27/04/2017

Mosquitoland, David Arnold

Présentation. Je m'appelle Mary Iris Malone, et je ne vais pas bien.

1. Ma mère est partie.

2. Elle est malade.

3. Mon père a une copine.

4. Il me croit folle.

5. Et je ne vous parle même pas du gros scoop...

Alors j'ai décidé de prendre la route.

Distance à parcourir : 1524 km.

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Mon avis. Une héroïne déconcertante, curieuse dans tous les sens du terme, décalée. Et profondément touchante...

Date : premier septembre.

Personnage : Mary Iris Malone, alias Mim, a décidé de quitter Jackson, Mississippi (Mosquitoland) où elle a suivi, contrainte et forcée, son père et sa belle-mère désireux de "prendre un nouveau départ".

Direction : Cleveland, Ohio, à 1524 km de Mosquitoland.

Objectif : retrouver sa mère dont elle n'a plus de nouvelles depuis quelques semaines.

Moyen de locomotion : autocar de la société Greyhound.

Moyens financiers : 880 dollars astucieusement subtilisés dans une boîte à café en fer disposée dans la commode de sa belle-mère.

Mim a entendu par la porte entrebâillée du bureau de son proviseur une conversation entre ce dernier, son père et sa belle-mère, relative à la maladie de sa maman. Dès lors, sans avoir planifié quoi que ce soit, elle se lance dans cette expédition qui devrait lui permettre de retrouver sa maman pour le Labour Day

  "Notre Héroïne tourne le dos à la porte en chêne et sort calmement du bureau, de l'école, de la cour. En proie à la confusion, elle essaie de recoller les morceaux. Au bout du terrain de foot, les andouilles de sportifs ricanent, mais elle ne les entend guère. Ses fidèles chaussures chinées chez Goodwill la portent sur le trottoir délabré, tandis qu'elle songe aux trois semaines d'absence de lettres et de coups de téléphone de sa mère. Notre Héroïne emprunte le raccourci derrière le restaurant Taco Hole, sans prêter attention aux délicats fumets de viande. Elle parcourt les rues désertes de son nouveau quartier, contourne le chêne haut comme un immeuble et marque une pause dans l'ombre de sa nouvelle demeure. Elle ouvre la boîte aux lettres - vide. Comme d'habitude. Elle compose alors sur son téléphone le numéro de sa mère pour la centième fois, entend la voix de la même femme-robot pour la centième fois, se décourage pour la centième fois.     

  "Nous sommes désolés, ce numéro n'est plus attribué."" [p. 12]

 

Le voyage peut commencer...

Mim a seize ans et souffre de troubles mentaux pour lesquels elle est soignée : sa perception très aiguë de la réalité ainsi que son analyse constante et minutieuse d'une société dans laquelle elle ne trouve pas sa place la distinguent du commun des mortels.

  "Pour résumer, je suis une anomalie à 110 %, plus peut-être 33 % d'esprit d'indépendance et 7 % de génie libre-penseur. Ce qui nous fait 150 %, mais en tant qu'anomalie sur pattes, c'était prévisible. Bim." [p. 97]

 

La jeune fille raconte son expédition et se dévoile par la même occasion ; en outre, elle écrit, à travers un journal intime, à une certaine Isabel. Les rencontres se succèdent au fil des kilomètres qui défilent et la rapprochent de Cleveland, rencontres tantôt heureuses, tantôt malheureuses, tantôt encore complètement loufoques. Des rencontres qui, d'une manière ou d'une autre, façonneront son être en devenir. Parmi celles-ci, je retiens Walt, un jeune trisomique, et Beck, le gars "super mignon" du siège 17C.

  "- Sali-salut, moi c'est Walt.

   Le propriétaire des Converse mesure à peu près ma taille, doit avoir mon âge, et il pourrait bien avoir passé tout l'après-midi à se présenter. Ses cheveux, qui dépassent d'une vieille casquette de baseball des Chicago Cubs, ne sont pas tant longs qu'en bataille et filasse, comme les poils d'un chien errant. Il tient un Rubik's Cube dans une main et une bouteille de cinquante centilitres d'un Mountain Dew presque vide dans l'autre. Sans me laisser le temps de me présenter à mon tour, il incline la tête en arrière et ingurgite cul sec la fin de son soda. Avec une grande autorité.

   Mon sourire se déclenche tout seul." [p. 126]

  "17C est pile la bonne quantité de lui-même.

   Il est mon anomalie parfaite." [p. 111]

 

Indépendamment de son fil conducteur (!), le récit tient la route (!) grâce à la profondeur et la nuance des personnages, Mim, Walt et Beck en tête ; l'humour est en outre omniprésent, allié à l'émotion, comme lorsque les larmes s'instillent, l'air de rien, dans le (sou)rire et que l'on en arrive à ne plus savoir ce qui, du (sou)rire ou des larmes, a commencé.

  "Et je m'émerveille sur les vertus des méchants. [...]

   Et je m'émerveille sur les failles des héros.

   Peut-être, tout de même, existe-t-il du noir et du banc. Dans nos choix. Dans mes choix." [p. 346 - 347]

Traduction : Maud Ortalda.

Titre VO : Mosquitoland (2015).

Un grand merci aux éditions Milan pour cette très belle découverte.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (17/20).

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14:53 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

25/04/2017

Les enquêtes de Tracy Crosswhite, 1 : Le dernier repos de Sarah, Robert Dugoni

Présentation. Tracy Crosswhite a passé vingt ans à mettre en doute les faits qui ont entouré la disparition de sa sœur Sarah et le procès criminel qui s’en est suivi. Elle ne croit pas qu’Edmund House – le violeur qui purge sa peine et a été condamné pour l’assassinat de Sarah – soit le véritable coupable. Pour que justice soit rendue, Tracy est devenue enquêtrice criminelle dans la police de Seattle, et a dévoué sa vie à la recherche des tueurs.

Lorsque les restes de Sarah sont finalement découverts dans la ville où elles ont passé leur enfance, dans les montagnes de la région des Cascades, dans l’État de Washington, Tracy est décidée à obtenir des réponses à ses questions. Dans sa poursuite du véritable criminel, elle met à jour des secrets enfouis depuis longtemps, qui vont modifier la relation qu’elle entretient avec son passé, et ouvrir la porte à un danger mortel.

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Mon avis. Rien d'original sous le soleil, mais un roman qui agrippe le lecteur et ne le lâche plus...

Focus sur Tracy Crosswhite, devenue enquêtrice dans la police de Seatlle après avoir enseigné la chimie durant quelques années. Depuis vingt ans, Tracy (sur)vit avec un énorme sentiment de culpabilité lié à la disparition de sa sœur Sarah : celle-ci a été enlevée et si celui qui a été désigné comme coupable croupit en prison, Tracy est loin d'être persuadée que les forces de l'ordre ont mis la main sur le véritable criminel.

Des indices n'ont pas été exploités, des témoignages n'ont visiblement pas été recueillis et depuis lors, Tracy enquête à ses "heures perdues" sur cette affaire qui la touche de très près, ce qui lui a déjà coûté son mariage.

Survient un élément nouveau : des restes humains ont été découverts dans le périmètre qui a vu disparaître Sarah et il s'avère très vite qu'il s'agit effectivement de ceux de la jeune fille. Une piste nouvelle s'ouvre enfin pour Tracy, peut-être l'opportunité de faire la lumière sur les faits tragiques qui l'empêchent de dormir depuis vingt ans ?

  "- Cela remonte à vingt ans, lieutenant. Pendant vingt ans, pas une journée ne s'est écoulée sans que j'y pense. Je continuerai à traverser les jours qui viennent de la même façon, une journée pourrie après l'autre." [p. 69]

 

Dans un premier temps, le récit principal relate les difficultés rencontrées par Tracy pour disposer de l'autorisation officielle de participer, d'une manière ou d'une autre, aux investigations, malgré les réticences évidentes de sa hiérarchie, et surtout celles des habitants de l'endroit où vivait à l'époque sa famille. Il raconte ensuite la "nouvelle enquête" à proprement parler.

Des passages en italiques plongeant dans le passé ponctuent ce récit et évoquent, par bribes, les circonstances relatives à la disparition de Sarah, ainsi que les jours et les mois qui ont suivi.

Un thriller efficace, indubitablement.

Traduction : Hélène Amalric.

Titre VO : My Sister's Grave (2014).

Merci aux éditions Michel Lafon pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Un genre par mois"  (thriller, polar, policier pour avril).

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20:06 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

22/04/2017

Le maître d'armes, Xavier Dorison et Joël Parnotte

Présentation. "L'honneur, quand on n'a plus rien, c'est tout ce qui reste."

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Mon avis. Je n'ai pas été véritablement conquise par cette BD, même si elle m'a fait passer un "bon" moment...

L'action se déroule au seizième siècle, une époque dure, âpre, où tout doucement s'annoncent les prémices d'un changement dans la manière dont la religion pourra être appréhendée : la Réforme, avec son lot de souffrances, tortures et exécutions.

On y suit Stalhoffer, maître d'armes de François Ier ; il remet son "titre" en jeu lors d'un combat contre le fourbe Maleztraza.  Aucun n'en sort vainqueur mais Stalhoffer décide de jeter le gant. Maleztraza n'est pas près d'oublier cette pseudo-victoire...

Quatre ans plus tard, les deux hommes se retrouvent : Maleztraza est bien décidé à "se venger", Stalhoffer à se défendre.

C'est sur fond de querelles de religions que ces deux-là s'affronteront à nouveau, pris au piège d'une forêt et d'une montagne dont ils risquent bien de devenir les victimes...

J'ai bien aimé l'histoire et la mise en évidence des travers de l'époque envisagée, ainsi que les dessins extrêmement fouillés ; j'ai moins apprécié en revanche les couleurs très sombres, mais c'est purement subjectif (je n'ai pas d'autre prétention que de donner mon avis) car je reconnais que ces couleurs cadrent tout à fait bien avec le propos.

  "Qui triomphera ? La médecine de Vésale, les textes d'Aristote, l'imprimerie de Gutenberg... ou les bûchers des obscurantistes, nul ne le sait." [p. 3]

Merci à PriceMinister pour ce partenariat organisé dans le cadre de l'opération "La BD fait son festival".

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14:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

20/04/2017

Le vertige des falaises, Gilles Paris

Présentation. Sur une île sauvage et désertée, Marnie, adolescente effrontée et fragile, vit au-dessus des falaises au cœur d’une imposante maison de verre de d’acier avec sa mère Rose et sa grand-mère Olivia, qui règne sur la famille et sur l’île toute entière. Des plaines aux herbes hautes, des sentiers au bord de mer, la nature se révèle aussi cruelle que les mystères trop longtemps ensevelis. Et si une seule personne détenait tous les secrets de cette famille et s’en libérait enfin ?

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Mon avis. Mystère est le maître-mot de ce roman où la nature s'assure une place de choix...

L'histoire se déroule au fil des sentes sauvages et escarpées de l'Ïle, "personnage" principal du récit qui façonne en quelque sorte ses habitants et particulièrement les personnages féminins : Marnie, une étrange adolescente dévouée à Rose, sa maman rattrapée par la maladie, et Olivia, sa grand-mère, personnalité hors du commun.

  "On remonte lentement l'allée du cimetière, la maison des morts avec toutes ces tombes grisâtres où ont été ensevelis des hommes, des femmes et des enfants que je n'ai pas connus et pour lesquels je ne ressens absolument rien. Tout comme avec grand-père et papa. J'ai mes raisons. Olivia s'appuie sur mon épaule et fait peser son grand âge. En un an elle a perdu un mari et un fils. Je serais presque heureuse de rentrer à la maison si maman n'était pas si malade. On n'a pas besoin des hommes. Ils n'apportent que du malheur." [p. 10]

 

Toutes trois vivent dans une immense maison de verre et d'acier battue par les vents, œuvre renommée du défunt mari d'Olivia.

  "Et pourtant, si l'Île avait su le sort réservé aux femmes à Glass, jamais ils n'auraient jugé aussi facilement ce clan. Personne, sur cette Île, ne peut envier le sort de Rose et d'Olivia de Mortemer." [p. 45]

 

Les chapitres adoptent le point de vue d'un des personnages apparaissant, à un moment ou un autre, dans le récit ; outre Olivia, c'est Marnie qui occupe le plus souvent le devant de la scène haut de la falaise, décortiquant les faits et gestes de tout un chacun, avec le regard parfois cynique de l'adolescent. Les héroïnes ont connu/connaissent en effet leur lot de souffrances et se jettent à corps/cœur perdu dans la bataille face à l'adversité, quelque forme que prenne celle-ci...

Merci à Gilles Paris et aux éditions Plon pour ce partenariat.

19:02 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

11/04/2017

Royaume de vent et de colères, Jean-Laurent Del Socorro

Présentation. Deux ans avant l'édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s'oppose à Henri IV, l'ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi.

À la Roue de Fortune se croisent des passés que l'on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s'essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.

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Mon avis. Une bien belle découverte qui m'a cependant laissée quelque peu sur ma faim.

Ce récit a attiré mon attention car il allie deux ingrédients que j'apprécie : l'Histoire et la Fantasy.

La première partie plante le décor : une auberge, À la Roue de Fortune, autour de laquelle gravitent, d'une manière ou d'une autre, divers personnages.

Il y a Axelle et Gilles, anciens mercenaires, tenanciers de l'établissement, et si Gilles s'est habitué sans trop de difficulté à sa nouvelle vie, ce n'est pas vraiment le cas d'Axelle, prompte à saisir l'arme accrochée à sa ceinture... qui a pourtant migré maintenant vers d'autres horizons.

Ensuite Gabriel, chevalier sur le retour qui s'est installé depuis quelques années déjà dans l'auberge ; rongé par un lourd secret, il semble attendre la fin, celle qui le délivrera de ses tourments.

Une femme d'un âge certain, Victoire, dirigeante de la guilde des assassins, a trouvé elle aussi temporairement le chemin de la taverne.

En outre un couple mystérieux, Armand et Roland, se retrouve à Marseille avec l'espoir de quitter au plus vite la France : ils sont en fuite ; ce sont eux qui apportent la touche de Fantasy au roman : ils sont Artbonniers et en tant que tels, manient une magie dangereuse, tant pour les autres que pour eux.

Enfin, la cité elle-même, venteuse, occupe une place prépondérante dans le roman.

  "La bataille prochaine qui occupe mon esprit pendant le retour me fait oublier un instant tout le reste. J'arrive au port, face à la mer. Elle est soulevée par le vent qui souffle toujours aussi fort. Je reste quelques minutes à observer les vagues à l'horizon, serein." [p. 57]

 

Chacun jouera un rôle dans ce qui se prépare à Marseille : le roi Henri IV a décidé de reprendre la cité phocéenne au consul qui s'est séparé du royaume.

La deuxième partie part tous azimuts en évoquant, par bribes, certains éléments du passé des protagonistes ; la mise en place des pièces de cet immense puzzle est assez déconcertante, d'autant que la chronologie est oubliée, mais on finit par s'y faire.

Enfin, la troisième partie donne aux personnages leur pleine mesure : ceux-ci puisent au tréfonds de leur colère la force d'agir, les révélant aux autres et parfois à eux-mêmes.

J'ai beaucoup aimé les personnalités dépeintes dans cette h(H)istoire mâtinée de Fantasy ; si je suis restée sur ma faim, c'est parce que le roman est court et j'aurais tellement aimé cheminer plus longuement aux côtés de ces héros de papier.

Du coup, j'ai prolongé quelque peu le plaisir avec Le vert est éternel, une nouvelle qui se déroule dans le même univers.

Un grand merci aux éditions J'ai lu pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "de la Licorne - 3" et "Littérature de l'imaginaire" (11/24).

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20:25 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

Concours Nous rêvions juste de liberté, Henri Lœvenbruck

Vous avez pu lire que j'ai beaucoup (beaucoup) aimé Nous rêvions juste de liberté, d'Henri Lœvenbruck sorti il y a peu chez J'ai Lu.

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Les éditions J'ai Lu me permettent de vous faire gagner trois exemplaires du roman : un grand merci à elles !

Comment procéder ? Il vous suffit de m'envoyer un courriel via l'adresse de contact renseignée dans la colonne de gauche de cette page ; vous y indiquerez vos coordonnées postales et compléterez la phrase suivante : "je rêvais juste de..." ou "je rêve juste de...".

Date limite des envois : le 30 avril 2017 à 23h59 ; le tirage au sort sera effectué le 1er mai et les résultats indiqués sur cette page (prénom et première lettre du nom).

Le concours est ouvert à la Belgique et la France.

Si d'aventure un livre devait se perdre sur le chemin de votre BAL, nul ne pourrait en être tenu pour responsable.

11:26 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (6) |

09/04/2017

Nous rêvions juste de liberté, Henri Lœvenbruck

Présentation. "Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté."

Ce rêve, la bande d'Hugo va l'exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l'indépendance et l'amitié règnent en maîtres. Ensemble, ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher.

Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d'être à la fois un roman initiatique, une fable sur l'amitié en même temps que le récit d'une aventure. Avec ce livre d'un nouveau genre, Henri Lœvenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road-movie fraternel et exalté.

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Mon avis. Plongez dans ce roman, le temps d'une belle bal(l)ade...

Le récit commence alors que le narrateur est au tribunal : il tente de raconter au juge chargé de l'affaire les années qui l'ont conduit jusque-là.

  ""Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté."

   Voilà, au mot près, la seule phrase que j'ai été foutu de prononcer devant le juge, quand ça a été mon tour de parler. Je m'en faisais une belle image, moi, de la liberté. Un truc sacré, presque, un truc dont on fait des statues. J'ai pensé que ça lui parlerait." [p. 13]

 

Ce narrateur, c’est Hugo, « né à Providence au sein d’une famille de type vachement modeste » [p. 14] qui survit, tant que faire se peut, depuis la mort accidentelle de Véra, la petite sœur d’Hugo dont l’absence occupe toute la place.

Hugo a seize ans et derrière lui ce que l’on a coutume d’appeler pudiquement un parcours pas facile :

  « Après m’être fait renvoyer du lycée public en plein milieu d’année – parce que je parlais beaucoup avec mes mains dans la gueule de mes camarades -, mes parents, désespérés, avaient vidé l’épargne de toute une vie pour m’inscrire de force dans le lycée privé de Providence, celui avec de bons petits chrétiens dedans." [p. 17]

Hugo ignore encore que l'entrée dans ce lycée façonnera sa vie à tout jamais ; il y rencontre l'Amitié, avec une (trois) majuscule(s) : Freddy, Oscar, alias le Chinois, et Alex, la Fouine, "pas bien grand, plutôt chétif tendance malade." [p. 29]

 

Hugo trouve ses marques et intègre rapidement la "bande à Freddy" : le quatuor s'amuse à "emmerder son monde" plus souvent qu'à son tour ; les rappels à l'ordre et convocations dans le bureau du directeur s'enchaînent, mais rien n'adoucit l'ardeur des membres du groupe. C'est qu'ils ont à cœur de rester fidèles à la réputation qui leur colle déjà à la peau : bagarres, cuites, "séances de fumette" s'enchaînent allègrement... Leur point de ralliement : la roulotte, située à côté de la maison familiale, dans laquelle loge Hugo, bientôt surnommé Bohem.

Si Bohem s'entend bien avec le trio, son "frère", c'est Freddy avec qui il noue une amitié solide, profonde, renforcée par leur passion commune : la moto. Le père de Freddy, garagiste, leur permettra de construire leurs bécanes, celles qui leur donneront un avant-goût de liberté.

 

J'ai beaucoup aimé suivre les (més)aventures du groupe et la chevauchée sauvage qui s'en est suivie et cela, malgré leur comportement car, impossible de se leurrer : ce ne sont pas des enfants de chœur, même s'ils sont des enfants du cœur. Ils découvriront bien vite que le monde des Motorcycle Clubs est régi par des règles et qu'ils ont intérêt à les respecter. La route sera aussi le lieu de rencontres, (très) belles ou (nettement) moins belles...

Ce récit est avant tout celui de l'Amitié, celle qui unit les protagonistes comme les doigts de la main, celle qui les pousse toujours plus loin dans leur quête éperdue de cette liberté qui les nargue, celle qui perdure, au-delà des "grains de sable" susceptibles d'enrayer la mécanique. Celle qui doit perdurer, coûte que coûte. Ou ?

  "Lobo m'a montré les photos de ses frères affichées sur le mur, et il m'a dit :

   - Il y a un proverbe qui dit : "Que Dieu me protège de mes amis ; mes ennemis, je m'en charge."

   - Je ne crois pas en Dieu.

   - Alors protège-toi tout seul de tes amis.

   - Le jour où j'aurais besoin de me protéger d'eux, c'est qu'ils n'en seraient plus.

  - C'est pas faux. Mais ce jour arrivera plus vite que tu le penses.

Ce jour-là, je mourrai, Lobo. Sans mes amis, je suis rien. Je pourrais crever, j'en aurais rien à foutre." [p. 298]

 

Le texte se lit aisément, il s'écoule au fil des kilomètres avalés cheveux au vent, il heurte, il choque ; il éblouit, il émeut aussi. Profondément. Au point que le regard se trouble et que les larmes finissent par rouler (elles aussi) lorsque s'inscrivent les dernières pages...

Il est des personnages qui marquent le lecteur de manière indélébile ; Bohem est de ceux-là, tout comme l'a été en son temps Marianne dans Meurtres pour rédemption, de Karin Giébel. Peut-être ces deux héros de papier font-ils ensemble un bout de chemin, ailleurs, là où le rêve s'immisce dans la réalité... Peut-être...

Un grand merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

11:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

04/04/2017

Passenger, Alexandra Bracken

Présentation. Soudain propulsée dans un couloir du temps, Etta, adolescente de 17 ans qui vit à New York, se retrouve sur un navire négrier en plein Atlantique au XVIIIe siècle. Cet événement marque le début d’une quête en plusieurs lieux et époques lui apprenant la vérité sur sa famille. Faute de retrouver un astrolabe, le futur de la jeune fille n’existera plus et le monde tel qu’elle le connaît sera bouleversé à jamais.

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Mon avis. Je n'ai pas été conquise par ce roman, mais je pense qu'il devrait plaire aux adolescents.

Après le prologue relatant un épisode qui trouvera sa résonance dans l'ensemble du récit, focus sur notre époque : Etta, une adolescente de 17 ans, s'apprête à entrer sur scène. Elle a jusque-là consacré sa vie au violon, avec l'indéfectible soutien d'Alice, son professeur qui lui a, depuis bon nombre d'années, apporté l'amour qu'elle n'a pas reçu de sa mère.

Survient alors un événement tout à fait inattendu : tandis qu'elle "stresse" en attendant sa prestation, elle se retrouve catapultée sur un navire voguant sur l'Atlantique en plein XVIIIe siècle. Etta apprend qu'elle appartient à une des grandes familles de voyageurs, hors norme s'il en est, puisqu'ils sont capables de passer d'une époque/d'un lieu à un(e) autre, en un claquement de doigt, ou presque. Le souci, c'est qu'Etta n'a jamais été initiée par sa mère : elle doit tout apprendre et tâcher de survivre, ce qui n'est pas une mince affaire.

Le récit - à la superbe couverture - se lit aisément mais je dois avouer que le destin des deux adolescents - Etta et Nicholas, lui-même voyageur issu d'une autre époque, "accessoirement" fils d'esclave, et petit-fils du Maître suprême des voyageurs, soumis bien malgré lui à son grand-père - m'a laissée indifférente. En outre, les règles liées à ces périples temporels s'avèrent parfois pour le moins confuses.

Bref, nul regret d'avoir lu ce roman, mais je m'arrêterai là.

Traduction : Leslie Damant-Jeandel.

Titre VO : Passenger (2016).

Merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (16/20) ; "Littérature de l'imaginaire" (10/24) ; "Comme à l'école" (thème de l'eau et lettre "P").

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18:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

03/04/2017

OH ! Un livre qui fait des sons, Hervé Tullet

Présentation. C'est un livre sonore : tu poses ton doigt sur la page et... c'est toi qui fais les sons !

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Mon avis. Un chouette livre qui, partant des "ronds colorés" chers à Hervé Tullet, fait la part belle aux sons... produits par l'enfant lui-même.

Les pages se focalisent dans un premier temps sur une couleur en particulier : d'abord le bleu (OH !), ensuite le rouge (AH !), enfin le jaune (WHAOU !). L'enfant est invité à poser son doigt sur le rond coloré et à prononcer le son qui y est associé ; attention cependant : plus le rond est grand, plus le son doit être fort. S'ajoute ensuite une contrainte supplémentaire : selon l'espacement des ronds, les sons produits doivent s'enchaîner rapidement ou, au contraire, plus lentement.

La voix se module ainsi en fonction de la couleur du rond, de sa grosseur et des associations proposées. Surprise : à la fin, d'autres couleurs s'immiscent dans le jeu et invitent l'enfant à produire de nouveaux sons.

Beaucoup de (sou)rire en perspective car il s'agit de ne pas s'emmêler les pinceaux !

Testé et approuvé.

Merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

17:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |