24/02/2013

Le manuel du serial killer, Frédéric Mars

Présentation. Dans deux heures ou trois heures tout au plus, ce garçon sera mort.

Je vous raconte la suite ?

Les hululements de douleur du môme qui se tient le ventre à deux mains ?

Ses convulsions sur le sol de la cuisine familiale ? Les cris de la mère qui découvre son fils déjà quasi exsangue ? Raide comme une batte. Vidé ou presque de son sang, écrasé comme un petit cafard sur le carrelage immaculé.

Les yeux du gamin ont cessé de papillonner. Le coma ne va pas tarder à l'emporter. Même avec la meilleure volonté du monde, le médecin ne sera pas sur place avant plusieurs minutes. Et, sans soins immédiats, il va ...

Alors, je vous la raconte ou pas, cette suite ?

Non.

Je vais plutôt vous parler de moi. C'est ça, de moi seul.

La mort est en moi. Là, dans ma tête. Elle y a toujours été comme chez elle.

manuelserialkiller.jpg

Mon avis.  Bon nombre d’a priori positifs avant de commencer : d’abord, c’est un récit de Frédéric Mars, qu’on ne présente plus (oui, oui, celui du Sang du Christ, de Non Stop, des Écriveurs, de Comment j’ai arrêté de CONsommer; ensuite, il m’a été proposé en lecture par Gilles Paris (Ah, Courgette… Au pays des kangourous) que je remercie ; par ailleurs, j’adore la couverture ; enfin, c’est Black Moon aussi qui avait publié l’excellent Non Stop. Bref, vous l’aurez compris, j’avais hâte de me plonger dans ce manuel un peu particulier…

Grâce à une narration diablement efficace, le récit évoque constamment passé et présent ; il est entrecoupé de séances retranscrites par un psychiatre, le Dr Adamson, à l’écoute de notre "héros"…  Ce dernier, Thomas Harris, une vingtaine d’années, a déjà été bien marqué par l’existence : affublé d’un "œil albinos" qui ne lui permet jamais de passer inaperçu, il a perdu ses parents dix ans auparavant et a été placé dans un foyer ; il souffre du syndrome de Korsakoff qui affecte considérablement sa mémoire (d'où les entretiens imposés en contrepartie d'une bourse) ; il vit presque en reclus dans une minuscule chambre d’étudiant (un "kot", dirait-on chez nous) à Harvard. Il y fait de brillantes études de littérature comparée.

Par un concours de circonstances, il se retrouve mêlé à l'enquête relative à l’assassinat de petits garçons, empoisonnés à l’aspirine, à l’image de ceux qui ont défrayé la chronique bostonienne dix ans plus tôt.

Voilà pour le point de départ d’une histoire qui entraîne le lecteur hors des sentiers battus, parfois très peu balisés. Il devient alors pratiquement impossible de s’y retrouver dans un maelstrom d’informations, toutes plus singulières les unes que les autres, à l’instar de Tom, aidé dans sa quête par Sophie, une jeune étudiante récemment rencontrée.

Paraît au même moment Le manuel du serial killer dont tout laisse à penser qu’il en est l'auteur, ce qui signifierait par conséquent qu’il est impliqué d'une quelconque manière dans les derniers meurtres, voire qu’il en est l’auteur.

Ça, c'est pour la partie visible de l’iceberg mais comme chacun le sait, celle-ci n’est rien en comparaison de la part immergée…

Ce récit est captivant et donne inévitablement à réfléchir au fur et à mesure des découvertes réalisées par le jeune homme car quoi qu’on fasse, quoi qu’on imagine, quoi qu'on ose supposer, les points d’interrogation demeurent, se multiplient même, engendrant une impression de s’enfoncer toujours plus profondément dans un brouillard opaque.

Je dois avouer qu’arrivée à un certain moment, je ne pouvais pas en croire mes yeux tellement l’une des explications proposées me semblait gonflée, trop énorme pour "être vraie" (si tant est qu’on puisse parler de vérité dans un roman) ; j’en étais presque agacée que l’auteur ait voulu (tenter de) nous faire gober "ÇA". Mais bravement, consciencieusement, et aussi anxieusement, j’ai poursuivi ma lecture pour savoir. Et j’ai su. Et. Et. Et. Une baffe en pleine figure.

Si vous décidez de lire ce "manuel", un conseil : prévoyez, avant de vous y plonger, quelques heures/jours où vous pourrez vous dégager au maximum des contingences quotidiennes et familiales, histoire (!) de ne pas être contraint(e) d'en lever trop souvent le nez.

Le mois de mars sera celui de Mars ou ne sera pas (!).


La couverture me permet d'illustrer l'idée n° 25 du challenge des 170 idées : un verre ; je peux aussi ajouter un titre au Défi littéraire d'argali.

challenge170idees.jpgdéfi argali.png

15:51 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (5) |

Commentaires

Ah! Il est aussi arrivé dans ma boite aux lettres! Et ta chronique me donne encore plus envie de m'y plonger!

Écrit par : Carnet de lecture | 25/02/2013

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Bonne lecture en perspective :-)

Écrit par : paikanne | 25/02/2013

je suis en plein dedans !!!

Écrit par : Lystig | 28/02/2013

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je n'ai pas pu le lire d'une traite, mais j'ai tout fait pour ne pas me laisser accaparer par "l'extérieur" !
ps : j'aime beaucoup tes chroniques

Écrit par : XL | 22/12/2013

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Merci :-)

Écrit par : paikanne | 22/12/2013

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