28/01/2013

Mémoires d'une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir

Présentation. Sartre répondait exactement au vœu de mes quinze ans : il était le double en qui je retrouvais, portées à l’incandescence, toutes mes manies. Avec lui, je pourrais toujours tout partager. Quand je le quittai au début d’août, je savais que plus jamais il ne sortirait de ma vie.

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Mon avis. J’avais ce livre dans ma PAL depuis, je crois, une bonne dizaine d’années et je me suis dit que si j’organisais une LC, je serais "obligée" de m’y mettre. Pourquoi cette (infime) pression ?  Tout simplement parce que je trouve que j’ai encore bon nombre de "classiques" à découvrir…

Autant le dire d’emblée : j’ai eu beaucoup de mal avec la première partie à tel point que j’en ai même parlé à mes élèves en leur disant que je me retrouvais à la place de certains parmi eux qui "rament" lorsqu’ils n’aiment pas un roman (c’est d’ailleurs pour cela que je leur propose, depuis quelques années maintenant, systématiquement une liste dans laquelle ils puiseront leur "lecture du mois").

Je me suis donc profondément ennuyée dans cette première partie, peinant à y trouver un quelconque intérêt et multipliant les épisodes de "lecture ultra-rapide". D'autant que j’ai été agacée dès les premières lignes par le regard porté par l’auteure sur elle-même dans sa prime enfance : une adulte raisonne de la sorte, pas une gamine de trois ans, si tant est d’ailleurs qu’on puisse se souvenir de ce (très) jeune âge.

J'ai pourtant choisi de persévérer et je ne le regrette pas car j’ai (bien) davantage apprécié la suite : la deuxième partie évoque son adolescence, les troisième et quatrième parties décrivent la poursuite des études.

Ce qui m'a surtout frappée, c'est sa réflexion perpétuelle à propos de tout, qu’il s’agisse de son milieu, de sa famille, de ses "amis", de la vie, de la religion et d’elle-même, surtout d’elle-même. Je n’imagine pas que l’on puisse être un tant soit peu serein (je ne parle même pas d’être "heureux" - qu'est-ce que le bonheur ? -) dans ce questionnement incessant. Quand de temps à autre, elle touche fugitivement du bout des doigts une once de "satisfaction", elle l’anéantit (presque) aussi vite par ses interrogations, avec une sorte de complaisance récurrente. Une quête d’absolu qui, en tant que telle, (n') est toujours (qu') en devenir...

Et que dire du poids immense de la petite bourgeoisie bien-pensante de l'époque, hypocritement pétrie d'un catholicisme profondément intolérant ?

   "[...] Dès que j'ouvrais la bouche, je donnais barre sur moi, et on m'enfermait à nouveau dans ce monde dont j'avais mis des années à m'évader, où chaque chose a sans équivoque son nom, sa place, sa fonction, où la haine et l'amour, le mal et le bien sont aussi tranchés que le noir et le blanc, où d'avance tout est classé, catalogué, compris et irrémédiablement jugé, ce monde aux arêtes coupantes, baigné d'une implacable lumière, que n'effleure jamais l'ombre d'un doute. Je préférais garder le silence. Seulement mes parents ne s'en accomodaient pas, ils me traitaient d'ingrate. [...] J'essayais de me blinder ; je m'exhortais à ne plus craindre le blâme, le ridicule, ni les malentendus : peu importait l'opinion qu'on avait de moi, ni qu'elle fût ou non fondée. Quand j'atteignais à cette indifférence, je pouvais rire sans en avoir envie et approuver tout ce qui se disait. Mais alors je me sentais radicalement coupée d'autrui ; je regardais dans la glace celle que leurs yeux voyaient : ce n'était pas moi ; moi, j'étais absente ; absente de partout ; où me retrouver ? Je m'égarais. "Vivre, c'est mentir", me disais-je avec accablement ; en principe, je n'avais rien contre le mensonge ; mais pratiquement, c'était épuisant de se fabriquer sans cesse des masques. Quelquefois, je pensais que les forces allaient me manquer et que je me résignerais à redevenir comme les autres." [p. 267 - 268]

L'avis de A-Little-Bit-Dramatic ;

Cette lecture s'inscrit également dans le challenge "Un classique par mois" proposé par Stephie.

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20:57 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

Commentaires

Je suis ravie de lire qu'après des débuts assez laborieux, tu as finalement apprécié ce livre... :-)

Écrit par : Jacqueline | 29/01/2013

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Comme quoi la persévérance paie (parfois)...

Écrit par : paikanne | 29/01/2013

J'ai beaucoup aimé ce livre, même si certains passages, très philosophiques, m'ont parfois un peu mise en difficulté...il faut savoir que la philo et moi, ça a toujours fait 2, donc bon...^^
Ensuite, j'ai parfois été un peu étonné, également, de la façon dont Simone de Beauvoir relate son enfance avec beaucoup de détails...il est quand même difficile de se rappeler les premières années de notre vie ! Mais ce ne sont vraiment que de tous petits détails...j'ai beaucoup aimé le style, très intéressant et la façon dont Beauvoir se raconte...elle prend énormément de recul sur sa vie, ses parents, ses proches...elle parvient tout de même à se raconter avec pudeur et c'est ça qui compte par dessus tout.
Finalement, une bonne lecture ! Merci, paikanne, pour cette LC ! ^^

Écrit par : A-Little-Bit-Dramatic | 30/01/2013

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Je n'oublie pas mais je ne l'ai toujours pas fini et ai quelques problèmes perso, désolée du retard!

Écrit par : lauren | 01/02/2013

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