29/05/2014

Celui dont le Nom n'est plus, René Manzor

Présentation. Londres, au petit matin. Sur une table de cuisine, un homme vidé de ses organes. Devant une vieille dame sous le choc, l’inspecteur McKenna a sa mine des mauvais jours. Pourquoi cette femme à la vie exemplaire a-t-elle massacré l’homme qu’elle a élevé comme son fils ? Ça n’a aucun sens. Pourtant, tout l’accuse.

Deux jours après, ça recommence. Un homme tué de façon similaire par la personne qui l’aime le plus au monde. Toutes les vingt-quatre heures, un nouveau supplicié. Tous ces meurtres ont comme point commun des présumés coupables éplorés et une épitaphe en lettres de sang où l’on peut lire : Puissent ces sacrifices apaiser l’âme de Celui dont le Nom n’est plus.

Trois destins vont se lier autour de ces meurtres incompréhensibles. McKenna, flic irlandais, père de quatre garçons, veuf depuis un an et fou de chagrin. Dahlia Rhymes, criminologue américaine, spécialiste en meurtres rituels et sataniques, désignée pour comprendre les ressorts des assassins. Nils Blake, avocat qui a rangé sa robe, mais remonte au créneau pour défendre ces coupables pas comme les autres.

Trois destins, et trois vies détournées à jamais de leur cours.

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Mon avis. Encore une excellente lecture ; une de celles qui imposent d'y consacrer toute minute (hier, quelques heures) disponible...

J'ai découvert l'auteur voici deux ans dans Les âmes rivales, une intrigue qui m'avait aisément emportée dans son sillage. Quand l'opportunité m'a été offerte de lire cette nouvelle parution, j'en ai été ravie. Je n'ai nullement été déçue, bien au contraire.

Ce fut pour moi typiquement le genre de récit qui ne laisse pas de répit au lecteur : une fois que l'on y plonge, il est difficile de s'y soustraire pour "vaquer aux tâches du quotidien". Je reconnais qu'hier, j'ai souvent interrompu la rédaction des questionnaires d'examens pour poursuivre ma lecture. Ou inversement. [Que mes élèves "se rassurent", j'ai bien "boulotté" pour eux ce matin].

Le récit démarre d'emblée avec un (deuxième) crime particulièrement horrible : un homme a visiblement été éventré et éviscéré par celle qui fut sa nourrice, une charmante vieille dame qui ne semble pas se souvenir de quoi que ce soit et souffre mille morts depuis qu'elle s'est rendu compte de ce qu'elle avait fait. Tout l'accuse et son amnésie antérograde partielle n'est apparemment pas feinte.

Le lendemain et les jours suivants, nouvelles victimes, nouveaux coupables évidents : il s'agit chaque fois d'un (très) proche du supplicié, une personne qui l'aime profondément, ne se rappelle rien et ne se soustrait pas à la police.

C'est le détective chef inspecteur McKenna de Scotland Yard qui est chargé de cette horrible affaire et puisque la deuxième victime est un ami personnel de l'ambassadeur des États-Unis, une profileuse du FBI lui a été expressément adjointe : le Dr Dahlia Rhymes. Un duo dont chacun a déjà été marqué au fer rouge de la souffrance par l'existence et tente de continuer à garder la tête hors de l'eau, même si le boulot appuie souvent "là où ça fait (le plus) mal".

L'enquête piétine : les meurtriers ne peuvent apporter aucun élément d'information permettant de faire la lumière sur les mobiles éventuels ; pire : ils semblent eux-mêmes être victimes. De quoi, de qui exactement ? Nul ne le sait. Pourtant, il est urgent de retrouver çà et là (mais où ?) les pièces - les bribes - d'un puzzle (un terme tout à fait approprié) si l'on veut espérer mettre la main sur "le grand architecte" à l'origine des assassinats et ainsi l'empêcher de continuer à "sévir".

 

  " - Dernier point commun : les empreintes sanglantes des deux éventreurs ont été relevées un peu partout sur leurs scènes de crime. Ils n'ont pas cherché à dissimuler leur identité. Ils ne portaient pas de gants. Pourquoi ?

    - Peut-être que ces mutilations ont une portée symbolique, pour eux, déduisit Bauman. Ils veulent signer leur crime, ils ont envie qu'on en parle. Ça expliquerait pourquoi ils se sont laissé arrêter aussi facilement.

     - Pourquoi vouloir signer son crime, si l'instant d'après on prétend ne pas se rappeler l'avoir commis ? rétorqua McKenna.

      Bauman se retourna vers ses collègues. Aucun n'avait d'argument valable à opposer à cette remarque de bon sens." [p. 88]

 

J'ai apprécié me creuser les méninges en même temps que les principaux protagonistes, tout comme je me suis attachée à eux, qu'il s'agisse du détective irlandais tellement efficace dans son travail et si démuni avec ses fils ; ou du Dr Rhymes, profileuse hors pair, écorchée vive qui a (presque) réussi à "s'encarapacer" ; ou encore Nils Blake, l'avocat des meurtriers, en pleine remise en question depuis ses (gros) soucis de santé.

 

  "Dahlia chercha le regard de McKenna. Il y avait bien plus que du sarcasme dans ses yeux fatigués. Il y avait la désillusion qu'entraîne la fréquentation de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus infâme, de plus vil, de plus abject. Il y avait l'expérience qu'on en tirait, apprentissage censé être utile mais qui s'avérait impuissant à endiguer le Mal. Il y avait tous ces espoirs éteints par la pratique quotidienne du malheur." [p. 137]

  "McKenna explosa :

   - Je ne leur cherche pas d'excuse, bordel ! Je cherche les raisons qui poussent des gens normaux, sans casier, à massacrer leurs proches ! Comment tu crois qu'on va arrêter cette boucherie, sinon ? Ils tuent la personne qu'ils aiment le plus au monde. Et ils en sont bouleversés. Tu tuerais ta mère, toi ? Ta femme ?

    - Ma femme, j'ai bien failli, mais j'avais une bonne raison.

    - Merde, tu ne peux pas être sérieux deux minutes ! hurla le détective. Ils sont manipulés par quelqu'un. Je ne sais pas encore comment, mais ils sont manipulés." [p. 241]

 

J'ai juste trouvé la "confrontation finale" un rien rapide ; sans doute en raison du fait que je ne souhaitais pas quitter si vite les personnages. En quelque sorte, j'étais (aussi) subjuguée...

Vous aurez compris que je recommande très volontiers ce récit aux amateurs du genre.

Merci à Kero/Éditions de l'épée pour ce partenariat.

 

Ce livre entre dans le challenge "Un genre par mois".

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14:54 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

Commentaires

Oh, oh, que voilà un billet alléchant .... :-)
Je note ...

Écrit par : Jacqueline | 29/05/2014

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En W-L, tu en rajoutes une couche :)

Écrit par : Cécile | 29/05/2014

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C'est noté, j'étai déjà emballée, mais ta chronique me réconforte dans ce futur choix de lecture !

Écrit par : Licorne | 05/06/2014

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