25/11/2013

À l'ouest, rien de nouveau, Erich Maria Remarque

Présentation. "Quand nous partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes."

Témoignage d'un simple soldat allemand de la guerre 1914-1918, À l'ouest, rien de nouveau, roman pacifiste, réaliste et bouleversant, connut, dès sa parution en 1928, un succès mondial retentissant et reste l'un des ouvrages les plus remarquables sur la monstruosité de la guerre.

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Mon avis. Troisième récit lu dans le cadre du projet évoqué ici. Cette fois, le propos est raconté du point de vue allemand, celui de Paul, un jeune homme d'une vingtaine d'années parti au front, comme il "se devait".

Une nouvelle plongée dans l'enfer de cette boucherie, ici présentée depuis "l'autre côté".

Si je n'avais pas déjà évoqué voici peu à plusieurs reprises le même sujet, mon billet aurait été sans nul doute plus long mais ce que j'en retiens, ce qui est essentiel, l'évidence même, c'est que la guerre tue des deux côtés, que des pères, des fils, des frères, des gamins allemands se sont aussi lancés à "corps perdu" dans celle qui avait été surnommée, espérée "la Der des Ders"...

  "À côté de moi siffle un petit obus. Je ne l'ai pas entendu venir et je suis saisi d'une vive frayeur. Au même moment, une peur insensée s'empare de moi. Je suis là tout seul et presque perdu dans l'obscurité ; peut-être que depuis longtemps, deux yeux m'observent d'un entonnoir et qu'une grenade est déjà prête à être lancée pour me mettre en pièces. Je cherche à me ressaisir. [...]

   Je me dis bien que mon émotion est stupide, que probablement dans l'obscurité rien ne me guette, autrement le feu ne serait pas si plat. C'est en vain. [...]

   Je suis toujours couché dans mon trou. Je regarde l'heure ; il ne s'est écoulé que quelques minutes. Mon front est mouillé, mes orbites sont humides ; mes mains tremblent et je halète tout bas. Ce n'est qu'un terrible accès de peur, une peur vile et intense d'allonger la tête et d'avancer.

   Mon anxiété, en se répandant, comme une bouillie, aboutit au désir de rester là couché. Mes membres sont collés au sol ; je fais une vaine tentative : ils ne veulent pas s'en détacher. Je me serre contre la terre ; je suis incapable faire un pas ; je prends la résolution de rester là, étendu. [...]

   Brusquement une chaleur extraordinaire m'envahit. Ces voix, ces quelques paroles prononcées bas, ces pas dans la tranchée derrière moi m'arrachent tout d'un coup à l'atroce solitude de la crainte de la mort à laquelle je me serais presque abandonné. [...]

   Je ne suis plus un morceau tremblant d'existence isolé dans l'obscurité ; je suis lié à eux et eux à moi ; nous avons tous la même peur et la même vie ; nous sommes unis ensemble d'une manière à la fois simple et profonde." [p 185 - 187]

Traduction : Alzir Hella et Olivier Bournac.


Ce titre entre dans la session 11 du challenge "Lire sous la contrainte" ainsi que dans le challenge "Un classique par mois".

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18:46 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

Commentaires

C'est bien de lire, de temps en temps, les points de vue des Allemands. On se rend compte de beaucoup de choses.
Merci pour cette participation à mon challenge qui a pas mal de succès cette fois.
Bonne semaine.

Écrit par : Philippe D | 25/11/2013

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Bonne semaine à toi aussi :-)

Écrit par : paikanne | 26/11/2013

Je suis justement en train de lire ce livre .L'horreur était des 2 côtés. en effet.J'habite en Normandie non loin des plages du débarquement .Il s'agit là bien sur de la 2nde guerre mondiale mais il y a des cimetiéres alliés et allemands et l'âge des hommes qui y gisent fait frémir dans les 2 cas.

Écrit par : iloucat | 26/11/2013

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Je n'y suis jamais allée mais des amis m'en ont déjà touché un mot...

Écrit par : paikanne | 26/11/2013

Ce livre m'a énormément touchée, j'ai beaucoup aimé sentir cette "égalité" des soldats des deux côtés du front...

Écrit par : Luna | 28/11/2013

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