'école, tant professeurs qu'élèves, mais j'ajouterai quelques bémols : outre le ver "grand-guignolesque" et les handicaps dont sont victimes certains des élèves qui passent "comme une lettre à la Poste", me semblant ainsi intégrés/acceptés trop facilement, j'ai trouvé la fin abrupte.

Côté écriture, le texte est très dense et me paraît cette fois davantage approprié à de plus grands adolescents.

Merci à Livraddict et à l'auteur pour ce partenariat.

 

Ce roman entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (9), "Littérature de l'imaginaire" (6), "Lire sous la contrainte" (25e session) et "Comme à l'école" (Thème : Rouge).

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14:25 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

10/01/2016

Praërie, 2 : Le secret des Haoms, Jean-Luc Marcastel

Présentation. Le lieutenant Vincent Marty réussira-t-il à quitter le monde impitoyable de Praërie ?

Là, parmi ces descendants d’humains miniaturisés par erreur voici plus de vingt ans, il a trouvé des alliés en la personne de Lo'Hiss, redoutable chasseur, d’une étrange fille-guêpe et de Séfan, une jeune Sink aussi surprenante qu’attachante. Avec leur aide, il est parti à la recherche du laboratoire où se trouve le protocole qui lui permettra de retrouver sa taille d’origine.

Mais la Vertjungle est féroce et sans pitié pour qui ne connaît pas ses secrets… car le moindre ruisseau y devient un fleuve infranchissable hanté par des créatures redoutables, les insectes !

Pourtant, ici comme ailleurs, le plus terrible des prédateurs n’est pas toujours celui que l’on croit…

Praërie - Les vrais monstres sont sous nos pieds…

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Mon avis. J'avais déjà beaucoup apprécié le premier tome de Praërie, Le monde des Sinks ; j'ai davantage encore aimé ce deuxième opus.

Prêts à vous miniaturiser l'espace de quelques heures et à vous retrouver, infi(nissi)me, face aux carapattes de la Vertjungle ? Allons-y, mais que vos sens demeurent constamment aux aguets si vous ne souhaitez pas devenir une friandise pour insectes...

Le récit commence exactement là où s'était terminé le précédent : les quatre protagonistes pensent avoir retrouvé l'hélicoptère de Vincent mais il s'avère que ce n'est pas le cas. D'emblée commence une course effrénée alors que le petit (!) groupe composé de Vincent, Séfan, Lo'Hiss et la Fillvolmort deviennent des mets de choix pour les Grouillepinces, alias les fourmis, toutes mandibules dehors, cisaillant l'air en une espèce de répétition avant la "t/fournée générale".

Ce n'est que le début de leurs (més)aventures face aux monstres démesurés de Praërie, contées de main de maître(-poète) par Jean-Luc Marcastel, d'un combat mémorable contre une (gigantesque) ventrecroche (araignée) à la confrontation avec les filles-guêpes, Amazones corsetées de noir et or, en passant par un affrontement avec une (énorme) grouillecroche (scolopendre).

Et chaque fois qu'un combat s'engage, le sablier du temps s'écoule : si le groupe n'a pas retrouvé l'hélicoptère endéans quelques heures, il leur sera définitivement impossible de rejoindre Gradmonde.

  "Là, patiente, vigilante, guettait la maîtresse des lieux.

   Un frisson de terreur avait traversé Vincent.

   Deux de ses pattes, longues et puissantes, segmentées et velues d'une broussaille agressive, dépassaient hors de son antre.

   Elle attendait.

   Malgré ses jumelles dotées d'un filtre amplificateur, il ne distinguait d'Elle que quelques fragments, un reflet par-ci, égaré sur une portion de crâne énorme, un éclat par-là, luisant, agressif... celui du soleil se compromettant sur deux crochets que Vincent devinait presque aussi longs que lui.

   Un rien plus haut, huit points noirs, des petits et des grands, se détachaient de quelque masse plus sombre, infiniment plus imposante, repliée dans cet espace trop exigu pour elle...

   Cette ombre, c'était celle qui se tapissait au fond de ses cauchemars d'enfant, celle qui le guettait sous son lit, quand, tellement terrifié qu'il ne pouvait plus bouger, il attendait qu'une de ses pattes vienne se poser sur ses couvertures, puis une deuxième, tractant le corps boursouflé de venin jusqu'à lui, pour enfin le mordre, le paralyser et le vampiriser.

   Ces huit fragments de ténèbres pures, sans partage, qui n'offraient rien, mais absorbaient tout, fenêtres ouvertes sur le néant, la mort, il lui sembla un instant qu'ils le fixaient, le consommaient déjà." [p. 66]

 

J'ai vibré (!) avec les héros, et adoré la manière dont chacun apprivoise ses compagnons, osant par là même se rendre vulnérable afin de découvrir l'autre dans sa différence... [Et pour l'anecdote, je me suis même surprise à observer une araignée qui avait élu domicile dans la maison, imaginant les Sinks face à elle...]

 

Ce livre entre dans les challenges de la Licorne 2 ; "Jeunesse/Young Adult" (8) et "Littérature de l'imaginaire" (5).

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21:33 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

06/01/2016

Les anonymes, Roger Jon Ellory

Présentation. Washington. Quatre meurtres aux modes opératoires identiques. La marque d'un serial killer de toute évidence. Une enquête presque classique donc pour l'inspecteur Miller. Jusqu'au moment où il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité. Qui était-elle réellement ? Et ce qui semblait être une affaire banale va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain...

Une fois encore, R. J. Ellory pousse le thriller dans ses retranchements.

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Mon avis. Mais comment diable ai-je attendu si longtemps avant de me lancer dans la découverte de l'auteur ? Impression que je risque peu d'être déçue avec Ellory...

Après Seul le silence, Les neuf cercles, voici donc Les anonymes, un récit qui s'ouvre sur une scène qui sort des sentiers battus : Catherine Sheridan, une (presque) quinquagénaire, est sur le point de se faire assassiner. Jusque-là, rien "d'original" si je puis dire, mais la particularité de cet homicide tient dans le fait qu'elle sait pertinemment que son meurtrier est dans sa maison, qu'elle va "y passer" et semble pourtant attendre, fataliste, que se produise l'inéluctable.

  "Ça y est, se dit-elle.

Je m'appelle Catherine. J'ai 49 ans, et ça y est.

   Merde.

   Elle bouge vers la droite, tend la main et touche la surface froide de l'évier. Elle s'agrippe au rebord et, en usant comme d'un levier, se retourne lentement vers la porte.

   Elle se demande s'il est déjà dans la maison.

   Elle se demande si elle ferait mieux de rester immobile et d'attendre, ou au contraire de bouger.

   Elle se demande ce qu'il veut d'elle.

   Elle met du temps à prendre une décision, mais, une fois qu'elle l'a prise, elle s'y tient.

   Elle traverse la cuisine jusqu'au salon - déterminée, concentrée. Elle sort un DVD de l'étagère contre le mur et, avec la télécommande, ouvre le lecteur, pose le disque, referme le lecteur, appuie sur des boutons et attend que le son arrive... Puis l'image apparaît. Elle hésite.

   Une musique.

   Elle monte le volume.

   Musique composée par Dimitri Tiomkin.

   La vie est belle." [p. 11 - 12]

  

L'inspecteur Miller, qui vient tout juste de réintégrer ses fonctions, est chargé de l'enquête et il a conscience qu'il n'a pas le droit à l'erreur. "On" l'attend au tournant depuis que les médias l'ont jeté en pâture au public... Or Catherine Sheridan est la quatrième victime d'un serial killer qui semble prendre un malin plaisir à mettre en scène des meurtres commis de manière particulièrement horrible.

À côté du mode opératoire sanguinolent, les indices sont peu nombreux : un ruban coloré "artistiquement" laissé sur les lieux, ainsi qu'une odeur écœurante de lavande. La Police du 2e district patauge, au sens propre comme au figuré.

Pas (infime) à pas (infime), l'équipe de Miller et Roth, son coéquipier, épluche toutes les pistes possibles et (in)imaginables : il est indispensable de coffrer celui qui se cache derrière tout cela.

Ce récit principal est entrecoupé de pages en italiques, rédigées par John Robey, un homme désireux de "dévoiler les ombres" et "montrer au monde ce qui s'y cache". [p. 62] Petit à petit, ce personnage se livre :

  "Je sais l'amour et le dépit, les cœurs brisés et les désillusions. J'ai compris que le temps sert à émousser cette lame de rasoir qu'est le deuil, jusqu'à ce que la plaie des souvenirs soit moins profonde et que ne subsiste plus que la douleur de l'oubli forcé.

   Je sais tout des promesses tenues comme des promesses trahies." [p. 60]

  "[...] j'attends - (in)visiblement - que la police frappe à ma porte et me dise ce que j'ai prévu d'entendre.

   Parfois je me surprends à retenir mon souffle en attendant cet instant-là." [p. 143]

 

Indépendamment de l'intrigue extrêmement fouillée, relative au Complot, teintée d'habile manipulation et de culpabilité, j'ai beaucoup apprécié les personnages principaux : Miller et ses (profondes) fêlures ;  Roth, soutien conventionnel de Miller ; le vieux couple Shamir qui tente de veiller "de loin" sur Miller, lui rappelant qu'il est bon de se nourrir de temps à autre ; John Robey lui-même, homme de l'ombre bien décidé à mettre en lumière ce qui n'était pas censé l'être. En outre, la relation qui se noue entre Miller et Robey est unique...

Traduction : Clément Baude.

 

Ce livre entre dans le challenge "Phileas Fogg" (auteur anglais).

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20:59 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

03/01/2016

Le Visage de Satan, Florent Marotta

Présentation. Un hurlement. Là, quelque part, qui se répercutait sur les murs poisseux et humides de la pièce. L'endroit ressemblait davantage à une cave avec ses murs bruts et ses parois voûtées. Puis un râle d'agonie s'étouffa, comme si même la mort prenait plaisir à attendre. L'homme pendait comme une vulgaire carcasse de viande accrochée à une esse de boucher. Son visage n'était que souffrance, rictus d'agonie et d'abomination. « Faites que je meure », implora-t-il en silence.

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Mon avis. Un titre et une présentation qui donnent le ton, sanglant s'il en est...

Quelques jours avant la "fin du monde programmée" de décembre 2012, les forces obscures se déchaînent et c'est par le biais de Gino Paradio, ex-policier, alcoolique (pas encore tout à fait) repenti, devenu détective privé, présentement sans travail, que le lecteur plonge dans une atmosphère glauque, dégoulinante de satanisme...

Gino est lui-même poursuivi par ses propres démons : sa sœur est décédée, renversée par un chauffard, et ses parents ont été assassinés. Depuis lors, la colère, la haine et la vengeance lui tiennent compagnie...

Alors qu'il se demande à quoi se raccrocher dans la vie, en lutte perpétuelle contre l'envie prégnante d'à nouveau s'oublier dans l'alcool, il est contacté par Sibylle Pech, une veuve sculpturale qui lui demande de prouver que son mari défunt, victime d'une crise cardiaque, a bel et bien été assassiné. Le détective ne "sent pas" cette affaire, mais il lui faut bien se nourrir - à défaut de boire - et le voici lancé dans cette enquête susceptible d'être pour lui la dernière...

Or il se fait que d'horribles crimes sont perpétrés dans la capitale française et Gino commence à se demander si ceux-ci et ses investigations ne seraient pas liés. Il sera contraint, à certains moments, de se dépouiller de la carapace qu'il s'est forgée et de son "armure cartésienne" s'il veut espérer trouver le "fin mot" de l'histoire, au risque de sombrer définitivement dans sa part d'ombre, celle qui ne demande qu'une chose : l'engloutir. Irrémédiablement.

Malgré les erreurs de langue qui émaillent çà et là le texte, et même si j'ai parfois été heurtée (!) par les crimes savamment orchestrés par le Mal(in), j'ai été happée par l'histoire et j'ai beaucoup apprécié le personnage principal, anti-héros perpétuellement sur le fil du rasoir (!), qui, à son corps défendant, entrouvre les portes de l'occultisme...

Âmes sensibles s'abstenir...

Merci aux éditions Taurnada pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Comme à l'école" (Thème : rouge).

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17:14 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

29/12/2015

Le Puits des mémoires, 1 : La Traque, Gabriël Katz

Présentation. Trois hommes se réveillent dans les débris d'un chariot accidenté en pleine montagne. Aucun d'eux n'a le moindre souvenir de son nom, de son passé, de la raison pour laquelle il se trouve là, en haillons, dans un pays inconnu. Sur leurs traces, une horde de guerriers, venus de l'autre bout du monde, mettra le royaume à feu et à sang pour les retrouver.

Fugitifs, mis à prix, impitoyablement traqués pour une raison mystérieuse, ils vont devoir survivre dans un monde où règnent la violence, les complots et la magie noire.

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Mon avis. Un récit beaucoup apprécié, principalement en raison du trio mis en lumière...

Ce livre est dans ma PAL depuis quelques mois, plus exactement depuis que j'ai taillé une bavette avec l'auteur (facétieusement sympathique) lors de l'édition 2015 de Trolls et Légendes.

Début des hostilités : ils sont trois à se réveiller au milieu des débris d'un chariot complètement explosé. Un quatrième a, quant à lui, péri dans "l'aventure".

Point commun : aucun d'eux ne sait ni qui il est ni comment il s'est retrouvé là. Après les échanges d'amabilité d'usage mais réduits à leur plus simple expression étant donné la situation, ils se choisissent un nom : dorénavant, ils s'appelleront Nils, Karib et Olen.

Ils décident de rester ensemble, espérant que peut-être, l'union fera (l'apparence de) la force, face à la faim, au froid et à l'épuisement. Le trio est bien vite confronté à un groupe de mercenaires, visiblement désireux d'en découdre avec eux. C'est lors de l'altercation que chacun découvre en soi des "ressources" insoupçonnées...

Outre survivre dans un environnement désormais hostile depuis que leur tête a été mise à (cher) prix, Nils, Karib et Olen veulent savoir qui ils sont et dans quelles circonstances la mémoire leur a été ôtée. Chacun semble doté d'une personnalité hors du commun qu'il se doit de découvrir sans attirer l'attention : l'impassible Nils est vite persuadé qu'il sait y faire avec les chevaux ; la magie n'est apparemment pas étrangère à Karib, le colosse au cœur tendre - encore faut-il qu'il (ré)apprenne à s'en servir - ; Olen, Dom Juan de service, a visiblement appris à se battre dans "sa vie antérieure".

Sur leurs traces, l'implacable Fils de la Lune et ses sbires, dévoués à leur maître, corps et âme...

Un premier tome, non dénué d'humour, très agréable à lire...

 

Ce titre entre dans les challenges "Un genre par mois" (Jeunesse ou Young Adult pour décembre) ; "Jeunesse/Young Adult" (7) ; "de la Licorne" (lecture fantasy supplémentaire pour décembre - janvier) ; "Littérature de l'imaginaire" (4) et "Lire sous la contrainte" (25e session).

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20:00 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

23/12/2015

Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé

Présentation. La lignée des Scorta est née d'un viol et du péché. Maudite et méprisée, cette famille est guettée par la folie et la pauvreté. À Montepuccio, dans le sud de l'Italie, seul l'éclat de l'argent peut éclipser l'indignité d'une telle naissance. C'est en accédant à l'aisance matérielle que les Scorta pensent éloigner d'eux l'opprobre. Mais si le jugement des hommes finit par ne plus les atteindre, le destin, lui, peut les rattraper. Le temps, cette course interminable du soleil brûlant les terres de Montepuccio, balayera ces existences de labeur et de folie.

À l'histoire de cette famille hors du commun se mêle la confession de sa doyenne, Carmela, qui résonne comme un testament spirituel à destination de la descendance. Pour que ne s'éteigne jamais la fierté, cette force des Scorta.

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Mon avis. "Tout petit doucement", je poursuis ma découverte de Laurent Gaudé : après Cris, Eldorado, voici que s'en viennent les Scorta, à la fois écrasés et ressourcés par la chaleur du soleil montepuccien...

Le récit débute lors de l'arrivée de Luciano Mascalzone à Montepuccio. Cérémonie d'ouverture de ce roman âpre, qui donne le ton à l'ensemble : après quinze ans de prison, Mascalzone revient dans son village, animé du seul désir d'enfin étreindre celle qui a occupé ses pensées durant toutes ses années de claustration.

"C'est ainsi que naîtra la famille des Mascalzone. D'un homme qui s'était trompé. Et d'une femme qui avait consenti à ce mensonge parce que le désir lui faisait claquer les genoux". [p. 27]

De ce "viol" naît Rocco, aussitôt éloigné du village par l'entremise du prêtre qui confie l'enfant à un couple de pêcheurs d'une paroisse voisine : les Scorta. Rocco grandit et devient un brigand qui écume la région et y fait régner sa loi.

Il aura trois enfants, Domenico, Giuseppe et Carmela : c'est l'histoire de cette lignée - à laquelle s'est adjoint le fidèle Raffaele - indéfectiblement liée à cette terre écrasée de soleil, qui nous est contée dans ce roman, dont le fil conducteur est entrecoupé par des passages en italiques, ceux où Carmela relate au prêtre don Salvatore les pages de leur vie, avant que sa mémoire ne lui fasse complètement défaut. À charge pour lui de la dévoiler, le moment venu, à Anna, la petite-fille de Carmela.

Un très beau texte, récompensé en 2004 par le prix Goncourt.

 

  "Le malheur allait fissurer les vies pleines de ces hommes et femmes, mais pour l'heure, personne n'y pensait. Antonio Manuzio se resservait un verre de grappa. Ils étaient tout à leur bonheur sous le regard généreux de Raffaele, que le spectacle de ses frères dégustant les poissons qu'il avait lui-même grillés faisait pleurer de joie.

   À la fin du repas, ils avaient le ventre plein, les doigts sales, les chemises tachées et le front en sueur mais ils étaient béats. C'est à regret qu'ils quittèrent le trabucco pour retrouver leur vie.

   Longtemps, l'odeur chaude et puissante du laurier grillé resta, pour eux, l'odeur du bonheur." [p. 131]

 

Ce livre entre dans les challenges "Phileas Fogg" (auteur français) et "LDPA 15" :

Lisalor avait sélectionné pour moi Le soleil des Scorta [merci Isabelle de me l'avoir offert], Les anonymes, de R. J. Ellory et Le poids des secrets, de Aki Shimazaki ; j'ai sélectionné pour elle Le chardon et le tartan/Outlander, tome 8, de Diana Gabaldon, Le Puits des mémoires, tome 2, de Gabriël Katz et L'avocat, le nain et la princesse masquée, de Paul Colize. C'est ce dernier qu'elle lira.

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10:46 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

15/12/2015

La Voix de l'empereur, 1 : Le Corbeau et la Torche, Nabil Ouali

Présentation. Voici l’histoire de quatre destins réunis au cœur d’un empire mourant. L’enfant du village gelé, le paladin hanté par un sombre secret, le prêtre émérite d’un ordre qu’il méprise, et le fils de l’empereur.

Dans les rues des cités fourmillantes ou les profondes forêts, chacun accomplit un voyage sur les routes de l’empire mais aussi dans les méandres de son être : quelles sont les ficelles que tire le clergé dans les coulisses ? Qui a tenté de tuer l’empereur et d’éteindre à jamais sa voix ? Sur le sentier escarpé qui mène au pouvoir, le chemin est infiniment plus important que le sommet.

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Mon avis. Un splendide écrin, tant le superbe "objet livre" que la plume, au service d'une intrigue qui, selon moi, s'éparpille quelque peu...

L'écriture de Nabil Ouali est poétique et dépeint artistiquement contours des lieux et personnages.

  "Ravel observa les pâles étoiles qui tentaient de percer la surface du monde. Les rites vespéraux devaient être entamés car les cieux recouvraient le soleil de ses draps d'horizon. Se tournant vers la plaine, il pria pour quil puisse à nouveau se lever." [p. 134]

 

Je n'ai cependant pas été entièrement conquise car je reste sur ma faim : les "héros", à savoir Ravel, Frimas, Elin et Glawol, sont à mon goût trop peu décrits, alors que chacun est doté d'un véritable potentiel. Deux personnages m'ont en outre beaucoup plu, pour le peu que j'en ai découvert : Gweleth et Aearonêl, ce dernier n'ayant pas déployé, je le pressens, sa pleine mesure.

Les ramifications tellement nombreuses de cette histoire auraient gagné, me semble-t-il, à être (bien) davantage étoffées : je me serais moins perdue dans les méandres de cet univers prometteur si ce premier tome avait été (beaucoup) plus développé.

Un grand merci à Book en Stock pour ce partenariat ; si vous voulez découvrir cet auteur au demeurant bien sympathique - à en juger par son interview -, rendez-vous ici.

 

Ce livre entre dans les challenges "de la Licorne" (fantasy pour décembre - janvier), "Littérature de l'imaginaire" et "Lire sous la contrainte" (25e session).

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16:57 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

14/12/2015

Challenge Phileas Fogg

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Je me suis inscrite à ce challenge saisonnier qui court du 22 décembre 2015 au 19 mars 2016.

Une consigne peu contraignante : lire des auteurs de nationalité différente, chaque nationalité étant comptabilisée une seule fois.

De plus amples informations sont disponibles ICI.

 

1. France : Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé.

2. Angleterre : Les anonymes, de R. J. Ellory.

3. USA : Silo, de Hugh Howey.

4. Japon : Orange, 1, de Ichigo Takano.

5. Belgique : Kyrielle Blues, de Biefnot-Dannemark.

6. Irlande : La loi du dôme, de Sarah Crossan.

12:32 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/12/2015

Vite fait, bien fait

Mousse de crevettes/poisson ; rapide à préparer et délicieuse.

 

Ingrédients (4 à 6 personnes) :

200 g de crevettes (ou saumon ou saumon fumé ou autre poisson cuit)

4 feuilles de gélatine

2 dl de crème fraîche

2 dl de fumet de poisson

100 g de beurre

sel et poivre

Préparation :

Laisser tremper la gélatine dans de l'eau.

Faire chauffer le fumet de poisson, ajouter la gélatine et le beurre. Laisser refroidir (~ 30°).

Mixer les crevettes ou le poisson avec la crème fraîche ; mélanger avec le fumet de poisson. Assaisonner.

Disposer dans un moule à cake et laisser au réfrigérateur au moins 3 heures.

La préparation peut aussi servir à garnir des toasts.

 

Bon appétit !

17:28 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

Outlander, Livre 6 : La neige et la cendre, Diana Gabaldon

Présentation. En 1772, à l'aube de la révolution américaine, le brûlot de la rébellion flambe déjà : à Boston, des cadavres gisent dans les rues et, dans l'arrière-pays de la Caroline du Nord, des cabanes s'embrasent dans la forêt.

Au-dessus de la maison de Fraser's Ridge, où vivent Jamie et sa famille, une ombre grandit... La colonie tout entière est en émoi, et le gouverneur Josiah Martin a besoin d'une personnalité charismatique capable d'unir l'arrière-pays et d'apaiser les ressentiments des colons et des Indiens.

De l'avis de tous, Jamie est l'homme de la situation. Mais les choses ne sont pas si simples : tout comme sa fille Brianna et Roger, son gendre, Claire sait que, d'ici à trois ans, on tirera le premier coup de feu dont l'écho retentira partout dans le monde. Et que la guerre se soldera par l'indépendance.

Et, par-dessus tout, plane la menace révélée par une coupure de journal, retrouvée par Claire dans une gazette du XXè siècle, faisant état de la destruction de la maison de Fraser's Ridge et du décès de ses occupants, Jamie et Claire...

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Mon avis. J'ai  mis cette fois davantage de temps pour lire ce tome 6 : indépendamment des examens - et donc des corrections -, ce volume compte quand même plus de 1500 pages.

Je me demandais si je risquais "tout doucement" de me lasser des personnages. Verdict ? Je "rempilerai" volontiers pour le tome suivant ; cependant, j'ai quand même eu un "petit coup de mou" au fil de la lecture. En effet, j'ai trouvé que le récit souffrait quelques longueurs : les prémices tangibles de la "révolution à venir" tardent à se mettre en place.  Je me souviens que c'est avant "l'épisode de la malterie" que je commençais à trouver "le temps long".

L'ombre du conflit plane sur Fraser's Ridge  et puisque Jamie connaît, grâce à Claire, Brianna et Roger, l'issue de celui-ci, il sait pertinemment de "quel côté" il doit pencher s'il veut espérer que sa famille ait une chance de s'en sortir. Pourtant, il a engagé sa parole lorsqu'il a prêté serment d'allégeance aux Anglais et la parole d'un Highlander est sacrée...

Le couple formé par Claire et Jamie demeure solide ; en revanche, celui de Brianna et Roger rencontre quelques problèmes, d'autant que Stephen Bonnet ne s'est toujours pas fait oublier. Jocasta et Duncan connaissent eux aussi des difficultés, liées à "l'or du Français", au conflit annoncé ainsi qu'à leur relation personnelle.

Fergus et Marsali prennent dans ce volume moins de place que par le passé, c'est selon moi un peu dommage ; j'ai d'ailleurs trouvé que le coup que le sort leur réserve est assez vite "résolu".

Concernant les autres personnages, j'ai apprécié particulièrement Tom Christie et son côté "torturé" - indépendamment bien sûr du traitement qu'il inflige régulièrement à sa fille Malva -, Malva elle-même, à la curiosité insatiable.  Et je reconnais que je n'ai pas réussi à "détester totalement" Stephen Bonnet.

La fin de ce tome appelle la lecture de la suite. Inévitablement. Car de nouvelles portes se sont entrouvertes...

Traduction : Philippe Safavi.

Un grand merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Un mois, une consigne" (neige en décembre), "Littérature de l'imaginaire" et "Lire sous la contrainte" (25e session).

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14:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

10/12/2015

Challenge "Un genre par mois" (3)

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Je me suis inscrite à la troisième édition du challenge "Un genre par mois", cette année à venir sous la houlette d'lluze.

Voici le planning pour 2016 :

1.  Janvier : BD, Comics, Manga > Orange, 1, de Ichigo Takano.

2.   Février : Romance, Chick Lit, Érotique > Osez... 20 histoires de correspondance érotique, Collectif.

3.   Mars : Classique, théâtre > relecture de Germinal, d'Émile Zola.

4.   Avril : Fantasy, Aventure > La Belle et le Maudit, de Page Morgan ; Les Prodiges, de Jeremy Scott ; Le noir est ma couleur, 5 : Le piège, d'Olivier Gay ; L'élite, 3 : Dernière épreuve, de Joelle Charbonneau.

5.   Mai : Historique > Outlander, 7 : L'écho des cœurs lointains, partie 1, de Diana Gabaldon.

6.   Juin : Jeunesse, Young Adult > Trop tôt, de Jo Witek ; La brigade de l'ombre, 1 : La prochaine fois (,) ce sera toi, de Vincent Villeminot ; Les loups chantants, d'Aurélie Wellenstein.

7.   Juillet : Science-Fiction > j'utilise un joker puisque je n'ai rien lu en S-F et je retiens mon coup de cœur du mois : Ma mère, le crabe et moi, d'Anne Percin.

8.   Août : Thriller, Polar, Policier > Les Assassins, de Roger Jon Ellory ; Sous la surface, de Martin Michaud.

9.   Septembre : Contemporain > Pétronille, d'Amélie Nothomb.

10.  Octobre : Fantastique, Horreur > j'utilise mon deuxième joker puisque je n'ai rien lu dans ces genres ; je retiens donc Le cri, de Nicolas Beuglet.

11.  Novembre : Non-fiction (essai, témoignage, biographie, livres pratiques, cuisine...) > Éloge de la faiblesse, d'Alexandre Jollien.

12.  Décembre : Nouvelle, Novella > Une nuit dans tes étoiles, d'Emily Blaine et la suite : Ma vie sous tes étoiles.

 

Deux niveaux prévus :

- L'Explorateur, qui participe tous les mois, avec deux jokers (deux possibilités de prendre un livre d'un autre genre que celui recommandé, si vous n'avez pas de livre dans ce genre-là ou s'il ne vous tente pas, par exemple) ;


- Le Touriste, qui participe les mois où ça le tente.

Me voici redevenue "exploratrice".

 

Les renseignements sont disponibles ICI.

17:25 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

01/12/2015

Arena 13, Joseph Delaney

Présentation.  Les temps sont funestes pour l’humanité, qui a presque disparu de la Terre, vaincue par des machines douées de conscience. Les derniers humains vivent confinés dans le pays de Midgard, entouré par une infranchissable barrière de brouillard. Au-delà, personne ne sait ce qu’est devenu le monde.

Dans les arènes de Gindeen, la seule ville du pays, des combats se succèdent toute la journée. Dans l’Arène 13, on mise sur celui qui, le premier, fera couler le sang, on parie sur celui qui trouvera la mort...

Un jour, un jeune garçon, Leif, arrive à Gindeen... Son ambition ? Combattre dans l’Arène 13 et défier Hob qui terrorise les habitants et vole leurs âmes. Il veut prendre sa revanche sur l’infâme créature qui a détruit sa famille, devrait-il y laisser la vie.

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Mon avis. Un récit qui me paraît convenir à des jeunes du secondaire inférieur, férus d'action et de combats ; ceux-ci se déroulent en l'occurrence dans une arène, à l'instar des joutes de gladiateurs à l'époque romaine : l'Arène 13.

Le roman se centre sur Leif, un adolescent à qui la vie a tout pris et qui n'a désormais qu'un seul désir : combattre dans l'Arène 13, afin de régler un compte avec Hob, "l'entité" qui règne en maître sanguinaire sur les derniers survivants humains. Le destin lui sourit (?) sous la forme d'un ticket de loterie gagnant, précieux sésame lui ouvrant l'accès aux arènes de Gindeen.

Il ne lui reste plus "qu'à" convaincre Tyron, le meilleur maître en la matière, de l'entraîner, ce qui n'est pas une mince affaire. Peut-être alors Leif aura-t-il "l'insigne honneur" d'aller combattre, au risque évident de se faire trucider. Mais le jeune garçon n'a maintenant plus rien à perdre, hormis la vie...

Ce premier tome d'une série, qui pose les bases d'un monde futur - dans lequel les "(simu)lacres", créatures façonnées à l'image de l'homme, sans la conscience, n'ont pas dit leur dernier mot, je le pressens - se lit facilement, et allie judicieusement fantasy et science-fiction.

Traduction : Sidonie Van den Dries.

Merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

 

Ce roman entre dans les challenges "Un genre par mois" (jeunesse ou Young Adult pour décembre) ; "À vos nombres" (6) ; "Jeunesse/Young Adult" (6) ; de la Licorne 2 (fantasy pour décembre et janvier) ; "Littérature de l'imaginaire" (1).

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10:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |