26/06/2012

Apocalypsis, 3, Cavalier noir : Maximilian, Eli Esseriam

Présentation. Maximilian Von Abbetz, le Cavalier noir, est issu d’une famille autrichienne richissime, ayant su tirer profit du nazisme. Orgueilleux, cynique et charismatique, il ne fréquente que l’élite. Il jouit d’une popularité inquiétante, d’un pouvoir de séduction surnaturel qui ne laisse personne insensible, hormis sa jeune sœur qui, souffrant de cécité, restera la seule à l’aimer pour ce qu’il est réellement. Son don réside dans son apparence, qui prend les traits de l’objet de désir de celui qui le regarde. Adulé, vénéré, il pousse les êtres qui l’entourent aux pires exactions. Personne ne semble connaître son véritable visage, si tant est qu’il en ait un.

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Mon avis. Je risque bien aujourd’hui de me faire quelques ennemi(e)s avec ce billet car mon avis diffère des éloges que j’ai pu en lire sur le Net alors que c'est avec une grande joie que j’ai vu arriver dans ma BAL ce troisième tome d’Apocalypsis [merci aux Éditions Matagot-Nouvel Angle], d’autant que j’étais restée sous le charme d’Edo, le Cavalier rouge.

On passe ici au noir, au très très noir, en fait. Et je suis entrée tout de suite dans le récit, à la découverte de ce Maximilian, un être horrible, d’une suffisance crasse mais au subtil raffinement, un être pourri jusqu’à la moelle qui considère que tout lui est dû – forcément, il dispose d’argent à ne plus savoir qu’en faire – et qui voit les autres, autrement dit "tout" ce qui n’est pas or, comme de vulgaires valets indignes de poser le regard sur son auguste (c’est le mot !) personne… 

Mais malgré ce sombre tableau, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre ses pensées, exprimées de manière "savoureuse". Un titre connu me vient à l’esprit à propos de cette vilenie incarnée : une "délicieuse pourriture" ; il est pourtant parvenu à m’émouvoir à plusieurs reprises, notamment lors de l'évocation de sa "lourde ascendance", celle qui permet au lecteur de comprendre en partie comment il en est arrivé "là". Impossible alors de rester indifférent, même vis-à-vis de lui.


   "[...] Tu as un nom à honorer !

   - Je m'acquitte de cette tâche aussi bien que vous. Vous qui organisez des colloques de travail qui virent en orgies romaines, qui confondez "sortir à l'opéra" et "rentrer dans les danseuses". Vous que vos compagnons de l'Université surnommaient "la grande distillerie". Vous qu'on a retrouvé le pantalon sur les chevilles en train de trousser les bonnes tellement de fois que je m'étonne que ce ne soit pas le cas en ce moment même. Je ne suis encore qu'un petit apprenti sur le long parcours qui mène à votre inconduite mais je m'efforce, Père, je m'efforce. [...]

   - Ressaisis-toi. Immédiatement. So...

   - Sofort [immédiatement], je sais. En revanche, petite rectification linguistique, mein lieber [mon cher] Papa : vous auriez dû dire "saisis-toi". Le "re" sous-entend que j'ai déjà eu un comportement digne de vos attentes par le passé. Or, nous savons tous deux qu'il n'en est rien. N'ai-je pas été toute ma vie une déception pour vous ? Nur ein Enttaüschung, oder [seulement une déception, nest-ce pas] ?

   - Maximilian, tu es la personne la plus immature du monde entier.

   - C'est stupide de dire cela. Vous ne connaissez pas le monde entier, voyons." [p. 31-33]

   "Gretchen s'étant excusée pour aller vaquer à des occupations de la plus haute importance, à savoir assortir la couleur de ses chaussures à celle de son rouge à lèvres, [...]" [p. 77]

   "Une convention tacite veut que l'on ne surnomme jamais l'épouse trentenaire de son grand-père "mamie". Par conséquent, l'appellation générique, se voulant affectueuse, de "tante" est la seule un tant soit peu appropriée. Nous avions eu beaucoup de tantes, cela va sans dire. Probablement davantage qu'on en dénombre sur le plus grand char de la Gaypride." [p. 134]


Auprès du jeune homme, gravitent des personnages intéressants, mais très peu nuancés, dont l'unique qui trouve grâce à ses yeux : sa sœur jumelle, Silke, devenue aveugle bien des années auparavant mais probablement la plus clairvoyante, la plus "normale" dans son comportement. Aux antipodes de son frère en tout cas. Du reste de la "famille" aussi, au demeurant. Les "amis" de Max sont, quant à eux, du même acabit que lui.

C'est dans cet environnement à mille lieues de ce que connaît le commun des mortels que grandit l'adolescent et qu'il va découvrir en quoi consiste son "don" : il prend la pleine mesure de son talent de manipulateur. Séducteur hors pair, il va pouvoir améliorer sa "technique" grâce à l'aide de son oncle et se retrouver ainsi fin prêt lorsque surviendra l'Apocalypse...

Le soufflet de mon enthousiasme a fini par retomber quelque peu pour deux raisons : la première, c’est que si je suis sincèrement très admirative de la manière dont l’auteure a réussi à maintenir haut la barre de l’ignominie, évoquée avec énormément d’humour, d’ironie, de cynisme, je m’en suis lassée vers la fin. Bien sûr, des événements surviennent, et pas des moindres (!), mais j’attendais - sans doute trop - d’en arriver à une avancée vers ce futur apocalyptique annoncé.

La deuxième raison qui a entaché cette lecture, d’abord de manière insidieuse et puis beaucoup plus franchement, c’est le nombre de fautes présentes dans le texte, d’orthographe mais surtout de "style" : entre autres l’emploi presque systématique de l’imparfait au lieu du passé simple attendu ou la confusion futur simple/conditionnel. Il est vrai que j’ai lu le récit durant mes corrections d’examens et que j’y étais peut-être (encore) davantage sensible que d’habitude, mais si j’étais avide de découvrir la suite des "aventures" (le terme est ici trop "léger") de Max, cela a fini par m’agacer sérieusement. Je ne serais probablement pas restée sur une impression à ce point mi-figue mi-raisin sans ces erreurs…

Cela dit, Elias, Cavalier pâle m’attend dans ma PAL et j’ai hâte de faire aussi sa connaissance avant l’apo… théose finale…

14:05 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |

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