29/06/2017

Je viens d'Alep, Itinéraire d'un réfugié ordinaire, Joude Jassouma, avec Laurence de Cambronne

Présentation. Juin 2015, Alep sombre dans le chaos. Comme des centaines de milliers de civils, Joude Jassouma décide de fuir avec sa femme Aya et leur petite fille Zaine.

Depuis trois ans, la Syrie a basculé dans la guerre civile. Les affrontements entre l’armée de Bachar al-Assad et les forces rebelles emmenées par les djihadistes du Front al-Nosra et de l’État islamique deviennent quotidiens. Joude, jeune professeur de français au lycée, refuse de choisir son camp dans un conflit qui n’est pas le sien. Avec sa famille, il se cache, déménage quatre fois pour éviter les bombardements. Puis se résout à l’exil.

Des rives du Levant aux côtes bretonnes, en passant par Istanbul et les camps de réfugiés de l’île de Leros, ce livre raconte l’exode d’un enfant des quartiers pauvres d’Alep, amoureux de Flaubert et d’Éluard. L’odyssée d’un héros anonyme qui, au péril de sa vie, a traversé la mer Égée à bord d’un canot en plastique en quête d’une terre d’asile.

Pour la première fois, la plus importante crise migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale nous est racontée de l’intérieur, à travers le regard d’un réfugié ordinaire.

Ce livre a été écrit avec Laurence de Cambronne.

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Mon avis. Un témoignage à (faire) lire pour dessiller les yeux de ceux qui ne voient en le réfugié que celui venu d'ailleurs...

Dans le cadre d'un projet mené durant deux ans avec des classes du troisième degré, nous avons eu, l'an passé, l'opportunité d'accueillir en classe une jeune réfugié syrien qui a raconté son "parcours" depuis son pays d'origine jusqu'à son arrivée chez nous : son témoignage n'a laissé personne indifférent...

Il en va de même pour ce livre qui relate un pan de la vie de Jehad, cet enfant d'Alep qui, devenu grand, se passionne pour la langue française et dont le rêve, apparemment inaccessible, est d'enseigner la langue de Voltaire. Même s'il n'est en théorie pas destiné à poursuivre des études...

Le récit commence avec l'évocation d'un jour d'avril 2015 :

  "J'étais heureux, marié depuis un an. Aya était enceinte. Quelques mois plus tôt, nous avions quitté notre ville, Alep, parce que, une fois de plus, notre immeuble avait été bombardé.

   Nous nous étions réfugiés à Ariha, à 70 kilomètres à l'ouest, près d'Idlib. Nous étions bien installés dans un petit appartement. J'avais acheté un frigo, une télé, des fauteuils...

   Je marchais donc tranquillement quand quelque chose au pied d'un pilier du pont attire mon attention. Il me semble que ce sont des bouts d'os. Intrigué, je descends pour en avoir le cœur net et me retrouve devant une main coupée. [...]

   Je dépose la main au fond du trou et la recouvre de terre.

   Je pense soudain à Antigone qui voulait donne une sépulture à son frère...

   Je récite la sourate du Coran, Al-Fatiha, cette prière que l'on dit avant de commencer quoi que ce soit.

   Toute la journée je n'arrête pas d'y penser. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quel degré de barbarie avons-nous atteint ? On n'enterre donc plus les morts, ici, à Ariha ? N'est-ce pas la première marque de civilisation que de ne pas laisser les animaux dévorer des restes humains ?" [p. 9 - 11]

 

Jehad - aujourd'hui devenu Joude - va alors raconter "comment ils en sont arrivés là" et comment il a décidé de ne pas être contraint de choisir entre la peste et le choléra et de partir avec femme et enfant, pour tenter de rester en vie. Ils arriveront en Bretagne, dans un village proche de Rennes, Martigné-Ferchaud.

  "Je ne retournerai pas en Syrie si Bachar al-Assad gagne la guerre.

   Je n'y retournerai pas non plus si les islamistes sont toujours là, disséminés partout dans le pays, prêts à ressortir de leurs planques et à commettre des attentats.

   Un gouvernement d'union nationale ? Une démocratie ? Je n'y crois pas. Nous nous orientons vers une victoire de la Russie et de l'Iran. Mais la reconquête des territoires rebelles sera très lente. Daech est encore à Raqqa et dans les environs. J'ai des cousins entre Alep et Raqqa qui, depuis trois ans, ne sont pas sortis de leur village. Ils n'ont pas le droit d'écouter de la musique. Ma cousine vit en permanence dans son niqab noir." [p. 185 - 186]

 

Anne, le jeune Syrien venu en classe avait aussi raconté l'impossibilité de choisir "l'un ou l'autre camp" ; il osait encore espérer un nouveau gouvernement qui ferait table rase du passé...

Ce texte rappelle celui d'Abdalaziz Alhamza, Chronique de Raqqa, qui ouvre le recueil Le peuple des Lumières.

Merci à Babelio et aux éditions Allary pour ce partenariat.

18:34 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

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