14/02/2013

Le sang et la poussière, une enquête de l'inspecteur Cooper, Malla Nunn

Présentation. Durban, Afrique du Sud, 1953. Alors que l'inspecteur Emmanuel Cooper gagne sa vie en surveillant clandestinement les docks, le meurtre brutal d'un jeune garçon le force à sortir de l'ombre.
Deux assassinats semblables font de lui le suspect numéro un et l'obligent à déjouer la traque policière pour mener sa propre enquête.

Une plongée dans le milieu de la pègre, où se côtoient gangsters, prostituées et maquereaux, qui dévoilera le véritable enjeu politique de l'affaire, sous la pression des nouvelles lois ségrégationnistes.

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Mon avis. J’ai apprécié retrouver Emmanuel Cooper découvert avec Justice dans un paysage de rêve, d’autant que quelques rappels bienvenus relatifs au premier épisode émaillent le récit.

Suite à son enquête précédente et à ses démêlés avec la Security Branch, le désormais ex-inspecteur a dû quitter Jo’burg ; il travaille sur les docks mais son métier lui manque et lorsque, par hasard, lors d’une de ses rondes de surveillance, il tombe sur le cadavre d’un jeune garçon, il ne peut s’empêcher de commencer à enquêter. Sans insigne.

Et bien vite, il se retrouve lui-même empêtré dans "ce sac de nœuds" : "on" a décidé de lui faire porter le chapeau… Il dispose désormais de 48 heures pour démêler le vrai du faux et trouver quelques suspects à se mettre sous la dent ; sinon, c’est lui qui "aura l’honneur" de payer pour d’autres, au mieux, en croupissant le reste de sa vie en prison, au pire, en étant exécuté.

L’enquête piétine longtemps et chaque indice susceptible d’être exploité le laisse sur une voie de garage mais heureusement, Cooper va pouvoir compter sur l’aide (in)attendue de certaines connaissances…

L’intérêt du récit réside dans l’enquête, bien sûr, mais surtout, à mon sens, sur la peinture de l’Afrique du Sud des années cinquante, animée d’une ségrégation raciale tellement incompréhensible pour nous aujourd'hui… En guise de "représailles", Emmanuel a lui-même été "rétrogradé" huit mois auparavant : il a franchi "la ligne de couleur", passant de "l’Européen" très prisé (!) au "métis" ; sa couleur n’a pas changé mais il a basculé "de l'autre côté".

   "La carte d'identification de race avait un obscur effet magique. Les gens mentaient et trichaient pour que le mot Européen fût inscrit sur ce carré de papier vert. D'autres tournaient le dos à l'Afrique du Sud parce que ce mot en était absent. Comment un objet aussi petit - ce bout de papier plastifié - pouvait-il contrôler l'univers d'un individu ?" [p. 144]

L'intérêt des individus s'avère n'avoir aucune valeur face à une nation ; que dire alors quand les enjeux semblent liés à plusieurs puissances ?

Je lirai sans nul doute les aventures ultérieures de Cooper, cet être torturé par les abominations d'une patrie qu'il aime, déteste et redoute à la fois...

Je remercie les Éditions J'ai Lu (et en particulier Mathilda) pour ce partenariat.

Ce récit entre dans la Ronde 8 du Cercle de Lecture : l'Histoire du peuple noir.

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21:45 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

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