23/04/2018

Le fruit de ma colère, Mehdy Brunet

Présentation de l'éditeur. Le jour où Ackerman vient demander de l'aide à Josey Kowalsky, le compte à rebours a déjà commencé.
Il faut faire vite, agir rapidement.
Josey n'hésite pas un seul instant à venir au secours de cet homme qui, par le passé, a su le comprendre.
Ensemble, ils vont découvrir que la colère et la vengeance peuvent prendre bien des visages.
Et s'il était déjà trop tard ?

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Mon avis. Une quête menée tambour battant...

Le récit commence par l'évocation du calvaire vécu par un homme, enfermé dans une cage, qui attend "l'épreuve ultime" infligée par ses tortionnaires...

On retrouve dans ce roman deux des protagonistes de Sans raison, à savoir Paul Ackerman et Josey Kowalsky ; les rôles sont ici inversés puisque c'est le (désormais ex-) flic qui vient demander de l'aide à Kowalsky. Ce dernier s'est réfugié en Espagne et tente de survivre auprès - et si loin - de son fils, dévasté lui aussi par les événements passés.

Ackerman est sans nouvelles de son frère jumeau et puisque ses anciens collègues ne prennent pas cette disparition au sérieux, il se tourne vers Kowalsky, supposant que celui-ci risque de pouvoir lui donner un sérieux coup de main. Et tant pis s'il "franchit la ligne", sans espoir de retour...

Le récit alterne les parties relatant les recherches entreprises par les deux hommes qui mettent très vite le pied dans une fourmilière, et celles racontant le calvaire vécu par le prisonnier.  Une course contre la montre ; une course contre la mort...

Peu à peu s'esquissent les contours d'une vaste entreprise, menée de main de maître(sse) par une pieuvre aux multiples ramifications...

Un roman qui se lit d'une traite... ou presque.

Merci aux éditions Taurnada pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges de La Licorne 4 et Lire sous la contrainte (son "è").

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13:57 Écrit par Païkanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

07/04/2018

Gens de Cogne, Xavier Deutsch

Présentation de l'éditeur. C’est l’histoire d’un village de montagne dans les Alpes italiennes, en 1958.

Une existence paisible à l’écart des bruits du monde. Jusqu’à ce que surgissent des tourments, des tempêtes hivernales.

De grands vents tournent et hurlent dans la nature, dans le cœur des femmes et des hommes.

Un petit garçon se fait agresser, un carabinier est égorgé, une brèche est percée dans la muraille.

Et des militaires britanniques patrouillent en montagne.

« Ce fut un basculement, soudain, de Cogne dans les ténèbres et dans le tourment. »

Le lieutenant Challant fait face. Mais face à quoi ?

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Mon avis Une plume poétique au service d'une histoire âpre...

D'emblée le lecteur plonge dans ce village de montagne où les conditions de vie sont parfois difficiles ; la nature y dicte souvent sa loi, elle propose et les hommes disposent.

Dès la première phrase, le ton est donné : "Il faisait grand jour et l'hiver reprenait sa respiration. Le ciel était vaste, lumineux, glacial comme il ne l'avait pas été depuis douze ans. La montagne laissait couler un filet d'air métallique depuis les crêtes. Du village, en levant les yeux, on lisait le contour des arbres noirs et, plus haut, la ligne des arêtes de granit, effilées comme des lames de serpe, avec une netteté rare, et tout le monde savait qu'on n'en avait pas terminé. Que l'accalmie préparait de nouveaux assauts." [p. 7]

 

Focus sur Gauvain Challant, carabinier installé à Cogne avec sa femme Gloria, village où tous n'ont d'autre choix que de vivre en symbiose avec la nature ; or cette "grande dame" paraît présentement annoncer des jours particulièrement sombres, dans tous les sens du terme. Quiconque est attentif se rend compte que l'atmosphère a changé : des signes, aussi infimes soient-ils, sont bel et bien présents, avant-coureurs de "l'indéfinissable". Comment dès lors (tenter d')y faire face ?

Challant se rend chez Jules Chabloz : le petit garçon a été agressé ; qui donc a bien pu s'en prendre à l'enfant sans raison apparente ? Un trou a été percé dans le mur qui cerne, en partie, le village ; quel intérêt ? Peu de temps après, un des hommes de Challant est retrouvé égorgé ; qu'a-t-il pu se produire ? Les questions sont nombreuses, les réponses inexistantes ; la nature elle-même semble être au diapason de ces drames.

  "Il était alors seize heures trois et Challant nota qu'il redescendait la même ruelle que la veille vers le centre de Cogne, sous le même ciel d'une transparence redoutable, et subissait la morsure du gel avec la même intensité.

   Mais, en un jour, quelle brutalité avait eu le temps de s'abattre !

   Il leva les yeux vers le col du Piémont, et il eut son cœur serré par des mâchoires : un ourlet de vent noir, venu de l'arrière, submergeait la crête, pour déferler." [p. 96 - 97]

 

Pas d'action effrénée dans ce roman mais un faisceau d'événements qui, tous, convergent vers Cogne, "personnage" à part entière du récit, en une sarabande qui mêle passé et présent ; une histoire dont l'inéluctabilité m'a fait songer, à certains moments, à Cent ans de solitude ou encore Chronique d'une mort annoncée, de Gabriel García Márquez.

  "Le soleil, blanc comme la lune, se levait dans l'axe du col du Piémont. Il ne fallait rien espérer de lui." [p. 131]

 

Un très beau texte...

19:59 Écrit par Païkanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

04/04/2018

Du feu de l'enfer, Sire Cédric

Présentation de l'éditeur. Manon maquille les cadavres, Ariel maquille les voitures. Elle est thanatopractrice, il est délinquant. Ils sont frère et sœur. Un jour, l'une des combines d'Ariel tourne mal et Manon se retrouve complice malgré elle. Lorsque les assassinats les plus sordides s'accumulent autour d'eux, traçant un jeu de piste sanglant vers une secte satanique, le capitaine Raynal s'intéresse à leur cas. Commence alors une traque qui brouillera les limites entre alliés et prédateurs et mettra à l'épreuve les liens du sang.

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Mon avis. Une fois encore, un excellent "tourne-pages"...

La Mort - avec une majuscule - est de nouveau présente dans ce roman puisqu'au centre de l'intrigue, le lecteur découvre Manon, jeune thanatopractrice qui aime beaucoup son métier, si particulier soit-il. Collé à ses basques, son frère Ariel, le boulet par excellence, immature, profiteur, égocentrique, tête à claques, manipulateur. Mais c'est son frère. Quand même. Malgré "tout".

Au cours d'un de ses "petits trafics de merde(ux)", Ariel s'est cette fois frotté à des personnes particulièrement dangereuses et le lecteur comprend très vite, avant même Ariel - et dans une moindre mesure Manon -, que quand la machine est lancée, rien ni personne ne pourra l'arrêter. Tout au plus pourra-t-on espérer l'enrayer. Espérer...

Difficile de poser le livre une fois celui-ci commencé ; impossible de ne pas subir aux côtés de Marion les affres de la peur, de l'angoisse, voire à certains moments de la terreur. En revanche, je dois avouer que le sort d'Ariel, davantage parasite que frère, m'importait finalement très peu. Au milieu du jeu de quilles, le (séduisant) capitaine Raynal qui, malgré les pressions de sa hiérarchie, ne peut s'empêcher de venir en aide à la jeune femme, au grand plaisir de cette dernière.

Quant aux "méchants", hé bien, ils le sont vraiment et ne s'encombrent d'aucun état d'âme ; pire, exécuter leurs victimes ne prend pour eux tout son sens/sang que s'ils peuvent :les faire souffrir, avec beaucoup de "raffinement".

  "Sa bouche tordue et l'expression déchirante de ses traits trahissaient l'intensité de la douleur qu'on lui avait infligée. Il suffisait de voir ses bras, retenus de part et d'autre, pour comprendre pourquoi. Ses poignets étaient perforés, les os transpercés par d'énormes vis aux têtes boulonnées." [p. 71]

 

J'ai lu ce récit presque en apnée, redoutant à chaque page tournée de découvrir à quelle sauce l'auteur avait décidé de manger Manon. Entre ce que l'on redoute de lire, ce que l'on espère lire et la signification des mots au fur et à mesure de la lecture, il y a souvent une marge.

 

Ce titre entre dans le challenge de La Licorne, 4.

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18:27 Écrit par Païkanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

03/04/2018

Les décharnés, Une lueur au crépuscule, Paul Clément

Présentation de l'auteur. Une journée de juin comme une autre en Provence. Blessé à la cheville, Patrick, un agriculteur de la région, asocial et vieillissant, ne souhaite qu'une chose : se remettre au plus vite pour retrouver la monotonie de sa vie, rythmée par un travail acharné. Mais le monde bascule dans l'horreur lorsque les automobilistes, coincés dans un embouteillage non loin de chez lui, se transforment soudain en fous assoiffés de sang... de sang humain. S'il veut survivre, Patrick doit non seulement faire face à ces démons qui frappent à sa porte mais aussi à ceux, plus sournois, qui l'assaillent intérieurement. Et si cette petite fille, qu'il prend sous son aile, parvenait à le ramener, lui, vieux loup solitaire, dans le monde des vivants ?

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Mon avis. Une "chouette" lecture, si tant est que l'on puisse qualifier de la sorte le fait de voir des personnages confrontés à des zombies...

Focus sur la Provence, un jour de juin que rien ne distinguait des autres. A priori. A priori seulement. Patrick, un agriculteur bougon, qui n'a de comptes à rendre qu'à lui-même - et s'en trouve ravi -, regarde au loin la route qui traverse ses champs, encombrée par des voiture pare-choc contre pare-choc. Profondément ironique à l'égard du "spectacle" qui se déroule sous ses yeux, il assiste, impuissant, à la transformation de ces humains en zombies. Il a juste le temps de se barricader à l'étage de sa maison avec quelques vivres, une petite fille miraculeusement indemne sous le bras, après avoir bloqué l'escalier avec les meubles jetés pêle-mêle afin d'empêcher les créatures de gravir les marches.

La survie s'organise : la petite fille reste prostrée dans une garde-robe tandis que Patrick rationne les provisions et l'eau, tout en prenant conscience qu'il faudra bien "un jour" tenter une sortie.

J'ai apprécié cette lecture mais je dois reconnaître que c'eût été davantage le cas si je ne regardais pas The Walking Dead : l'impression de déjà-vu s'est avérée récurrente, d'autant que, comme dans la série, une fois que les protagonistes ont compris comment (essayer de) se protéger des zombies, il faudra "composer" avec les éventuels autres survivants...

La relation entre l'agriculteur aigri et la petite fille est très touchante : cette dernière arrivera à rendre au "vieil" homme l'humanité qu'il avait (in)sensiblement perdue, paradoxe dans un monde désormais privé d'humanité.

Petit bémol : quelques maladresses stylistiques parsèment çà et là le texte, sans gêner cependant la lecture.

 

Ce titre entre dans les challenges de La Licorne, 4 et "Lire sous la contrainte" - son [e] -.

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11:29 Écrit par Païkanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |