03/03/2016

La fille quelques heures avant l'impact, Hubert Ben Kemoun

Présentation. Ce soir. Tous ou presque ont prévu d'assister au concert du groupe de Marion. Mais tous n'iront pas pour les mêmes raisons. Certains sont venus avec joie et envie, d'autres avec rage et dégoût. Ici des comptes vont se régler, des vies basculer en quelques instants. Celle d'Annabelle tout particulièrement. Dans le noir, la tension monte. Annabelle veut croire que l'espoir va l'emporter mais la haine peut triompher…

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Mon avis. Tension, tel est le mot qui me vient à l'esprit avec cette lecture placée sous l'égide de la colère...

Le roman s'ouvre sur des pages en italiques, celles qui ponctueront régulièrement l'histoire, celles qui émanent de deux narrateurs différents qui vivent un drame "en temps réel" et ne laissent, dès lors, aucune échappatoire au lecteur : celui-ci lira les mots/maux qui conduisent à l'inéluctable, s'ingéniant à repérer les "indices" révélateurs de cette tension de plus en plus palpable...

Le chapitre 1 plonge dans la classe de français d'Isabelle Etcheverry : Isabelle d'un côté, ses élèves de l'autre. Isabelle qui tente de faire face, le mieux (le moins mal) possible, aux jeunes à qui elle essaie de faire découvrir la littérature. Ces jeunes qui n'ont pas forcément grand-chose en commun et viennent d'horizons différents. Ces jeunes qui, pour certains, attendent que le temps s'écoule (trop lentement), avant de retourner à leurs "petites affaires", plus "lucratives" que l'analyse littéraire, quelle qu'elle soit.

  "Le bouquin de Radiguet entre les mains, tel un prêtre avec son bréviaire, la jeune prof de français harangue depuis le début du cours pour essayer d'intéresser ses troisièmes. Elle rame un maximum dans la somnolence de cette fin de journée, à contre-courant d'un fleuve de fatigue et d'ennui.

   Les intéresser ? Les réveiller lui suffirait." [p. 15]

 

Des mots durs s'échangent entre les "grandes gueules", ceux qui font régner leur loi : d'une part Mokhtar, le grand escogriffe ; d'autre part Fabien, le facho de service, et Thierry, son "larbin". Les élèves comptent les points ; quant à Isabelle, elle aimerait tellement que s'achève cette heure qui s'étire à l'infini, d'autant qu'elle vient de recevoir un sms - qu'elle ne peut évidemment pas lire en cours - alors que sa relation avec Quentin s'effiloche, lentement mais sûrement : elle le soupçonne (fortement) d'être allé "voir ailleurs".

Au milieu de ce jeu de quilles intervient Annabelle : elle recadre vertement Fabien et Thierry si bien que "le silence qui suit ne dure que quelques secondes, mais il pèse des tonnes et il a la texture du plomb. Tous les regards des élèves sont tournés à présent vers Fabien et Thierry. L'atmosphère semble hésiter entre l'engourdissement collant et un tsunami de rage." [p. 33]

Les dés sont jetés.

Ce livre, qui illustre la colère dans la série "Toutes les émotions dans une collection", se lit aisément et met l'accent sur les relations difficiles, conflictuelles, douloureuses, voire impossibles entre les adolescents, sur leur mal-être, ainsi que les influences, parfois dévastatrices, qu'ils peuvent subir. Pourtant, de temps à autre, subrepticement, apparaît un rayon de lumière, comme l'amitié entre Annabelle et Fatoumata, toutes deux très attachantes...

Merci à Flammarion pour ce partenariat.

Ce titre entre dans le Challenge "Jeunesse/Young Adult" (12).

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21:22 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Pas trop envie de me retrouver dans une classe d'ados face à la littérature...

Écrit par : Philippe D | 03/03/2016

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Ton billet "m'interpelle" ....:)

Écrit par : Jacqueline | 03/03/2016

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