21/02/2014

Les Mains de Dieu, Ludovic Rosmorduc

Présentation. "Onzième jour du mois de novembre de l’an 1215. Un jour terne se levait sur Rome, capitale de la Chrétienté. Tous les ecclésiastiques piétinant sur le parvis attendaient cela depuis plus de deux ans. Depuis le 19 avril 1213, date à laquelle le pape Innocent III les avait convoqués au quatrième concile du Latran. Les yeux rivés sur le portail, aucun des religieux ne remarqua les ombres furtives qui, à la dérobée, s’échappèrent du saint édifice par l’une des portes du transept."

À l’heure où la croisade contre les Albigeois fait rage, Théodore d’Havricourt, vieil érudit passionné, et la jeune Jehanne sont accusés à tort et doivent fuir Carcassonne pour sauver leurs vies. Pourtant, les chevaliers de Simon de Montfort, le chef des croisés, ne sont pas leurs plus farouches poursuivants. De mystérieux dominicains semblent résolus à s’emparer d’un étrange livre en leur possession… Et les Mains de Dieu sont prêtes à tout pour arriver à leur fin.

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Mon avis. Un récit documenté que je recommande chaleureusement à ceux qui apprécient les romans historiques ; l'auteur pousse d'ailleurs la précision jusqu'à indiquer de temps à autre, en bas de page, ses sources et les libertés éventuellement prises avec l'Histoire.

  "Si la façade fatiguée de l'établissement, haute demeure à colombages s'adossant de guingois contre le mur d'enceinte, ne présageait pas un intérieur fastueux, elle ne laissait pas non plus imaginer un tel délabrement. À l'étage, les pièces étaient exiguës et misérables. La pourriture rongeait l'ossature de bois qui servait à présent de terreau à une colonie de minuscules champignons. Le hourdage en torchis partait en lambeaux, érodé par les suintements continus d'eau et de salpêtre. Dans une chambre en soupente, assise en tailleur sur une paillasse jetée à même le sol, se tenait une jeune femme prostrée. Ses pensées, elles, gambadaient bien loin de cette mansarde insalubre, bien loin même de Carcassonne, dans ce qui lui semblait être alors un autre monde. Un songe." [p. 25]

Le lecteur est immergé dans une époque médiévale particulièrement trouble et  très peu tolérante en matière religieuse ; impossible de ne pas y voir de points communs avec la nôtre et une certaine actualité [quelle coïncidence; la Main de Dieu, sans nul doute].

  "Je préfère ne pas imaginer ce que deviendrait le monde si ne subsistaient que des écrits autorisés par l'Église.

- Cela ne serait guère mieux s'il revenait au roi de décider de ce qui peut être lu ou non, contra le copiste las des attaques répétées du Collectionneur à l'encontre de la religion.

- C'est juste. Je remettais en cause la censure en elle-même, indépendamment de qui la met en place." [p. 132]

Sur le chemin du lecteur (chanceux) apparaissent Théodore d'Havricourt, érudit désireux d'apprendre encore et toujours, sans sectarisme aucun, qui a voué son existence aux livres (oh, oh !). Sa route va croiser celle de Jehanne, une jeune fille que la vie n'a déjà que trop malmenée et fait grandir trop vite...  Entre ces deux-là se noue une douce relation, cimentée au fil du temps - désormais précieux pour Théodore car aux années s'ajoute le poids de la maladie - par l'Église toute-puissante.

Non loin des deux protagonistes gravitent les Mains de Dieu, des envoyés du pape, en recherche d'un "objet" relatif à l'hérésie albigeoise, qu'il faut absolument (re)trouver.

Ludovic Rosmorduc raconte cette h/Histoire grâce à une langue riche, savoureuse, particulièrement soucieuse d'employer le terme juste, qui entraîne le lecteur sur des sentes mystérieuses ; côté pratique, le format semi-poche est décidément idéal pour moi.

Ne tergiversez donc point plus longtemps...

Merci à J'ai Lu pour ce partenariat.

 

Une 8e lecture pour le challenge "Lire sous la contrainte" (un défi facile pour cette session ; ceci explique cela) ; ce récit entre également dans la Ronde 14 du Cercle de lecture (lecture/écriture).

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18:15 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

Commentaires

Et bien ! Tout ce que tu en dis fait que je suis sûre que ça plaira bcp à Monsieur cajou : j vais le commander pour le lui offrir à la prochaine occasion !
Bisous et bon w-e,
Cajou

Écrit par : Cajou | 21/02/2014

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Bonne lecture à Monsieur Cajou :-)

Écrit par : paikanne | 21/02/2014

Celui-ci me plairait sûrement. Je retiens.
Et hop! c'est noté.

Écrit par : Philippe D | 01/03/2014

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Une histoire très sympathique à lire avec en toile de fond une période de notre histoire que je trouve très intéressante (je suis passionnée par l'histoire des Cathares). J'ai beaucoup aimé d'Havricourt, moins Jehane que j'ai trouvée fade.

Écrit par : Frankie | 17/06/2014

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