15/01/2013

Trois ombres au soleil, John Henry

Présentation. La ville. Ses nuits. Sa solitude. À peine débarqué, il en ressent une violence agressive. Depuis des années, elle s'y est habituée. Un peu trop. Et Sonia, qui laisse trainer sa blondeur éclatante sous les néons du métro. Puis un détonateur. Il va croire à l’amour, avec cette fille qui appartient à la ville. Elle réalise qu'elle est encore affamée de vie. Et des messages anonymes vaguement menaçants vont finir de venir bouleverser les vies. Tout était à l’indifférence. Pourtant, des bouts de papier, des choix, des hasards m’ont fait comprendre que tout est possible quand rien n’est fini. Trois ombres dans la ville. Trois ombres dans la nuit. Trois ombres au soleil.

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Mon avis. C’est après avoir été contactée par l’auteur, désireux de faire circuler/découvrir son roman, que je me suis lancée dans cette aventure livresque.

C’est l’histoire de trois solitudes destinées à se croiser en cette ville de Bruxelles, quatrième personnage du récit, une Bruxelles que, me semble-t-il, n’aurait pas reniée Dick Annegarn.

Un fil ténu va relier ces trois paumés. Lui s’égare dans des beuveries qui le laissent hagard au petit matin - ou en début d’après-midi - ; cuvée (dé)perdition… pour mieux recommencer. Elle, au crépuscule de sa vie, ouvre grand les yeux sur les années qu’elle n’a pas vécues, bien décidée à réussir sa mort, à défaut d’avoir réussi sa triste existence. À leurs côtés, de temps à autre, survient celle qui s’oublie dans le plus vieux métier du monde, celui qui lui permet de se faire un maximum de fric.

Les pages que j’ai le plus appréciées sont celles qui relatent les jours de Marie, la vieille dame, celle qui a à peine survécu dans l’ombre (!) de son défunt mari et s’éteint petit à petit, si tant est qu’elle se soit jamais allumée. Mais justement, l’étincelle (à juste titre !) survient : il n’est peut-être finalement pas (encore) trop tard…

"[...] À quoi rimaient toutes ces années passées à s'asseoir toujours à cette même place, en posant ma tasse de café toujours au même endroit sur la table basse, entre le napperon de dentelle et la bougie aux saveurs exotiques offerte par une voisine à l'occasion de mon septante-troisième anniversaire ? [...]

   Systématiquement, en m'arrachant du lit où je ne dormais plus depuis les premières lueurs  et les premiers roulements de moteur, je savais quel sort m'attendait pour la journée. Réglée comme du papier à musique qui joue mélodieusement une symphonie dont on connaît chaque note, chaque variation, sans que puissent intervenir les aléas d'une inspiration soudaine."

Je ne vivais plus. J'avais, inconsciemment, pris mes quartiers dans la salle d'attente de la mort, guettant patiemment le soir où l'on m'invitera à quitter la pièce.

   J'étais désormais une ombre que le soleil ne venait plus éclairer." [p. 41-44]

J’ai eu plus de mal avec lui, le genre de type que j’aurais envie de secouer comme un prunier pour qu’il se bouge les fesses. Cela dit, une scène relatée de son point de vue m’a réellement fait pleurer de rire, ce qui ne m’arrive pas si souvent : il vient d’être "engagé" pour initier un petit groupe de personnes (très) âgées à Internet…

   "Maintenant, vous allez faire glisser la souris sur le bouton "démarrer".

   La réponse, unanime, a fusé, "Une souris, où ça ?" [...]

   Alors, maintenant donc, vous allez faire glisser votre souris sur le bouton "démarrer".

   Là, j'ai halluciné. Vraiment. [...] Un vieux a attrapé la souris de sa main droite et l'a posée sur l'écran à hauteur de "démarrer". C'était comme l'histoire de la blonde qui mettait du tipex sur son écran pour effacer les mots dans Word. J'ouvrais de grands yeux. C'était donc possible ! Ça existait !

   Louis : "Il ne se passe rien, qu'est-ce que je dois faire ? Je commence à attraper une crampe." [...]

   - "Bon tout le monde est sur internet maintenant, je pense. Vous êtes sur une page blanche. Maintenant, il faut que vous tapiez quelque chose dans la barre d'adresse, d'abord vous cliquez dedans, puis vous écrivez." Je me sentais parfois ridicule à leur expliquer des basiques. Mais visiblement, ce n'était pas encore assez basique.

   Léon : "On doit mettre le numéro aussi ? Parce que j'oublie souvent le numéro de ma boîte postale." [p. 74 - 81]


La fin (du récit, pas la sienne) le rend plus sympathique, (presque) touchant.

Quant à Sofia, la prostituée, elle m’a laissée indifférente.

Même si j’ai parfois eu l’impression que le récit partait dans tous les sens (en quelque sorte un côté (dé)cousu de fil blanc, à l’image des personnages), j’ai apprécié cette lecture et cela, malgré les erreurs d’impression - ou autres -  qui subsistent…

Ce roman s'inscrit tout naturellement dans le cadre du challenge "Littérature belge" organisé par Reka ; la session 13 de "Un mot, des titres", challenge proposé par Calypso et le challenge des 170 idées de Helran avec le n° 123, quelque chose qui comporte une ombre [les "ombres" du titre].

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10:12 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

ça donne envie... En lisant ce billet, je me suis dit que ça allait me plaire et j'ai cherché où je pouvais acheter le roman, c'est sur le site de l'auteur : http://www.john-henry.be

Écrit par : didier beugnies | 15/01/2013

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En effet, ton avis donne plus envie que celui de Philisine!!!! Merci pour ce billet!

Écrit par : piplo | 20/01/2013

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