30/10/2013

La chambre des officiers, Marc Dugain

Présentation. "La guerre de 14, je ne l'ai pas connue. Je veux dire, la tranchée boueuse, l'humidité qui traverse les os, les gros rats noirs au pelage d'hiver qui se faufilent entre les détritus informes, les odeurs mélangées de tabac gris et d'excréments mal enterrés, avec, pour couvrir le tout, un ciel métallique uniforme qui se déverse à intervalles réguliers comme si Dieu n'en finissait plus de s'acharner sur le simple soldat. C'est cette guerre-là que je n'ai pas connue."

Dans les premiers jours de 14, Adrien F, lieutenant du génie, est fauché par un éclat d'obus sur les bords de la Meuse. Défiguré, il est transporté au Val-de-Grâce où il séjournera cinq ans dans la chambre des officiers. Au fil des amitiés qui s'y noueront, lui et ses camarades, malgré la privation brutale d'une part de leur identité, révéleront toute leur humanité. De cette épopée dramatique, émouvante, mais drôle aussi parfois, on retiendra que des blessures naît aussi la grâce.

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Mon avis. Je me lance avec les élèves de 5e (premières en France) dans un projet, initié par leur professeur de néerlandais, autour du thème de "la grande guerre". Je me suis donc mise en recherche de récits susceptibles de leur être proposés en lecture et je profite de cette semaine de congé pour lire les livres en question.

Voici typiquement le genre de récit qui ne peut que faire surgir à l'esprit l'oxymore parfois entendu : "une bonne guerre". Qui peut oser associer ces mots ?

Le texte dévoile quelques années de la vie d'Adrien, de ces années qui marquent l'homme à tout jamais, à tous niveaux puisque ici, la chair aussi a été irrémédiablement meurtrie, dès les premiers jours de guerre. D'emblée, il se retrouve dans un hôpital où sont rassemblés ceux que l'on appelle les "gueules cassées".

Temps suspendu, entre parenthèses, "hors-champ", de ces êtres soustraits aux autres et qui ne bénéficieront même pas de la triste "consolation" d'être considérés comme des héros. Comment (sur)vivre alors ? Comment (sur)vivre quand le regard des autres lutte pour ne pas se détourner mais échoue à retenir un tressaillement d'horreur, de dégoût, de peur à la vue de l'horreur ?

  "Certains s'en sont pris à Dieu de les avoir élus pour témoigner de cette destruction de l'identité, d'autres s'en sont remis à lui pour renflouer leur âme naufragée. Nous avons tous maudit l'Allemand et tous avons été convaincus de notre utilité." [p. 79]

  "La première tâche fut d'éliminer de notre champ de conscience tout ce qui pouvait rappeler que notre vie antérieure s'était normalement organisée autour de nos sens. La seconde de nous interdire toute projection dans un avenir autre que celui des petits progrès quotidiens de mastication et de prononciation." [p. 81]

  "Il est difficile de parler de convalescence après quatre ans et huit mois de prison blanche." [p. 127]

Demeurent alors le souvenir de celle qui aurait pu incarner l'amour ainsi que les compagnons d'infortune, ceux qui savent. Et luttent. Aussi.

Histoire d'une amitié indéfectible...


Ce roman entre dans la Ronde 12 du Cercle de lecture (auteurs français).

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17:58 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

J'avais beaucoup aimé le film et j'ai lu le livre ensuite. Poignant.

Écrit par : argali | 30/10/2013

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Je n'ai pas encore vu le film...

Écrit par : paikanne | 31/10/2013

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