05/08/2016

La dernière Geste, 1 : Si loin du soleil, Morgan of Glencoe

Présentation. Depuis des siècles, les Humains traitent les fées, créatures magiques dont ils redoutent les pouvoirs, comme des animaux dangereux.
L’alliance du Royaume de France, de l’Empire du Japon et du Sultanat Ottoman se partage désormais l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Ces féroces aristocraties oppriment leurs peuples et écrasent dans le sang toute révolte, qu’elle soit humaine ou féerique.

En choisissant les dangers de la liberté plutôt que la soumission aux règles de sa caste, la princesse Nekohaima Yuri va se forger ses propres valeurs et bientôt, mettra en péril la plus grande puissance du monde.
Au cœur de cette métamorphose, une amitié très improbable…

si-loin-soleil.jpg

Mon avis. Un texte d'une grande qualité littéraire que je vous recommande si vous lisez en numérique : il n'est, en effet, pas (encore) sorti en version papier.

Dès les premières page, on est happé par la princesse Yuri, douze ans, qui n'a jamais pu être véritablement une "petite fille" puisque dès son plus jeune âge, elle a dû tenir son rang avec une dignité exemplaire : aucun frémissement ne peut troubler l'impassibilité de son visage. Celui-ci doit demeurer lisse en toute circonstance, à l'instar des pages à écrire de son (?) existence...

Ce jour-là, son père, l'Ambassadeur de l'Empire Japonais, a décidé de lui montrer combien les fées ne sont que des animaux en la faisant assister à une joute entre un Aeling et une Selkie, "digne" des combats de gladiateurs.

  "- Regarde Yuri ! lui ordonna pourtant son père. Regarde bien. Vois comme ils sont cruels. Vois comme elles sont bestiales. Vois et mesure à quel point l'aristocratie seule mesure le nom d'Humanité". [empl. 174]

 

Cette "leçon", Yuri ne l'oubliera jamais : elle aura une incidence sur la suite du récit qui permet dans un premier temps de retrouver la princesse alors qu'elle a vingt ans et se rend à Paris, par l'Orient-Express. Elle va y retrouver son père qu'elle n'a pas vu depuis sept ans. Elle obéit comme il se doit à l'ordre intimé, se demandant ce que cache l'injonction paternelle.

  "Elle avait lu et relu cette maudite lettre à plusieurs reprises, cherchant les innombrables sens cachés que recelaient habituellement les écrits paternels. En vain. La missive ne semblait rien vouloir dire de plus que les mots qu'elle contenait... C'était frustrant, car Yuri se trouvait donc privée d'indices sur les intentions de son père et les raisons du voyage qu'il lui imposait. Une lettre blanche en somme. Un saut dans l'inconnu. Même sa nourrice Mariko, qui excellait dans l'art du décryptage, n'avait rien trouvé. La princesse fit la moue. Jamais encore son père ne lui avait fait l'affront de lui envoyer une lettre blanche." [empl. 380]

 

Lorsque Yuri comprend ce qui l'attend effectivement à Paris, elle se sent trahie ; la douleur est énorme. Elle n'a cependant pas encore pris la pleine mesure des conséquences de cette immense déception...

Ce roman, extrêmement bien écrit, met l'accent sur l'importance de découvrir l'Autre, en l'occurrence ceux qui ont toujours été, jusque-là, considérés par Yuri comme des êtres inférieurs, humains ou non. Combien lui sera-t-il difficile d'essayer de mettre de côté vingt ans de "conditionnement habile".

La trame, sans temps mort, entraîne le lecteur à la suite de la jeune femme sur des sentiers obscurs (!) ; j'ai beaucoup aimé suivre le cheminement de ses pensées remettant en question les idées l'ayant depuis toujours façonnée. Mais la princesse n'est pas le seul personnage - nuancé - intéressant, voire touchant : le colonel Riûzaki et le lieutenant (hybride) HA-17, tous deux assignés à la protection de Yuri ; le Capitaine Trente-Chênes, seule femme à diriger une rame de convois ; et ceux considérés comme des "Rats" par les aristocrates, qu'ils soient créatures féériques - Aelings, Selkies, Feux-follets, Spectraux, Sylfes... - ou humains - Keltiens - : je pense tout particulièrement à Sir Edward, Bran, Taliesìn, Haruko... Petit peuple en théorie. En théorie seulement.

Deux éléments pour terminer : un univers extrêmement fouillé et beaucoup d'émotion, principalement à la fin du récit ; je lirai très volontiers la suite.

 

Ce titre entre dans les challenges "de la Licorne 2" (Fantasy pour cette session, "Littérature de l'imaginaire" (22/24) et "Comme à l'école" (bleu).

ChallengeLicorne2.png

challenge-imaginaire.jpg

challenge-co-ecole.gif

 

 

 

12:30 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

Commentaires

Merci pour cet article qui m'a donné envie de mettre directement ce livre dans ma wish list. L'histoire semble originale, profonde et bien écrite.

Écrit par : Maman bouquine | 08/09/2016

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire