19/09/2017

Les échoués, Pascal Manoukian

Présentation. 1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d'assaut les routes qu'ils sont en train d'ouvrir.

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Mon avis. Un récit bouleversant...

J'ai souvent un ou deux train(s) de retard, c'est pourquoi je viens seulement de lire ce titre qui a fait couler beaucoup d'encre à sa sortie, voici déjà deux ans...

Trois points de vue, trois destins, trois souffrances qui se rejoignent en un lieu où, normalement, la vie devrait être plus douce. Normalement.

Le premier, Virgil, le Moldave, tâche de survivre caché dans un trou au plus profond de la forêt de Sénart, sortant de sa cachette pour grappiller de quoi se "nourrir".

  "Cela faisait deux mois maintenant qu'il vivait tapi dans un trou. Une tombe d'un mètre quatre-vingt-dix sur un mètre de large et un mètre de profondeur, creusée à la main au beau milieu de la forêt, et recouverte d'un toit de branches et de feuilles.

   Le jour, il y enfouissait ses affaires. La nuit tombée, il s'y enterrait vivant." [p. 12]

 

Le second se nomme Assan, vient de Somalie et a fui la guerre civile avec sa fille Iman, sa femme et les petites sœurs d'Iman ayant été fauchées par une rafale de mitraillette : "Abdou était descendu du pick-up, traînant la vieille exciseuse derrière lui. La moitié de son visage avait été désossée à coups de crosse. Asma avait tout de suite compris qu'il venait chercher Iman pour la découdre." [p. 27]  Assan "avait refusé de passer une nuit de plus dans ce pays où les garçons changeaient de nom et où les filles vivaient cousues." [p. 27]

 

Chanchal, quant à lui, vient du Bangladesh : vendeur de roses à la sauvette dans les restaurants qui acceptent de le laisser entrer, il vient de se faire "tabasser" par "deux paires de rangers" visiblement profondément dérangées par la couleur de sa peau.

  "Chanchal s'évanouit avant même de sentir que les deux molosses lui urinaient dessus." [p. 44]

 

Ces trois échoués - quatre avec Iman - vont se croiser au hasard de leur douloureuse errance et mettre des mots sur ce qu'ils subissent pour avoir voulu rejoindre un lieu dont ils espéraient tant.

  "Comment témoigner de ces neuf mois de route, de ces blessures à jamais ouvertes, des humiliations, de ce monde empreint de lâcheté, de violence, du manque d'humanité, de cette négation de la vie..." [p. 105]

 

Et au bout de la route, les poings fermés, le rejet. Pourtant, parfois, une lueur dans la nuit...

La fin est percutante ; mes larmes ont coulé, abondantes...

15:42 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Un roman que j'ai moi aussi adoré!

Écrit par : Carnet de lecture | 19/09/2017

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Bouleversant...oh que oui...

Écrit par : Jacqueline | 20/09/2017

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