09/04/2017

Nous rêvions juste de liberté, Henri Lœvenbruck

Présentation. "Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté."

Ce rêve, la bande d'Hugo va l'exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l'indépendance et l'amitié règnent en maîtres. Ensemble, ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paie cher.

Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d'être à la fois un roman initiatique, une fable sur l'amitié en même temps que le récit d'une aventure. Avec ce livre d'un nouveau genre, Henri Lœvenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road-movie fraternel et exalté.

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Mon avis. Plongez dans ce roman, le temps d'une belle bal(l)ade...

Le récit commence alors que le narrateur est au tribunal : il tente de raconter au juge chargé de l'affaire les années qui l'ont conduit jusque-là.

  ""Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté."

   Voilà, au mot près, la seule phrase que j'ai été foutu de prononcer devant le juge, quand ça a été mon tour de parler. Je m'en faisais une belle image, moi, de la liberté. Un truc sacré, presque, un truc dont on fait des statues. J'ai pensé que ça lui parlerait." [p. 13]

 

Ce narrateur, c’est Hugo, « né à Providence au sein d’une famille de type vachement modeste » [p. 14] qui survit, tant que faire se peut, depuis la mort accidentelle de Véra, la petite sœur d’Hugo dont l’absence occupe toute la place.

Hugo a seize ans et derrière lui ce que l’on a coutume d’appeler pudiquement un parcours pas facile :

  « Après m’être fait renvoyer du lycée public en plein milieu d’année – parce que je parlais beaucoup avec mes mains dans la gueule de mes camarades -, mes parents, désespérés, avaient vidé l’épargne de toute une vie pour m’inscrire de force dans le lycée privé de Providence, celui avec de bons petits chrétiens dedans." [p. 17]

Hugo ignore encore que l'entrée dans ce lycée façonnera sa vie à tout jamais ; il y rencontre l'Amitié, avec une (trois) majuscule(s) : Freddy, Oscar, alias le Chinois, et Alex, la Fouine, "pas bien grand, plutôt chétif tendance malade." [p. 29]

 

Hugo trouve ses marques et intègre rapidement la "bande à Freddy" : le quatuor s'amuse à "emmerder son monde" plus souvent qu'à son tour ; les rappels à l'ordre et convocations dans le bureau du directeur s'enchaînent, mais rien n'adoucit l'ardeur des membres du groupe. C'est qu'ils ont à cœur de rester fidèles à la réputation qui leur colle déjà à la peau : bagarres, cuites, "séances de fumette" s'enchaînent allègrement... Leur point de ralliement : la roulotte, située à côté de la maison familiale, dans laquelle loge Hugo, bientôt surnommé Bohem.

Si Bohem s'entend bien avec le trio, son "frère", c'est Freddy avec qui il noue une amitié solide, profonde, renforcée par leur passion commune : la moto. Le père de Freddy, garagiste, leur permettra de construire leurs bécanes, celles qui leur donneront un avant-goût de liberté.

 

J'ai beaucoup aimé suivre les (més)aventures du groupe et la chevauchée sauvage qui s'en est suivie et cela, malgré leur comportement car, impossible de se leurrer : ce ne sont pas des enfants de chœur, même s'ils sont des enfants du cœur. Ils découvriront bien vite que le monde des Motorcycle Clubs est régi par des règles et qu'ils ont intérêt à les respecter. La route sera aussi le lieu de rencontres, (très) belles ou (nettement) moins belles...

Ce récit est avant tout celui de l'Amitié, celle qui unit les protagonistes comme les doigts de la main, celle qui les pousse toujours plus loin dans leur quête éperdue de cette liberté qui les nargue, celle qui perdure, au-delà des "grains de sable" susceptibles d'enrayer la mécanique. Celle qui doit perdurer, coûte que coûte. Ou ?

  "Lobo m'a montré les photos de ses frères affichées sur le mur, et il m'a dit :

   - Il y a un proverbe qui dit : "Que Dieu me protège de mes amis ; mes ennemis, je m'en charge."

   - Je ne crois pas en Dieu.

   - Alors protège-toi tout seul de tes amis.

   - Le jour où j'aurais besoin de me protéger d'eux, c'est qu'ils n'en seraient plus.

  - C'est pas faux. Mais ce jour arrivera plus vite que tu le penses.

Ce jour-là, je mourrai, Lobo. Sans mes amis, je suis rien. Je pourrais crever, j'en aurais rien à foutre." [p. 298]

 

Le texte se lit aisément, il s'écoule au fil des kilomètres avalés cheveux au vent, il heurte, il choque ; il éblouit, il émeut aussi. Profondément. Au point que le regard se trouble et que les larmes finissent par rouler (elles aussi) lorsque s'inscrivent les dernières pages...

Il est des personnages qui marquent le lecteur de manière indélébile ; Bohem est de ceux-là, tout comme l'a été en son temps Marianne dans Meurtres pour rédemption, de Karin Giébel. Peut-être ces deux héros de papier font-ils ensemble un bout de chemin, ailleurs, là où le rêve s'immisce dans la réalité... Peut-être...

Un grand merci aux éditions J'ai Lu pour ce partenariat.

11:43 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

Commentaires

J'ai beaucoup aimé ce livre aussi. Comme toi j'ai été choquée par la fin et j'ai versé quelques larmes ...

Écrit par : Vuhj | 09/04/2017

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Je ne connaissais pas du tout ce roman mais ça me donne très envie de le lire ! Merci pour la découverte. :)

Écrit par : Casscrouton | 09/04/2017

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Ah... Bohem...

Écrit par : Marguerite | 09/04/2017

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Voilà un titre que je note ....rien que pour rencontrer Bohem ....(la référence à Marianne ne peut que m'émouvoir et me donner envie ....) ...:)

Écrit par : Jacqueline | 10/04/2017

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