27/04/2017

Mosquitoland, David Arnold

Présentation. Je m'appelle Mary Iris Malone, et je ne vais pas bien.

1. Ma mère est partie.

2. Elle est malade.

3. Mon père a une copine.

4. Il me croit folle.

5. Et je ne vous parle même pas du gros scoop...

Alors j'ai décidé de prendre la route.

Distance à parcourir : 1524 km.

Mosquitoland.jpg

Mon avis. Une héroïne déconcertante, curieuse dans tous les sens du terme, décalée. Et profondément touchante...

Date : premier septembre.

Personnage : Mary Iris Malone, alias Mim, a décidé de quitter Jackson, Mississippi (Mosquitoland) où elle a suivi, contrainte et forcée, son père et sa belle-mère désireux de "prendre un nouveau départ".

Direction : Cleveland, Ohio, à 1524 km de Mosquitoland.

Objectif : retrouver sa mère dont elle n'a plus de nouvelles depuis quelques semaines.

Moyen de locomotion : autocar de la société Greyhound.

Moyens financiers : 880 dollars astucieusement subtilisés dans une boîte à café en fer disposée dans la commode de sa belle-mère.

Mim a entendu par la porte entrebâillée du bureau de son proviseur une conversation entre ce dernier, son père et sa belle-mère, relative à la maladie de sa maman. Dès lors, sans avoir planifié quoi que ce soit, elle se lance dans cette expédition qui devrait lui permettre de retrouver sa maman pour le Labour Day

  "Notre Héroïne tourne le dos à la porte en chêne et sort calmement du bureau, de l'école, de la cour. En proie à la confusion, elle essaie de recoller les morceaux. Au bout du terrain de foot, les andouilles de sportifs ricanent, mais elle ne les entend guère. Ses fidèles chaussures chinées chez Goodwill la portent sur le trottoir délabré, tandis qu'elle songe aux trois semaines d'absence de lettres et de coups de téléphone de sa mère. Notre Héroïne emprunte le raccourci derrière le restaurant Taco Hole, sans prêter attention aux délicats fumets de viande. Elle parcourt les rues désertes de son nouveau quartier, contourne le chêne haut comme un immeuble et marque une pause dans l'ombre de sa nouvelle demeure. Elle ouvre la boîte aux lettres - vide. Comme d'habitude. Elle compose alors sur son téléphone le numéro de sa mère pour la centième fois, entend la voix de la même femme-robot pour la centième fois, se décourage pour la centième fois.     

  "Nous sommes désolés, ce numéro n'est plus attribué."" [p. 12]

 

Le voyage peut commencer...

Mim a seize ans et souffre de troubles mentaux pour lesquels elle est soignée : sa perception très aiguë de la réalité ainsi que son analyse constante et minutieuse d'une société dans laquelle elle ne trouve pas sa place la distinguent du commun des mortels.

  "Pour résumer, je suis une anomalie à 110 %, plus peut-être 33 % d'esprit d'indépendance et 7 % de génie libre-penseur. Ce qui nous fait 150 %, mais en tant qu'anomalie sur pattes, c'était prévisible. Bim." [p. 97]

 

La jeune fille raconte son expédition et se dévoile par la même occasion ; en outre, elle écrit, à travers un journal intime, à une certaine Isabel. Les rencontres se succèdent au fil des kilomètres qui défilent et la rapprochent de Cleveland, rencontres tantôt heureuses, tantôt malheureuses, tantôt encore complètement loufoques. Des rencontres qui, d'une manière ou d'une autre, façonneront son être en devenir. Parmi celles-ci, je retiens Walt, un jeune trisomique, et Beck, le gars "super mignon" du siège 17C.

  "- Sali-salut, moi c'est Walt.

   Le propriétaire des Converse mesure à peu près ma taille, doit avoir mon âge, et il pourrait bien avoir passé tout l'après-midi à se présenter. Ses cheveux, qui dépassent d'une vieille casquette de baseball des Chicago Cubs, ne sont pas tant longs qu'en bataille et filasse, comme les poils d'un chien errant. Il tient un Rubik's Cube dans une main et une bouteille de cinquante centilitres d'un Mountain Dew presque vide dans l'autre. Sans me laisser le temps de me présenter à mon tour, il incline la tête en arrière et ingurgite cul sec la fin de son soda. Avec une grande autorité.

   Mon sourire se déclenche tout seul." [p. 126]

  "17C est pile la bonne quantité de lui-même.

   Il est mon anomalie parfaite." [p. 111]

 

Indépendamment de son fil conducteur (!), le récit tient la route (!) grâce à la profondeur et la nuance des personnages, Mim, Walt et Beck en tête ; l'humour est en outre omniprésent, allié à l'émotion, comme lorsque les larmes s'instillent, l'air de rien, dans le (sou)rire et que l'on en arrive à ne plus savoir ce qui, du (sou)rire ou des larmes, a commencé.

  "Et je m'émerveille sur les vertus des méchants. [...]

   Et je m'émerveille sur les failles des héros.

   Peut-être, tout de même, existe-t-il du noir et du banc. Dans nos choix. Dans mes choix." [p. 346 - 347]

Traduction : Maud Ortalda.

Titre VO : Mosquitoland (2015).

Un grand merci aux éditions Milan pour cette très belle découverte.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (17/20).

challenge-jeunesseYA6.jpeg

14:53 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

Écrire un commentaire