20/10/2012

La Tour des Illusions, Anthelme Hauchecorne

Présentation. Depuis qu’elle s’est enfuie de chez elle, son enfant sous le bras, Myriam vit dans la rue. Contrainte de rejoindre une communauté de sans-abri, elle découvre un univers doté de ses propres codes, où s’affrontent Hugues, le patriarche au grand cœur, et celui qu’on appelle "le Diablotin", un vaurien bercé d’illusions de grandeur. Myriam n’est pas seule à vouloir remonter la pente. Justin, un mystérieux SDF, semble prêt à l’aider. Peut-elle compter sur lui ?

Pendant ce temps, au cœur d’une tour perdue en rase campagne, les expériences d’un millionnaire excentrique échappent à tout contrôle. Un groupe de mercenaires arpente les tunnels poisseux d’un ancien réseau d’égouts. Dans son laboratoire, un scientifique sans scrupules joue avec le feu.
Lorsqu’une cinquantaine de SDF disparaissent en pleine nuit, le cauchemar commence...

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Mon avis. J’ai reçu ce livre voici quelque temps et en avais lu une bonne partie lorsque j’ai rencontré ce jeune auteur aux Halliennales le WE passé, lui qui "s’éteindra le 27 février 2045, resté fidèle à ses idées, jusqu’au bout" [ce dont je ne doute nullement].

Après coup, je me dis que le récit est à l’image (à tout le moins de ce que j’ai pu/cru percevoir) de l’auteur : révolté et horriblement/délicieusement cynique.

Les personnages qui évoluent dans les mailles de cette intrigue sont hauts en couleur(s) ("rouge - sang [les "fleurs de sang" abondent] - et noir", des tons que n’aurait pas reniés Jeanne Mas), mais peut-être est-il plus prudent de ne pas (trop) s’y attacher sous peine de souffrir avec/pour/à travers eux : une Myriam prête à tout afin de s’en sortir pour sa fille ; un Justin mystérieux, désireux de rester dans l’ombre (ah pour sûr, l’ombre, il va connaître) ; à leurs côtés, un Diablotin dont le diminutif est diablement usurpé, autrement dit une pourriture, dans tous les sens du terme, comme on n’en fait (presque) plus ; des rats puissamment dégénérés et habilement organisés ; une "créature" pour le moins originale ; un "type plein de fric" enfermé dans sa "tour des (dés)illusions"...

Ce roman est proposé dans la catégorie science-fiction. De science, il est question, abondamment, avec ses travers passant outre un minimum d’éthique ; quant à la fiction, c’est une autre affaire : je garde l’amère impression que notre (triste) réalité n’est pas/plus si éloignée de cette étrange "histoire" avec ses expériences tous azimuts, ses scientifiques sans scrupules, ses exclus de toutes sortes, ses sacrifiés sur l’autel du profit…

Une réflexion intéressante donc, à partir d’une intrigue qui part dans tous les sens ; une atmosphère lourde, pesante, confinée, particulièrement bien rendue par la couverture réalisée par Mathieu Coudray ; pourtant, surgissent çà et là, à l’instar des rongeurs dévoreurs, des traits incisifs qui amènent le sourire (jaune ou pas) : 

   "Ainsi squattent-ils" [p. 19]

   "Le Diablotin, en bon chef de bande, toise son subalterne avec toute la bienveillance d’un directeur des ressources humaines à la veille d’une réduction de personnel. Dans la petite entreprise Diablotin ®, les réductions de personnel commencent par les doigts de la main gauche. Kobal se ressaisit : les junkies aiment se tuer à petit feu, pas au lance-flammes." [p. 60]

   "Tout en parlant, Urza se délecte secrètement de l’état de délabrement de son employeur. Au cours de ses missions dans la légion, puis comme mercenaire, le colonel a eu l’occasion de côtoyer maints cadavres, mais jamais de leur faire la conversation. C’était avant de rencontrer Plassier. Dire du vieux qu’il a un pied dans la tombe reviendrait à dire de la momie de Ramsès qu’elle devrait faire des UV." [p. 71 – 72]

   "Depuis cinq ans qu'il travaille, c'est la première fois qu'il rencontre ce problème. La situation est grave, il en est convaincu. Cependant, il hésite sur la marche à suivre. À l'image d'un vieux moteur, la routine encrasse son esprit. Une situation sortant de l'ordinaire a sur lui le même effet qu'un démarrage fougeux d'une deux-chevaux rachetée à un retraité : son cerveau cale. "J'avais bien besoin de ça, tiens !", se plaint-il. D'ordinaire, son job consiste à rester devant son écran et, les soirs de zèle, à faire une ronde pour s'assurer qu'aucun voleur ne dérobe des installations d'importance stratégique, telle que la machine à café, ou le distributeur à confiseries. Comme tous les incompétents confrontés à une situation qui les dépasse, il décide de refiler le problème à une personne sérieuse, efficace et professionnelle... En un mot : une poire." [p. 195]

Il est juste dommage qu'il reste des erreurs d'orthographe.

15:01 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |

Commentaires

Je suis d'accord avec cet avis dans l'ensemble... Quel plaisir (un peu coupable je l'avoue) que d'assister à l'évolution de l'histoire.

Surtout avec la société des rats.. :)

Écrit par : Aranae | 20/10/2012

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