24/04/2013

La fille seule dans le vestiaire des garçons, Hubert Ben Kemoun

Présentation. Tout commence par un baiser, comme une chance, une promesse pour Marion. Une aubaine pour une jeune fille toujours si maladroite avec les garçons. Mais ce baiser va faire de sa vie un enfer. Peu à peu, la honte laisse toute la place à la rage, et Marion prépare sa vengeance. Sans réfléchir aux conséquences de ses actes...

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Mon avis. Voici un bon petit roman qui traite de faits d’actualité, dans le cas présent liés aux adolescents : la diffusion, sur ce que l’on nomme maintenant les réseaux sociaux, de vidéos parfois tournées sans l’assentiment des principaux intéressés.

Marion est une adolescente comme beaucoup d’autres : peu à l’aise dans sa "vie publique", entendez par là au collège, elle tâche de passer inaperçue, de se fondre dans la masse, sauf quand elle réagit au quart de tour pour moucher de façon bien sentie son adversaire du moment. Mais intérieurement, elle souffre d’être cataloguée "intello", une de celles que les autres laissent la plupart du temps de côté, sauf quand ils ont besoin d’elles pour (recopier) l’un ou l’autre travail.

En outre, elle ne sait (in)visiblement pas y faire avec les garçons et c’est quand elle va se rebeller de manière (très) "énergique" avec un Enzo par trop entreprenant (ce lourdement "chiant" a presque failli se retrouver émasculé) qu’elle met la main (en l’occurrence le pied) dans un engrenage particulièrement dangereux.

C’est l’escalade : il est hors de question pour Enzo, un des caïds du collège, de ne pas laver l’affront dont il a été "victime". C’est alors qu’intervient la diffusion sur le Net d’une séquence qui humilie Marion…

Marion, blessée au plus profond d’elle-même, décide alors de se venger et prépare minutieusement son coup mais sans mesurer l’ampleur de son geste et surtout, surtout, ses conséquences.

J’ai apprécié ce récit qui devrait plaire aux jeunes ; le personnage de Marion est tout à fait représentatif de l’adolescente qui se débat dans les filets imposés par sa vie : un père parti au loin et qu’elle soupçonne d’avoir oublié jusqu’au prénom de ses enfants, une mère qui souffre elle aussi de solitude, de rares connaissances qui ne feront jamais office d’amis, pas même de copains.

Deux rayons de soleil, malgré tout, dans son existence : la guitare alliée au chant, ainsi que son frère de huit ans, Barnabé alias Barny, une vraie pipelette, un petit bonhomme qui amène dans le récit de savoureux moments d’humour.

La tension monte progressivement et je dois avouer que j’ai dû retenir ma respiration lors de la séquence musclée qui précède l’épilogue…

   "Mon carnet noir, celui rempli de mes compositions, de mes poèmes en slam ou en musique, de quelques pensées parfois profondes et souvent futiles mais si précieuses à mes yeux. Pas un journal intime, plutôt un déversoir d’orage comme en creusent les terrassiers au bord du canal pour qu’il ne déborde plus sur les magasins du quai et n’inonde plus leurs caves. Un déversoir de tout ce que je ne savais pas dire, des mots, des lignes, des strophes tellement personnelles…" [p. 35]

   "Marion, celle qui ne fait jamais de vagues, celle qui savait si bien se faire oublier, revenait. Ah bon, elle était absente ? J’avais pas remarqué… avaient sans doute murmuré quelques-uns des élèves de ma classe." [p. 105]

Ce récit illustre la rage dans la série "Toutes les émotions dans une collection" ; merci à Flammarion pour ce partenariat.

14:50 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

Commentaires

Un texte fort et évocateur !

Écrit par : Nahe | 30/04/2013

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