03/05/2013

Le 9e jour, Cyrille Audebert

Présentation. "Margot avait regardé la créature s’éloigner. Et elle en tremblait encore.

Dans un premier temps, si la jeune femme avait dû la décrire, le mot "difformité" se serait imposé à son esprit. Mais elle l’avait vue se mouvoir dans cette pièce, et ensuite franchir les remparts… Non, son corps tordu ne lui était pas un handicap : la créature se déplaçait même avec une aisance diabolique. Désormais, devant la puissance qui se dégageait du moindre de ses gestes, Margot refusait de ne voir en elle qu’un simple être humain…"

Les prairies Saint-Martin et l’usine désaffectée qui bordent le Cimetière du Nord abritent-elles réellement un fantôme ? Le nouveau collègue des détectives Jacques Lucas et David Huxley est-il un sorcier vaudou ? Les saintes ont-elles vraiment le pouvoir de rendre la parole aux muets et de guérir tous les maux ?

Pour l’avènement du printemps, Margot Baudor se pose beaucoup de questions, mais principalement celle-ci : "La météo, curieusement estivale de ce mois de mars, ne serait-elle pas responsable de la vague de meurtres abominables qui s’étend sur la ville ?…"

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Mon avis. Après L’évangile selon Jacques Lucas et Un temps de chien, voici que je découvre enfin Le 9e jour ("enfin" car je l’ai dans ma "PAL proche" depuis décembre).

Quel régal de retrouver la fine équipe des précédents opus : la sculpturale Margot Baudor à la répartie toujours aussi délicieusement cinglante ; son compagnon, Octave Billy ; le Belge Jacques Lucas et son acolyte David Huxley, flanqués cette fois d’une personnalité haute en couleur (!) : un géant d’ébène québécois au savoureux accent qui met en branle nos "neurones de décodage".

   "Bêlizââirrre ! Lôrrrier Bêlizââirrre ! tonitrua le géant en s'éloignant dans le couloir avant de se retourner avec un ultime geste de dépit. Ha pis, ciboère, dites comme vous voulez, après tout !

   Il allait repartir quand une pensée le fit sourire. Il porta alors une main à son menton et gratta rêveusement sa barbe :

   - Monsieur Lucas, j'peux vous poser une question ?

   - Je vous en prie.

   - ...

   - ...

   -Aurais-tu pas un accent, par hasard ?

   Ce type se foutait de lui. Lucas en était persuadé maintenant.

   - Ah... Vous avez remarqué ? C'est parce que je suis belge. Vous avez l'oreille, dites donc...

   - Sûr. Chez nous aut', on catch vite les accents. Paraîtrait que moi-même j'en ai un p'tit : pis si t'as rien entendu pantoute, c'est que j'travaille une chotte pour jaser pointu quand chus 'vec des indigènes." [p. 42]


Le ton est donné dès le prologue qui fait étalage (!), de manière très évocatrice, de "charcuterie"… - le bruit des organes qui se répandent "sur le sol comme le contenu d'un filet sur le pont d'un chalutier" m'a particulièrement marquée - ; d’emblée, on se dit que l’on risque de se payer une bonne tranche protéinée.


Et puis, l’humour arrive, on passe alors aisément et avec grand plaisir à quelques tranches de rire, cette fois :

   "L'immense animal venait en effet de glisser son énorme museau sous le bras de la jeune femme complètement pétrifiée.

   - Il fait quoi ? s'inquiéta Abbie en tirant sur la manche d'Octave.

   - Je ne suis pas sûr mais... ça ressemble bigrement à des marques d'affection.

   - Mais je ne veux pas qu'il m'aime..., se mit à pleurnicher la jeune femme.

   - C'est aussi ce que je me tue à lui répéter, mais il est têtu. Parce que là, ça n'est rien : par exemple, ce qu'il préfère chez moi, ce sont mes chaussons. Le gauche, surtout... Depuis qu'il a décidé de m'aimer, je vais à la boîte aux lettres à cloche-pied." [p. 53 - 54]

   "Madame Boitinasse, dans un souci de mimétisme à la limite du raisonnable, s'était coiffée d'une serpillière et ébouriffée les sourcils pour se confondre avec les rideaux qui encadraient la fenêtre derrière laquelle elle était postée." [p. 63]


Les "choses sérieuses" reviennent très vite : des crimes particulièrement atroces sont commis et il serait bon - autrement dit il est impératif - que le capitaine Baudor puisse tenter d'arrêter cette hécatombe car "On va bientôt être obligés de tronçonner les macchabées pour les empiler dans des tiroirs" [p. 243]

C'est pourquoi Margot, Octave, Jacques, David et Laurier vont mettre les bouchées doubles et devoir (re)composer avec des tripes à la mode bretonne, des Éphémères confrontés à des Statiques, un Fantôme aux relents d'égouts ainsi qu'une Sainte aux pochons. Objectif : faire la lumière sur ce qui s'avérera une horrible et douloureuse réalité. L'humour permet en quelque sorte de "décompresser" face à l'innommable...

 

Ce titre me permet d'ajouter un livre au challenge "À vos nombres" et la couverture illustre l'idée n° 38 du challenge des 170 idées : quelque chose en rapport avec Halloween, la Toussaint (à gauche, au milieu, déambule le Fantôme - normal qu'on ne le voie pas clairement, c'est un fantôme -).

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21:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

ET bien, ça a l'air plein d'humour!!!

Écrit par : piplo | 03/05/2013

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Tout à fait... même si "derrière", c'est autre chose...

Écrit par : paikanne | 03/05/2013

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