26/11/2017

Entre deux mondes, Olivier Norek

Présentation.

ADAM A DÉCOUVERT

EN FRANCE UN ENDROIT

OÙ L'ON PEUT TUER

SANS CONSÉQUENCES.

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Mon avis. Un roman (?) indispensable...

Le récit s'ouvre sur deux scènes qui prendront leur sens par la suite. L'une, intitulée L'enfant, se déroule "quelque part en Méditerranée" : dans l'embarcation qui transporte 273 migrants, une petite fille tousse de manière récurrente, si bien qu'elle risque de les faire repérer lorsqu'ils auront embarqué dans des camions. Il est alors demandé à la maman de jeter son enfant par dessus bord...

L'autre, Le fou, transporte le lecteur à Calais, en octobre 2016, au dernier jour du démantèlement de la "Jungle"(1) : alors que les pelleteuses viennent de déterrer des bouts de corps à la périphérie du camp, une silhouette sale, dépenaillée, surgit de la forêt, s'agenouille face au trou et se met à creuser la terre de manière frénétique, avant de repartir vers les bois.

Le récit se centre ensuite sur la Syrie, plus particulièrement la "salle d'interrogatoire" du centre de détention du service de renseignement militaire auquel appartient Adam, officiellement "agent dévoué de la police militaire du régime de Bachar el-Assad". Officieusement, Adam fait désormais partie de l'ASL, l'armée syrienne libre. Et le prisonnier "interrogé" - autrement dit torturé - fait aussi partie de l'ASL ; il a jusqu'à présent résisté mais Adam sait que c'est une question d'heures avant qu'il parle. Il doit donc organiser dans l'urgence la fuite de sa femme et sa fille avant de prendre lui-même le large.

Focus ensuite sur Calais, en juillet 2016, où vient d'être muté le lieutenant Bastien Miller. Il est loin de se douter qu'il va (tenter d') ouvrir les yeux sur un univers insoupçonné et insoupçonnable, alors qu'il n'a lui-même pas une vie de famille harmonieuse...

 "- J'ai l'impression que le camp de réfugiés est au centre de beaucoup de tensions. Cette Jungle, vous y allez souvent ?

   - Aux abords, tous les jours. À l'entrée, quand il le faut. Mais dedans, rarement. C'est à la fois une zone de non-droit et un bidonville.

  - Et votre job consiste en quoi ?

   Passaro perdit un instant sa bonhomie. Cortex et Sprinter se gardèrent de répondre ou de blaguer.

  - J'aurais presque honte de le décrire. Faut le vivre. Mais personne ne veut le vivre. Nous, on y arrive à peine." [p. 105]

"Ce job, il se fait en apnée", avait dit Passaro. [p. 132]

 

Le lien entre Bastien et Adam, ce sont leurs "réflexes de flic" ; c'est cette jungle avec ses (non-)droits, ses exigences, ses atrocités. Et ses marques d'humanité. Parfois. C'est aussi le petit Kilani dont le destin embue le regard.

La souffrance sourd des pages relatives aux migrants qui tentent "simplement" de survivre ; elle surgit également aux côtés des policiers qui ont la lourde tâche (d'essayer) de faire leur métier tout en conservant leur humanité.

Il est des livres dont on aimerait qu'ils ne soient que de la fiction. Entre deux mondes est de ceux-là.

Un grand merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

 

(1) "- C'est légèrement inapproprié. Qui a trouvé le nom ?

   - N'y voyez pas de racisme, ce sont les migrants iraniens eux-mêmes. Quand ils sont arrivés sur place, ils ont vu un morceau de forêt, alors ils ont appelé l'endroit "la Forêt". En langue perse, jangal. Ici, on a entendu "jungle", prononcé à l'anglaise. Un simple quiproquo." [p. 100]

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne, 4.

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16:54 Écrit par Païkanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

24/11/2017

Fourmi, Cyril Houplain

Présentation. 1870, une époque où le monde s'explore, s'invente et fourmille de nouvelles idées.

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Mon avis. Un album exceptionnel...

Ce n'est pas tant l'histoire racontée qui est remarquable mais sa conception graphique ; en effet, les illustrations sont réalisées uniquement en fourmis. Oui, vous avez bien lu : en fourmis.

Ainsi, ce sont des milliers de fourmis qui figurent l'histoire d'Alistair Burke, un jeune Londonien qui embarque, en tant que mousse, à bord d'un navire en partance pour le Nouveau Monde. Sa petite taille et son agilité le font surnommer "Fourmi".

Après un naufrage, il arrive à New York avant d'entamer un périple qui le conduira sur la route de l'Ouest américain...

Tous les dessins sont constitués de fourmis noires, sauf une, rouge, que l'on remarque d'emblée dès qu'elle apparaît : elle jouera un rôle particulier dans l'existence du jeune homme...

Une véritable prouesse graphique...

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

19:54 Écrit par Païkanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

17/11/2017

Dans la peau d'un migrant, Arthur Frayer-Laleix

Présentation. L'immigration clandestine est un iceberg dont nous ne voyons que la partie émergée. Pour explorer cette mondialisation de l'ombre, Arthur Frayer-Laleix s'est grimé en clandestin, approchant ainsi les passeurs, les logeurs, les intermédiaires du trafic d'êtres humains, avant de reprendre sa casquette de journaliste pour interroger policiers, magistrats, avocats, et vivre parmi les migrants. Son enquête l'a mené du Pakistan à la Turquie, des Balkans à l'Allemagne, en passant par les rues de Calais.

La face cachée d'un "cinquième monde" vertigineux et désespérant qui nous reste invisible, mais dont les conséquences économiques, sociales et politiques ne peuvent laisser indifférent.

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Mon avis. Une lecture nécessaire pour qui veut ouvrir les yeux sur une insoutenable réalité...

Point de fiction puisque ce livre est en fait une enquête réalisée par un journaliste qui a décidé de rentrer dans la peau d'un migrant afin de "vivre" - si tant est que cela soit possible - les situations que ces déracinés sont amenés à rencontrer.

Il entrera ainsi en relation avec les acteurs de ce drame qui sacrifie sur l'autel du profit hommes, femmes, enfants. Indifféremment. Impitoyablement.  Inexorablement Il rencontrera les migrants eux-mêmes, ceux qui acceptent de témoigner ou le font sans en être conscients. Il rencontrera les passeurs, ceux qui acceptent de parler ou le font sans en être conscients. Il rencontrera aussi des "officiels", ceux qui tâchent de (se) convaincre que les pays "accueillants" agissent au mieux et ceux qui, à demi-mots, crachent leur impuissance face au drame.

  "Car derrière les cagettes de tomates, séparée d'elles par des planches en bois, Perry Wacker a aménagé une cache. A l'intérieur s'entassent 60 Chinois. Quand les douaniers de Douvres les découvrent, 58 d'entre eux sont déjà morts. Étouffés. Les corps sont entassés comme des pantins inertes, une montagne de chair, de membres, de torses, de têtes. Des corps quasi nus, car les clandestins ont ôté tous leurs vêtements dans un dernier effort pour survivre.

   Perry Wacker et son complice Ying Guo n'étaient que des petites mains dans le trafic de clandestins, des intermédiaires sans envergure, tout comme les Égyptiens, les Bulgares, les Albanais, les Kurdes, les Britanniques et les Français qui encombrent les salles de comparution immédiate du tribunal de Boulogne-sur-Mer. [...]

   "Peu à peu, [...] on commence à considérer que le trafic de clandestins est un crime", poursuit le policier. La France et l'Angleterre se dotent de lois ; Europol, fondé en 1999, constitue une cellule "Immigration" ; Frontex voit le jour en 2005.

   Pour autant, ce dispositif judiciaire et policier n'enraye pas la mécanique migratoire. Un problème central demeure aux yeux des spécialistes : le transport de clandestins n'est pas considéré comme un crime dans la plupart des pays de départ. Là-bas, les passeurs sont regardés comme des héros, pas des escrocs." [p. 340 - 346]

 

Croisières méditerranéennes, Bernard Lavilliers

 

Merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

20:37 Écrit par Païkanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

11/11/2017

Mauvaise pioche, Elisabeth Brami et Camille Carreau (KMie.)

Présentation. C'est décidé ! Moi, Elsa Klein, petite dernière d'une famille de quatre sœurs, je n'ai plus envie de faire comme si :

- comme si j'étais un gars ou mieux qu'un gars,

- comme si j'étais la plus heureuse des filles,

- comme si j'étais la plus géniale des quatre,

- comme si j'étais celle qui continue à croire à leur bobard : "Ta mère et moi, on voulait une fille exactement comme toi !"

Mon œil...

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Mon avis. Un petit livre amusant pour les plus jeunes...

Elsa se livre dans son journal intime : elle raconte la difficulté d'être la "petite dernière", dans une famille de quatre filles où un garçon était ardemment espéré. La difficulté de ne récolter que de mauvaises notes en classe alors que ses trois aînées sont excellentes, voire brillantes. La difficulté de se sentir différente et de n'avoir personne à qui confier ses doutes et ses peurs.

  "En tout cas, c'est à ce moment-là que mes parents ont rejoué au loto des bébés. Et encore une fois, ils ont fait mauvaise pioche ! Mais cette fois, qui est arrivé ? Qui ? Devinez !

   MOI ! Moi, Elsa Klein. La quatrième fille du docteur Klein." [p. 25 - 26]

L'enfant porte sur la fratrie et les parents un regard tantôt doux amer, tantôt humoristique.

Merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat.

21:59 Écrit par Païkanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |