25/12/2014

Vous parler de ça, Laurie Halse Anderson

Présentation. En 1998, Laurie Halse Anderson, jusque-là auteur pour enfants, est réveillée par les sanglots d'une jeune fille. Dans la maison, ses enfants dorment à poings fermés ; c'est un cauchemar qui a réussi à la tirer du sommeil. Répondant au besoin de se vider l'esprit des pensées sombres qui s'y agitent, Laurie attrape un carnet et y couche le brouillon d'une histoire, celle d'une jeune fille qui ne parle plus depuis un terrible crépuscule d'été. Une fois sa mission accomplie, elle retourne se coucher.

Laurie Anderson ne fit plus jamais ce mauvais rêve qui allait pourtant changer sa vie l'année suivante quand les notes seraient devenues un roman vendu à plusieurs millions d'exemplaires, un film hollywoodien (avec Kristen Stewart en 2004), de nombreuses nominations et récompenses, et plus de 30 traductions.

Vous parler de ça n'est pas simplement un premier roman bouleversant. C'est un phénomène de société, c'est un sujet de conversation, c'est un étendard, c'est un livre capable de changer la vie de celles qui le lisent, et il est pour la première fois traduit en français.

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Mon avis. Un texte réellement bouleversant...

Je suis ravie : je termine cette année 2014 avec de très belles lectures jeunesse - j'en profite pour glisser subrepticement entre ces lignes que, n'en déplaise à certains, la lecture jeunesse peut aussi être de (grande) qualité -.

J'ai reçu ce livre vendredi après-midi (merci Catherine pour la surprise), l'ai commencé dans la soirée et le lendemain, je l'avais terminé. Autant dire que j'ai été captivée par ce récit.

 

Focus sur Melinda, une adolescente en profonde souffrance depuis quelques mois ; une de celles qui, quoi qu'elles fassent, quelle que soit la manière dont elles s'habillent, quoi qu'elles entreprennent, sont rejetées et la cible de quolibets...

  "C'est la rentrée ; mon premier jour au lycée. Je pars avec sept cahiers neufs, une jupe que je déteste et l'estomac noué. [...]

  Ça y est, les élèves envahissent le car par groupes de quatre ou cinq. En s'avançant dans l'allée, celles et ceux que j'avais connus au collège, en sport ou en travaux pratiques de physique-chimie, me jettent des regards noirs. Je ferme les yeux. C'est bien ce que je craignais. Lorsque le car a fini de recueillir ses derniers passagers, je suis la seule à ne pas avoir de voisin." [p. 11]

 

Cette situation dure depuis ça, une soirée à laquelle elle était invitée, au cours de laquelle elle a été contrainte d'appeler des secours. Personne ne sait pourquoi ; personne n'a d'ailleurs essayé de savoir pourquoi. Ce que chacun en a retenu, c'est que la Police a débarqué et cela a jeté un froid.

Depuis ça, Melinda essaie de garder la tête hors de l'eau alors qu'elle n'a personne à qui se confier, pas même ses parents qui lui jettent souvent au visage son côté bizarre, celui qui l'empêche trop fréquemment de parler car tant que ça occupera toute la place du vide omniprésent en elle, les mots ne pourront laisser s'écouler les maux...

  "Mon cerveau pense qu'on ne devrait pas perdre de temps avec l'algèbre. Il y a des choses bien plus importantes dans la vie. Dommage. Monsieur Stetman a l'air d'un type sympa." [p. 67]

 

Aucune complaisance dans ce roman ; on comprend assez vite ce qui a dû se passer durant cette fameuse soirée et on accompagne la jeune fille dans sa douleur, même si l'on ne peut absolument rien faire pour lui venir en aide. De temps à autre pourtant survient une infinissime lueur d'espoir : le cours d'art dispensé par Monsieur Freeman ; son binôme en classe de sciences, David Petrakis ; Heather peut-être ?

Elle-même porte un regard lucide et très acéré sur les événements : on en arrive même parfois à (sou)rire à la lecture de ses réflexions grinçantes.

  "Je me rince le visage au-dessus du lavabo jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien, plus d'yeux, plus de nez, plus de bouche. Juste du vide bien lisse." [p. 77]

  "Déjà angoissée et stressée de nature, ma mère se transforme en junkie du prêt-à-porter à l'arrivée de ce jour où les États-Unis tout entiers se jettent sur des dindes. Tout ça à cause du Vendredi noir, le lendemain de Thanksgiving, qui marque le début des courses de Noël. Si elle ne vend pas un milliard de chemises et douze millions de ceintures ce jour-là, c'est la fin du monde." [p. 95]

  "Il aura suffi d'un jour de fête ringard pour remuer tous les couteaux qui restent plantés en moi, réveiller toutes mes blessures. Aucune Rachel, aucune Heather, pas même un geek débile n'aimerait la fille que je crois être, tout au fond de moi." [p. 177]

  "Non. Je n'aime pas les fêtes. Non, merci. Je débite tout un tas d'excuses confuses : mes devoirs à faire, des parents sévères, ma leçon de tuba, un rendez-vous nocturne chez le dentiste, mes phacochères à nourrir. Pour ce qui est des fêtes, mes antécédents ne sont franchement pas terribles." [p. 207]

Une très belle découverte...

Traduction : Marie Chabin.

 

Ce titre entre dans les challenges "Rentrée littéraire 3 %" (19/6), "A la découverte d'auteurs" (35) et "Jeunesse/Young Adult" (9).

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10:59 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (6) |

Commentaires

Rien qu'en lisant ton billet, j'avais déjà le cœur et le ventre serrés ..... Tenterais-je le roman ?

Écrit par : Jacqueline | 25/12/2014

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Nous avons lu plus dur que cela, Jacqueline ; je crois que tu peux tenter...

Écrit par : paikanne | 26/12/2014

C'est sûr que la littérature jeunesse comporte de très bons titres et de très bons auteurs.
Un peu tard mais "joyeux Noël" quand même!

Écrit par : Philippe D | 25/12/2014

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Belles fêtes à toi aussi, Philippe :-)

Écrit par : paikanne | 26/12/2014

Un roman qui me tente beaucoup mais qui (comme Jacqueline?) me fait un peu peur...

Écrit par : Cécile | 26/12/2014

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Je pense que tu peux tenter le coup même si tu risques d'être touchée par Melinda...

Écrit par : paikanne | 26/12/2014

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