20/04/2014

Les Liaisons dangereuses, Pierre Choderlos de Laclos

Présentation.

"Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs

que peut causer une seule liaison dangereuse ?

Et quelles peines ne s'éviterait-on point

en y réfléchissant davantage !"

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Mon avis. Oserais-je dire que je n'avais jusqu'alors jamais lu que des extraits de ces dangereuses liaisons ? C'est pourtant le cas. Une seule réflexion me vient à l'esprit : pourquoi diable ne me suis-je pas laissé tenter plus tôt ?

Je n'ai rencontré aucune difficulté pour entrer dans le récit et j'ai été très vite emportée par ce roman épistolaire dont je ne connaissais que des bribes, ainsi qu'une des récentes adaptations cinématographiques, à savoir Sexe intentions, de Roger Kumble. Je ne pense pas avoir vu l'intégralité de celle de Stephen Frears même si j'associe (presque) inévitablement la Marquise de Merteuil à Glenn Close et Valmont à John Malkovich. Je ne savais pas non plus que Colin Firth a aussi incarné le séduisant libertin ; on en apprend décidément tous les jours...

Outre l'intrigue irrévérencieuse, j'ai apprécié l'écriture - à double sens dans le chef des manipulateurs - de Laclos qui permet (aussi) au "duo infernal" de séduire, d'autant que le lecteur a connaissance du pari initié par Merteuil et Valmont. Côté victimes, j'attribue la palme de la "naïveté" (le mot est faible) à Cécile de Volanges, qui ne m'a nullement touchée, contrairement à la Présidente de Tourvel.

La Marquise de Merteuil est détestable, Valmont aussi d'ailleurs, sensiblement différent de celui qu'il est (devenu) au cinéma où, si mes souvenirs sont bons, il s'est en quelque sorte racheté une (petite) conduite...

 

LETTRE LXXI (71)

   LE VICOMTE DE VALMONT A LA MARQUISE DE MERTEUIL

 

  "Les circonstances ne m’étaient pas favorables. Ce Pressac a eu la gaucherie de donner de l’ombrage au vicomte ; en sorte que la Vicomtesse ne peut plus le recevoir chez elle : et ce voyage chez la bonne Comtesse avait été concerté entre eux, pour tâcher d’y dérober quelques nuits. Le vicomte avait même d’abord montré de l’humeur d’y rencontrer Pressac ; mais comme il est encore plus chasseur que jaloux, il n’en est pas moins resté : et la Comtesse, toujours telle que vous la connaissez, après avoir logé la femme dans le grand corridor, a mis le mari d’un côté, l’amant de l’autre, et les a laissés s’arranger entre eux. Le mauvais destin de tous deux a voulu que je fusse logé vis-à-vis.

    Ce jour-là même, c’est-à-dire hier, Pressac, qui, comme vous pouvez croire, cajole le Vicomte, chassait avec lui malgré son peu de goût pour la chasse, et comptait bien se consoler la nuit, entre les bras de la femme, de l’ennui que le mari lui causait tout le jour : mais moi, je jugeai qu’il aurait besoin de repos, et je m’occupai des moyens de décider sa maîtresse à lui laisser le temps d’en prendre.

    Je réussis, et j’obtins qu’elle lui ferait une querelle de cette même partie de chasse, à laquelle, bien évidemment, il n’avait consenti que pour elle. On ne pouvait prendre un plus mauvais prétexte : mais nulle femme n’a mieux que la vicomtesse ce talent, commun à toutes, de mettre l’humeur à la place de la raison, et de n’être jamais si difficile à apaiser que quand elle a tort. Le moment d’ailleurs n’était pas commode pour les explications, et ne voulant qu’une nuit, je consentais qu’ils se raccommodassent le lendemain. [...]

    Enfin, elle déclara positivement qu’elle n’ajouterait pas les fatigues de l’amour à celles de la chasse, et qu’elle se reprocherait de troubler d’aussi doux plaisirs. Le mari rentra. Le désolé Pressac, qui n’avait plus la liberté de répondre, s’adressa à moi ; et après m’avoir conté fort longuement ses raisons, que je savais aussi bien que lui, il me pria de parler à la vicomtesse, et je le lui promis. Je lui parlai en effet ; mais ce fut pour la remercier, et convenir avec elle de l’heure et des moyens de notre rendez-vous.

    Elle me dit que, logée entre son mari et son amant, elle avait trouvé plus prudent d’aller chez Pressac que de le recevoir dans son appartement ; et que puisque je logeais vis-à-vis d’elle, elle croyait plus sûr aussi de venir chez moi ; qu’elle s’y rendrait aussitôt que sa femme de chambre l’aurait laissée seule ; que je n’avais qu’à tenir ma porte entr’ouverte et l’attendre.

    Tout s’exécuta comme nous en étions convenus ; et elle arriva chez moi vers une heure du matin,

 … dans le simple appareil

 D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil [Racine, Britannicus].

    Comme je n’ai point de vanité, je ne m’arrête pas aux détails de la nuit : mais vous me connaissez, et j’ai été content de moi.

Du château de..., ce 13 septembre 17**." [p. 187 - 189]

 

Une belle découverte donc que ce  livre qui entre dans les challenges "Un classique par mois", "Lire sous la contrainte", "Comme à l'école", "Un genre par mois", et me permet également de participer à la LC organisée par Nelcie.

L'avis de Nelcie

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18:23 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

Commentaires

Je l'avais étudié en terminale pour mon Bac et j'avais adoré. J'étais d'ailleurs la seule de ma classe....
J'en garde donc un très bon souvenir ^^
J'ai également lu Chroniques dangereuses qui est une sorte de remaniement que j'ai bien aimé ^^
Si jamais ça t'intéresse, voici le lien de Livraddict ;)
http://www.livraddict.com/biblio/book.php?id=83715
Bisous !

Écrit par : Agnah | 20/04/2014

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Je l'ai et ne me suis toujours pas décidée à le lire. Allez, je le prévois pour les vacances, tu me rappelleras à l'ordre ;)

Écrit par : Cécile | 20/04/2014

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Ah, que j'avais savouré la lecture de ce livre il y a ..... longtemps ......
Un des grands romans de la littérature ....:-)

Écrit par : Jacqueline | 20/04/2014

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Je l'ai lu il y a quelques années, pas pour le lycée mais parce que j'étais curieuse. Je me souviens avoir été fascinée par ces deux personnages et leurs manipulations, et effectivement touchée par Madame de Tourvel.

Écrit par : Stellabloggeuse | 29/04/2014

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Un des rares romans que j'ai relus ... J'adore également le style et les personnages et j'ai même réussi à m'attacher à Valmont, que je trouve de plus en plus humain ...

Écrit par : Mira | 20/07/2014

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