16/07/2012

Un temps de chien, Cyrille Audebert

Présentation. La pie pencha la tête de côté et regarda la chose s’éloigner à travers la végétation dense du sous-bois. Si le froissement des broussailles indiquait que l’étrange apparition s’enfonçait bien dans une direction opposée à la sienne, elle patienta malgré tout encore un instant. Rassurée par le calme retrouvé, elle s’approcha en sautillant.

Arrivée à moins de deux mètres du corps inanimé, la pie émit un léger grincement et fit un bond en arrière… Rien. Pas un mouvement. Il lui sembla qu’elle n’aurait aucune résistance à attendre de ce mets de choix. Elle s’avança prudemment, plongea son bec dans les viscères du cadavre étalés sur le sol pour s’emparer d’un morceau encore chaud. Aussitôt elle projeta sa tête en arrière pour faciliter le passage de la viande dans son gosier.

Elle savait n’avoir que peu de temps avant que les autres charognards ne viennent lui disputer le corps déchiqueté de la femme…

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Mon avis. Oh, quel bon moment, que dis-je, quel excellent moment j’ai passé avec ce roman ; j’ai (sou)ri plus souvent qu’à mon tour : l’humour y est proportionnel à l’horreur des crimes commis, c’est dire.

On retrouve dans ce tome certains personnages de L’évangile selon Jacques Lucas ; voici déjà près d’un an que je l’ai lu et, par conséquent, il m’a fallu un peu de temps pour me remémorer les choses mais j’y suis arrivée [même si je reconnais que j’avais oublié que Jacques Lucas est belge - je sais, je sais, je suis impardonnable -].

Hormis une pluie de chiens censément venue d’Angleterre (!), le récit commence avec la découverte en bord de route, par un géant des bois, d’une superbe jeune femme nue, ensanglantée et - pas accessoirement du tout - amnésique. Parallèlement, l’enquête est centrée sur la découverte de corps atrocement mutilés, dévorés même, dans la campagne bretonne.

C’est ainsi l’occasion de retrouver Margot, Octave - oh, pardon, Billy -, David Huxley et l’inévitable Jacques Lucas, même si ces deux derniers jouent un rôle plus effacé dans cet épisode. L’enquête piétine car il est évident que les conclusions qui s’imposent naturellement, suite aux constatations et analyses, vont à l’encontre de la logique la plus élémentaire…

Apparaît alors un personnage étrange, Mac Cool, espèce de SDF irlandais que je ne pouvais m’empêcher d’associer à Sean Connery [je sais que sir Connery est écossais et peut-être est-ce un crime de lèse-Irlandais d’associer les deux, mais ce fut pourtant le cas]. Il va emmener Margot loin des sentiers battus, sur la piste de légendes irlandaises avec lesquelles elle sera bien forcée de composer.

Les dialogues sont savoureux, piquants, caustiques, même si la tension monte lorsque l’on se dirige tout doucement vers l’épilogue [je dois d’ailleurs avouer que la tension est tellement bien montée chez moi que j’en ai fait un cauchemar qui m’a réveillée en début de nuit ; il m’a fallu quelques minutes pour m’apaiser avant de me rendormir].


— Je n’y connais pas grand-chose en matière de clébards, lui avoua Jonquet. Mais je peux t’assurer que la mâchoire de notre nouvelle bestiole n’est pas d’un modèle courant. Encore pire que lors du précédent carnage. C’est comme pour la taille des pattes : on s’est un brin éloigné du chienchien à sa mémère, là. On vient même de carrément changer de catégorie.

—  De catégorie ?

— Ouais ! On est dans le lourd, maintenant. Dans le primé. Dans la bête à concours. À croire qu’il avait un jockey sur le dos, ton bestiau.

— Au lieu de débloquer, tu l’estimes à combien, le poids de ce chien ?

—Tu jures que tu ne vas pas rire ?

Le regard noir du flic ne laissa aucun doute sur sa propension à l’hilarité.  [p. 91]


David Huxley mettait une dernière touche à la toile posée devant lui, lorsque Margot poussa la porte de l’agence. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait aperçu un de ses tableaux, que la jeune femme ne put réfréner sa curiosité :

— Tu as vraiment un modèle qui ressemble à cette fille ?

David Huxley prit un peu de recul et examina son œuvre.

— Je crois, oui. Pourquoi tu me demandes ça ?

— C’est à cause de ses seins… Tu es bien conscient que sur ta… sur la… Enfin, bordel, David, t’es miro ? Ce que je veux dire, c’est qu’elle en a trois !

 David réexamina la toile en plissant les paupières.

— Ah, oui ! C’est vrai tiens, t’as raison… Maintenant que tu le dis, il est possible que j’aie un peu exagéré la réalité… mais je te promets que si tu la voyais, tu serais en accord avec ce que j’ai peint. Je t’assure que Natacha mériterait d’en avoir trois. [p. 138 – 139]

21:07 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) |

Commentaires

L'humour me dit bien, "l'horreur des crimes" un peu moins...

Écrit par : Nahe | 16/07/2012

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Ca ne doit pas t'arrêter ; les descriptions à ce sujet ne sont pas trop développées...

Écrit par : paikanne | 16/07/2012

Je retiens alors !

Écrit par : Nahe | 17/07/2012

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