21/02/2013

Sept mètres de soie, Frédérique Garlaschi

Présentation. Amour fou ou amour impossible ?

Bien installé dans sa routine de fabricant de fromage AOC, François-Joseph Carton est loin d'imaginer le basculement irrémédiable de sa vie qui va l'emmener très loin de ses montagnes à la découverte de lui-même et le faire cheminer sur la Route de la Soie, jadis empruntée par les marchands.

Le premier roman, inédit, de cette auteure férue de nouvelles nous entraîne du Cantal en Chine, dans un "road-book" à la fois drôle et bouleversant. Un récit d'amour, de voyage, de rédemption et de promesse tenue malgré l'absence...

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Mon avis. J’ai pris un peu de temps pour lire ce récit découvert tout à fait par hasard, mon regard ayant été alpagué par la couverture ; en fait, je n’ai pas de liseuse et devais le lire sur PC, ce qui n’est pas techniquement évident. C’est donc à petites doses que je l’ai savouré, car je l’ai véritablement savouré…

Je suis partie avec François-Joseph (décidément, après Ainsi fut-il, ce devait être ma période "prénoms composés peu courants"), alias Franz, dans ce long périple, cheminant vers l’Asie sur cette millénaire Route de la Soie…

Le récit commence par l’évocation des circonstances malheureuses qui ont conduit Franz à entreprendre ce voyage, aussi étonnant que fabuleux. La vie de ce producteur de fromage AOC se dessine jusqu'au grand départ par petites touches, une vie marquée très vite par la perte et la douleur, l’une entraînant forcément l’autre…

Aux côtés de cette recherche de lui-même, de l’Autre, du couple en quelque sorte, le roman permet de découvrir des contrées (souvent) méconnues : tantôt colorées, pittoresques et accueillantes, tantôt hostiles et dangereuses. Une réflexion sur soi(e) grâce à laquelle ce "héros (bien) malgré lui" réussira à trouver la force de continuer à vivre. Ou non.

Les dés sont jetés au gré des vents qui balaient le sable, du froid et de la neige qui pétrifient. Et des rencontres. Surtout des rencontres…

Quant à l’écriture, elle dépeint admirablement cette pérégrination vers la flamboyance, avec une dernière scène très émouvante…

"Je pensais la vie comme une longue suite de couloirs, s'élargissant au fur et à mesure de l'âge. Chaque porte s'ouvrait et se fermait sur un morceau de vie. Maintenant, les parois s'effondrent par pans entiers et le paysage que j'aperçois par les brèches ouvertes me laisse glacé d'effroi.

Je portais sur le monde qui m'entourait un regard d'aisance, de dérision, croyant me jouer des événements, les maîtriser, les mener à ma guise, me soustraire aux valeurs auxquelles les autres - forcément ennemis, étrangers - s'adaptaient. Je croyais porter l'amour. Je ne déguisais que la peur d'aimer."


"La Chine est proche, le but... sans fin.

On rêve toujours d'un autre voyage. On croit toujours qu'ailleurs, c'est autre, plus riche et plus conforme à nos imaginations, qui tentent sans répit de se rapprocher de l'indicible.

Mais je ne suis pas un sigmund maîtrisant les éléments : je ne suis pas marin. Mon bateau sera bus ou chemin de fer, cheval ou chameau, et le large des hauturiers, flots de vallées, de sommets, marées de sable et de poussières.

Je prendrai la route du centre, puisque tel est mon chemin."


"Si certains ont pu prêcher dans le désert, moi, je m'y tais. Désert. Silence. Désertion. Désobéissance. La parole est ce lieu d'ivresse que l'on habite pour ne pas tituber. Lorsqu'elle ne peut plus exister à force d'étrangeté, alors il faut se taire et méditer."


"Ryônen, au moment des adieux, m'a confié comme un secret ce proverbe japonais : Les mots qu'on n'a pas dits sont les fleurs du silence.


Un très beau voyage...


La couverture illustre l’idée n° 45 du challenge des 170 idées : un animal, vrai, au zoo ou empaillé ; ce livre entre aussi dans le challenge "À vos nombres" avec le chiffre sept ; enfin, il me permet d’inaugurer le challenge "Comme à l’école", également avec le thème de l’animal.

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18:31 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Merci pour ce billet, un voyage qui fait envie!

Écrit par : piplo | 23/02/2013

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je le note dans ma monstrueuse LàL
bonne année

Écrit par : XL | 08/01/2014

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