19/05/2013

Ta mort sera la mienne, Fabrice Colin

Présentation.

Un motel.
Un tueur en noir.
Soixante-six étudiants.
Le cauchemar commence.

Un motel tout confort, une promotion d'étudiants aux anges, les plaines grandioses de l'Utah en toile de fond : tout est prêt pour un séminaire littéraire idyllique. Et puis, au soir du premier jour, un homme casqué descend de moto et sort un fusil à pompe de son sac. Le rêve tourne au cauchemar.

Au même moment, un mail arrive au poste de police de Grand Junction. Une employée du Red Cliffs Lodge appelle au secours : un tueur fou abat les clients au hasard, semant une panique monstre. Dans le miroir des toilettes, le chef de la police, Donald, contemple son reflet avec effarement. Ce motel-là, songe-t-il. Précisément aujourd'hui

Au cœur de la fusillade, terrifiée et rendue à moitié sourde par les détonations, une étudiante, Jillian, trouve refuge dans une chambre où se terre déjà Karen, sa conseillère d'éducation. À voix basse, les deux femmes engagent la conversation. Karen en est sûre : elle connaît le tueur.   

Et si ce massacre n'avait rien de gratuit ? Et si tout avait commencé des années auparavant sur une île isolée, à l'abri des regards, l'endroit idéal pour commettre l'indicible?

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Mon avis. Envie d’une "petite lecture légère" ? Passez votre chemin, ce livre n’est pas le vôtre car ici, c’est (du) lourd, une atmosphère pesante qui poisse les pages. Un aller simple vers l'Enfer.

Un récit qui force le lecteur à s'accrocher, tant en raison de sa structure que de son contenu ; un récit qui (dé)noue.

Trois voix se partagent l'ensemble : celle de Karen, relatée à la troisième personne, conseillère d'éducation, un des piliers de ce séminaire théoriquement consacré à la littérature ; celle de Troy, Le Messager, l'exécuteur, l'Ange de la Mort, racontée par un "tu" comme si ce personnage ne cessait de s'observer ; celle de Donald enfin, un policier épuisé, revenu de tout, y compris - surtout - de lui-même, un (ex-)Grand Chef, évoquée à la première personne.

La scène initiale décrit le début du carnage :

  "La visière de son casque est baissée et il n'y a plus en lui la moindre place pour le doute. Son casque : noir. Sa combinaison : noire. Son cœur ?

   Il s'avance dans la travée, introduit une série de balles dans le magasin de son fusil puis, de nouveau, fait feu. Les corps tressautent et s'effondrent comme à un stand de fête foraine. Même joueur joue encore." [p. 9]


Un profond malaise, récurrent, s'immisce alors insidieusement au fil des phrases, principalement lorsque Troy évoque son enfance au (Mal nommé) "Refuge", une île sur laquelle vivent reclus les membres d'une secte s'adonnant en toute impunité à leurs penchants pervers. Il tente de survivre au milieu de ces scènes "à la Jérôme Bosch".

  "Pareilles à celles d'un mausolée, les portes du Refuge se referment sur un profond silence." [p. 217]


Par touches infimes, il faut reconstituer la toile de Souffrance qui met en évidence les destins indissolublement entremêlés des "héros" : le chemin de croix de Troy ; la recherche perpétuelle de Karen ; le remords incarné en Donald. Un puzzle pas toujours évident à assembler.

Une fin paroxystique inscrite en filigrane dans laquelle l'émotion est pourtant présente, à la fois à travers les mots/maux relatifs à Troy, après l'innommable, que dans ceux évoqués par Donald ; une fin dont le cadre, grandiose, m'a rappelé les images de Thelma et Louise.


   "Ainsi y a-t-il quelque chose d'un hommage dans le rougeoiement que tu présentes au vent, et la promesse d'une dévastation dont tu ne goûteras la puissance qu'après coup : le feu dernier, épargnant le cœur de l'âme et détruisant tout le reste." [p. 256]


   "Je chasse l'air chaud de mon chapeau, et mon ombre peine à m'imiter." [p. 274]


La (superbe) couverture illustre l'idée n° 75 du challenge des 170 idées : des nuages (- très - noirs).

17:48 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

Commentaires

ton billet est génial ! "toile de Souffrance" voilà qui est parfaitement dit !
j'ai beaucoup aimé ce livre, que j'ai trouvé très bien construit.

Écrit par : stephanie plaisirdelire | 19/05/2013

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je ne sais pas si ce roman ma plairait ( je suis une petite nature) mais tu en parles très bien et cela donne envie de le découvrir !

Écrit par : nathchoco | 21/05/2013

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Merci à vous deux ; c'est vrai qu'il est "dur"...

Écrit par : paikanne | 21/05/2013

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A la lecture de ton billet, je pense que ce roman n'est pas pour moi ....

Écrit par : Jacqueline | 22/05/2013

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Un aller simple vers l'enfer?
Alors, il vaut peut-être mieux que je m'éloigne.
Passe un bon dimanche.

Écrit par : Philippe D | 25/05/2013

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