30/11/2014

Sauf quand on les aime, Frédérique Martin

Présentation. Claire, Juliette, Kader et Tisha ont une vingtaine d'années. C'est l'âge des premières épreuves initiatiques, celles que l'on traverse seul. Dans un monde où couple et travail ne sont plus des valeurs certifiées, tous quatre se sont regroupés en colocation. Ils se sont fabriqué une nouvelle famille. Amour et amitié se frôlent et parfois se heurtent.

Tisha bouscule tout le monde, Claire aime Tisha, Juliette n'aime pas Kader. Il y aura des dégâts, mais la petite bande résiste à la violence du dehors, tente à tout prix de préserver tendresse et solidarité.  À travers leurs histoires et leurs rencontres – M. Bréhel, Ethan, Daoud – s'ébauche le portrait d'une jeunesse silencieuse qui peine à rêver et à se mettre au monde. Mais une jeunesse qui reste vivante, drôle et lunaire. Une jeunesse qui a compris que l'amour – celui qu'on donne comme celui qu'on reçoit – est un soutien primordial.

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Mon avis. Si mes souvenirs sont bons, c'est le billet de Leiloona qui a d'abord attiré mon attention sur ce titre - dont j'ai apprécié d'emblée la couverture - ; bon nombre d'avis positifs sont venus s'ajouter au premier, mais j'avais de toute façon déjà acheté le livre entre-temps.

J'ai profité de ce WE durant lequel, fait exceptionnel, je n'avais "rien à faire pour l'école" [corrections et questionnaires d'examen terminés - rassurez-vous (!), les premières copies arrivent demain -], pour le découvrir. Que dire, sinon que j'ai adoré cette lecture...

C'est l'histoire de rencontres entre des êtres que la vie a malmenés, voire écorchés, d'une manière ou d'une autre. Des rencontres aux conséquences douloureuses mais aussi lumineuses. De celles qui, quoi qu'il arrive, ne laissent jamais indifférent. Ni les personnages. Ni le lecteur.

Focus sur une scène éprouvante : celle de Tisha qui se fait agresser dans un train. Elle n'est pas seule mais les passagers présents jugent plus prudent de "regarder et écouter ailleurs". Claire en fait partie, elle est tétanisée. S'interpose alors une dame qui réussit à amadouer l'agresseur, permettant ainsi à Tisha de s'éclipser dès l'entrée en gare. Claire commence à suivre Tisha ; bien lui en a pris car la jeune fille ne sait où aller...  Elle l'emmène alors dans l'appartement qu'elle partage avec Juliette et Kader. Quand il y en a pour trois, il y en a pour quatre...

Chacun tente de garder la tête hors de l'eau et de ne pas succomber à la souffrance, trop forte certains jours : Claire se sent plus souvent qu'à son tour "dispensable", hormis quand elle fait corps avec son violoncelle ; Juliette est orpheline et garde en elle la blessure de "sa nullité" infligée par son père ; Kader est contraint de s'accommoder d'un boulot "alimentaire" et souffre de l'amour "silencieux" qu'il porte à Juliette ; quant à Tisha, elle en a marre de "la boucler, subir les injures, les propositions dégueulasses à peine voilées, les compliments tordus, les regards agrippés à ses fesses et ses seins, les menaces. Le plus dur, c'est de laisser les mains se balader en souhaitant que ça suffira pour éviter le pire. Le plus dur, c'est cette trouille primitive, viscérale qu'elle et ses copines doivent encaisser en permanence, qu'elles tentent de dompter en se refilant des astuces et en crachant que - chie ta mère - c'est une des trois saloperies réservées aux femmes avec les règles et la grossesse." [p. 13]

 

Ces quatre-là essaient de se soutenir quand les larmes menacent de tout emporter, avec l'aide discrète d'un voisin retraité, profondément seul, Monsieur Bréhel. Un vieux monsieur enchanté par la magie du violoncelle qui vibre sous les doigts de Claire. Par Claire elle-même. Aussi.

La plume de l'auteure est poétique, comme pour insuffler un peu de légèreté à leur existence...

  "Quand elle repartait, il lui semblait avoir mené sa part de combat contre l'obscurité qui éponge les rues de leurs lumières." [p. 21]

  "Il y a là une confrontation systémique intéressante qu'il pourrait baptiser loi de Bréhel, en hommage à un certain Murphy qui semble avoir écrit la sienne exprès pour lui, Monsieur Bréhel, empereur de l'emmerdement maximal." [p. 140]

  "Ils étaient restés ainsi, gonflés de gratitude, soulagés pour un moment du désarroi de n'être rien au milieu de nulle part." [p. 181]

 

Un très beau récit. Poignant.

 

  "Se répéter qu'il y a tout à craindre des gens et des jours, des jours et des gens, sauf quand on les aime." [p. 222]

 

Ce titre entre dans les challenges "des 170 idées" (l'entrée d'une maison et tout ce qui fait penser à "Bienvenue à la maison"), "Rentrée rentrée littéraire presque 3 %" (16/6) et "A la découverte d'auteurs" (31).

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19:08 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (14) |

Commentaires

Ce roman est dans ma liseuse ....Après la lecture de ton billet, je n'hésite pas ... je le commence ce soir ....:-)

Écrit par : Jacqueline | 30/11/2014

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J'espère que tu l'apprécieras autant que moi :-)

Écrit par : paikanne | 30/11/2014

Je suis contente que tu l'aies aimé toi aussi.

Écrit par : Sharon | 30/11/2014

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Une superbe découverte...

Écrit par : paikanne | 30/11/2014

cela fait partie également de mes belles découvertes de cette rentrée littéraire!

Écrit par : Eimelle | 30/11/2014

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C'est le cas pour moi aussi :-)

Écrit par : paikanne | 30/11/2014

Un coup de cœur de cette rentrée littéraire. Je suis ravie que tu l'aies apprécié également.

Écrit par : Cécile | 30/11/2014

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Nous sommes nombreuses à l'avoir apprécié, visiblement :-)

Écrit par : paikanne | 30/11/2014

Ce livre a l'air magnifique ! :)

Écrit par : Léa Touch Book | 01/12/2014

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Il l'est :-)

Écrit par : paikanne | 01/12/2014

Avec mes remerciements Païkanne, chaque contribution est reçue comme un cadeau. C'est vous qui ouvrez la saison de décembre.

Écrit par : Frédérique M | 01/12/2014

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Merci pour ce beau texte :-)

Écrit par : paikanne | 01/12/2014

Un roman très actuel qui parle de sujets de société, quelques jolies réflexions, quelques pensées qui ont fait mouche ... mais je suis restée assez indifférente aux personnages sauf à certains moments trop rares à mon goût ...et je me suis même parfois un peu ennuyée ...

Écrit par : Jacqueline | 05/12/2014

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Nous divergeons donc parfois ;-)

Écrit par : paikanne | 05/12/2014

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