28/01/2017

La fortune des Rougon, Émile Zola

Présentation. Issus de la paysannerie enrichie, les Rougon portent en eux l'avidité du pouvoir et de l'argent. Une des branches de la famille, les Macquart, sera marquée par l'hérédité de l'alcoolisme, du vice et de la folie. Le coup d’État du 2 décembre 1851 entraîne les Rougon dans la conquête de Plassans, la capitale provençale du roman...

Zola-Emile-La-Fortune-Des-Rougon-Livre-765343621_ML.jpg

Mon avis. Je renoue avec mes anciennes amours : je me suis en effet volontairement replongée dans ce premier tome de la saga des Rougon-Macquart.

Zola et moi, c'est une histoire qui avait (très) mal démarré : j'avais quinze ans lorsque j'ai dû lire Le rêve. Ma réaction a très vite été la suivante : plus jamais, je ne lirai du Zola. Suite à cette expérience, je reste d'ailleurs persuadée qu'il ne faut jamais brûler les étapes : vouloir aller trop vite, c'est risquer de dégoûter les élèves plutôt que de les amener à la lecture...

Ce n'est que lorsque j'ai commencé les romanes que j'ai lu les Rougon-Macquart en commençant par celui qui m'a "ouvert la porte" des autres : Germinal. Inoubliable. Hormis La débâcle que j'ai abandonné en cours de route (un titre prédestiné) et que je n'ai, depuis lors, toujours pas découvert, j'ai lu tous les autres : ayant décidé de faire mon mémoire sur Le docteur Pascal (le 20e), je me devais d'avoir lu les précédents.

J'ai quand même toujours une appréhension avant de relire des classiques (beaucoup) appréciés en leur temps car il arrive que je n'y retrouve plus le charme du passé ; c'est ainsi que j'avais été quelque peu déçue lors de la relecture de L’œuvre ; ce fut bien pire lors de ma relecture de Salammbô. Allais-je de nouveau apprécier ce tome d'ouverture ?

Verdict ? J'ai de nouveau passé un "bon" moment en compagnie des fondateurs du clan mémorable (les guillemets s'expliquent en raison des traits de caractère "particuliers" de certains/bon nombre des membres de cette famille).

Le récit commence avec l'évocation de l'aire Saint-Mittre, lieu de rencontre de Silvère et Miette, deux jeunes de 17 et 13 ans que la vie a déjà bien malmenés et qui trouvent l'un en l'autre du réconfort. Impossible de rester insensible face à ces deux enfants apparemment déjà marqués par le sceau de la fatalité...

Silvère descend des Macquart par sa mère, Ursule, la fille de la matriarche Adélaïde Fouque ; il vit désormais auprès de sa grand-mère qu'il surnomme affectueusement Tante Dide et dont il adoucit les vieux jours. Pétri par des idées de liberté, le jeune homme rejoint les rangs des résistants au coup d’État du 2 décembre 1851. Les pages consacrées à Silvère et Miette sont touchantes et instillent un peu d'humanité dans ce tome où la joie de vivre est absente, c'est le moins que l'on puisse dire...

Pas un pour rattraper l'autre dans cette famille : Pierre Rougon est un être faible, habilement manipulé par Félicité  - rarement la signification d'un prénom fut à ce point aussi peu en accord avec la personnalité d'un personnage -, animé uniquement par l'appât du pouvoir ; il arrive rapidement à spolier sa mère et son demi-frère. Quant à Antoine Macquart, il excelle dans l'oisiveté et l'art de dépenser pour lui seul ce que sa famille a durement gagné. Ursule s'est mariée relativement vite pour échapper aux brimades de ses frères et meurt précocement.

 

J'ai retrouvé dans ce premier opus la Félicité dont j'avais gardé le souvenir suite à mon travail sur Le docteur Pascal : sèche comme une trique, amère, envieuse, habile stratège qui attend de ses enfants un "retour sur investissement". Voilà pourquoi Pascal ne trouvera jamais grâce à ses yeux.

La plume de Zola décrit de façon minutieuse lieux, personnages et états d'âme ; j'ai quand même trouvé (particulièrement) longs deux passages en particulier : l'évocation des discussions dans le "salon jaune" qui suinte l'aigreur tous azimuts, et celle de la rencontre entre Silvère et Miette et leur "apprivoisement" respectif.

  "Pascal fixait un regard pénétrant sur la folle, sur son père, sur son oncle ; l'égoïsme du savant l'emportait ; il étudiait cette mère et ces fils, avec l'attention d'un naturaliste surprenant les métamorphoses d'un insecte. Et il songeait à ces poussées d'une famille, d'une souche qui jette des branches diverses, et dont la sève âcre charrie les mêmes germes dans les tiges les plus lointaines, différemment tordues, selon les milieux d'ombres et de sommeil. Il crut entrevoir, comme au milieu d'un éclair, l'avenir des Rougon-Macquart, une meute d'appétits lâchés et assouvis, dans un flamboiement d'or et de sang." [p. 416 - 417]

  "Enfin, ils mordaient aux plaisirs des riches ! Leurs appétits, aiguisés par trente ans de désirs contenus, montraient des dents féroces. Ces grands inassouvis, ces fauves maigres, à peine lâchés de la veille dans les jouissances, acclamaient l'empire naissant, le règne de la curée ardente. [...] Et, au loin, au fond de l'aire Saint-Mittre, sur la pierre tombale, une mare de sang se caillait." [p. 434 - 435].

 

Ce titre entre dans les challenges "Lire sous la contrainte" [titre commençant par un déterminant article défini pour cette 31e session] et "Comme à l'école" [lettre "F"].

lirecontrainte.jpgchallenge-co-ecole.gif

 

 

 

 

 

C'était aussi une lecture commune ; voici l'avis de Flo_bouquine ;

15:26 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

Commentaires

Les classiques, je ne sais pas m'y mettre.
Ma soeur a lu tout Zola. Moi, j'en ai lu deux, je pense, dont Germinal au moment de la sortie du film. J'avais bien aimé.
Merci pour cette participation à mon challenge et bon dimanche.

Écrit par : Philippe D | 28/01/2017

Répondre à ce commentaire

Quel chouette billet ...... Voilà un Zola non lu que tu me donnes envie de découvrir ..... Parmi ceux que je connais, "L'Assommoir" reste mon préféré - lu et relu d'ailleurs ..... :)
C'est vrai que quand on relit un classique aimé en son temps, on a toujours une appréhension ...

Écrit par : Jacqueline Horne | 31/01/2017

Répondre à ce commentaire

Zola me faisait peur aussi au début. Et, pourtant, à chaque fois que j'ai refermé ses romans, j'ai été emballée. Ce premier tome est vraiment intéressant. Bon week-end

Écrit par : Aude | 19/02/2017

Répondre à ce commentaire

Alala ce premier tome des ROugons Macquart ! Un livre que j'ai moi aussi découvert en lecture commune avec Flo ! Un roman que j'ai adoré ( bien plus que la Curée qu'on est en train de lire en LC avec les filles maintenant) . Silvère et Miette m'avait profondemment touchée !

Écrit par : Lectricediscrete | 12/03/2017

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire