15/04/2016

Profession du père, Sorj Chalandon

Présentation. "Mon père disait qu'il avait été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet."

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Mon avis. Le ventre noué...

De Sorj Chalandon, je n'avais lu jusqu'à présent que Le quatrième mur, que j'ai beaucoup apprécié.

Ce récit est présenté comme (largement) autobiographique et c'est en cela qu'il est extrêmement bouleversant et remue le lecteur. Profondément. Douloureusement.

Émile raconte son histoire, raconte ses parents, ce "couple" rogné, "bouffé", "vampirisé" par celui que l'on nomme mari et père. Une appellation. Sans plus. Avec tellement plus.

Émile raconte les multiples professions, toutes plus "épatantes" les unes que les autres, de ce père, André Choulans, toujours présent dans l'appartement quand l'enfant se rend à l'école et en revient.

Émile raconte l'isolement de cette "cellule familiale" qui ne reçoit jamais personne. Qui ne rend visite à personne.

Émile raconte les sorties savamment orchestrées par le paternel, au cours desquelles ils "jouent" à l'espion, le petit obéissant au grand, dans le "culte de l'OAS".

Émile raconte les colères de Choulans se terminant (presque) inévitablement par les coups.

Émile raconte les réveils en pleine nuit ; il est alors contraint de se déshabiller et, grelottant, de "faire de l'exercice physique" sous la houlette du paternel.

Émile raconte le glissement des mules de cuir et les raclements de gorge, l'imperméable, le chapeau mou, les lunettes noires et le talkie-walkie.

Émile raconte le fantôme maternel et son épouvante face au mari : "Tu connais ton père."

Émile raconte la manipulation exercée par un esprit malade et retors.

Émile raconte ce qu'il a accompli pour plaire à son père.

 

  "Je ne pleurais pas. Je tremblais. Je gémissais, j'ouvrais et fermais les yeux très vite comme lorsqu'on va mourir, mais je ne pleurais pas. Je pleurais avant les coups, à cause de la frayeur. Après les coups, à cause de la douleur. Mais jamais pendant. Lorsque mon père me frappait, je fixais un point dans la chambre, le pied de mon lit, mon carnet déchiré, un livre jeté sur le sol, ses mules de cuir. Je pensais à tout ce qui finirait bien par disparaître. Parce qu'ils s'arrêtent, les coups. Toujours, ils s'arrêtaient. Lorsque mon père avait mal aux mains, que ma mère criait fort, que je ne bougeais plus." [p. 87]

 

Lorsque j'ai eu terminé le livre, j'ai repensé au "pacte autobiographique" évoqué par Philippe Lejeune, selon lequel les auteurs d'autobiographies nouent une espèce de pacte avec le lecteur qui consiste à raconter "la vérité". Je me suis dit que j'aimerais tellement que ce n'ait pas été le cas ici.

 

Ce livre entre dans le challenge "Un mot, des titres"  (mot "père" pour cette 39e session).

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15:38 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

Commentaires

Toi aussi, tu as eu envie de prendre Emile dans tes bras?

C'est un des livres qui m'ont le plus bouleversée, je pense...

Écrit par : Marguerite | 15/04/2016

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Il est dans ma pal depuis un moment mais je ne me suis pas encore décidée à l'ouvrir ..... A venir, donc ....

Écrit par : Jacqueline | 15/04/2016

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Ce roman m'a dévastée tant il était fort et criait vrai. Prêté par une de mes filles me disant : "tu ne pourras pas arrêter avant la fin, je te connais". Juste, la terre s'est arrêtée de tourner et mon cœur avec. De savoir la nature autobiographique de ce livre m'a fait plonger avec une atroce réalité dans l'enfer d'une enfance maltraitée et je suis encore révoltée de la démission du personnage qu'est la mère. J'en veux moins, bizarrement, au père que l'on réalise complètement mythomane, taré, fou à lier. Pour lui, la messe est dite. Mais sa mère ? Et le mêdecin de famille ? Quel héroïsme de la part de cet auteur d'arriver à se construire (et de quelle magistrale manière) après une telle enfance ! À conseiller vivement mais pas à tous...

Écrit par : Dambermont | 16/04/2016

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Il y a décidément trop de bouquins que j'ai envie de lire. Je n'ai pas encore lu le précédent, alors...

Écrit par : Philippe D | 21/04/2016

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Toujours pas lu ! Mais tu me donnes vraiment envie !

Écrit par : calypso | 17/04/2017

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