17/03/2017

Grosse folie, Raphaële Frier

Présentation.

Elle

Mon souci à moi, c'est une masse de graisse. Presque vingt kilos de chair en trop, des pneus autour du ventre, des fesses qui débordent des chaises, des troncs à la place des jambes, des doigts comme des boudins apéritif, un visage rond comme la lune...

Lui

Ma mère, elle a déjà fait son deuil du fils idéal. Le "populaire", le beau gosse qui en impose, le sportif dynamique qui sent le gel douche quand il part au lycée. Le jeune qui sort en boîte et emballe les filles sans se poser de questions. 

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Mon avis. Décidément, les belles découvertes s'enchaînent...

Focus sur deux personnages extrêmement attachants : Chloé et Quentin, chacun "en décalage par rapport à la norme" (la norme, késako ?).

Chloé est ce que l'on nomme grac(ss)ieusement une personne en surpoids ; elle a des rêves d'adolescente mais (tâche de) se convainc(re) que les relations amoureuses, ce n'est décidément pas pour elle.

Quentin, quant à lui, vit la plupart du temps dans une espèce de bulle, limitant les interactions avec les autres au strict minimum, y compris (surtout) avec ses parents qui n'ont de considération que pour son frère aîné qui, lui, cumule toutes les "qualités", à leurs yeux du moins.

Chloé et Quentin se rencontrent dans un club de vacances, ou plus exactement Quentin "flashe" sur Chloé, d'emblée fasciné par la jeune fille ; oh bien sûr, il a bien remarqué qu'elle est "plutôt grosse", mais il a surtout vu "qu'elle était jolie, en fait. Pleine de chair, ronde et blanche, comme un galet poli par la mer. Des cheveux noirs et mi-longs, des yeux malicieux, une bouche très douce qui a l'air de sourire en permanence, une bouche très gourmande. De temps en temps, elle glissait une mèche de cheveux derrière son oreille. J'ai eu envie de respirer profondément pour saisir au vol le parfum qui se dégageait de son mouvement. Parce qu'elle sentait bon en plus. C'était tellement étrange. Je me disais "Qu'est-ce que tu fous ? Elle est grosse quand même..." Mais j'étais subjugué." [p. 26]

Ni une, ni deux, il n'a de cesse de la contacter ; il réussit à le faire mais c'est sans compter sur le scepticisme (euphémisme !) de Chloé, persuadée qu'il doit se "tromper de brune". Comment imaginer qu'un garçon, normalement constitué si ça se trouve, s'intéresse à elle ?

  "- Écoute, tu te trompes forcément de brune. Y a un truc sur moi que t'as pas dit, un truc qui saute aux yeux et qui prouve que tu ne parles pas de moi.

   Il rétorque qu'il est désolé de ne pas avoir précisé dès le début que j'étais jolie.

  - La preuve que tu fais fausse route, je suis pas jolie.

  - Je trouve que si...

   Je pose le combiné. Je ne sais pas, j'ai peur, je ne comprends rien. On ne m'a encore jamais fait cette blague. Je suis certaine que Quentin n'a pas fait erreur et qu'il a trouvé un moyen de se marrer, qu'il se fout de moi. Ou bien... je me surprends à faire l'inventaire des jeunes gros du village de vacances. Il doit faire partie du lot. Il cherche peut-être simplement à se mettre une fille sous la dent et avec son physique, il n'espère pas mieux que moi... Qui se ressemble s'assemble ! Au secours ! Je peste contre mon père qui a descendu le dernier paquet de gâteaux. Il me faudrait le rayon biscuits d'un supermarché à moi toute seule pour me calmer, là." [p. 33 - 34]

 

Un troisième "personnage" occupe une place prépondérante dans le récit : le regard des autres. Un regard qui tue encore plus sûrement que le manque de confiance en soi ; un regard qui scrute ; un regard qui analyse ; un regard condescendant ; un regard qui parfois s'apitoie ; un regard qui ne se contente jamais de lire le bonheur du jeune couple en train de s'apprivoiser...

Chloé et Quentin réussiront-ils à passer outre ce regard ?

La plume de Raphaële Frier, que j'ai découverte avec Mauvais fils - lu en classe l'an dernier - relate avec brio cette histoire, réussissant à dépeindre la souffrance qui transparaît de part et d'autre.

"Pour vivre heureux, vivons cachés" ?

 

Un grand merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat ; de nouveau un roman de la collection Ego à (faire) lire...

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (15/20).

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16:40 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

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