25/09/2017

Mille ans après la guerre, Carine Fernandez

Présentation. À l'aube du XXIe siècle, Miguel, un vieil homme solitaire, quitte sa cité ouvrière de la province de Tolède pour s'enfuir avec Ramón, son chien, dans les monts d'Estrémadure. Il vient de recevoir une lettre de sa sœur lui annonçant qu'elle souhaite s'installer chez lui. Face à la menace de la vie commune, le vieux libertaire se révolte. Pour la première fois de sa vie, il ose. Il s'évade. [...]

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Mon avis. Un texte fort de cette rentrée littéraire ; une balade qui prend l'allure d'une ballade, de celles qui conte, à travers une très belle plume, une existence dans laquelle le drame joue sa douloureuse partition...

Miguel, alias Medianoche, au crépuscule de sa vie, vit seul avec son chien Ramón depuis le décès de son fils et de son épouse. Le vieil homme reçoit un jour une lettre de sa sœur Nuria : cette dernière lui annonce sans préambule qu'elle s'en vient vivre avec lui. Medianoche ne peut imaginer une seule seconde voir sa tranquillité troublée de la sorte ; il décide alors de quitter sa maison afin de retourner sur les traces de son passé, le temps que Nuria, de guerre lasse, abandonne son projet.

Il passe à la banque retirer une partie de ses économies et prend le bus en compagnie de Ramón, direction Montepalomas, le village où il a grandi en compagnie de son jumeau Mediodìa, son double exécuté depuis longtemps déjà, lors de la guerre civile espagnole...

Ce pèlerinage sera pour le vieil homme l'occasion de "revivre" un passé douloureux, dévoilant au lecteur les atrocités commises par les Franquistes à l'égard des "Rouges". Medianoche redonne ainsi "la parole" à ceux qui, par soif de liberté et d'égalité, ont payé de leur vie.

  "Cette faiblesse du ventre, il la reconnaît, ce n'est rien d'autre que la trouille." [p. 21]

  "Sur cette ancienne route où deux voitures se croisaient difficilement, avant les lignes d'autocar et même avant l'asphalte, il était passé. Sous le même soleil, sous la même malédiction de Midi." [p. 33]

  "La fatigue, mauvaise, si intense, si pesante. De la pure douleur, dépassée par le corps qui reste raide, debout dans le camion, soudé au compagnon d'enfer, le corps qui continue de résister, d'aller, sans âme. L'âme morte. Seulement les yeux qui fondent, la gorge en flammes, la cervelle bouillante, comme si tout le sang fébrile du pauvre corps était monté à la tête. Aucun ne se plaignait de la soif, ni de la douleur, aucun n'avouait sa trouille." [p. 35]

  ""On va vous faire envier les morts !", tempêtait le curé au milieu de l'esplanade, lors de la messe du dimanche." [p. 205]

 

Medianoche se lance dans une quête éperdue de Mediodìa, Andrés, Valeriano, Rosario..., une quête de lui-même également ; peut-être les(s') y (re)trouvera-t-il...

Un grand merci aux éditions Les Escales pour ce partenariat.

10:49 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

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