31/07/2016

Le sel de nos larmes, Ruta Sepetys

Présentation. Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.
Chacun né dans un pays différent. Chacun traqué et hanté par sa propre guerre. Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l'avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes... Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhelm Gustloff, un énorme navire promesse de liberté...

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Mon avis. Un roman historique à (faire) découvrir...

Je n'ai pas longtemps hésité à participer à cette lecture commune initiée par BettieRose puisque j'avais adoré Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre, du même auteur, que je propose d'ailleurs régulièrement à mes élèves.

Quatre voix dans ce récit pour quatre voies qui se rejoignent alors que l'Allemagne a d'ores et déjà perdu la guerre, autour d'une tragédie maritime méconnue : le naufrage du Wilhelm Gustloff, torpillé le 9 janvier 1945 par un sous-marin soviétique.

Johanna, jeune infirmière lituanienne, qui a quitté son pays en 1941 lorsque Staline l'a occupé. Sa mère ayant des racines allemandes, la famille a été autorisée par le régime nazi à retourner en Allemagne.

  "La culpabilité n'a de cesse de vous poursuivre." [p. 9]

 

Florian, un Allemand d'une vingtaine d'années, mystérieux, taciturne, qui n'a visiblement pas intérêt à tomber entre les mains des Soviétiques. Pas plus qu'entre celles des Nazis.

  "Le destin n'a de cesse de vous poursuivre." [p. 12]

 

Emilia, adolescente polonaise qui s'est échappée de Nemmersdorf, un village investi par l'Armée rouge quelques mois auparavant, y "commettant des crimes et des exactions d'une insigne cruauté". [p. 44]

  "La honte n'a de cesse de vous poursuivre." [p. 14]

 

Enfin, Alfred, jeune "nazillon" abject, méprisable, veule, qui tente de se convaincre qu'un héros sommeille en lui.

  "La peur n'a de cesse de vous poursuivre." [p. 16]

 

Le récit donne la parole à chacun, tour à tour, dans de courts chapitres qui s'enchaînent en un rythme rapide ; les trois premiers se rencontrent lors de l'exode au cours duquel ils fuient les Russes ; quant à Alfred, il est déjà à Gotenhafen, le port d'où partiront le Wilhelm Gustloff et d'autres navires destinés à l'évacuation de soldats et civils allemands.

Chaque "héros" apporte un éclairage particulier sur la guerre selon ce qu'il a vécu, se dévoilant progressivement, et même si le lecteur sait dès le début ce qu'il adviendra du navire, il ignore si certains en réchapperont, ni, le cas échéant, le(s)quel(s).

Le personnage que j'ai préféré est Emilia à qui la guerre a tout pris, et davantage encore, et qui, pourtant, trouve encore la force d'avancer, vaille que vaille, dans le sillage de Florian.

L'auteure raconte, à la fin du livre, le long travail de recherche préalable à l'écriture de ce récit poignant.

 

Traduction : Bee Formentelli.

Titre VO : Salt to te sea (2016).

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (34/35) et "Comme à l'école" (- avec un jour d'avance - bleu).

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16:08 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

27/07/2016

Que du bonheur !, Rachel Corenblit

Présentation. Moi, Angela Milhat, presque quinze ans, les cheveux presque bruns, les yeux presque verts, les dents presque droites, je vais te raconter mon année maudite.

L'enchaînement des événements les plus pourris que tu peux imaginer : un nez cassé, un divorce à gérer, une ultra trahison d'une ex-meilleure amie, la mort d'un chat, des vacances en Ariège et l'élection de miss camping !

Sur mon calendrier des malheurs, j'ai même ajouté les photos.

Mais qu'est-ce que j'ai pu faire dans une vie antérieure pour mériter ça ?

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Mon avis. Oyé, oyé, bonnes gens, je crois avoir trouvé le livre que je lirai dans mes classes de quatrième (seconde en France) à la rentrée en guise de "Lecture-Plaisir". Depuis des années, je commence l'année avec Simple de Marie-Aude Murail que je leur lis à raison d'un chapitre par semaine (un de mes moments préférés en classe ; un autre, c'est lorsque je débarque avec mes caisses de romans, que je les leur présente - auteur, titre, couverture, "épaisseur" - critère fondamental pour certains - quatrième de couverture, lecture des premières pages - afin qu'ils en choisissent un - ou plusieurs - à lire).

Je me tâte encore mais je pense que je lirai Que du bonheur ! qui m'a conquise et devrait les intéresser.

Le lecteur rentre d'emblée dans ce récit bourré d'humour dans lequel la narratrice, Angela, relate le cumul des mésaventures vécues durant l'année scolaire. Le sort paraît s'acharner sur l'adolescente qui tâche pourtant de "surnager" au milieu de cette marée de déboires...

Chacun des (courts) chapitres est illustré par des dessins et/ou photos et commence par quelques (délicieuses) phrases en exergue :

  "Ceci est MON calendrier des MALHEURS. D'ailleurs, je tiens encore à préciser (au cas où il y aurait des doutes) que je n'ai pas brisé de miroirs, je ne suis pas passée sous une échelle, je n'ai pas été la treizième à table, je n'ai pas croisé de chat noir, je n'ai pas ouvert mon parapluie dans la maison ni posé de chapeau sur mon lit..." [p. 9]

 

Cette année scolaire s'est avérée catastrophique pour Angela (prénom choisi par ses parents en l'honneur d'Angela Davis) comme elle le précise dès la première page :

  "Tout est parti en cacahuète cette année. En sucette, en vrille, en live. Le grand n'importe quoi, [...]. Le défilé des mauvaises nouvelles. La foire à l'embrouille. Le bal de la maudite où j'étais la seule à valser.

   Je me suis souvent demandé  : qu'est-ce que j'ai pu faire, dans une vie antérieure, pour mériter ça ? J'ai dû être une sacrée pourriture. Genre marchand d'esclaves sadique, tueur d'enfants, nazi de base. Normal qu'à un moment, le prix à payer me retombe sur le coin de la tronche. Dans la grande logique du destin, de la roue qui tourne, les méchants, à un moment ou à un autre, doivent payer.

   Mais moi, dans cette vie-là, maintenant, à l'échelle de mon humanité, je ne suis pas du côté des mauvais. Tout au contraire. Je suis une gentille. Une gentille presque niaise. Une gentille boulotte.

   Quinze kilos, j'ai pris. En six mois. Ça fait partie de mon mauvais karma de cette année. Parce que, quand le malheur me frappe, je mange. Je bouffe. J'engloutis ce que je trouve, ce qui passe à portée de mon estomac." [p. 7 - 8]

 

Ouverture des hostilités : une chute monumentale devant bon nombre d'élèves, lors de son premier jour de lycée. Prémices d'une année scolaire mémorable. Pour les mauvaises raisons, s'entend.

Le journal d'Angela se savoure d'une traite ; l'adolescente, extrêmement touchante, porte un regard perspicace sur elle-même et les autres, parents et con-disciples, assaisonné d'une bonne dose d'humour.

  "Le chapitre treize porte malheur. Je préfère l'éviter..." [p. 55]

Une friandise...

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (33/35) et "Comme à l'école"  (personnage féminin).

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20:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

26/07/2016

La porte de la salle de bain, Sandrine Beau

Présentation. J'attendais mes seins avec impatience. C'est à partir des p'tits œufs au plat que tout s'est déglingué. Comme s'ils s'étaient passé le mot pour gâcher ma joie toute nouvelle. Ça a commencé dans le bus. C'est là que j'ai vu le regard des hommes changer. Enfin de certains hommes... Ceux-là, ils ne se gênaient pas pour me regarder. Ou plutôt pour me regarder directement dans les seins. Pas gênés ! Tranquilles. Je détestais ça.

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Mon avis. Un texte court mais percutant...

Ce récit relate l'histoire de Mia, une jeune adolescente qui attend avec impatience que son corps se transforme, autrement dit que ses seins poussent. Et le jour arrive où "ils" éclosent. Oh, pas grand-chose pour commencer mais le processus est enfin enclenché. A sa grande joie. De courte durée, pourtant...

Car Mia se rend vite compte que le regard de certains hommes change à son égard et ce dont elle se réjouissait devient bientôt un calvaire : le compagnon de sa mère, le "musicien" qui fait la moule dans le canapé pendant que sa mère s'esquinte au travail, commence à la "reluquer d'une drôle de manière". Insidieusement. Sûrement. Pire : il entre désormais dans la salle de bain pendant qu'elle se douche.

Le malaise s'installe. Puis le mal-être. La jeune fille lutte avec les moyens dont elle dispose : elle use et abuse de subterfuges pour (essayer de) ne plus se doucher chez elle quand sa maman travaille le soir. Elle hurle sa souffrance avec les yeux, mais sa maman ne la voit pas.

Ce sujet tabou est traité avec beaucoup de pudeur via le point de vue Mia qui perd peu à peu l'insouciance qui aurait dû rester sienne quelques années encore. J'ai juste trouvé que, de temps à autre, les réflexions censées être celles d'une très jeune fille sont davantage celles d'un adulte.

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (32/35) et "Comme à l'école" (personnage féminin).

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21:29 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

24/07/2016

Meurtres à Pékin, Peter May

Présentation. Pékin, ville baignée de tradition mais avide de modernité, une société qui se rue dans le capitalisme moderne mais profondément marquée par le système communiste.

Le cadavre carbonisé d'un homme est découvert un matin dans le parc. Le même jour, deux autres corps sans vie sont trouvés à deux endroits différents de la ville. Pour seul indice, un mégot de cigarette à côté de chacun des trois corps, comme une signature.

Margaret Campbell, médecin légiste aux États-Unis, spécialisée dans les brûlés, qui se trouve à Pékin pour une série de conférences, va se voir embarquée malgré elle dans l'enquête de Li Yan, fraîchement promu commissaire. L'Américaine rigoureuse et le policier chinois, ironique et énigmatique, choisissent deux approches totalement différentes d'un même objectif. Deux mondes s'affrontent, mais devant la complexité d'une affaire qui cache un secret monstrueux, les deux investigateurs vont devoir taire leurs oppositions et unir leurs talents pour découvrir la vérité, fût-ce au péril de leur vie. Car si les lieux sont exotiques et chargés de traditions, les dangers, eux, sont bien du XXIe siècle : menace des OGM et remous dans les milieux politiques.

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Mon avis. Découverte de l'auteur : je ne devrais pas en rester là.

Le lecteur se retrouve d'emblée plongé dans la touffeur de Pékin où un homme a été retrouvé carbonisé. L'enquête commence au moment où Li Yan vient d'être promu commissaire. Il sait qu'il a intérêt à "assurer". 

Alors qu'il se rend dans son nouveau bureau, il fait la "rencontre percutante" du Docteur Margaret Campbell, médecin légiste spécialiste des brûlés, "fraîchement" débarquée des États-Unis pour assurer quelques semaines de cours universitaires. Elle est épuisée et (donc) de méchante humeur, et n'a pas daigné parcourir la documentation relative au pays qui lui avait été remise au préalable, si bien qu'elle a déjà subi à plusieurs reprises les remontrances implicites de l'agent de police Li Li Peng qui lui a été dévolue. Autant dire que "Docta Maggot Cambo" apprécie peu la collision au cours de laquelle "Lily" se fait copieusement insulter par le Chef Li, premier inspecteur de la Section n° 1 de la police municipale de Pékin. Elle se permet d'intervenir. Elle n'aurait pas dû : ce faisant, elle lui a "fait perdre mianzi" : la face. Sacrilège. C'était la leçon n° 1. Les autres suivront.

Indépendamment des investigations au cours desquelles le Chef Li et le Docteur Campbell seront amenés à collaborer après s'être affrontés, j'ai apprécié le choc des cultures chinoise et américaine : les deux protagonistes vont devoir essayer, tant que faire se peut, de dialoguer, voire - on peut rêver - de s'apprivoiser. Ce qui implique d'ôter leurs œillères et d'évacuer les clichés. De part et d'autre.

"Les parfums, les couleurs [, les odeurs] et les sons se répondent" au cœur de la cité pékinoise, pendant que l'enquête semble s'enliser et que les barrières tombent. Mais les yeux sont partout...

Traduction : Ariane Bataille.

Titre VO : The Firemaker (1999).

 

Ce titre entre dans le challenge de la Licorne 2 (thriller - policier pour cette session 5).

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20:02 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

23/07/2016

Les Épées de glace, tome 1 : Le Sang sur la lame/Le Boucher, Olivier Gay

Présentation.

-  Je ne suis pas sûr qu’un homme seul fasse la différence.

-  On m’a déjà donné de nombreux noms. Le Faiseur de veuves. L’Épée de glace. Le Danseur Rouge. Je suis Rekk. Le Boucher. Je fais toujours la différence.

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Mon avis. Après la série jeunesse Le noir est ma couleur (1, 2, 3, 4, 5), après les enquêtes de Fitz (1, 2), voici que je découvre une autre palette de l'auteur avec la Fantasy. Verdict ? Hé bien, je lirai volontiers la suite car j'ai beaucoup aimé les aventures du Boucher, de Mahlin et Shani...

Focus sur Deria, la fille d'un "baron du Nord" qui arrive à Musheim et fait son entrée, de manière pour le moins insolite, au palais impérial. Elle y rencontre Mahlin, un jeune garde, ainsi que Shani qui deviendra bientôt sa servante attitrée.

Malgré sa noble ascendance, Deria ne se conduit nullement comme il sied à une jeune femme : son caractère affirmé n'a d'égal que son expertise dans le maniement de l'épée. Ce que Deria veut, Dieu le veut, ce qui lui attire inévitablement des inimitiés. Elle n'en a cure et profite de son séjour à la cour pour aider Mahlin - après qu'il a "accepté" l'idée qu'il ne pouvait avoir, face à elle, que le titre d'élève -, avec qui elle a noué une amitié, à se perfectionner en escrime. Shani devient elle aussi son amie : Deria s'intéresse à la valeur des individus et n'a que faire des classes sociales.

Un jour, Deria disparaît et est bientôt retrouvée morte dans la Basse-Ville : elle a été violée et assassinée. Ses deux amis découvrent, ahuris, qu'ils étaient bien loin de connaître la jeune femme. Parallèlement, les "autorités" décident qu'il est hors de question que le baron Froideval apprenne le sort subi par sa fille : nul doute qu'il reviendrait à Musheim, désireux de la venger. Nul doute qu'il réussirait. Car celui-ci n'est autre que l'ancien bras armé de l'empire, maintenant exilé dans les contrées glaciales du nord, celui que la légende a surnommé le Boucher. Rekk le Boucher. Rekk le Tueur. Rekk le Sans-Pitié. Celui que les parents évoquent lorsqu'ils veulent faire obéir leurs enfants récalcitrants.

Mahlin décide d'aller porter au baron une lettre inachevée de Deria et Shani l'accompagne. Quels qu'en soient les risques. Bel et bien présents.

"L'un deux paraissait particulièrement dangereux. Son visage arborait de multiples cicatrices ; ses yeux étaient froids dans la lumière des torches, le pli cruel de ses lèvres. Shani réalisa avec une certitude épouvantable qu'elle venait de rencontrer le baron Froideval. [...]

   Il avait des yeux terrifiants, des yeux de meurtrier, des yeux de tueur. Deux épingles de nuit qui restaient fixées sur eux, leur ôtant toute énergie et tout espoir. Deux puits sombres, deux torrents d'obscurité prêts à les engloutir, qui les jaugeaient, les jugeaient, les pesaient, les appréciaient, les mettaient à nu, comme pour déceler s'ils représentaient un danger ou non, s'il convenait de les tuer ou non." [ch. 4]

 

Aucun temps mort - mais bon nombre de trucidés - dans ce récit, non dénué d'humour, qui relate le dangereux périple entrepris par les deux amis ainsi que la rencontre non moins dangereuse avec le Boucher, dont la réputation n'est pas usurpée...

Cet improbable trio est très attachant : Mahlin, jeune homme chevaleresque, sans reproche mais pas vraiment sans peur ; Shani, (presque) inodore, (presque) incolore, (presque) insipide, qui prend de la bouteille et s'affirme au fil des pages ; et le Boucher, personnage haut en couleur (rouge sang), qui jamais ne tente d'atténuer les atrocités commises : à cet égard, les piqûres de rappel émaillent le texte (au cas où le lecteur serait tenté de les occulter ? parce que quand même..., malgré tout...).

  "Les événements de ces derniers mois avaient bouleversé le monde rassurant dans lequel vivait la jeune fille. Plusieurs semaines passées à côtoyer Mahlin et sa belle assurance lui avaient prouvé que l'on pouvait faire ce que l'on voulait dans la vie - si l'on était prêt à en payer le prix."  [ch. 17]

Je lirai la suite avec grand plaisir.

Couverture : Magali Villeneuve.

 

Ce titre entre dans les challenges "Littérature de l'imaginaire" (21/24) et "Comme à l'école" (personnage féminin).

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21:56 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

16/07/2016

Ballon, redeviens tout rond !, Collectif, Centre Régional de Formation des Professionnels de l'Enfance

Présentation. Les personnages de cette superbe publication ont tous une particularité qui les empêche parfois de jouer ensemble. Cela les amène donc à réfléchir à trouver une solution commune, qui de ce fait leur fait créer ensemble un ballon qui convienne à toutes et tous. C'est ce qui donne le titre de l'ouvrage, accessible au plus grand nombre, Ballon, redeviens tout rond ! Des éléments tactiles au nombre de 12 sont répartis au cours des pages de cette production, cela afin d'éveiller autant les sens que la réflexion des petits lecteurs.

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Mon avis. Un bel album aux superbes couleurs...

Ce livre sollicite trois de nos sens : la vue, le toucher et l'ouïe. La vue comme tout album qui se respecte : nous sommes plongés dans la mer et par conséquent, le bleu décline toutes ses tonalités ; d'autres couleurs apparaissent avec les créatures sous-marines en feutrine : hippocampe, crabe, pieuvre, méduse, poisson, étoile de mer.

Le toucher est présent par l'intermédiaire du ballon, celui qui "redevient tout rond" : il est figuré par un rond découpé dans une matière particulière collé sur la page.

Enfin, l'ouïe : un CD accompagne l'ouvrage ; il contient la chanson "Ballon, redeviens tout rond !", ainsi que le texte chanté en diverses langues : le ch'ti est particulièrement savoureux.

L'histoire, quant à elle, met l'accent sur l'impossibilité, pour chacun des animaux marins, en raison de sa spécificité, d'attraper le ballon sans le détruire, les empêchant par là même de jouer ensemble ; ils doivent trouver une solution...

Un album qui met le doigt sur la différence...

 

Merci à Babelio et aux éditions Tartamudo pour ce partenariat.

21:44 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

11/07/2016

Mauv@ise connexion, Jo Witek

Présentation. Je me suis inscrite sur un nouveau tchat. J'ai tapé Marilou. Je trouvais que ce pseudo correspondait bien à la fille que j'avais envie d'être. Plus sexy, plus délurée, plus effrontée aussi. Marilou, une autre moi-même. Une fille qui l'a tout de suite attiré.

- Bonjour, Marilou. C'est joli comme prénom. T'as quel âge ?

J'ai menti : Seize. Et toi ?

- Vingt.

Mentait-il lui aussi ? Je ne me suis pas vraiment posé la question, trop heureuse de partager ma tristesse nocturne avec un garçon. J'ai poursuivi.

- Je viens de me disputer avec ma mère. Elle refuse que je fasse des photos de mode.

- Elle doit être jalouse de ta beauté.

- Merci. Je crois que tu as raison.

- Je sais de quoi je parle, je suis photographe de mode.

- C'est vrai ? - Oui, pour des défilés à Paris et des shooting magazines. On peut la voir quelque part ta jolie frimousse, Marilou ?

Voilà. Ça a commencé comme ça.

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Mon avis. Un récit qui met l'accent sur une réalité actuelle, à savoir un des dangers liés à l'utilisation d'Internet.

Julie a quatorze ans ; suite à une dispute avec sa maman, elle se crée un profil sur un tchat et devient Marilou, seize ans. Elle y fait une rencontre qui bouleversera sa vie ; elle ne sait pas encore que Laurent, le "jeune homme" dont elle va tomber amoureuse, l'a solidement ferrée : la dérive est amorcée et l'adolescente n'en sortira malheureusement pas indemne...

Ce court récit se lit aisément et met le doigt là où cela fait (très) mal ; il me semble approprié  pour amorcer une discussion avec les jeunes. Je suis cependant restée sur ma faim : je l'aurais davantage encore apprécié s'il avait été plus amplement développé.

 

  "Je ne mangeais presque plus et tardais à m'endormir, ressassant ad libitum nos échanges, nos promesses, nos rêves. Son histoire avec son ex-petite amie traînait en longueur ; je commençais à m'impatienter. Le voir devenait vital." [p. 31]

  "J'étais seule désormais, seule avec cette passion qui m'avait enfermée dans ma chambre, le corps relié à mon ordinateur". [p. 48]

  "Désormais, il pouvait tout me demander.

   C'est ce qu'il fit." [p. 69]

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (31/35) et "Comme à l'école" (personnage féminin).

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15:51 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

10/07/2016

Chasseurs de têtes, Jo Nesbø

Présentation. Roger Brown est le meilleur chasseur de têtes de Norvège : il fait subir aux candidats de véritables interrogatoires et ne laisse aucune place au hasard. Mais Roger a une faiblesse, sa femme, la splendide Diana... Voiture de luxe, vêtements de marque, loft immense, galerie d'art et vernissages au champagne, rien n'est trop beau pour elle. Pour financer sa vie privée, il dérobe des toiles de maîtres chez ses clients. Mais le jour où il décide de voler un Rubens à Clas Greve, qui avait pourtant le profil du parfait pigeon, les choses se gâtent. De chasseur, Roger devient proie et le pigeon se révèle être un terrible prédateur...

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Mon avis. Un thriller qui se laisse lire, sans être le moins du monde exceptionnel...

J'ai trouvé "la mise en bouche" très longue : durant un tiers du récit, on découvre la personnalité, nullement attachante - c'est le moins que l'on puisse dire - de Roger Brown, dont l'efficacité dans son travail de "chasseur de têtes" est inversement proportionnelle à la taille. Son "côté obscur" est aussi détaillé : il a besoin de "revenus parallèles" afin de mener un train de vie aisé et dépenser sans compter pour sa femme Diana.

L'engrenage bien huilé des combines mises au point avec un complice s'enraie lorsque Brown s'attaque à Clas Greve, "élément perturbateur" que l'on attend quand on a lu la quatrième de couverture - c'est mon cas -, mais - je me répète - cet épisode se fait (trop) longtemps attendre selon moi.

Les choses commencent à bouger - dans tous les sens du terme - lorsque commence le chassé-croisé, sans temps mort - mais pas sans cadavres - entre Brown et Greve : j'ai apprécié cette partie-là ; cependant, j'ai trouvé certains éléments de la fin quelque peu tirés par les cheveux.

Un avis mitigé, donc ; rien à voir avec Le léopard, du même auteur, qui m'avait tenue en haleine du début à la fin...

Traduction : Alex Fouillet.

Titre VO : Hodejegerne (2008).

 

Ce titre entre dans les challenges "de la Licorne 2" (thriller - policier pour cette session) et "Objectif du mois" (un livre du bas de la PAL pour juillet).

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11:24 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

08/07/2016

Ma mère, le crabe et moi, Anne Percin

Présentation. J’aurais préféré que ma mère me dise : "Tu sais, je crève de trouille et je ne peux rien te promettre." Ou bien qu’elle pleure franchement, à gros bouillons. Oui, qu’elle pleure ! Au lieu d’afficher ce sourire de façade. Le sourire "tout-va-bien-je-gère".

J'aurais voulu qu’elle crie, qu’elle hurle, qu’elle se roule par terre en tapant des pieds, qu’elle fasse un truc pas calculé du tout, un truc qu’on ne voit pas dans les séries françaises à la télé, un truc pas bien élevé, pas conseillé par le guide J’élève mon ado toute seule, au chapitre "Comment lui annoncer votre cancer ?"

Entre rires et larmes, Tania nous raconte six mois de complicité avec sa mère malade, mais aussi les nouveaux défis qu’elle s’est lancés : devenir championne de cross… et tomber amoureuse.

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Mon avis. S'il n'est pas rare que j'apprécie les romans que je choisis de lire, il est en revanche moins courant que je parle de coup de cœur : celui-ci en a été un.

Le sujet est pourtant difficile puisqu'il y est question du crabe, cette saloperie à laquelle seront confrontées Tania et sa maman : après une série d'examens, cette dernière apprend qu'elle souffre d'un cancer du sein.

Comment (tenter de) faire face quand la maladie s'incruste dans l'existence et que l'ombre de la Grande Faucheuse plane sur le quotidien qui ne l'est plus ?

Même si Tania demeure une ado, avec des préoccupations liées à son âge, ses repères s'estompent, lentement mais sûrement ; malgré la souffrance de l'épreuve traversée, sa relation avec sa maman va se renforcer et s'engagera sur des sentiers jusque-là inexplorés.

J'ai beaucoup (sou)ri lors de cette lecture : les réflexions de Tania sont hilarantes et certaines situations sont franchement cocasses. Je pense particulièrement à celle de la piscine où les larmes sont venues se mêler au rire : non pas que j'aie pleuré de rire, mais j'ai pleuré en riant...

  "Ma mère tient un blog.

  Ça s'appelle "Lecture & Confitures". Tout un programme.

  Son billet du jour, je vous le fais partager, il vaut le détour :

   "Aujourd'hui, premier jour d'octobre (Trop fort ! ma mère sait lire un calendrier), bientôt nous entrerons dans la saison sombre, autrefois appelée Samain par les Celtes. (Mais où va-t-elle chercher tout ça ?) Regardez comme la nature est belle ! (Ici, incrustation d'un lecteur de musique pour diffuser une chanson de Jean Ferrat.) J'ai décidé de préparer du chutney de figues avec des pommes et des noix ramassées dans notre belle forêt (ici, photo d'un pot de confiture sur fond de feuilles mortes), qui se pare en ce moment de rouge, d'orange et de vert (super, ma mère n'est pas daltonienne). Admirez ses reflets mordorés ! (Au secours.) J'ai préparé des scones pour le goûter des loulous. [...]

   Nous, ceux qu'elle appelle ses loulous.

  Autrement dit, les créatures imaginaires que ma mère a inventées pour peupler son désert affectif." [p. 7 - 8]

  

  "Les copines qui me précédaient ont franchi la grille du collège. J'entendais derrière moi la conversation entre Zlatan ["le balourd des Balkans, alias le Yéti slovaque, alias la Patate qui venait du froid" - p. 36 -] et Brain ["Brian surnommé "Brain", le cerveau, parce qu'il est persuadé que le sien est particulièrement performant, tandis que nous, on doute même qu'il en ait un" - p. 36 -], qui tournait toujours autour de la course à pied. C'est monomaniaque, les mecs.

   Comme j'étais seule, je pouvais reprendre le cours de mes pensées. Je me suis dit qu'avec un peu de chance ce serait le droit. Comme ça ma mère pourrait tirer à l'arc...

   Comment ça, quel rapport ? Vous n'avez jamais entendu parler des Amazones ?" [p. 39 - 40]

 

Un récit que je vous recommande, dans lequel l'optimisme - jamais béat - est de mise ; il peut être proposé aux élèves à partir du deuxième degré.

Une partie des droits d'auteur sera reversée en soutien à l'association Le Cancer du Sein, Parlons-en !

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (30), "Comme à l'école" (personnage féminin) et "Un genre par mois" (joker).

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19:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

03/07/2016

Hanako, fille du Soleil levant, Élodie Loch-Béatrix

Présentation. Des ancêtres japonais, c’est sympa… sauf quand on est inscrite d'office à un cours d'ikebana ! Hanako préférerait mille fois passer du temps avec ses amis de 4e, Adam et Chloé, ou savoir ce que lui veut Matt, un beau lycéen. Mais impossible de négocier avec ses parents. Et tout se complique lorsque son père lui interdit de toucher à une mystérieuse boîte. Quel secret peut-il bien lui cacher ?

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Mon avis. Décidément, j'enchaîne les "chouettes lectures" depuis quelque temps ; c'est encore le cas cette fois avec Hanako, fille du Soleil levant. Ce roman est destiné à un lectorat plus jeune que mes élèves - je dirais ~ 11-13 ans - mais j'ai souhaité le lire pour découvrir la plume de l'auteure.

L'héroïne du récit est une collégienne au joli prénom d'Hanako, "enfant fleur" en japonais ; son papa, Akihito, souhaite que sa fille s'intéresse à sa culture et pour ce faire, l'a inscrite à un cours d'ikebana, sans lui demander son avis. Le moins que l'on puisse dire est que l'adolescente n'est pas ravie :

  "Ma vie est un désastre... le déménagement... la rentrée en 4e... et maintenant ça ! Princesse B, elle, va au cours de danse de Fahria, la gagnante de Top Dance. Et moi ? Moi, je vais faire de l'ikebana ! Je vais faire des bouquets avec des branches d'arbres ! Trop la classe !" [p. 5]

 

Hanako est bien décidée à ne pas s'éterniser dans ce "cours de plantes vertes" - d'autant qu'elle est la seule jeune du groupe - et cela, même si - elle doit se l'avouer - la prof, Odette, est sympathique.

Les personnages de ce récit plein de fraîcheur sont attachants : Hanako, préoccupée par les soucis rencontrés avec ses parents (ah, les parents !) et les relations entretenues avec ses fidèles amis, Chloé et Adam, ou avec le groupe des "pestes de service", menées par Princesse B, celle qui a (presque) tout pour elle ; Chloé et Adam ; les parents eux-mêmes  ; Madame Odette ; et Matt qui débarque sans crier gare dans son existence.

Hanako a par ailleurs son attention de plus en plus attirée par une boîte disposée dans le bureau de son père, à laquelle elle n'est pas censée toucher... mais dont elle  brûle - forcément ! - de percer le mystère.

  "J'ai foncé dans son bureau. Je me suis arrêtée net en le voyant avec la boîte interdite dans les mains. Il avait l'air très contrarié. En m'apercevant, il a vite remis plein de papiers dedans." [p. 44]

 

J'ai vraiment passé un excellent moment en sa compagnie et j'ai en outre apprécié découvrir quelques facettes de la culture japonaise, entre autres l'ikebana et le kendo.

  "Odette arpentait la salle en posant un œil bienveillant sur les créations des unes et des autres.

 - Je vous rappelle que l'air doit circuler dans vos bouquets ; chaque fleur a sa place... Vous ne mettriez pas vos invités sur la même chaise à la maison, alors laissez respirer ces fleurs !" [p. 63]

 

Un livre à recommander aux élèves du premier degré.

 

Ce titre entre dans les challenges "Jeunesse/Young Adult" (29) et "Comme à l'école" (personnage féminin pour cette session).

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18:35 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

02/07/2016

Les Fils de George, Manu Causse

Présentation. Mardochée a quinze ans et appartient, depuis sa naissance, à la communauté du livre de George, une secte dirigée par le pasteur Wiggins. Au lycée, il fait la connaissance de Léo qui se prend d’amitié pour cet étrange garçon hors du temps. La mort de son coreligionnaire Chrysostome, entame la foi de Mardochée.

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Mon avis. Une couverture inquiétante pour un récit que l'on lit en retenant son souffle...

Mardochée fait partie de la Congrégation régie par le pasteur Wiggins : les Fils de George. Ce "gourou" mène ses fidèles à la baguette, au propre comme au figuré puisque pénitences et privations sont légion dans cette mystérieuse communauté qui vit recluse sur elle-même, frayant le moins possible avec le commun des mortels, les Restants.

L'adolescent a bientôt seize ans, l'âge où il se dépouillera de son statut d'Enfant pour embrasser celui de Converti. Et même s'il se répète inlassablement les mêmes formules étudiées depuis sa plus tendre enfance, quelques doutes s'immiscent en lui, d'autant que Léo, un élève de sa classe, semble lui manifester un intérêt sincère, lui proposant même de participer au repas de fin d'année. Mardochée a beau tenter de se convaincre que Léo incarne le Mal, il se pose des questions...

  "Léo est mince et grand, avec des cheveux longs, un regard clair et un air sérieux même quand il rit. Plusieurs fois, il nous a adressé la parole, à Chrysostome et à moi, comme s'il s'intéressait vraiment à nous. Je devrais en conclure qu'il est un agent de David [= le prophète du Mal] mais je ne peux m'empêcher de lui trouver un air sympathique." [p. 13]

 

Le roman alterne les chapitres relatifs à Mardochée et ceux qui se focalisent sur Léo, désireux de découvrir celui qui se cache sous ce Fils de George, "l'extraterrestre du lycée - le seul depuis que Chrysostome ne vient plus en cours - qui s'exprime bizarrement".

  "Les trois petits en descendent. Ils vont au collège à côté du lycée. Je les vois le soir, quand ils attendent la voiture-arlequin devant la grille. Avant, Mardochée et Chrysostome Georgeson les encadraient. Maintenant, Mardochée est tout seul, Chrysostome ne vient plus depuis le mois dernier. C'est affreux à dire, mais je me sens presque soulagé. Je l'ai toujours trouvé plutôt flippant : à le voir comme ça tout maigre, la peau toujours pâle, les yeux brillants, on se demandait s'il n'était pas malade. Contagieux, peut-être. Et quand il partait dans ses délires..." [p. 20]

  "- Écoute, Léo, c'est très gentil de ta part de t'assurer que je vais bien, mais je ne peux en aucun cas accepter que tu m'achètes à manger. Je suis désolé si j'ai eu des moments d'absence, mais cela n'est pas de ta responsabilité et je vais retourner auprès des miens, maintenant." [p. 52 - 53]

 

La réflexion suscitée auprès de Mardochée par Léo - et inversement - est réellement intéressante ; Léo dessillera (in)sensiblement les yeux de Mardochée sur le monde qui l'entoure - certaines scènes sont touchantes, comme celle de la dégustation des paninis banane-Nutella - et parallèlement, sur l’Église Congrégationniste du Livre de George, tandis que lui-même s'interrogera sur l'idée de/d'un Dieu.

Un texte de la collection EGO, "des romans courts et choc pour les ados qui disent je", à faire découvrir aux élèves, à partir du deuxième degré.

Merci aux éditions Talents Hauts pour ce partenariat.

 

Ce titre entre dans le challenge Jeunesse/Young Adult  (28).

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14:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |