05/03/2017

Blue gold, Elizabeth Stewart

Présentation.

AMÉRIQUE

Fiona vit à Vancouver. Après une fête arrosée, elle envoie à son petit ami un selfie dénudé qu’elle pourrait bientôt regretter… car là où le téléphone portable est roi, les lois de la réputation sont impitoyables.

AFRIQUE

Sylvie a fui le Congo avec sa famille. Son père a été tué dans le conflit autour du coltan, le minerai qui sert à la fabrication des téléphones portables. Dans un camp en Tanzanie, l’avenir des siens repose désormais sur ses épaules : doit-elle se marier ? Ou tenter de fuir ?

CHINE

Laiping débarque dans la grande ville de Shenzhen. Venue de la campagne, elle rêve de travailler dans une usine de fabrication de téléphones. Mais la réalité est tout autre : le travail est épuisant, et Laiping va vite apprendre qu’il vaut mieux ne pas protester…

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Mon avis. Un récit à (faire) découvrir...

Trois voix/voies : celle de Fiona, 16 ans, qui vit à Vancouver et a des préoccupations de son âge, à savoir les amis, les sorties, l'argent de poche... Au cours d'une soirée (beaucoup) trop arrosée, elle cède à son copain du moment qui lui demande de lui envoyer une photo sexy. Lorsqu'elle recouvre ses esprits, elle commence à se demander si le selfie ne risque pas d'être vu par d'autres destinataires...

 

Sylvie est la deuxième narratrice : âgée de 15 ans, elle a fui le Congo en compagnie de sa maman et de ses frères et sœur ; la famille est désormais parquée dans un camp de réfugiés en Tanzanie. Depuis que sa maman est de plus en plus souvent "dans un mauvais jour, un de ceux où son esprit n'était qu'à moitié avec eux, dans le présent" [p. 22], Sylvie fait office de chef de famille, s'occupant de tous, tracassée par le mauvais coton filé par son frère Olivier. Elle échappe à son triste sort lorsqu'elle donne des cours aux petits, leur professeur officiel d'un des "établissements scolaires" du camp faisant trop d'erreurs, ou encore quand elle gagne quelque argent en travaillant à la clinique de la Zone 3 auprès de Mélissa Pierre, docteur canadien.

  "Jamais elle n'oublierait l'arrogance de ces soldats qui avaient fait irruption dans leur village comme s'ils possédaient tout, même les gens. Elle était écœurée de la reconnaître chez son propre frère." [p. 49]

 

Laiping complète le trio : la jeune fille a quitté ses parents afin de travailler à Shenzhen, troisième ville de Chine, où l'attend sa cousine Min, ouvrière dans l'immense complexe constitué d'usines plus "performantes" les unes que les autres. Elle passe sa première nuit sur une couchette qu'elle partage avec Min, dans un dortoir où des lits superposés garnissent les murs "du sol au plafond sur trois niveaux." [p. 36] Laiping est loin de se douter qu'elle a mis le doigt dans un engrenage dont les maitres-mots sont productivité et délation.

  "Encore une heure, et elle pourrait rentrer au dortoir et dormir. Carte de circuit - condensateur - fil à souder - condensateur - fil à souder ; carte de circuit - condensateur - fil à souder - condensateur - fil à souder. Il lui semblait que son corps avait épousé ce rythme, plus naturel que les battements de son cœur." [p. 163]

 

A l'intersection de ces trois destins, blue gold, l'or bleu, le coltan, composant indispensable - extrait des mines congolaises - des téléphones portables qui est à l'origine d'un nombre incalculable de victimes, un génocide où "le viol systématique des femmes, des enfants et des hommes est utilisé comme arme de guerre" [p. 371]. Laiping incarne l'une des ouvrières exploitées par les multinationales dont l'objectif est de produire un maximum à moindre coût, bafouant en toute impunité les droits des travailleurs. Fiona, plus réfléchie que ce que les apparences pouvaient le suggérer à première vue, représente le consommateur à l'autre bout de la chaîne.

Le récit alterne les trois points de vue, même si celui de Fiona est nettement moins présent que celui de Sylvie et Laiping ; il donne à réfléchir sur les conditions de (sur)vie des travailleurs de l'ombre qui crèvent littéralement afin que nous, Occidentaux, disposions du superflu.

Un texte qui remet (douloureusement) les choses en perspective, tout en faisant la part belle à l'action, dans tous les sens du terme...

Traduction : Jean-Luc Defromont.

Titre VO (2014) : Blue gold.

Un grand merci aux éditions Bayard pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Jeunesse/Young Adult" (12/20).

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20:13 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

Commentaires

Encore un inconnu ! IL n'y a pas moyen de tout connaitre !

Écrit par : Philippe D | 06/03/2017

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