30/08/2016

Le Jardin des secrets, Kate Morton

Présentation. 1913. Sur un bateau en partance pour l'Australie se trouve une petite fille de quatre ans, seule et terrorisée. Le navire lève l'ancre et elle se retrouve à Brisbane. Si le secret de son débarquement est religieusement gardé par ses parents adoptifs, ceux-ci décident, le jour de ses 21 ans, de révéler à Nell les circonstances étranges de son arrivée dans la famille. Les questions se bousculent alors. Bouleversée, elle va devoir entreprendre un long voyage vers ses origines. Une quête difficile pour lever le voile sur près d'un siècle d'histoire familiale...

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Mon avis. Une très belle histoire qui déroule sa partition sur plus d'un siècle : merci, Jacqueline...

Ce roman relate une intrigue qui s'étale dans le temps et aura pour cadre tantôt l'Australie, tantôt l'Angleterre. Fil conducteur : des personnages féminins qui semblent appartenir à une seule et même famille. Au cœur de celle-ci, un luxuriant jardin "magique" soigneusement caché, auquel on n'accède qu'au terme d'un parcours labyrinthique, dans tous les sens du terme...

Le point de vue de plusieurs héroïnes est relaté : 1913, le récit s'ouvre sur une enfant de quatre ans cachée sur un bateau qui relie Londres à Brisbane ; celle qui est nommée La Conteuse lui a expressément recommandé de rester derrière des tonneaux, de telle manière que personne ne puisse la découvrir, et lui a promis de revenir. Désireuse de lui obéir, la petite fille commence cependant à trouver le temps long.

  "Il faisait tout noir dans le recoin où elle était cachée, mais elle devait obéir à la dame qui lui avait dit d'attendre là, parce que c'était encore trop risqué, et qu'elles devaient se faire toutes petites, comme des souris dans le garde-manger. C'était le jeu, la petite fille le comprenait bien. Comme quand elle jouait à chat perché, à cache-cache." [p. 15]

 

1930, Nell, la fillette, a grandi et va fêter son 21e anniversaire, l'occasion pour son père adoptif de lui dévoiler les circonstances de son arrivée inopinée dans sa famille. Une révélation qui va bouleverser son existence.

  "Elle lui sourit, radieuse dans sa robe délicate tout ornée de dentelles.

   Il lui rendit son sourire.

   Puis il la fit asseoir à côté de lui sur un tronc de gommier tombé là, lisse et blanc. Et lui révéla à l'oreille le secret que sa mère et lui avaient gardé pendant dix-sept ans. Il guetta sur son visage un signe de compréhension, un subtil changement d'expression. Et vit basculer une existence entière - celle d'une personne qui vient de disparaître d'un coup." [p. 25]

 

2005, Cassandra, la petite-fille de Nell, accompagne sa grand-mère âgée de 95 ans durant ses derniers moments : la vieille dame n'a désormais plus toute sa tête et s'éteint lentement.

  "Quand sa grand-mère se fut à nouveau engloutie dans les eaux sombres du sommeil, Cassandra s'étonna ; comment le cerveau pouvait-il être assez cruel pour rejeter ainsi sur le rivage de la conscience certaines bribes du passé ? Pourquoi, au soir de sa vie, sa grand-mère avait-elle en tête la voix de personnes disparues depuis des lustres ?" [p. 28]

 

S'ajoutent alors des extraits de textes divers : le livre jongle habilement entre diverses époques au fil de la quête entreprise par Cassandra qui vit depuis quelque temps déjà "dans l'ombre", en quelque sorte "en pointillés". La jeune femme se retrouve subitement propriétaire d'une maison située en Cornouailles, léguée par Nell. Or personne n'a jamais entendu parler de "Cliff Cottage".

Même si certains éléments peuvent être devinés avant la fin, le lecteur reconstitue (im)patiemment l'immense puzzle de cette touchante histoire ; côté personnages, j'ai surtout apprécié celui de La Conteuse...

Traduction : Hélène Collon.

Titre VO : The forgotten Garden.

17:01 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

24/08/2016

La dame à la camionnette, Alan Bennett

Présentation. Miss Shepherd, vieille dame excentrique, vit dans une camionnette aux abords de la résidence londonienne d’Alan Bennett. Victime de l’embourgeoisement du quartier et de quelques vauriens, elle finit par installer son véhicule dans la propriété de l’auteur.

Commence alors une incroyable cohabitation entre la marginale et la célébrité, qui durera près de vingt ans.

Entre disputes, extravagances et situations drolatiques, la dame à la camionnette n’épargne rien à son hôte ni au lecteur. Bennett, en excellent conteur, saisit leur duo et livre, au-delà des anecdotes, un tableau très juste du Londres des années 1970 et 1980, de sa bourgeoisie progressiste et de ses exclus.

Un récit d’une grande humanité qui croque avec humour les travers de la société britannique contemporaine.

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Mon avis. J'interromps avec ce récit ma litanie des "(très) belles découvertes", entamée voici maintenant quelques semaines. Ce court roman se lit. Point barre. [Pour être complète, je peux ajouter que j'ai lu un bon tiers de Deux veuves pour un testament, de Donna Leon avant de l'abandonner : je m'y ennuyais et comme tant de livres m'attendent, j'ai préféré jeter l'éponge].

Ce livre rassemble, pêle-mêle, des réflexions de l'auteur relatives à sa cohabitation insolite avec Miss Shepherd, une vieille dame qui vit dans sa camionnette et finit par s'installer sur la propriété de l'auteur avec lequel elle a des contacts plus ou moins (ir)réguliers. D'après ce qu'il explique à la fin du volume, il a pris durant vingt ans des notes au sujet de celle qu'il appelle Miss S. ; c'est à partir de celles-ci qu'il a rédigé ce texte.

Évoquer sur la quatrième de couverture un "tableau très juste du Londres des années 1970 et 1980, de sa bourgeoisie progressiste et de ses exclus" ainsi qu'"un récit d’une grande humanité qui croque avec humour les travers de la société britannique contemporaine" me semble pour le moins exagéré. Si ces facettes-là vous intéressent, vous risquez fort d'être déçus ; personnellement, je parlerais plutôt d'une "esquisse de tableau" et de "quelques traces d'humour, çà et là".

Merci à Nahe pour le prêt.

Traduction : Pierre Ménard.

Titre VO : The Lady in the van (1989).

12:37 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

22/08/2016

Sous la surface, Martin Michaud

Présentation. La veille du Super Tuesday, jour crucial des élections primaires américaines, l’écrivaine et ancienne top-modèle Leah Hammett atterrit à l’aéroport de Lowell, Massachussets, en compagnie de son mari, Patrick Adams, candidat favori à l’investiture démocrate.

Vingt-cinq ans après avoir quitté sa ville natale sans y être jamais revenue, Leah voit son passé ressurgir avec violence. Des fantômes qu’elle croyait avoir ensevelis à jamais viennent la hanter, ravivant d’anciennes blessures, et laissant planer sur le présent leur ombre oppressante.

Commence alors un jeu cruel, dont Leah ne maîtrise pas les règles, et qui la précipite au cœur d’une toile complexe, faite de faux-semblants, de pièges retors et de secrets inavouables. Drames, histoires d’amour brisées et trahisons deviennent l’épicentre d’un ouragan, celui qui dévaste l’existence de chaque personnage et remue, sous la surface, les eaux troubles du pouvoir, à Washington…

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Mon avis. Un récit qu'il est difficile de lâcher une fois commencé...

Ce livre explore les arcanes de la politique américaine qui n'en sort nullement grandie, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais j'imagine que politique US ou d'un autre pays, c'est bonnet blanc et blanc bonnet...

Focus sur Leah Hammet, la femme de Patrick Adams, candidat (très bien placé) à l'investiture démocrate en cette année d'élection présidentielle. C'est entre autres via ce personnage principal féminin que se dévoilent les méandres de l'intrigue, pan après pan.

Le livre navigue entre passé plus ou moins proche et présent avec Leah en (superbe) fil conducteur. Indéfectible soutien de son mari en cette dernière ligne droite, elle atterrit à Lowell, un lieu quitté vingt-cinq ans auparavant, siège d'un drame qui a laissé Leah pantelante. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts mais la souffrance (qu'elle croit) enfouie demeure toujours présente. Il suffit de quelques mots pour que soit ravivée la douleur du passé.

Le "syndrome du chapitre court" joue impeccablement bien son rôle : le lecteur se laisse aisément emporter, se disant qu'il va lire le chapitre suivant, puis un autre... jusqu'à ce que se tournent les dernières pages. Et quand on pense avoir démêlé le sac de nœuds, l'ultime partie s'en vient refermer habilement la boucle.

  "Le temps passe et, à mesure que nos illusions se désagrègent, on a tous quelque chose à cacher. Lorsque le sommeil nous échappe, on espère que le matin tendra un voile sur nos remords. Mais quand on se réveille, la réalité tranche le monde en deux. Et tandis que mon passé enroulait ses doigts autour de ma gorge pour m'asphyxier, les coups répétés sur la porte des toilettes et la voix angoissée de Gene m'ont ranimée." [p. 35]

  "L'appât était en place.  L'appât ou le piège : tout était une question de point de vue." [p. 88]

 

Ce titre entre dans le challenge "Un genre par mois" (thriller - polar - policier pour août).

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20:12 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

19/08/2016

Battle Royale, Koushun Takami

Présentation. Dans un pays asiatique imaginaire, existe un programme gouvernemental connu sous le nom de "Battle Royale". Chaque année, une classe de 3ème est choisie au hasard, emmenée sur une île coupée du monde, et les collégiens doivent combattre entre eux jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un survivant...
Ceci afin de servir d'exemple à la population, à la jeunesse particulièrement, et aussi de recueillir des statistiques sur le temps mis par le champion à éliminer ses camarades.

Version contemporaine survitaminée de Sa Majesté des Mouches de William Golding, Battle Royale a défrayé la chronique à sa publication, avant de devenir l'un des plus grands best-sellers de l'édition nippone.

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Mon avis. Une excellente découverte...

J'ai beaucoup entendu parler de Battle Royale lors de la sortie de Hunger Games : nombreux sont celles qui, parmi les personnes ayant lu les deux, ont indiqué que Suzanne Collins s'était très probablement inspirée du roman de Takami.

J'avais moi-même beaucoup apprécié les tomes 1 et 2 de la série américaine, moins le dernier - et pas du tout la fin -.  Effectivement, les ressemblances sont nombreuses et personnellement, je trouve que Battle Royale est meilleur, tant dans l'histoire et le traitement des personnages que dans l'écriture...

Le récit présente une classe de 3e tirée au sort pour participer au programme intitulé "Battle Royale" : 42 élèves sont dans un car qui les emmène en voyage de fin d'année. Voilà pour la théorie. La "pratique" est tout autre : 21 garçons et 21 filles de ~15 ans sont parqués sur une île déserte et vont devoir s'affronter. Un seul d'entre eux "remportera" cette épreuve imposée par un État asiatique totalitaire : tous les autres y auront perdu la vie.

  "Shûya avala sa salive. Dans le sac à moitié ouvert, on reconnaissait sans doute possible M. Masarô Hayashida, le prof principal de la classe de 3e B. Enfin, plus exactement l'ancien prof principal. On pouvait effectivement comprendre pourquoi Sakamochi s'était présenté comme le nouveau. Le précédent n'aurait plus les moyens d'assurer ses fonctions.

   Le costume bleu-gris bon marché de M. Hayashida était trempé de sang. De ses lunettes à large monture noire qui lui avaient valu le sobriquet de "Libellule", il ne restait que la moitié gauche. Ce qui n'était pas très étonnant, puisque de toute façon la tête elle-même avait perdu sa moitié droite. Derrière le seul verre correcteur restant, un œil rouge évoquant une bille dressait vers le plafond son regard atone. Le reste du crâne se résumait à un amas de cheveux agglutinés par une sorte de gelée grise - de la cervelle très probablement. [...]

  "M. Hayashida a eu, disons, quelques difficultés à accepter le bien-fondé du choix de votre classe pour le Programme, reprit Sakamochi d'une voix tranquille en se passant la main dans les cheveux. Je dois dire que cette sélection l'a pris quelque peu au dépourvu..."

   Plus personne ne pipait mot. Chacun venait enfin d'admettre que ce qu'ils venaient de voir, ce qui s'était produit depuis leur perte de conscience, était réel. Ça n'avait rien d'une erreur, ni d'une plaisanterie. Ils allaient bel et bien devoir s'entre-tuer." [p. 60 - 62]

 

Point de complaisance dans ce récit qui présente de façon plus ou moins détaillée chacun des participants ; si certains reviennent de manière récurrente, d'autres ne font que (tré)passer. Quelques-un(e)s parmi eux deviennent rapidement des "machines à tuer" qui se "prennent au jeu" ; quelques-un(e)s décident de s'unir pour faire face aux adversaires, sachant pourtant qu'ils deviendront rivaux, quoi qu'il leur en coûte. Alors...

La réflexion relative aux disparités en matière de comportement face à une situation extrême est vraiment intéressante et cela, même si l'une ou l'autre des personnalités est stéréotypée ; pas de temps mort (!) durant ce récit qui m'a solidement ferrée. Je me suis parfois quelque peu emmêlé les pinceaux dans les noms des protagonistes, mais sans que cela n'entrave véritablement la lecture... Une dernière chose : la fin est à la hauteur de l'ensemble ; mais dans une optique radicalement différente, le récit aurait également pu, selon moi, s'achever au chapitre 76.

Emportée dans mon élan, j'ai commencé à regarder le film tiré du livre, réalisé (2001) par Kinji Fukasaku : j'ai arrêté après une petite demi-heure. Les scènes et les personnages incarnés par les acteurs sont tellement "caricaturaux" qu'ils en devenaient complètement risibles alors que le propos ne l'est nullement.

Traduction : Patrick Honnoré, Tetsuya Yano et Simon Nozay.

Titre VO : Battle Royale (1999).

 

Avis de ceux qui ont participé à cette lecture commune : La blonde framboise ; nekotenshi

 

Ce titre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (23/24) et "Comme à l'école" (bleu).

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21:21 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

15/08/2016

Outlander, 7 : L'écho des cœurs lointains, partie II, Diana Gabaldon

Présentation. Tandis que la guerre d'Indépendance bat son plein dans les colonies sécessionnistes américaines, le couple Fraser parvient enfin à regagner l’Écosse. Toutefois, retenu par des problèmes familiaux, Jamie doit à regret laisser son épouse repartir dans les colonies, où ses patients ont besoin d'elle. Séparés par les circonstances, réussiront-ils à se retrouver dans un pays où le conflit fait rage ? Pendant ce temps, au XXe siècle, leur fille Brianna et son mari Roger ont fait l'acquisition du manoir familial de Lallybroch. Ils suivent les aventures de Claire et de Jamie grâce aux lettres que ces derniers leur ont laissées dans un coffre.

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Mon avis. Au risque de me répéter à nouveau : je ne suis toujours pas lassée des (més)aventures de Claire et Jamie ; après avoir terminé ce tome, je me suis d'ailleurs lancée dans la découverte de la série télévisée (je n'en avais vu jusque-là que quelques épisodes de manière tout à fait disparate). Inutile de dire que je suis autant sous le charme de Sam Heughan que du "Jamie de papier"...

Ce deuxième volume de L'écho des cœurs lointains continue à mettre l'accent sur la Révolution américaine et par là même, sur des combats, depuis de simples escarmouches aux batailles plus importantes, entre loyalistes et troupes continentales.

C'est l'occasion de "revoir" bon nombre de personnages en dehors du couple vedette, certains sur le continent américain, d'autres en Écosse : Ian sur qui plane toujours l'ombre d'Archie Bug, William Grey avec lequel les Fraser sont contraints de jouer à cache-cache, John Grey qui a fort à faire avec sa nièce, les quakers Denzell et Rachel Hunter, Brianna et Roger dans le Lallybroch du XXe siècle, ou encore Ian père et Jenny.

Je lirai la suite avec plaisir...

Traduction : Philippe Safavi.

Titre VO : An echo in the bone.

Merci aux éditions J'ai lu pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge "Comme à l'école" (bleu).

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14:46 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

09/08/2016

Les Assassins, R. J. Ellory

Présentation. Sur 18.000 meurtres par an aux États-Unis, seulement 200 sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer. Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne pense à faire le lien entre eux. Personne, sauf John Costello. Documentaliste au City Herald, et véritable encyclopédie vivante des serial killers, celui-ci découvre en effet qu'ils ont été commis à la date anniversaire d'un meurtre passé, œuvre chaque fois d'un tueur en série célèbre, selon une procédure rigoureusement identique. Y aurait-il dans la ville un serial killer qui s'inspire de ses prédécesseurs pour leur rendre un funèbre hommage ?

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Mon avis. J'ai découvert l'auteur "sur le tard", entendez par là voici seulement un peu moins d'un avec Seul le silence, et aussitôt, je me suis demandé comment j'avais pu passer aussi longtemps à côté. Depuis, j'ai lu Les neuf cercles, Les anonymes et voici que j'ai terminé Les Assassins. À nouveau, j'ai été solidement ferrée par l'écriture de R. J. Ellory. À nouveau, les pages se sont tournées aisément. À nouveau, je me suis vite attachée aux personnages.

Ce roman fait "la part belle" aux tueurs en série les plus célèbres (quel travail de documentation !) avec un fil conducteur : John Costello, 16 ans en 1984. Il a vu la mort de près : lui et sa petite amie, Nadia, ["espoir" en russe] se sont fait agresser par le Marteau de Dieu.  Lui en a réchappé. Pas Nadia.

  "Pendant longtemps, John Costello tenta d'oublier ce qui s'était passé.

   Fit semblant, peut-être, que ça n'était jamais arrivé.

   Le diable se présenta sous la forme d'un homme, enveloppé par l'odeur des chiens.

   À voir sa tête, on aurait cru qu'un inconnu lui avait donné un billet de 50 dollars dans la rue. Un air surpris. Une sorte d'émerveillement satisfait.

   John Costello se souvenait d'un bruit d'ailes affolées lorsque les pigeons fuirent la scène.

   Comme s'ils savaient." [p. 9]

 

On découvre le drame qui a touché Costello, ce drame qui a à jamais laissé une plaie béante dans son existence, faisant de lui un être "différent".

  "Aujourd'hui, il vit à New York.

   Il consigne tout par écrit. [...]

   Le lundi il mange italien, le mardi français, le mercredi des hot dogs avec ketchup et moutarde allemande, le jeudi il s'en remet au hasard. Le vendredi il mange iranien - gheimeh, ghormeh, barg. Un petit restaurant près de Penn Plaza, dans le quartier de Garment où il vit. L'endroit s'appelle le Persépolis. Le week-end, enfin, il mange chinois ou thaï, et s'il est inspiré, il se fait du gratin de thon.

   Pour le déjeuner, il va toujours au même endroit, à une rue et demie du journal où il travaille.

   Les rituels. Toujours les rituels.

   Et il compte les choses. [...]

   Les chiffres le rassurent." [p. 17 - 18]

 

L'on retrouve ensuite Costello en 2006 à New York, alors que sont commis d'horrible homicides. A priori, pas de points communs entre ceux-ci. A priori seulement. Car Costello qui, doté d'une mémoire phénoménale, emmagasine les faits relatifs aux tueurs en série, se rend très vite compte que ces crimes imitent dans les moindres détails certains perpétrés dans le passé par de célèbres tueurs en série.

L'inspecteur Ray Irving, un de ces flics qui ne s'accorde pas de vie privée, est chargé de ces affaires qui n'en deviendront finalement qu'une : il entre en contact avec John Costello par l'intermédiaire de Karen Langley, journaliste au New York City Herald et supérieure directe de Costello.

J'ai apprécié suivre l'enquête menée par Irving, une enquête qui patauge très longtemps tandis que se poursuivent inlassablement les "exécutions minutieusement programmées" - par un chat qui s'amuse avec des souris -, d'autant qu'il manque cruellement de moyens.

J'ai aimé la psychologie des personnages, d'un Costello toujours "plus ou moins" suspecté d'être lui-même l'assassin, à un Irving lassé, revenu de (presque) tout, en passant par Langley, soucieuse de préserver Costello, tant que faire se peut. Sans oublier certains des intervenants ponctuels dépeints de telle manière qu'ils prennent vie alors qu'ils ne font que (tré)passer...

  "Irving se massa les tempes. Il était exténué, mais il savait qu'il n'arriverait pas à dormir.  Il voulait de la compagnie, le genre de celle que Deborah Wiltshire lui avait donnée avec une telle facilité. Il voulait du sens, un but, il voulait de l'espace et de la raison, une explication simple à la vie qu'il menait. Il voulait savoir ce qu'il faisait, et pourquoi." [p. 215]

Traduction : Clément Baude.

Titre VO : The anniversary man (2015).

 

Ce titre entre dans le challenge "Un genre par mois" (thriller - policier pour août).

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20:25 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

05/08/2016

La dernière Geste, 1 : Si loin du soleil, Morgan of Glencoe

Présentation. Depuis des siècles, les Humains traitent les fées, créatures magiques dont ils redoutent les pouvoirs, comme des animaux dangereux.
L’alliance du Royaume de France, de l’Empire du Japon et du Sultanat Ottoman se partage désormais l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Ces féroces aristocraties oppriment leurs peuples et écrasent dans le sang toute révolte, qu’elle soit humaine ou féerique.

En choisissant les dangers de la liberté plutôt que la soumission aux règles de sa caste, la princesse Nekohaima Yuri va se forger ses propres valeurs et bientôt, mettra en péril la plus grande puissance du monde.
Au cœur de cette métamorphose, une amitié très improbable…

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Mon avis. Un texte d'une grande qualité littéraire que je vous recommande si vous lisez en numérique : il n'est, en effet, pas (encore) sorti en version papier.

Dès les premières page, on est happé par la princesse Yuri, douze ans, qui n'a jamais pu être véritablement une "petite fille" puisque dès son plus jeune âge, elle a dû tenir son rang avec une dignité exemplaire : aucun frémissement ne peut troubler l'impassibilité de son visage. Celui-ci doit demeurer lisse en toute circonstance, à l'instar des pages à écrire de son (?) existence...

Ce jour-là, son père, l'Ambassadeur de l'Empire Japonais, a décidé de lui montrer combien les fées ne sont que des animaux en la faisant assister à une joute entre un Aeling et une Selkie, "digne" des combats de gladiateurs.

  "- Regarde Yuri ! lui ordonna pourtant son père. Regarde bien. Vois comme ils sont cruels. Vois comme elles sont bestiales. Vois et mesure à quel point l'aristocratie seule mesure le nom d'Humanité". [empl. 174]

 

Cette "leçon", Yuri ne l'oubliera jamais : elle aura une incidence sur la suite du récit qui permet dans un premier temps de retrouver la princesse alors qu'elle a vingt ans et se rend à Paris, par l'Orient-Express. Elle va y retrouver son père qu'elle n'a pas vu depuis sept ans. Elle obéit comme il se doit à l'ordre intimé, se demandant ce que cache l'injonction paternelle.

  "Elle avait lu et relu cette maudite lettre à plusieurs reprises, cherchant les innombrables sens cachés que recelaient habituellement les écrits paternels. En vain. La missive ne semblait rien vouloir dire de plus que les mots qu'elle contenait... C'était frustrant, car Yuri se trouvait donc privée d'indices sur les intentions de son père et les raisons du voyage qu'il lui imposait. Une lettre blanche en somme. Un saut dans l'inconnu. Même sa nourrice Mariko, qui excellait dans l'art du décryptage, n'avait rien trouvé. La princesse fit la moue. Jamais encore son père ne lui avait fait l'affront de lui envoyer une lettre blanche." [empl. 380]

 

Lorsque Yuri comprend ce qui l'attend effectivement à Paris, elle se sent trahie ; la douleur est énorme. Elle n'a cependant pas encore pris la pleine mesure des conséquences de cette immense déception...

Ce roman, extrêmement bien écrit, met l'accent sur l'importance de découvrir l'Autre, en l'occurrence ceux qui ont toujours été, jusque-là, considérés par Yuri comme des êtres inférieurs, humains ou non. Combien lui sera-t-il difficile d'essayer de mettre de côté vingt ans de "conditionnement habile".

La trame, sans temps mort, entraîne le lecteur à la suite de la jeune femme sur des sentiers obscurs (!) ; j'ai beaucoup aimé suivre le cheminement de ses pensées remettant en question les idées l'ayant depuis toujours façonnée. Mais la princesse n'est pas le seul personnage - nuancé - intéressant, voire touchant : le colonel Riûzaki et le lieutenant (hybride) HA-17, tous deux assignés à la protection de Yuri ; le Capitaine Trente-Chênes, seule femme à diriger une rame de convois ; et ceux considérés comme des "Rats" par les aristocrates, qu'ils soient créatures féériques - Aelings, Selkies, Feux-follets, Spectraux, Sylfes... - ou humains - Keltiens - : je pense tout particulièrement à Sir Edward, Bran, Taliesìn, Haruko... Petit peuple en théorie. En théorie seulement.

Deux éléments pour terminer : un univers extrêmement fouillé et beaucoup d'émotion, principalement à la fin du récit ; je lirai très volontiers la suite.

 

Ce titre entre dans les challenges "de la Licorne 2" (Fantasy pour cette session, "Littérature de l'imaginaire" (22/24) et "Comme à l'école" (bleu).

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12:30 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |