21/10/2014

Battista revenait au printemps, Renata Ada-Ruata

Présentation. Titto et Neto partagent une même tendresse pour Ghitta, leur grand-mère. Un même attachement à leur village, perdu dans les montagnes du Piémont italien. Une même admiration pour le maître d’école, qui n’a de cesse de les voir s’ouvrir au monde. De mêmes émois amoureux avec la fantasque Angiolina. Et un même travail saisonnier, qui les emmène chaque année avec leurs aînés dans la vallée alors que l’Histoire gronde, sous la montée du fascisme dans une Italie divisée.

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Mon avis. Une douce balade en compagnie de Titto sur les routes d'Italie, de Suisse et de France... Un roman qui se doit d'être lu sans hâte aucune, au fil du regard porté par Titto sur l'existence.

Ce récit est d'abord déconcertant en raison de l'énonciation perpétuellement "en mouvement" : Titto se désigne d'une phrase à l'autre par le "je" ou le "tu" ; le "nous" englobe Titto et son ami Neto ou bien Titto et d'autres membres de sa famille ou encore les deux garçons et leur maître d'école ; le "vous" fait référence à ce dernier ou à Titto et d'autres personnages... Bref, passée la première surprise qui m'a fait relire l'un ou l'autre passage, histoire de voir si je m'étais "emmêlé les pinceaux", j'ai adopté ce rythme de narration étrange.

  "Ensuite, j'ai réfléchi à ce récit que je tente d'écrire. J'ai repris mes pages d'écriture et je les ai relues. Je me suis dit que vous les trouveriez certainement sans queue, ni tête. Je n'avais pas su construire un récit et puis cette lubie de vouloir raconter à deux voix, moi et un autre, moi et vous, et les autres, toutes ces voix mêlées." [p. 281]

 

Titto vit dans un petit village de montagne piémontais ; jeune adolescent, il se lance sur les routes hivernales du pays avec les hommes de la famille - père, oncles, cousins selon les années - afin d'en ramener un peu d'argent grâce à leur travail de rémouleurs et réparateurs de chaudrons, casseroles et autres récipients. Une fois la belle saison de retour, ils s'en reviennent au pays aider les femmes demeurées au village.

Titto est profondément attaché à Neto, son cousin ; un lien si fort qu'il n'est souvent nul besoin pour eux de mots pour se comprendre. Tous deux aiment profondément Ghitta, leur grand-mère. C'est elle qui donnera à Titto le goût des histoires, aidée en cela par le maître d'école qui entretiendra toujours chez le jeune garçon le goût des mots, dans un monde où la lecture "pour le plaisir" est très souvent considérée comme inutile.

  "Des questions, je m'en posais, sur tout. Je ne demandais rien au père parce qu'il avait pour habitude de répondre à un Pourquoi par un, Si on te demande, tu diras que tu ne sais pas. Tu repartais un peu honteux mais surtout fâché, et si tu baissais la tête, c'était pour qu'il ne voie pas ta colère. Quand Grand-mère assistait à ce genre de scène, elle attendait que le père s'éloigne et elle me donnait son explication à elle [la réponse du poète chez Pierre Bottero en quelque sorte].

   Pourquoi la lune n'est jamais pareille ? Eh bien parce que les merveilles ne se découvrent que petit à petit, aussi la Lune ne nous montre son visage en entier que toutes les trois semaines, et encore quand il n'y a pas de nuages pour nous la cacher, parce que les nuages sont jaloux. Pourquoi le taureau quand il vient, il monte sur la vache ? Il vient parce qu'il est amoureux, aussi il est normal qu'il essaie de la prendre das ses bras, non ? Je faisais remarquer que ce n'étaient pas des bras mais des pattes. Nos pattes de devant à nous s'appellent des bras, répondait-elle." ´[p. 111]

  "Et j'ai entendu la voix de Grand-mère qui me redisait que les pleurs lavent le cœur, font du bien à l'âme et que les larmes de douleur étaient les diamants noirs du ciel." [p. 235]

 

Inutile de vouloir se hâter avec ce texte qui se déroule comme la chronique "d'une écriture annoncée", au fil des mois rythmés par la nature, la marche, la recherche d'un toit, le froid, avant le retour auprès de Ghitta. Pendant ce temps, petit garçon (naïf) devient grand et se découvre, si proche et à la fois si éloigné des siens...

   "Ce qui m'apportait du plaisir d'ailleurs, ce n'étaient pas les mêmes choses que lui [= son père]. Là où il entendait le son d'un travail bien fait, toi tu entendais le chant de la pierre contre le métal, là où il voyait le travail terminé, tu voyais une courbe parfaite, et le brillant de la lame t'emportait vers la surface argentée des lacs et le scintillement de la lune. Ton regard différent n'empêchait pas le travail de se faire". [p. 101]

Merci aux éditions de l'aube pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans les challenges "Rentrée littéraire 2 %" (13/6) et "A la découverte d'auteurs" (22).

21:00 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

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