16/05/2013

Fuir les taliban, André Boesberg

Présentation. Quand on croise un talib, ne jamais le regarder dans les yeux. Toujours sortir avec son turban ou son tchadri. Être sans cesse sur le qui-vive. Un tube de rouge à lèvres dans un sac, une sortie en ville sans chaperon (pour les femmes) peuvent vous valoir des coups de fouet ou pire...
Sohaïl apprend tout cela, de force. Lui dont la famille était ouverte, où chaque enfant avait sa chance. Ceux qui résistent sont en danger de mort, il faut partir. Commence alors la fuite à pied à travers la montagne, puis en train, dans des paysages inconnus. Il n'a pas pu dire adieu à son ami Obaïd. Il ne veut pas s'éloigner de son pays. Et son père ? Reverra-t-il son père ? Quelle vie l'attend là-bas, si loin...

Roman inspiré de l'histoire vécue de Sohaïl Wahedi, fils d'un leader de la résistance au régime des taliban en Afghanistan.

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Mon avis. Voici un récit à découvrir et susceptible de plaire aux adolescents car relaté par la voix de Sohaïl, un garçon de douze ans qui vit à Herât, en Afghanistan, au cœur de la tourmente talibane.

Le récit commence par une scène très dure à laquelle assistent Sohaïl et son ami Obaïd : une exécution publique au stade d’Herât, un "spectacle" qu’affectionnent particulièrement  les taliban et auquel sont conviés, parfois très fermement, les citoyens.

Le lecteur découvre l’obscurantisme de cette société désormais sous la férule de fanatiques, souvent ignorants, qui font régner la terreur.

Sohaïl a été élevé dans la tolérance et s’insurge du sort réservé à la population d’une manière générale, et aux femmes en particulier ; il a fallu apprendre à devenir invisible car les coups pleuvent pour la moindre vétille. Absurdité, incompréhension, pathétisme…


   "- J’ai encore une histoire absurde à te raconter, reprend-il. Hier, un jeune de dix-sept, dix-huit ans a été arrêté par la police religieuse parce qu’il jouait de la musique.

   - Il avait un instrument ?

   - Il était à vélo et il actionnait sa sonnette !

   - Tu inventes ! Je ne te crois pas !

   - Je te jure que c’est vrai ! Même qu’il a été tabassé par les flics ! ajoute-t-il en se tapant sur les cuisses.

   - Tout le monde est fou, dans ce pays, dis-je dans un murmure." [p. 111]

 

  "- Oh oh ! dit Mounir. On transportait un cercueil avec un corps dedans en direction d’Herât. Pour l’enterrer. La voiture est arrêtée à un barrage de taliban. Les soldats veulent qu’on ouvre le cercueil. Ça va, je raconte bien ?

   - Continue ! grommelle Obaïd.

   - Bref, les taliban ouvrent le cercueil, comme j’ai dit. Et ils se mettent en colère.

   - Pourquoi ? dis-je.

   - Ils avaient sans doute encore pris quelque chose, je suppose. Ces boucs sont constamment drogués ! Tout tourne autour de la came, dans ce pays !

   Les champs de pavot ! me dis-je, en repensant à ce que m’a un jour expliqué mon père. Les taliban gagnent des millions de dollars avec l’opium. Il suffirait de brûler les champs de pavot, et ils se retrouveraient totalement impuissants.

   - Continue ! répète Obaïd.

   - Les taliban ont trouvé que le cadavre avait la barbe trop courte. Alors…

   - Non ?!

   - Si ! Ils lui ont donné vingt coups de fouet !" [p. 118 – 119]


Les disparitions inquiétantes se multiplient ; le danger est omniprésent et la peur s'immisce dans les moindres recoins. Comment savoir si le voisin, la connaissance, l'ami même sont encore dignes  de confiance ?

Bientôt, l'exil, profondément douloureux, avec ses doutes et ses interrogations, se profile à l'horizon...


   "Un jour je reviendrai, et ce pays sera dans la réalité comme je le représente dans mes rêves." [p. 175]

 

Ce roman entre dans le challenge "Lire sous la contrainte", session 7 : titre comportant un infinitif ; la couverture illustre l'idée n° 36 du challenge des 170 idées : un rassemblement de personnes.

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20:06 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

Commentaires

Merci pour ta participation à cette session.
La prochaine est déjà dans ma tête.

Tiens, on ne met pas "s" à Taliban?

Bonne fin de semaine et bon weekend prolongé.

Écrit par : Philippe D | 16/05/2013

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Je suppose que les deux formes sont acceptées (?)

Écrit par : paikanne | 16/05/2013

Un roman qui me tente. Mais n'est-il pas trop dur pour des ados ? Vers quel âge le conseillerais-tu ?

Écrit par : argali | 18/05/2013

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Sans problème à partir du deuxième degré :-)

Écrit par : paikanne | 18/05/2013

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