11/09/2013

À l'est d'Éden, John Steinbeck

Présentation. Dans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam, épris de calme. Charles, son demi-frère, dur et violent, Cathy, la femme d'Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, ses enfants, les jumeaux Caleb et Aaron. En suivant de génération en génération les familles Trask et Hamilton, l'auteur nous raconte l'histoire de son pays, la vallée de la Salinas, en Californie du Nord. Pour cette œuvre généreuse et attachante, John Steinbeck a reçu le prix Nobel de littérature.

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Mon avis. Après avoir lu et beaucoup apprécié Les raisins de la colère, et suite à l'enthousiasme de Nahe, j'ai eu envie de proposer une lecture commune de ce roman-ci ; j'ai pris un peu de temps avant de rédiger ce billet, rentrée oblige, alliée à un "petit coup de mou"...

J'aime décidément beaucoup l'écriture de Steinbeck que je (re)découvre sur le tard, même si j'ai lu, dans mon "jeune temps", comme (presque) tout le monde Des souris et des hommes (je suis d'ailleurs en train de le relire "pour l'école").

Ici aussi, Steinbeck évoque une époque qu'il a vécue et des lieux pour lui familiers : la vallée de la Salinas ; il raconte aux lecteurs l'histoire de deux familles : les Hamilton et les Trask.

La première est d'origine irlandaise avec le couple formé par Samuel, tendre rêveur perspicace, et Liza, l'austérité incarnée pétrie de religiosité. Ils tirent le diable par la queue sur leurs terres très arides, au milieu de leurs neuf enfants ; Olive, une de leurs filles, est la maman de l'auteur.

  "Les enfants de Samuel et Liza Hamilton avaient tous dépassé l'adolescence quand le siècle changea. C'était presque une tribu de Hamilton qui grandissait dans la ferme à l'est de King City. C'étaient de jeunes Américains. Samuel ne retourna jamais en Irlande et finit par l'oublier. Ses occupations ne lui laissaient pas de temps pour la nostalgie. Sa Vallée était l'univers. Une fois par an, il allait à Salinas, soixante milles au nord. Elever, nourrir, vêtir sa large famille, exploiter sa ferme, occupait la plus grande partie de sa vie - mais pas toute sa vie. Il avait une grande vitalité [...]

   Tout bien considéré, c'était une famille comme tant d'autres, ni plus riche ni plus pauvre, qui ne demandait qu'à vivre et prospérer sur le sol de la Vallée. C'était une famille où les éléments contraires s'équilibraient : conservateurs et progressistes ; rêveurs et réalistes. Samuel n'avait qu'à se louer du fruit de ses accouplements." [p. 62 - 63]


La seconde est dépeinte dès avant leur arrivée en Californie : le père Trask, veuf, élève ses deux fils, Adam et Charles ; ce dernier aime persécuter son aîné. Adam finira par abandonner la ferme familiale pour se rendre en Californie, en compagnie de Cathy, la Perversité faite femme, celle qu'il a épousée ; par la suite, nous suivons l'évolution de leurs jumeaux.

  "Les humains peuvent engendrer des monstres. [...]

   S'il y a des monstres physiques, ne peut-il y avoir des monstres mentaux ou psychiques ? [...]

   Les monstres ne sont que des variations à un degré plus ou moins grand des normes usuelles. Et, tout comme un enfant peut naître manchot, un autre peut naître sans bonté ou sans conscience. [...]

   Je crois sincèrement que Cathy Ames naquit avec les impulsions ou le manque d'impulsions qui devaient diriger et dévoyer sa vie. Un des balanciers avait été mal pesé ; un des engrenages n'était pas conforme aux spécifications." [p. 99 - 100]


Le Bien et le Mal sont très habilement décrits dans ce récit à travers les personnages, dans des tonalités allant du (presque) "blanc" au (très) "noir" en passant par toutes les nuances de gris.

Sortent du lot, selon moi, Samuel, perpétuellement au service des autres malgré l'adversité pécuniaire (et conjugale) ; Cathy ou le vice incarné ; Lee, cuisinier-homme à tout faire-"maman" de substitution des jumeaux.

L'art de Steinbeck consiste à faire ressentir une tension latente et insidieuse : le lecteur sait que les choses vont "déraper", sans savoir quand...


Traduction : Jean-Claude Bonnardot.

Les avis de Nahe ;


Ce titre me permet de participer au challenge "Un classique par mois".

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15:07 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

Commentaires

Je vais me remettre à Steinbeck. Gamine, je lisais le poney rouge et ado, Des souris et des hommes. Adulte, je vais choisir celui-ci.

Écrit par : MademoizelA | 11/09/2013

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Bonne lecture :-)

Écrit par : paikanne | 12/09/2013

Je viens enfin te lire, je vois que tu as aimé, tout comme moi ;) Mon enthousiasme est contagieux, c'est une bonne nouvelle ! Je lirais volontiers d'autres titres de Steinbeck, mais lequel choisir ? Je crois me souvenir que j'avais moins aimé "Des souris et des hommes" et "La perle", je devrais peut-être commencer par ceux-là...

Écrit par : Nahe | 13/09/2013

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J'aime toujours autant Des souris et des hommes ; j'ai aussi moins aimé La perle...

Écrit par : paikanne | 13/09/2013

J'ai beaucoup aimé Lee et Samuel ainsi que Cal pour d'autres raisons. En tout cas, je suis ravie d'avoir pris le temps de me plonger dans ce beau roman.

Écrit par : Frankie | 01/03/2014

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