29/09/2017

Le trône de fer, 1, George R. R. Martin

Présentation. Il était une fois, perdu dans un lointain passé, le royaume des Sept Couronnes... En ces temps nimbés de brume, où la belle saison pouvait durer des années, la mauvaise toute une vie d'homme, se multiplièrent un jour des présages alarmants. Au nord du Mur colossal qui protégeait le royaume, se massèrent soudain des forces obscures ; au sud, l'ordre établi chancela, la luxure et l'inceste, le meurtre et la corruption, la lâcheté et le mensonge enserrèrent inexorablement le trône convoité. Pour préserver de l'ignominie les siens et la dynastie menacés se dresse alors, armé de sa seule droiture, le duc Stark de Winterfell, aussi rude que son septentrion natal. Mais, en dépit du pouvoir immense que vient de lui conférer le roi, a-t-il quelque chance d'endiguer la tourmente qui se lève ?

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Mon avis. J'ai profité de la réédition du Trône de fer pour (enfin) découvrir cette saga. Bien m'en a pris...

De cette série télévisée, j'entendais la plupart du temps, lorsqu'un membre de la famille regardait un épisode, des gémissements : soit les personnages se trucidaient, soit ils forniquaient et je n'avais nulle envie d'y jeter un œil. Mais puisqu'il est dit que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis, j'ai eu envie de mettre des visages sur des noms et au fur et à mesure de ma lecture, je regardais l'un ou l'autre épisode, veillant à ne pas aller plus vite par l'image que par les mots...

Est-il encore utile de présenter cette saga que tout le monde - ou presque - connaît ? Dans le doute, en voici quelques éléments...

Le prologue met en évidence des "créatures" qui vivent au-delà du Mur ; ces autres semblent devoir devenir un fléau qui s'abattra sur les humains...

En attendant, nous suivons la famille des Stark, dont le père, Eddard - qui n'avait rien demandé, bien au contraire -, est contraint de devenir la Main du Roi Robert Baratheon, son ancien compagnon de bataille. Un tel honneur ne se refuse pas et c'est la mort dans l'âme qu'il devra laisser derrière lui femme et (certains de ses) enfants, ainsi que le froid du Nord dans lequel il se sent chez lui pour se rendre, en compagnie de son suzerain dans un Sud à la chaleur  écrasante. Eddard étouffe, dans tous les sens du terme, d'autant que les complots s'ourdissent à tour de bras. Son fils illégitime, Jon Snow, a rejoint le Mur alors que Bran est resté à Winterfell en compagnie de sa mère et de son jeune frère. Quant aux filles, Sansa et Arya, elles ont accompagné Ned à Port-Réal. Coup de cœur pour Arya qui souffre plus souvent qu'à son tour de sa "condition féminine"...

Parallèlement, on découvre Daenerys, princesse déchue en quelque sorte, sous la coupe autoritaire et perverse de son c... de frère, Viserys ; celui-ci vient de la vendre, ni plus ni moins, à un chef barbare, Drogo. Mais en fin de compte, l'on peut se demander qui est le plus barbare ? [Jason Momoa dans le rôle de Khal Drogo vaut indéniablement le coup d’œil].

Côté Lannister, un seul a trouvé grâce à mes yeux, c'est Tyrion, dont l'intelligence s'avère inversement proportionnelle à la taille ; la reine et son frère jumeau sont particulièrement détestables, mais ce n'est rien, semble-t-il, en regard du prince héritier qui a "de qui tenir".

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce premier tome ; deux bémols cependant : d'abord un souci d'impression puisqu'à de multiples reprises, des mots n'ont pas été correctement scindés ; en outre, certaines phrases sont parfois tellement alambiquées qu'il m'est arrivé de devoir les relire afin d'en décoder le sens. Fait de l'auteur ou du traducteur ? I don't know...

  "Alors, de funestes pressentiments envahirent Eddard Stark. Sa place était ici, dans le nord. Il jeta un regard circulaire sur les effigies de pierre qui l'entouraient, prit, dans le silence glacial de la crypte, une profonde inspiration. Il sentait les yeux des morts peser sur lui. Il les savait tous à l'écoute. Et l'hiver venait." [p. 64]

Traduction : Jean Sola.

Titre VO : Song of Ice and Fire, book 1 : A Game of Thrones (1996)

Je ne lirai probablement pas la suite : j'ai trop envie de découvrir la suite de la série et je ne lis jamais un roman après en avoir vu l'adaptation télévisée ou cinématographique...

Merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges Littérature de l'imaginaire (18/24) et "de La Licorne".

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18:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

25/09/2017

Mille ans après la guerre, Carine Fernandez

Présentation. À l'aube du XXIe siècle, Miguel, un vieil homme solitaire, quitte sa cité ouvrière de la province de Tolède pour s'enfuir avec Ramón, son chien, dans les monts d'Estrémadure. Il vient de recevoir une lettre de sa sœur lui annonçant qu'elle souhaite s'installer chez lui. Face à la menace de la vie commune, le vieux libertaire se révolte. Pour la première fois de sa vie, il ose. Il s'évade. [...]

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Mon avis. Un texte fort de cette rentrée littéraire ; une balade qui prend l'allure d'une ballade, de celles qui conte, à travers une très belle plume, une existence dans laquelle le drame joue sa douloureuse partition...

Miguel, alias Medianoche, au crépuscule de sa vie, vit seul avec son chien Ramón depuis le décès de son fils et de son épouse. Le vieil homme reçoit un jour une lettre de sa sœur Nuria : cette dernière lui annonce sans préambule qu'elle s'en vient vivre avec lui. Medianoche ne peut imaginer une seule seconde voir sa tranquillité troublée de la sorte ; il décide alors de quitter sa maison afin de retourner sur les traces de son passé, le temps que Nuria, de guerre lasse, abandonne son projet.

Il passe à la banque retirer une partie de ses économies et prend le bus en compagnie de Ramón, direction Montepalomas, le village où il a grandi en compagnie de son jumeau Mediodìa, son double exécuté depuis longtemps déjà, lors de la guerre civile espagnole...

Ce pèlerinage sera pour le vieil homme l'occasion de "revivre" un passé douloureux, dévoilant au lecteur les atrocités commises par les Franquistes à l'égard des "Rouges". Medianoche redonne ainsi "la parole" à ceux qui, par soif de liberté et d'égalité, ont payé de leur vie.

  "Cette faiblesse du ventre, il la reconnaît, ce n'est rien d'autre que la trouille." [p. 21]

  "Sur cette ancienne route où deux voitures se croisaient difficilement, avant les lignes d'autocar et même avant l'asphalte, il était passé. Sous le même soleil, sous la même malédiction de Midi." [p. 33]

  "La fatigue, mauvaise, si intense, si pesante. De la pure douleur, dépassée par le corps qui reste raide, debout dans le camion, soudé au compagnon d'enfer, le corps qui continue de résister, d'aller, sans âme. L'âme morte. Seulement les yeux qui fondent, la gorge en flammes, la cervelle bouillante, comme si tout le sang fébrile du pauvre corps était monté à la tête. Aucun ne se plaignait de la soif, ni de la douleur, aucun n'avouait sa trouille." [p. 35]

  ""On va vous faire envier les morts !", tempêtait le curé au milieu de l'esplanade, lors de la messe du dimanche." [p. 205]

 

Medianoche se lance dans une quête éperdue de Mediodìa, Andrés, Valeriano, Rosario..., une quête de lui-même également ; peut-être les(s') y (re)trouvera-t-il...

Un grand merci aux éditions Les Escales pour ce partenariat.

10:49 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

19/09/2017

Les échoués, Pascal Manoukian

Présentation. 1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d'assaut les routes qu'ils sont en train d'ouvrir.

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Mon avis. Un récit bouleversant...

J'ai souvent un ou deux train(s) de retard, c'est pourquoi je viens seulement de lire ce titre qui a fait couler beaucoup d'encre à sa sortie, voici déjà deux ans...

Trois points de vue, trois destins, trois souffrances qui se rejoignent en un lieu où, normalement, la vie devrait être plus douce. Normalement.

Le premier, Virgil, le Moldave, tâche de survivre caché dans un trou au plus profond de la forêt de Sénart, sortant de sa cachette pour grappiller de quoi se "nourrir".

  "Cela faisait deux mois maintenant qu'il vivait tapi dans un trou. Une tombe d'un mètre quatre-vingt-dix sur un mètre de large et un mètre de profondeur, creusée à la main au beau milieu de la forêt, et recouverte d'un toit de branches et de feuilles.

   Le jour, il y enfouissait ses affaires. La nuit tombée, il s'y enterrait vivant." [p. 12]

 

Le second se nomme Assan, vient de Somalie et a fui la guerre civile avec sa fille Iman, sa femme et les petites sœurs d'Iman ayant été fauchées par une rafale de mitraillette : "Abdou était descendu du pick-up, traînant la vieille exciseuse derrière lui. La moitié de son visage avait été désossée à coups de crosse. Asma avait tout de suite compris qu'il venait chercher Iman pour la découdre." [p. 27]  Assan "avait refusé de passer une nuit de plus dans ce pays où les garçons changeaient de nom et où les filles vivaient cousues." [p. 27]

 

Chanchal, quant à lui, vient du Bangladesh : vendeur de roses à la sauvette dans les restaurants qui acceptent de le laisser entrer, il vient de se faire "tabasser" par "deux paires de rangers" visiblement profondément dérangées par la couleur de sa peau.

  "Chanchal s'évanouit avant même de sentir que les deux molosses lui urinaient dessus." [p. 44]

 

Ces trois échoués - quatre avec Iman - vont se croiser au hasard de leur douloureuse errance et mettre des mots sur ce qu'ils subissent pour avoir voulu rejoindre un lieu dont ils espéraient tant.

  "Comment témoigner de ces neuf mois de route, de ces blessures à jamais ouvertes, des humiliations, de ce monde empreint de lâcheté, de violence, du manque d'humanité, de cette négation de la vie..." [p. 105]

 

Et au bout de la route, les poings fermés, le rejet. Pourtant, parfois, une lueur dans la nuit...

La fin est percutante ; mes larmes ont coulé, abondantes...

15:42 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

11/09/2017

Élise, Luca Tahtieazym

Présentation. Quatre murs ont été érigés autour d’elle par son geôlier. Tout ce que connaît Élise, elle le tire de ses nombreuses lectures.
Et l’épilogue est proche.
Voici l’histoire de celle qui voyageait avec les mots.

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Mon avis. Une lecture qui tient en haleine...

C'est au hasard de mes pérégrinations "bloguesques" que j'ai découvert ce récit et je me le suis procuré illico presto. J'ai passé un très "bon" [si vous le lisez, vous comprendrez la nécessité des guillemets] moment en compagnie d’Élise.

Focus sur une petite fille qui, avec les moyens dont elle dispose, raconte sa captivité : elle n'a jamais connu autre chose que l'enfermement dans une espèce de grange qu'elle nomme le Refuge. Plusieurs fois par jour, une femme d'un certain âge, Mama Sim, vient la nourrir et vider le "seau d'aisance" ; celle-ci lui apprend à lire et écrire et lui apporte des livres qui constituent la seule source "d'évasion" de la petite. Elle reçoit aussi la visite régulière de son "papa". Elle a six ans lorsqu'elle commence à évoquer son existence.

C'est cette première partie que j'ai de loin préférée aux autres : l'auteur réussit le tour de force de se mettre dans la peau d'une enfant qui n'a jamais quitté cet espace clos et qui "découvre le monde", à partir des bribes d'informations qu'elle réussit à soutirer à Mama Sim dont le comportement souffle tantôt le chaud, tantôt le froid, et qui semble vouloir la protéger du "papa". Par petites touches, l'enfant finira pas comprendre de quoi, en dehors des brimades et des coups subis, elle doit être protégée...

Les livres sont une autre source, foisonnante celle-là, de renseignements, des livres qu'elle lit et relit inlassablement, savourant la musique des mots pour se forger des images, des idées et trouver en ces compagnons de papier un soutien indéfectible.

Les autres parties touchent, d'une manière ou d'une autre, au destin d'Élise, toujours en relation avec les romans mais impossible d'en dévoiler davantage sous peine d'en dire trop.

  "Le Comte de Monte-Cristo, c'est l'histoire d'une victime éperdue de liberté, un être qui a soif de vie et qui cherche envers et contre tout à se défaire de ses chaînes et à faire tomber les murs qui le retiennent prisonnier. Et quand on la lui ôte, cette liberté, il se venge.

   Il se venge."

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne

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11:27 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

Le challenge de la Licorne, 4e édition

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Je me suis réinscrite au challenge de la Licorne qui propose de lire des romans ou recueils de nouvelles appartenant à l'imaginaire (Fantasy, Fantastique, S-F...) et au policier-thriller.

Le challenge court jusqu'au 31 août 2018 : toutes les informations sont disponibles ici.

 

Imaginaire

1) Le trône de fer, 1, de George R. R. Martin.

2) Mémoire d'Ange, tome 1 : La potentielle, de Michèle Beck.

 

 

Policier-thriller

1) Élise, de Luca Tahtieazym.

2) Une enquête du French coach : Le meurtre d'O'Doul Bridge, de Florent Marotta.

11:18 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

01/09/2017

La maison des Turner, Angela Flournoy

Présentation. Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d'un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d'une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.

Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n'a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.

Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l'avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s'il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l'avenir des Turner et de leur maison ?

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Mon avis. La peinture sociale d'une famille noire pauvre de Detroit, du XXe au XXIe siècle...

Le récit commence en 2008, à l'heure où les enfants de la famille Turner doivent prendre une décision relative à la maison familiale, maintenant qu'il est clair que la maman n'aura plus la possibilité d'y revenir en raison de sa santé. Il est cependant extrêmement difficile de trouver un terrain d'entente quand on est treize, éparpillés aux quatre coins du pays, même si certains sont restés à Detroit.

Ce n'est pourtant pas le destin des treize enfants - et petits-enfants et arrière-petits-enfants - qui sera ici raconté mais principalement celui de deux d'entre eux : Cha-Cha, l'aîné, et Lelah, la cadette. Plus de vingt ans les séparent, mais aussi et surtout une manière de vivre totalement différente l'une de l'autre : Cha-Cha est raisonnable, chef de famille respecté et respectable, organisé, soucieux d'agir en patriarche depuis que son père est décédé. Lelah, quant à elle, s'est retrouvée très vite fille mère et, joueuse compulsive, elle vient d'être licenciée et se retrouve sans revenu....

J'ai apprécié cette lecture qui dépeint les vicissitudes vécues par les parents - et par la suite leurs enfants -, après la deuxième guerre mondiale jusqu'en 2008, dans une Amérique où la couleur de peau est signe de différence. J'ai en revanche moins aimé la façon dont, à mon sens, le récit s'éparpille parfois dans de nombreuses directions sans qu'elles ne soient véritablement exploitées.

Merci aux éditions Les escales pour ce partenariat.

Traduction : Anne-Laure Tissut.

Titre VO : The Turner House (2015).

19:58 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |