03/12/2012

Celui qui n'aimait pas lire, Mikaël Ollivier

Présentation.

Imaginez...

La fin du cours vient de sonner.

"Pour la semaine prochaine, dit la prof de français, vous ne lirez pas le chapitre 9. Il est interdit de finir le livre, ni même de le continuer. C'est bien compris ? (Là, les élèves soupirent) Et surtout : interdiction d'en faire un résumé."

Peine perdue... Trois heures plus tard, en rentrant du travail, les parents trouvent leur progéniture en train de lire avant même d'avoir fini de regarder la télé !

"Montre-moi tes dessins animés ! gronde le père. Et ta série américaine, tu l'as finie au moins ? C'était pour demain, je crois ? Je te préviens, si tu continues comme ça, tu passeras ton week-end devant la télé jusqu'à ce que tu aies tout vu !"

Parfois, je me dis qu'il suffirait d'interdire les livres aux enfants pour leur donner envie de lire...

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Mon avis.

Il y a de ces hasards (?), parfois…  J’ai eu la chance de rencontrer et discuter quelque peu avec Mikaël Ollivier à Montreuil. J’ai lu quelques-uns de ses romans même si je ne tenais pas forcément de blog à l’époque ; le dernier en date : Plus jamais sans elle (billet). J’en ai profité pour acheter Celui qui n’aimait pas lire que je pressentais "devoir" découvrir.

Je suis toujours en recherche de récits à proposer à mes élèves et je réfléchis beaucoup, depuis quelques années, à ce que je peux concrètement mettre en œuvre pour les inciter à oser se lancer dans la lecture ; mieux : leur en donner le goût.

La lecture est très importante pour moi mais aussi, par mon métier, j’essaie d’être "ouvreuse de portes" et si je demande de conserver des classes de quatrième (seconde en France), c’est non seulement parce que j’apprécie le programme lié à cette année, mais aussi parce que je peux me permettre de puiser abondamment dans la littérature appelée jeunesse ou YA (young adult), souvent de grande qualité, quoi que puissent en dire certains grincheux qui ne savent par forcément de quoi ils parlent…

Entre autres pistes, je n’impose plus UN livre mais toujours plusieurs car en participant à des partenariats, je suis parfois amenée à lire des romans qui me plaisent peu, voire pas du tout. Le plaisir devient alors corvée et je me suis imaginée "à la place" des élèves qui n’accrochent pas à un livre qui leur est imposé (sans parler de ceux qui détestent lire). S’il en va parfois ainsi pour moi qui aime lire, quel calvaire pour les élèves en question. Leur permettre à tout le moins de choisir est important, tout en me donnant l’opportunité de proposer des grands formats.

Je parle aussi beaucoup de mes lectures en classe ; je ne peux m’en empêcher. Selon moi, ce n’est jamais du temps perdu.

Je leur prête également volontiers mes exemplaires ; j’ai toujours trouvé qu’un livre manipulé est un livre qui vit.

Enfin, j'adore lire en classe et je le fais de manière régulière. Ainsi, une fois par semaine, ils écoutent un chapitre de roman, purement, uniquement, exclusivement pour le plaisir. Aucun devoir, aucune interrogation, aucun travail "à la clef". C’est rare. Dans tous les sens du terme : exceptionnel et précieux. C’est un des moments de la semaine que je préfère ; pour bon nombre d’entre eux aussi, je crois, indépendamment du fait qu’ils "perdent 15 minutes de cours". En réalité, ils ont gagné de l'évasion ; celui qui préfère dormir y est autorisé (ils ne sont pas légion) ; la seule chose que j’exige, c’est le silence.

Mais il est n’est pas facile de trouver un récit qu’ils puissent suivre aisément sans le support de l’écrit et qui allie intérêt, humour, émotion. Alors, depuis des années, je lis Simple de Marie-Aude Murail. Je suppose que je dois en être au moins à ma "trentième édition" et cette année, mes trois classes sont très réactives, dans le bon sens du terme. Un régal. Vraiment.

Et puis survient Celui qui n’aimait pas lire ; le livre est court, je l’ai donc lu rapidement et j’y trouve des échos, à tel point qu’il me sera impossible de ne pas le lire en classe. Lorsque Simple aura tiré sa révérence pour cette fois, celui qui n’aimait pas lire, Mikaël donc (?), entrera dans la sarabande des mots.

Pêle-mêle, quelques interpellations, coïncidences (?)...

Mikaël Ollivier évoque d'emblée "une suite de hasards bons ou mauvais qui, les uns mis au bout des autres, font ce que l’on devient et chacun des jours qu’on le traverse." [p. 15]

Même si j’emploie d’autres mots, c’est une idée que j'aborde souvent : saisir les occasions quand elles se présentent. Qui sait de quoi demain sera fait ?

La séquence du spectateur mentionnée par l’auteur a aussitôt fait resurgir en moi ce générique du dimanche midi.

"Pourquoi, le jeudi, on a "récitation" et pas "poésie" ?

Pourquoi me demande-t-on d’apprendre les vers par cœur dans le but d’être noté plutôt que de les lire pour leur beauté, leur signification, leur musique" ? [p. 48]

Oh, il m’est arrivé de demander aux élèves d’étudier et de présenter un poème à la classe mais j’ai toujours eu en horreur ce verbe "réciter".

Un poète est amoureux et n’a pas assez des mots de tous les jours pour dire "je t’aime" [p. 49]

"Aucun professeur de français, en nous présentant un nouveau livre, ne dit jamais : "C’est l’histoire d’un homme qui… C’est l’aventure d’une jeune femme qui… Ce livre raconte la vie de…" [p. 64]

Ah, si, et pas plus tard qu’aujourd’hui, pour évoquer d'ailleurs Celui qui n'aimait pas lire Clin d'œilet quand je propose à mes élèves une liste de livres parmi lesquels choisir, je débarque avec mon baluchon parce qu’il est important de découvrir l’objet (même s’il arrive que, pour certains, le critère fondamental soit l’épaisseur Clin d'œil).

Pêcheur d’Islande me ramène trente ans en arrière...

Et LA coïncidence : à la fin du livre, Mikaël Ollivier relate un extrait du premier chapitre de Candide, celui où "Cunégonde vit, entre les broussailles, le docteur Pangloss qui donnait une leçon de physique expérimentale à la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très docile". Il ajoute : "En première, Madame M. n’a pas daigné nous expliquer ce que Voltaire entendait par physique expérimentale, et par la même occasion qu’il y avait dans ce livre de quoi assouvir cet appétit de vivre si virulent qu’il m’étouffait et me rendait muet, revêche, rétif et sans doute irritant." [p. 149]

Or, pas plus tard que la semaine passée, nous avons travaillé sur ce chapitre de Candide et j’ai voulu m’assurer que les élèves avaient bien saisi ce dont il était question ; ce n’était pas le cas, une explication s’imposait donc, histoire de ne pas passer à côté de l’humour. J'ai donc expliqué.


Monsieur Ollivier, vous qui espériez, selon la dédicace, que j'aimerais le livre : c'est indéniablement chose faite  Sourire

 

NB : vous désirez savoir qui est la mystérieuse dame dans les lunettes ? Lisez le livre !

22:16 Écrit par paikanne dans Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (9) |

Commentaires

Terriblement tentant. Ton billet est excellent!!!

Écrit par : Anne | 03/12/2012

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Je te le prête volontiers pour le congé si tu veux :-)

Écrit par : paikanne | 03/12/2012

Intéressant !

Écrit par : Aranae | 04/12/2012

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Vraiment, oui.

Écrit par : paikanne | 04/12/2012

Un livre que j'ai lu aussi (tu t'en doutes) et que je propose aussi à mes 4e. ;-)

Écrit par : argali | 04/12/2012

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Tu en avais parlé sur ton blog, si mes souvenirs sont bons ?

Écrit par : paikanne | 04/12/2012

Oh, que j'ai aimé lire ton billet .....:-)

Écrit par : Jacqueline | 04/12/2012

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Merci :-)

Écrit par : paikanne | 04/12/2012

Que peut-on subir de pire que l'obligation de lire un bouquin qu'on n'aime pas? Tu as bien raison!
Ca me rapporte à une (lointaine) époque où j'ai abandonné la lecture, ne lisant que ce qu'on m'obligeait à lire!
Moi, je lis aux enfants et je ne sais qui en éprouve le plus de plaisir, eux ou moi.
Bon weekend. Je suppose que tu as fini tes cours et que tu dois corriger...

Écrit par : Philippe D | 07/12/2012

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