02/08/2012

Où on va, papa ?, Jean-Louis Fournier

Présentation. Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?

Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : "Qu'est-ce qu'ils font ?"

Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.

Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.

Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.

Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.

Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.

ou on va.jpg

Mon avis. Ce livre est arrivé par surprise hier dans ma BAL (merci Dame Meli) ; je l’avais repris sur ma "Wish-list" après avoir lu quelques avis à son propos, ainsi que d’autres, relatifs à la réaction de la maman face aux mots écrits par son ex-mari. J’ai alors eu envie de me faire ma propre idée et je l’ai lu à peine reçu, l’ensemble ainsi que les chapitres sont en effet très courts.

Je comprends ceux qui l’ont apprécié ; je comprends aussi ceux qui l’ont détesté.

Le handicap n’est pas un sujet dont on parle aisément et quand, de surcroît, le père se permet de manier (habilement) à ce sujet l’ironie, il risque bien de se voir tirer dessus à boulets rouges…

Le handicap est un sujet qui me touche puisque je suis concernée mais je suis à mille lieues de ces deux enfants maltraités par la vie : bien sûr, je n’ai "plus de jambes", ou si peu, mais je ne souffre pas véritablement, au sens physique du terme, et pour le moment à tout le moins, j’ai encore toute ma tête ; elle n’est pas "remplie de paille".

J’ai lu que ce livre "fait du bien" ; pas à moi en tout cas car derrière le cynisme parfois cruel qui imprègne les phrases de Jean-Louis Fournier, se cache (ou se dévoile) une immense détresse, celle liée à l’impuissance de tous face à cette (énorme) différence qui a des répercussions terribles pour la famille.

J’ai eu le sentiment que l’humour est un moyen, parmi d’autres, qui permet de (tenter de) "tenir le coup", vaille que vaille. C’est ce que je retiendrai. On ne peut de toute manière jamais savoir comment l’on réagirait soi-même face à telle ou telle situation ; on ne peut jamais que le supposer…

  "En tant que père de deux enfants handicapés, j’ai été invité à participer à une émission de télévision pour témoigner.

   J’ai parlé de mes enfants, j’ai insisté sur le fait qu’ils me faisaient rire souvent avec leurs bêtises et qu’il ne fallait pas priver les enfants handicapés du luxe de nous faire rire.

   Quand un enfant se barbouille en mangeant de la crème au chocolat, tout le monde rit ; si c’est un enfant handicapé, on ne rit pas. Celui-là, il ne fera jamais rire personne, il ne verra jamais des visages qui rient en le regardant, ou alors quelques rires d’imbéciles qui se moquent.

   J’ai regardé l’émission, qui avait été enregistrée.

   On avait coupé tout ce qui concernait le rire.

   La direction avait considéré qu’il fallait penser aux parents. Ça pouvait les choquer." [p. 37]


  "Quand je parle de mes enfants, je dis qu'ils ne sont "pas comme les autres". Ça laisse planer un doute.

   Einstein, Mozart, Michel-Ange n'étaient pas comme les autres." [p. 99]

16:04 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (6) |

Commentaires

Pour ma part, ce livre m'a laissé un gout amer. Je n'ai pas trop aimé la façon dont Fournier parle de ses enfants... même si c'est un roman. Je l'ai trouvé assez dur

Écrit par : Carnet de lecture | 02/08/2012

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Il est dur, effectivement...

Écrit par : paikanne | 02/08/2012

J'au lu ce roman il y a quelques mois et je partage ton avis. Humour, cynisme, voire "cruauté" ....... une façon de "tenir le coup" pour cet homme oh combien meurtri par la vie ...La naissance d'un enfant handicapé mental est un drame très difficile à surmonter .... mais deux .... je n'ai pas de mot .....

Écrit par : Jacqueline | 02/08/2012

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Chacun "tient le coup" comme il le peut...

Écrit par : paikanne | 02/08/2012

Un livre qui ne laisse pas indifférent et qu'on n'oublie pas aussitôt refermé.
J'ai trouvé dommage que la maman soit complètement oubliée dans "l'histoire".
Bonne soirée.

Écrit par : Philippe D | 02/08/2012

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Sans doute pour n'évoquer que ce qu'il ressent(ait), lui...

Écrit par : paikanne | 04/08/2012

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