26/02/2018

Quand la nuit devient jour, Sophie Jomain

Présentation. "On m’a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une épine dans le pied, décrire l’échauffement d’une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j’ai trop mangé, de l’élancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression. Ma faiblesse.
Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la médecine, même l’amour des miens a échoué. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le début.

J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril 2016."

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Mon avis. Un coup de cœur allié à un coup au cœur... ou inversement.

Sujet délicat au centre de ce récit : la Dépression, avec une (énorme) majuscule tellement le mal-être de Camille est profond et inextinguible.

Camille a vingt-neuf ans et du plus loin qu'elle s'en souvienne, elle a toujours ressenti, au dedans d'elle, une souffrance telle que se regarder dans un miroir constituait une véritable épreuve : elle les évitait donc autant que possible. Davantage encore quand ses troubles alimentaires ont commencé à régenter son existence. Elle a pourtant eu des parents aimants. Elle a pourtant suivi thérapie sur thérapie. Rien n'a changé. Les douleurs physiques se sont intensifiées au fur et à mesure qu'a grandi en elle ce vide, la laissant, après chaque "crise", toujours plus pantelante.

Camille n'en peut plus ; elle sait que jamais, elle ne sera heureuse ; pire, elle sait que jamais, elle n'aura une idée, aussi infime soit-elle, du sens du mot "bonheur". Alors, en (dés)espoir de cause, elle demandera "l'euthanasie volontaire assistée".

La première partie du récit relate les "jeunes années" de Camille, qui l'ont conduite à devenir celle qu'elle est aujourd'hui, celle qui a tout essayé mais ne peut plus continuer à (tenter de) survivre. Elle ne s'attend pas à être soutenue par ses parents mais elle espère (secrètement) qu'ils essayeront de la comprendre. Alors, elle leur fait part de sa décision. Mais comment des parents pourraient-ils "accepter" cette volonté de leur fille unique ? Unique à bien des égards...

L'auteure réussit l'exploit de décrire la souffrance de la jeune femme de telle manière que le lecteur l'accompagne dans son cheminement et en arrive à la comprendre, laissant de côté le jugement spontané qui aurait éventuellement pu être le sien.

Sa demande d'euthanasie ayant été validée en Belgique, Camille sera prise en charge dans une clinique médico-psychiatrique spadoise, un centre où l'équipe médicale tentera de l'aider au mieux à "profiter" des dernières semaines avant l'inéluctable.

J'ai été très touchée par ce roman car j'ai "côtoyé" la dépression dans la famille et certaines phrases avaient pour moi une résonance particulière ; et même si la fin est particulièrement bouleversante, le récit n'est jamais déprimant...

  "Mon existence tout entière était lourde à porter, à assumer, depuis si longtemps. Si seulement mon image avait été la seule en cause... Je ne parvenais plus à combattre ma souffrance psychique, à raisonner, à camoufler mon mal-être, et il me semblait parfois que la mort était la seule solution pour arrêter mon calvaire. La dépression prenait possession de moi. Je ne supportais plus de vivre parmi les gens, de les croiser, de leur parler, je n'étais plus capable de faire semblant." [p. 33]

 

Un grand merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

14:30 Écrit par Païkanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

Commentaires

Oh !ce livre est dans ma liseuse...grâce à ton billet,il ne tardera pas à être lu...

Écrit par : Jacqueline | 26/02/2018

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