25/10/2014

Le massacre des innocents, Mallock

Présentation. La tour Eiffel, un ciel bleu, un soleil citron, une petite fille en robe jaune à pois blancs, ses parents, son frère, un policier en sueur. Brutalement, l'homme en uniforme ouvre le feu ! Ainsi commence la nouvelle enquête du commissaire Mallock.

Un peu partout en France, les massacres s'enchaînent. Virus ? Secte ? Terrorisme ? Le mystère est total, la panique à son comble. Le pays apprend à vivre avec le couvre-feu et l'armée dans la rue. Mallock et son équipe enquêtent dans une atmosphère de folie furieuse. Le commissaire, autant redouté pour son expertise que célèbre pour ses intuitions, saura-t-il arrêter le massacre des innocents ?

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Mon avis.  J'ai profité de la sortie du livre en poche pour en proposer une lecture commune ; après les troisième, quatrième et premier volets (j'ai fait les choses dans le désordre), voici donc le deuxième pour lequel il vaut mieux (aussi) avoir le cœur bien accroché - tout comme les tripes d'ailleurs -.

J'ai retrouvé avec plaisir Mallock, tant le commissaire que (la plume de) l'auteur, même si l'on sait que l'enquête risque de ne pas être une partie de plaisir.

Le massacre des innocents, c'est en quelle sorte la chronique d'une barbarie annoncée, savamment dosée, minutieusement programmée, "artistiquement" mise en scène.

Le début du récit donne d'emblée le ton, proposant aux regards écœurés, qui en ont pourtant déjà vu d'autres, toutes les nuances du sang : "Du rouge partout, et sur toutes ses formes. Traînées, gouttes, flaques, éclaboussures, jets... Ici et là, des débris d'os et de cervelle tentaient d'imposer, en surnageant sur cette vasque sanglante, leur blancheur tragique. Des rivières de sang et d'urine se rejoignaient pour prendre la couleur du cuivre, avant de se précipiter dans le vide en repeignant les poutrelles." [p. 31]

 

Le grand chef du Fort est en vacances à Andernos-les-Bains et laisse s'étendre la fêlure qui fait désormais partie de son quotidien depuis la mort de son fils, quand il doit rentrer au "36" suite aux épisodes de crise de démence qui se répètent sur le territoire. Eros et Thanatos semblent prendre plaisir à se lancer dans une sarabande macabre.

Bien vite, Mallock et son équipe sont lancés dans une course contre le temps, ce grand horloger devenu désormais l'artisan de la mort.

Difficile d'interrompre la lecture une fois le livre commencé car les enquêteurs pataugent (!) et l'on se demande comment ils vont pouvoir stopper cette hémorragie. Mallock devra recourir, une fois de plus, à ses talents cachés afin de capturer les bribes d'intuition qui surgissent çà et là et espérer entrevoir le bout du tunnel car l'instigateur de ces massacres est diablement intelligent.

  "- Tu sais, j'en ai déjà tant vu que seul le bonheur m'étonne encore." [p. 75]

La fin du récit m'a émue ; la dernière phrase m'a laissée K.O.

 

Dans un registre plus léger, je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous un des autres talents de l'attachant commissaire :

  "Il ne fallait pas couper les tomates en tranches trop épaisses. Comme la mozzarella d'ailleurs. Ni trop fines non plus. C'était une question d'équilibre. Le coefficient d'imprégnation de l'huile dans le légume et dans la porosité accueillante du fromage faisait partie des petits secrets d'une recette apparemment facile.

  "Tout en déplorant de devoir pousser plus avant la provocation, il faut bien reconnaître que j'adore les tomates." [Pierre Desproges]

   - Cœur de bœuf, articula-t-il pour lui-même.

   Le nom des tomates faisait partie de leur charme. Du moins aux yeux d'Amédée, qui s'y retrouvait étrangement. Lui aussi était boursouflé et tordu par la vie, plus soucieux d'être généreux que de paraître, lourd et puissant comme un bœuf, le cœur battant gorgé de sang.

   Après les tomates, contrairement à ce qu'il est d'usage de faire, Mallock trancha trois petits oignons nouveaux en fines rondelles et commença à couper la bufflonne en admirant sa déliquescence lactée. En fait, lorsqu'elle était de cette qualité, Giustina, il n'utilisait pas de couteau, mais la déchirait avec les doigts. Ça mettait en valeur les fibres et respectait la texture du fromage frais. L'huile d'olive et les condiments pénétreraient sans peine une aussi tendre pâte." [p. 108 - 109]

 

  "L'huile et le vinaigre doivent toujours être choisis avec le plus grand soin. [...]

   Dans un saladier, au fond duquel il avait mis une petite poignée de sel, il versa deux cuillerées de vinaigre de Xérès, plus quelques gouttes de véritable balsamique. Il remua pour faire dissoudre le sel, avant d'y jeter ses tomates. Au-dessus, il posa la mozzarella déchirée, la saupoudra de six tours de moulin à poivre - Penja du Cameroun - et fit couler son huile d'olive. C'était important de marier séparément les tomates au vinaigre, et le fromage à l'huile. Il laissa reposer dix minutes. [...]

   Au moment de servir, il fit tomber quelques gouttes de Tabasco et mélangea vigoureusement légume et fromage sans se soucier de l'apparence. [...] Dernière touche personnelle : peu partisan du basilic trop marqué, Mallock ajouta quelques morceaux de persil plat ciselés frais. Pour la couleur, mais pas seulement. Il trouvait que la verdure allongeait, en bouche, le goût de la tomate. Puis, touche finale, il termina de saler l'ensemble par une petite pluie de fleur de sel." [p. 114 - 115]

 

L'avis de Cécile ;

13:59 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

Commentaires

Il faut d'abord que je lise le premier volet - dans ma Pal - pour peut-être continuer la série ...
Mais je dois dire que ton billet me donne envie de faire très vite la connaissance de ce commissaire ...:-)

Écrit par : Jacqueline | 25/10/2014

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