26/03/2017

De sinistre mémoire, Jacques Saussey

Présentation. Deux jeunes trouvent la mort à Paris, victimes d'un tueur qui leur injecte de l'héroïne pure. Deux SDF subissent également un sort funeste dans les sous-sols de la gare de Lyon. La copie d'une lettre codée ancienne va parvenir à la police, et la mettre sur la trace d'une vieille histoire qui trouve sa source en Bretagne, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le capitaine Daniel Magne et la jeune APJ Lisa Heslin vont tâcher de remonter dans le temps pour démêler l'affaire... mais celui qu'ils traquent est-il le vrai coupable, ou également une victime ?

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Mon avis. Un récit prenant qui mêle passé et présent...

J'ai retrouvé avec grand plaisir Daniel Magne et son équipe de nouveau au complet puisque Lisa est de retour après le "break" indispensable, conséquence de ce qu'elle a vécu dans Colère noire.

Le point de départ de cette enquête difficile, c'est la mort de deux jeunes par injection d'héroïne ; si le premier cas pouvait laisser supposer une overdose, le deuxième ne laisse aucune place au doute. Bien vite, les témoins susceptibles de renseigner la Police se retrouvent en danger.

C'est grâce à une lettre anonyme que le capitaine Magne va tâcher de grappiller des informations susceptibles de l'aider dans ses recherches, mais la partie est loin d'être gagnée car il s'avère que la piste principale semble se scinder en deux embranchements qu'il faut suivre sans savoir ce qui véritablement les relie.

J'ai apprécié les multiples ramifications de cette enquête, ainsi que la dimension historique qui traverse le récit ; j'ai aimé le pas de deux entamé par Magne et Heslin, tout comme les questions suscitées par l'idée d'une vengeance qui transcende les époques et rend (presque) sympathique l'exécuteur. Car tout n'est jamais blanc ou noir...

  "Il était le suivant sur la liste...

   Le jeune homme se leva enfin, les jambes molles. Il laissa un peu de monnaie sur la table et sortit de la brasserie en silence. Personne ne fit attention à lui. Avant de quitter le quartier, il avait une dernière chose à faire, et il ne devait pas perdre de temps, s'il voulait garder une chance de rester en vie." [p. 50]

Merci à Gilles Paris et French Pulp éditions pour ce partenariat.

 

Ce titre entre comme lecture supplémentaire dans le challenge de La Licorne 3.

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21:24 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

19/03/2017

Les chroniques de Nadia Tesla, tome 1 : Le garçon qui venait du réacteur 4, Orest Stelmach

Présentation. Nadia ne garde pas de souvenirs heureux de son père. Homme solitaire et colérique, il a trouvé la mort lorsqu’elle n’avait que treize ans, laissant son passé enveloppé de mystère.

Lorsqu’un étranger prétend avoir connu son père durant sa jeunesse en Europe de l’Est, Nadia accepte de le rencontrer, et assiste à son exécution en pleine rue. Dans son dernier souffle, il lui révèle un indice incompréhensible, un indice qui envoie Nadia dans une chasse au trésor entre New York et l’Ukraine, terre de ses ancêtres.

Elle y rencontrera un allié improbable : Adam, jeune prodige de hockey sur glace qui s’entraîne sur les bassins de refroidissement gelés de Tchernobyl. Traumatisé physiquement et psychologiquement par les radiations, Adam cache un secret qui pourrait changer le cours du monde… à condition que Nadia le protège assez longtemps.

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Mon avis. Du bon... et du moins bon.

Après un prologue dont on comprendra par la suite les tenants et les aboutissants, le lecteur entre dans l'histoire dès les premières pages et se retrouve ainsi catapulté aux côtés de Nadia Tesla, une jeune femme qui a perdu son emploi (fort bien rémunéré) dans la finance et tente de retrouver du travail. Sans succès.

Elle a été contactée par un homme qui dit avoir connu son père, un père avec lequel les relations ont été pour le moins tendues ; elle n'a pourtant pas le temps d'en apprendre davantage : le "mystérieux informateur" est abattu dès leur rencontre.

Moteur. Action. Course-poursuite - renforcée par la brièveté des chapitres - sans temps mort, par ailleurs digne d'un film. Mais non sans morts. Car Nadia a à peine le temps de se rendre compte qu'elle a mis le doigt dans un dangereux engrenage qu'elle devient une cible majeure pour bon nombre de poursuivants. Commence alors pour la jeune femme un long périple qui l'emmènera en Ukraine, sur les traces paternelles.

Le lecteur ne s'ennuie jamais durant cette lecture dont l'action est le maître-mot : les événements s'enchaînent habilement et de manière extrêmement rapide. Parfois un peu trop rapidement car les informations déboulent à toute vitesse et par moments, on a à peine le temps de les "digérer" que Nadia a déjà poursuivi sa route. [Spontanément, me revient en mémoire le film Lola rennt, de Tom Tykwer, avec Franka Potente] Je pense entre autres à une des scènes majeures de la fin du récit, expédiée en deux coups de cuiller à pot, à tel point que je l'ai relue pour être sûre de n'avoir rien loupé.

Côté personnages, Nadia a indéniablement de la personnalité, même si l'on peut légitimement se demander comment il est possible qu'elle réussisse à réagir comme elle le fait alors que rien ne la prédisposait à avoir autant de ressources. Je retiens également Victor, un des mafieux ukrainiens qui réussit l'exploit de ne pas se rendre foncièrement antipathique.

J'en arrive maintenant au gros point négatif : la traduction. Je me suis toujours demandé comment il était possible de repérer des "soucis de traduction" sans avoir lu le récit dans sa version originale. C'est désormais chose faite : à de multiples reprises, je me suis surprise à froncer les sourcils face à une tournure de phrase bizarre ou un verbe dont le sens était compréhensible par rapport à l'ensemble, mais qui jamais ne serait employé tel quel en français, à l'instar d'une traduction littérale. Et ce phénomène apparaît tout au long du roman, comme si le français n'était pas la langue maternelle du traducteur. Difficile dès lors de ne pas tiquer au fil de cette lecture.

Un avis mitigé donc pour ce roman...

Traduction : Martin Rouillard, révisé par Audrey Favre.

Titre VO (2013) : The boy from reactor 4.

Merci à Livraddict et aux éditions Smart Cat pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Comme à l'école" (lettre "c" pour le mode 1 de cette session).

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16:10 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

17/03/2017

Grosse folie, Raphaële Frier

Présentation.

Elle

Mon souci à moi, c'est une masse de graisse. Presque vingt kilos de chair en trop, des pneus autour du ventre, des fesses qui débordent des chaises, des troncs à la place des jambes, des doigts comme des boudins apéritif, un visage rond comme la lune...

Lui

Ma mère, elle a déjà fait son deuil du fils idéal. Le "populaire", le beau gosse qui en impose, le sportif dynamique qui sent le gel douche quand il part au lycée. Le jeune qui sort en boîte et emballe les filles sans se poser de questions. 

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Mon avis. Décidément, les belles découvertes s'enchaînent...

Focus sur deux personnages extrêmement attachants : Chloé et Quentin, chacun "en décalage par rapport à la norme" (la norme, késako ?).

Chloé est ce que l'on nomme grac(ss)ieusement une personne en surpoids ; elle a des rêves d'adolescente mais (tâche de) se convainc(re) que les relations amoureuses, ce n'est décidément pas pour elle.

Quentin, quant à lui, vit la plupart du temps dans une espèce de bulle, limitant les interactions avec les autres au strict minimum, y compris (surtout) avec ses parents qui n'ont de considération que pour son frère aîné qui, lui, cumule toutes les "qualités", à leurs yeux du moins.

Chloé et Quentin se rencontrent dans un club de vacances, ou plus exactement Quentin "flashe" sur Chloé, d'emblée fasciné par la jeune fille ; oh bien sûr, il a bien remarqué qu'elle est "plutôt grosse", mais il a surtout vu "qu'elle était jolie, en fait. Pleine de chair, ronde et blanche, comme un galet poli par la mer. Des cheveux noirs et mi-longs, des yeux malicieux, une bouche très douce qui a l'air de sourire en permanence, une bouche très gourmande. De temps en temps, elle glissait une mèche de cheveux derrière son oreille. J'ai eu envie de respirer profondément pour saisir au vol le parfum qui se dégageait de son mouvement. Parce qu'elle sentait bon en plus. C'était tellement étrange. Je me disais "Qu'est-ce que tu fous ? Elle est grosse quand même..." Mais j'étais subjugué." [p. 26]

Ni une, ni deux, il n'a de cesse de la contacter ; il réussit à le faire mais c'est sans compter sur le scepticisme (euphémisme !) de Chloé, persuadée qu'il doit se "tromper de brune". Comment imaginer qu'un garçon, normalement constitué si ça se trouve, s'intéresse à elle ?

  "- Écoute, tu te trompes forcément de brune. Y a un truc sur moi que t'as pas dit, un truc qui saute aux yeux et qui prouve que tu ne parles pas de moi.

   Il rétorque qu'il est désolé de ne pas avoir précisé dès le début que j'étais jolie.

  - La preuve que tu fais fausse route, je suis pas jolie.

  - Je trouve que si...

   Je pose le combiné. Je ne sais pas, j'ai peur, je ne comprends rien. On ne m'a encore jamais fait cette blague. Je suis certaine que Quentin n'a pas fait erreur et qu'il a trouvé un moyen de se marrer, qu'il se fout de moi. Ou bien... je me surprends à faire l'inventaire des jeunes gros du village de vacances. Il doit faire partie du lot. Il cherche peut-être simplement à se mettre une fille sous la dent et avec son physique, il n'espère pas mieux que moi... Qui se ressemble s'assemble ! Au secours ! Je peste contre mon père qui a descendu le dernier paquet de gâteaux. Il me faudrait le rayon biscuits d'un supermarché à moi toute seule pour me calmer, là." [p. 33 - 34]

 

Un troisième "personnage" occupe une place prépondérante dans le récit : le regard des autres. Un regard qui tue encore plus sûrement que le manque de confiance en soi ; un regard qui scrute ; un regard qui analyse ; un regard condescendant ; un regard qui parfois s'apitoie ; un regard qui ne se contente jamais de lire le bonheur du jeune couple en train de s'apprivoiser...

Chloé et Quentin réussiront-ils à passer outre ce regard ?

La plume de Raphaële Frier, que j'ai découverte avec Mauvais fils - lu en classe l'an dernier - relate avec brio cette histoire, réussissant à dépeindre la souffrance qui transparaît de part et d'autre.

"Pour vivre heureux, vivons cachés" ?

 

Un grand merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat ; de nouveau un roman de la collection Ego à (faire) lire...

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (15/20).

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16:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/03/2017

La voie des Oracles, I : Thya, Estelle Faye

Présentation. Thya est la fille de Gnaeus Sertor, général romain et héros de l'Empire. Mais Thya est aussi une Oracle, peut-être la dernière élue capable de démêler les fils de l'avenir. Elle est donc contrainte de se cacher en Gaule, au fin fond de la forêt d'Aquitania car, à Rome, comme partout ailleurs dans l'Empire, les chrétiens règnent en maîtres et font impitoyablement la chasse aux adorateurs des dieux anciens. Mais lorsque son père est laissé pour mort par des Pictes, Thya n'a plus d'autre solution que de fuir vers le nord pour suivre une étrange vision dans laquelle son père est toujours en vie. 

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Mon avis. Après quelques "déceptions livresques", la tendance semble s'inverser depuis quelques semaines : j'ai passé un très bon moment en compagnie de Thya et ses compagnons...

C'est un destin hors norme que celui de l'adolescente : fille de Gnaeus Sertor, héros de l'Empire, elle vit désormais en Gaule, là où le secret de sa "nature particulière" risque d'être davantage occulté qu'à Rome. Thya est en effet une Oracle et ne peut s'adonner librement à son art dans un pays où les croyances anciennes sont ardemment combattues par les chrétiens.

L'existence de Thya bascule lorsque son père rentre mourant au domaine, suite à une attaque des Pictes. La jeune fille décide de fuir : ses visions lui ont suggéré une destination, la forteresse de Brog où son père s'est jadis brillamment illustré, et lui ont donné à voir son père vivant ; elle veut donc absolument s'y rendre afin de trouver un quelconque moyen de lui venir en aide. En outre, elle sait qu'elle risque désormais sa vie si elle demeure chez elle : Aedon, son frère, être fourbe s'il en est, n'aura de cesse de l'éliminer.

La voilà sur les routes, poursuivie sans relâche par les sbires d'Aedon, tâchant de rallier Brog, tout en essayant de comprendre le sens de ses visions nébuleuses... Elle croise (heureusement) bien vite le chemin d'Enoch, jeune (séduisant, agaçant) parfumeur, et de Mettius, soldat à la retraite devenu éleveur de porcs. Ce qu'elle ignore, c'est que bien des yeux non humains sont braqués sur elle...

  "La forêt veillait sur elle, elle n'aurait su dire comment ou pourquoi, mais elle en était certaine, au fond de son cœur. Une ou deux fois, elle tourna à demi la tête, de manière très discrète, comme pour apercevoir un esprit ou un ami dans le sous-bois. Elle ne vit rien, bien sûr. Mais elle entendait la forêt vivre autour d'elle, les appels des oiseaux nocturnes, les froissements des mulots sous les herbes, les crapauds coassant près des trous d'eau... Son instinct lui soufflait que tant que les bois bruisseraient, cela signifierait que tout allait bien." [p. 43]

 

J'ai beaucoup aimé suivre le cheminement personnel de la jeune fille, héroïne au caractère affirmé, contrainte de faire face à son destin ; j'ai apprécié Enoch et Mettius, tous deux attachants malgré leur "côté obscur". Chacun des héros a en effet des choses à se reprocher et les certitudes de la veille se lézardent  avant de voler en éclats.

Je me suis immergée avec grand plaisir dans cette Gaule du Ve siècle où les croyances s'affrontent : l'atmosphère, les lieux, les odeurs, prennent vie sous la plume "à la sauce antique" de l'auteure qui, visiblement, s'est abondamment documentée.

  l'approche de la Via Aquitania, Thya ressentit un frisson d'excitation, malgré les menaces qui planaient au-dessus d'elle. Enfin, elle allait voir, mieux, elle allait voyager sur une de ces Voies Romaines qu'elle suivait du doigt sur des cartes, depuis qu'elle était enfant. Ces routes qui irriguaient l'Empire, qui avaient conduit les légions de son père presque jusqu'aux confins du monde... Inconsciemment, elle se tendait en avant, tirait sur son cou pour mieux voir. Déjà elle imaginait les soldats défilant sur les larges pavés gris, le métal des casques et des cottes de mailles étincelant sous le soleil, leur éclat répondant au rouge vif des tuniques, aux blasons dorés des étendards... Tandis que, de loin en loin, des bornes leugaires, des cylindres de pierre plus hauts qu'un homme, rappelaient les noms d'anciens empereurs, Octave Auguste, Caius Tetricus, ou des consuls ayant consolidé la route, Mummius Tuscus, Quintus Clodius... Ça, et la distance qu'il restait à parcourir jusqu'aux prochaines villes. Oui, Thya rêvait tout éveillée. Et puis les arbres s'écartèrent, la Via Aquitania apparut. Enoch fit ralentir le cheval. Le visage de Thya s'assombrit, comme celui d'une petite fille déçue, qui voit sans comprendre un jour de soleil se changer en pluie.

   La Via Aquitania était encore passante, en cette fin d'après-midi. Mais la chaussée avait perdu sa splendeur d'antan. L'entretien des pavés plusieurs fois centenaires avait été abandonné depuis longtemps. Le ruderatio, le revêtement de dalles, était parcouru de larges fissures, et des herbes folles y croissaient, vivaces, résistant au piétinement des voyageurs. Les lichens et le lierre effaçaient les noms sur les bornes, dont certaines, descellées, penchaient bizarrement vers le sol. Et les voyageurs eux-mêmes n'avaient que peu en commun avec ceux que décrivaient les grands poètes latins. Le monde entier convergeait vers cette route, certes, mais un monde qui, désormais, n'avait plus grand-chose de romain. C'était une foule hétéroclite où se mêlaient les étoffes barbares, de lin rugueux ou de grosse laine, quelques moutons, des chariots où s'entassaient les tonneaux de vin miellé." [p. 73 - 74]

 

J'ai savouré la fantasy alliée à l'Histoire : elle apparaît à travers les créatures surnaturelles qui tentent de survivre dans cette époque troubl(é)e, bien décidées à venir en aide à l'adolescente en qui elles reconnaissent une des leurs. Mention particulière pour le Faune et le facétieux Sylvain...

  "L'être qui se balançait sur le rebord du banc, c'était... c'était très différent. Il s'agissait d'une créature haute comme deux fois sa main, dont le peau ressemblait à l'écorce d'un arbre, et qui portait deux petites cornes plantées au milieu du front." [p. 310]

 

Je lirai bien volontiers la suite. Pour rappel, Estelle Faye est à l'honneur durant ce mois sur Book en Stock, c'est le moment d'aller l'y découvrir ; elle sera présente au Festival Trolls et Légendes, à Mons, le WE de Pâques.

Un grand merci à Book en Stock pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (14/20), "Un genre par mois" (historique pour mars - genre auquel appartient aussi ce récit -), "de la Licorne 3" et "Littérature de l'imaginaire" (9/24).

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14:38 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

07/03/2017

La carotte et le bâton, Delphine Pessin

Présentation.

Toute la semaine, j'ai gardé la sensation désagréable d'être épiée.

Qu'est-ce qu'ils mijotaient tous ?

Le vendredi, Johnny s'exclama suffisamment fort pour que je l'entende :

- Tu sais que les rousses sentent mauvais ?

J'ai rougi d'un coup.

- Carotte ! triompha-t-il.

Cette fois, le doute n'était plus possible. J'étais au centre de quelque chose qui m'échappait.

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Mon avis. Un excellent récit à faire lire aux adolescents. Absolument.

C'est la rentrée scolaire pour Émilie : "nouvelle sœur, nouvelle ville, nouveau collège, nouveaux profs, nouvelle classe, nouveaux amis." [p. 7].

L'appréhension lui noue l'estomac. Elle aimerait tant se fondre dans la masse, mais elle sait déjà que cela risque d'être difficile ; elle attire en effet inévitablement les regards car elle est rousse : "Pas blond vénitien, j'aurais préféré, ni même auburn, ce qui aurait été un moindre mal. Ils sont roux, d'un roux flamboyant. Orange, il faut bien appeler un chat un chat. Mes sourcils sont roux aussi et mon nez est parsemé de taches de rousseur. Je n'ai pas tiré les meilleures cartes, c'est sûr..." [p. 8].

Heureusement, elle a rencontré par hasard Cloé qui étudie dans le même établissement et mieux, dans la même classe. Les choses semblent donc se présenter "moins mal que prévu". C'est sans compter sur Barbara, alias Barbie, la peste qui cumule toutes les "qualités", extérieurement s'entend :

  "J'ai découvert, devant moi, en montant dans notre salle, une fille élancée. Alors même que je ne voyais d'elle que son dos, je n'avais pas besoin de demander la raison de son surnom. Moulée dans un short si court que ma mère en aurait eu une syncope, ses jambes semblaient interminables. Ses cheveux lisses arrivaient jusqu'à sa taille. Blonds, évidemment. Elle avançait, légère, gracieuse, indifférente à la bruine qui me transperçait les os." [p. 14 - 15]

 

Commence alors pour Émilie une véritable descente aux Enfers : tous les élèves, ou presque, calquent leur comportement sur celui de Barbie. Brimades, humiliations, coups, se succèdent à qui mieux mieux et si Cloé ne l'abandonne pas à son sort, elle prend ses distances pour ménager la chèvre et le chou, désireuse de ne pas devenir elle-même un souffre-douleur...

Le lecteur suit, totalement impuissant, les vexations subies par Émilie, se demandant si cette spirale infernale va se briser un jour, ressentant douloureusement la pression qui pèse sur les épaules de l'adolescente qui n'est désormais plus que souffrance, s'étiole, passe de plus en plus de temps dans les toilettes ou au CDI pour se ménager quelques rares moments de respiration. La tension monte. Inexorablement. Et trouve sa pleine mesure avec un "divertissement" baptisé La carotte et le bâton.

  "Je n'imaginais pas que ce n'était que le début. J'ai passé le reste de la récréation dans les toilettes, à enlever le fromage qui engluait mes cheveux." [p. 83]

  "Aujourd'hui, je me sentais aussi vulnérable que ce chaton. Rejetée comme une erreur de la nature." [p. 100]

Parution le 16 mars 2017.

 

Un grand merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat ; je rajoute d'ores et déjà ce titre sur les listes de propositions de lecture pour mes élèves.

Ce livre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (13/20).

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16:30 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

05/03/2017

Blue gold, Elizabeth Stewart

Présentation.

AMÉRIQUE

Fiona vit à Vancouver. Après une fête arrosée, elle envoie à son petit ami un selfie dénudé qu’elle pourrait bientôt regretter… car là où le téléphone portable est roi, les lois de la réputation sont impitoyables.

AFRIQUE

Sylvie a fui le Congo avec sa famille. Son père a été tué dans le conflit autour du coltan, le minerai qui sert à la fabrication des téléphones portables. Dans un camp en Tanzanie, l’avenir des siens repose désormais sur ses épaules : doit-elle se marier ? Ou tenter de fuir ?

CHINE

Laiping débarque dans la grande ville de Shenzhen. Venue de la campagne, elle rêve de travailler dans une usine de fabrication de téléphones. Mais la réalité est tout autre : le travail est épuisant, et Laiping va vite apprendre qu’il vaut mieux ne pas protester…

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Mon avis. Un récit à (faire) découvrir...

Trois voix/voies : celle de Fiona, 16 ans, qui vit à Vancouver et a des préoccupations de son âge, à savoir les amis, les sorties, l'argent de poche... Au cours d'une soirée (beaucoup) trop arrosée, elle cède à son copain du moment qui lui demande de lui envoyer une photo sexy. Lorsqu'elle recouvre ses esprits, elle commence à se demander si le selfie ne risque pas d'être vu par d'autres destinataires...

 

Sylvie est la deuxième narratrice : âgée de 15 ans, elle a fui le Congo en compagnie de sa maman et de ses frères et sœur ; la famille est désormais parquée dans un camp de réfugiés en Tanzanie. Depuis que sa maman est de plus en plus souvent "dans un mauvais jour, un de ceux où son esprit n'était qu'à moitié avec eux, dans le présent" [p. 22], Sylvie fait office de chef de famille, s'occupant de tous, tracassée par le mauvais coton filé par son frère Olivier. Elle échappe à son triste sort lorsqu'elle donne des cours aux petits, leur professeur officiel d'un des "établissements scolaires" du camp faisant trop d'erreurs, ou encore quand elle gagne quelque argent en travaillant à la clinique de la Zone 3 auprès de Mélissa Pierre, docteur canadien.

  "Jamais elle n'oublierait l'arrogance de ces soldats qui avaient fait irruption dans leur village comme s'ils possédaient tout, même les gens. Elle était écœurée de la reconnaître chez son propre frère." [p. 49]

 

Laiping complète le trio : la jeune fille a quitté ses parents afin de travailler à Shenzhen, troisième ville de Chine, où l'attend sa cousine Min, ouvrière dans l'immense complexe constitué d'usines plus "performantes" les unes que les autres. Elle passe sa première nuit sur une couchette qu'elle partage avec Min, dans un dortoir où des lits superposés garnissent les murs "du sol au plafond sur trois niveaux." [p. 36] Laiping est loin de se douter qu'elle a mis le doigt dans un engrenage dont les maitres-mots sont productivité et délation.

  "Encore une heure, et elle pourrait rentrer au dortoir et dormir. Carte de circuit - condensateur - fil à souder - condensateur - fil à souder ; carte de circuit - condensateur - fil à souder - condensateur - fil à souder. Il lui semblait que son corps avait épousé ce rythme, plus naturel que les battements de son cœur." [p. 163]

 

A l'intersection de ces trois destins, blue gold, l'or bleu, le coltan, composant indispensable - extrait des mines congolaises - des téléphones portables qui est à l'origine d'un nombre incalculable de victimes, un génocide où "le viol systématique des femmes, des enfants et des hommes est utilisé comme arme de guerre" [p. 371]. Laiping incarne l'une des ouvrières exploitées par les multinationales dont l'objectif est de produire un maximum à moindre coût, bafouant en toute impunité les droits des travailleurs. Fiona, plus réfléchie que ce que les apparences pouvaient le suggérer à première vue, représente le consommateur à l'autre bout de la chaîne.

Le récit alterne les trois points de vue, même si celui de Fiona est nettement moins présent que celui de Sylvie et Laiping ; il donne à réfléchir sur les conditions de (sur)vie des travailleurs de l'ombre qui crèvent littéralement afin que nous, Occidentaux, disposions du superflu.

Un texte qui remet (douloureusement) les choses en perspective, tout en faisant la part belle à l'action, dans tous les sens du terme...

Traduction : Jean-Luc Defromont.

Titre VO (2014) : Blue gold.

Un grand merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (12/20).

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20:13 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

03/03/2017

L'enfant, la baleine et l'hiver, Benji Davies

Présentation. On retrouve Noé, le héros de L’Enfant et la Baleine, qui vit toujours au bord de la mer avec son papa. Mais, pour cette histoire-ci, c’est l’hiver. Un soir, une tempête empêche son papa de rentrer. Noé part à sa recherche, tout seul, dans la nuit, le froid et la neige…

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Mon avis. Un superbe album où le graphisme est au service de l'histoire et inversement.

On y retrouve le jeune héros de L'enfant et la baleine que je n'ai personnellement pas (encore) lu. Noé vit avec son papa pêcheur ; lors de sa dernière sortie en mer de la saison, ce dernier tarde à rentrer ; le petit garçon s'arme de courage pour affronter la tempête de neige et tenter de retrouver son papa...

Si le blanc et le bleu dominent (logiquement) dans cet album pour les scènes relatives à la tempête, de multiples couleurs réchauffent les pages ; les dessins sont magnifiques et les traits tout en courbes et rondeurs, à l'image de la "bonne bouille" de Noé.

Testé avec succès auprès de mes petits-enfants.

Titre VO (2016) : The Storm Whale in Winter.

Adaptation française : Mim.

 

Un grand merci aux éditions Milan pour ce partenariat.

09:28 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

01/03/2017

Mars : le mois de...

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Vous disposez de 31 jours pour aller poser vos questions, aussi sérieuses, farfelues, humoristiques, saugrenues, existentielles... soient-elles, à Estelle Faye sur Book en Stock.

11:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |