07/04/2018

Gens de Cogne, Xavier Deutsch

Présentation de l'éditeur. C’est l’histoire d’un village de montagne dans les Alpes italiennes, en 1958.

Une existence paisible à l’écart des bruits du monde. Jusqu’à ce que surgissent des tourments, des tempêtes hivernales.

De grands vents tournent et hurlent dans la nature, dans le cœur des femmes et des hommes.

Un petit garçon se fait agresser, un carabinier est égorgé, une brèche est percée dans la muraille.

Et des militaires britanniques patrouillent en montagne.

« Ce fut un basculement, soudain, de Cogne dans les ténèbres et dans le tourment. »

Le lieutenant Challant fait face. Mais face à quoi ?

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Mon avis Une plume poétique au service d'une histoire âpre...

D'emblée le lecteur plonge dans ce village de montagne où les conditions de vie sont parfois difficiles ; la nature y dicte souvent sa loi, elle propose et les hommes disposent.

Dès la première phrase, le ton est donné : "Il faisait grand jour et l'hiver reprenait sa respiration. Le ciel était vaste, lumineux, glacial comme il ne l'avait pas été depuis douze ans. La montagne laissait couler un filet d'air métallique depuis les crêtes. Du village, en levant les yeux, on lisait le contour des arbres noirs et, plus haut, la ligne des arêtes de granit, effilées comme des lames de serpe, avec une netteté rare, et tout le monde savait qu'on n'en avait pas terminé. Que l'accalmie préparait de nouveaux assauts." [p. 7]

 

Focus sur Gauvain Challant, carabinier installé à Cogne avec sa femme Gloria, village où tous n'ont d'autre choix que de vivre en symbiose avec la nature ; or cette "grande dame" paraît présentement annoncer des jours particulièrement sombres, dans tous les sens du terme. Quiconque est attentif se rend compte que l'atmosphère a changé : des signes, aussi infimes soient-ils, sont bel et bien présents, avant-coureurs de "l'indéfinissable". Comment dès lors (tenter d')y faire face ?

Challant se rend chez Jules Chabloz : le petit garçon a été agressé ; qui donc a bien pu s'en prendre à l'enfant sans raison apparente ? Un trou a été percé dans le mur qui cerne, en partie, le village ; quel intérêt ? Peu de temps après, un des hommes de Challant est retrouvé égorgé ; qu'a-t-il pu se produire ? Les questions sont nombreuses, les réponses inexistantes ; la nature elle-même semble être au diapason de ces drames.

  "Il était alors seize heures trois et Challant nota qu'il redescendait la même ruelle que la veille vers le centre de Cogne, sous le même ciel d'une transparence redoutable, et subissait la morsure du gel avec la même intensité.

   Mais, en un jour, quelle brutalité avait eu le temps de s'abattre !

   Il leva les yeux vers le col du Piémont, et il eut son cœur serré par des mâchoires : un ourlet de vent noir, venu de l'arrière, submergeait la crête, pour déferler." [p. 96 - 97]

 

Pas d'action effrénée dans ce roman mais un faisceau d'événements qui, tous, convergent vers Cogne, "personnage" à part entière du récit, en une sarabande qui mêle passé et présent ; une histoire dont l'inéluctabilité m'a fait songer, à certains moments, à Cent ans de solitude ou encore Chronique d'une mort annoncée, de Gabriel García Márquez.

  "Le soleil, blanc comme la lune, se levait dans l'axe du col du Piémont. Il ne fallait rien espérer de lui." [p. 131]

 

Un très beau texte...

19:59 Écrit par Païkanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

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