17/11/2017

Dans la peau d'un migrant, Arthur Frayer-Laleix

Présentation. L'immigration clandestine est un iceberg dont nous ne voyons que la partie émergée. Pour explorer cette mondialisation de l'ombre, Arthur Frayer-Laleix s'est grimé en clandestin, approchant ainsi les passeurs, les logeurs, les intermédiaires du trafic d'êtres humains, avant de reprendre sa casquette de journaliste pour interroger policiers, magistrats, avocats, et vivre parmi les migrants. Son enquête l'a mené du Pakistan à la Turquie, des Balkans à l'Allemagne, en passant par les rues de Calais.

La face cachée d'un "cinquième monde" vertigineux et désespérant qui nous reste invisible, mais dont les conséquences économiques, sociales et politiques ne peuvent laisser indifférent.

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Mon avis. Une lecture nécessaire pour qui veut ouvrir les yeux sur une insoutenable réalité...

Point de fiction puisque ce livre est en fait une enquête réalisée par un journaliste qui a décidé de rentrer dans la peau d'un migrant afin de "vivre" - si tant est que cela soit possible - les situations que ces déracinés sont amenés à rencontrer.

Il entrera ainsi en relation avec les acteurs de ce drame qui sacrifie sur l'autel du profit hommes, femmes, enfants. Indifféremment. Impitoyablement.  Inexorablement Il rencontrera les migrants eux-mêmes, ceux qui acceptent de témoigner ou le font sans en être conscients. Il rencontrera les passeurs, ceux qui acceptent de parler ou le font sans en être conscients. Il rencontrera aussi des "officiels", ceux qui tâchent de (se) convaincre que les pays "accueillants" agissent au mieux et ceux qui, à demi-mots, crachent leur impuissance face au drame.

  "Car derrière les cagettes de tomates, séparée d'elles par des planches en bois, Perry Wacker a aménagé une cache. A l'intérieur s'entassent 60 Chinois. Quand les douaniers de Douvres les découvrent, 58 d'entre eux sont déjà morts. Étouffés. Les corps sont entassés comme des pantins inertes, une montagne de chair, de membres, de torses, de têtes. Des corps quasi nus, car les clandestins ont ôté tous leurs vêtements dans un dernier effort pour survivre.

   Perry Wacker et son complice Ying Guo n'étaient que des petites mains dans le trafic de clandestins, des intermédiaires sans envergure, tout comme les Égyptiens, les Bulgares, les Albanais, les Kurdes, les Britanniques et les Français qui encombrent les salles de comparution immédiate du tribunal de Boulogne-sur-Mer. [...]

   "Peu à peu, [...] on commence à considérer que le trafic de clandestins est un crime", poursuit le policier. La France et l'Angleterre se dotent de lois ; Europol, fondé en 1999, constitue une cellule "Immigration" ; Frontex voit le jour en 2005.

   Pour autant, ce dispositif judiciaire et policier n'enraye pas la mécanique migratoire. Un problème central demeure aux yeux des spécialistes : le transport de clandestins n'est pas considéré comme un crime dans la plupart des pays de départ. Là-bas, les passeurs sont regardés comme des héros, pas des escrocs." [p. 340 - 346]

 

Croisières méditerranéennes, Bernard Lavilliers

 

Merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

20:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

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