02/04/2012

La Dernière Conquête du Major Pettigrew, Helen Simonson

Présentation. À Edgecombe St. Mary, en plein cœur de la campagne anglaise, une tasse de thé délicatement infusé est un rituel auquel, à l’heure dite, le major Ernest Pettigrew ne saurait déroger, pas plus qu’à son sens du devoir et à son extrême courtoisie, aussi désuète que touchante, qui font de lui l’archétype même du gentleman anglais : raffiné, sarcastique et irréprochable.

Dans ce petit village pittoresque où les cottages le disputent aux clématites, le major a depuis trop longtemps délaissé son jardin. Désormais veuf, il a pour seules compagnies ses livres, ses chers Kipling, et quelques amis du club de golf fuyant leurs dames patronnesses. Ce n’est guère son fils, Roger, un jeune londonien ambitieux, qui pourrait le combler de tendresse. Mais, le jour où le major apprend le décès de son frère Bertie, la présence douce et gracieuse de Mme Ali, veuve elle aussi, va réveiller son cœur engourdi. Tout devrait les séparer, elle, la petite commerçante d’origine pakistanaise, et lui, le major anglais élevé dans le plus pur esprit britannique. Pourtant leur passion pour la littérature et la douleur partagée du deuil sauront les réunir.  […]

C’est avec beaucoup de charme et d’intelligence que Helen Simonson s’empare du thème des traditions pour montrer combien elles peuvent être à la fois une valeur refuge et un danger. Il se dégage de son roman une atmosphère "so british" qui enchante. Reste une question : votre tasse de thé, vous la prendrez avec un nuage de lait ou une tranche de citron ?

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Mon avis. Je le précise tout de go (de circonstance, of course) : je n’apprécie pas le thé, seul lien ténu qui pourrait éventuellement rallier tous les protagonistes de cette histoire. J’ai portant goûté, savouré chaque miette de ce roman, comme une tranche de cake (plutôt chocolat que citron) accompagnée d’une "jatte de fraîche" (traduction : tasse de café). 

J’ai découvert l’atmosphère à laquelle je m’attendais après avoir vu la superbe couverture et lu la quatrième. C’est uniquement à ce sujet, d’ailleurs, que le bât blesse (autant évoquer d’emblée le point négatif de ce billet) : la présentation proposée dévoile beaucoup trop de l’histoire à mon goût, c’est pourquoi j’ai préféré en couper une partie. En effet, lorsque je lis le "texte apéritif" d’un roman, j’attends le moment où le récit va le dépasser et entrer véritablement dans "la phase découverte". Or ceci n’arrive que dans le dernier tiers de l’ouvrage ; le lecteur gagnerait, me semble-t-il, à n’avoir pas, dès le départ, toutes ces informations…

Hormis cet élément, cette lecture aurait été pour moi un coup de cœur ; je me suis ainsi régalée avec l’écriture ciselée de l’auteure, soucieuse de dépeindre personnages, lieux et convenances dans leurs moindres détails afin que nous prenions la pleine mesure de ces non-dits tellement éloquents (et hop, un oxymore subtilement glissé)… Je n’ai pu m’empêcher de songer à Jane Austen.

Le major Pettigrew semble être au départ une espèce de vieux ronchon enferré dans ses habitudes surannées mais il apparaît tellement soucieux des bienséances que ses réflexions sont mûrement réfléchies et joliment tournées. Il s’agit pour lui d’exprimer sa pensée sans heurter de front son interlocuteur ; ce dernier se sent d’ailleurs parfois tellement à mille lieues du major - ou si peu intelligent - qu’il n’en perçoit pas forcément les subtilités. L’ironie est donc souvent présente et se déguste comme un nectar car l’on ne peut qu’être d’accord avec Pettigrew qui porte un regard autre sur la société à laquelle il est confronté depuis qu’il s’est rapproché de madame Ali, délicieuse et raffinée "mais" pakistanaise et "vendeuse" de surcroît. Deux mondes opposés qui prennent le temps de faire connaissance, au grand dam des "autres", intransigeants, ceux qui jugent de manière péremptoire, qu’ils appartiennent à un "clan" ou à l’autre.

   " La dernière fois que j'ai senti l'odeur de la lampe à paraffine, j'étais petite fille, se contenta-t-elle de remarquer. Mon père nous avait expliqué que le principe en avait été découvert à Bagdad par un alchimiste, au neuvième siècle, qui essayait de distiller de l'or.

   "- Je croyais que c'était l'invention d'un Ecossais", fit-il et, se brûlant le pouce alors qu'il se démenait avec la deuxième lampe, il lâcha l'allumette. "Mais enfin, l'Orient a inventé les objets les plus incroyables, pendant que nous en étions encore à comprendre le système des clayonnages enduits de torchis et à tâcher de rattraper nos moutons égarés." Il gratta une nouvelle allumette. "Malheureusement, au bout du compte, rien de tout cela ne comptait vraiment, à moins que vous n'ayez déposé un brevet avant les Américains." [p. 438]

J’ai également apprécié Grace la bien nommée, seule à être conciliante et à en prendre, par la même occasion, plein la figure, principalement à l’instigation de Daisy, une femme méchante, bornée, écoeurante. J'ai aussi aimé Sandy, bien vite sur la même longueur d’onde que le soldat à la retraite, n’en déplaise à Roger, le fils du major, jeune arriviste friqué auprès de qui il est inutile d’espérer trouver un quelconque réconfort…

Un bien agréable moment…

Grand merci à Livr@ddict et aux Éditions NiL pour ce partenariat.

Traduction : Johan-Frédérik Hel-Guedj

21:42 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

Commentaires

Oui, Paikanne, à la lecture de ton billet - que j'ai beaucoup apprécié -, je pense que ce roman devrait me plaire : le sujet, l'écriture .... et la campagne anglaise (je suis une fan de Barnaby ♥)....

Écrit par : Jacqueline | 03/04/2012

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Un roman délicieux et dépaysant !

Écrit par : Nahe | 03/04/2012

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bonjour, je suis d'accord avec toi sur les 4èmes de couverture trop bavardes, heureusement que je ne les lis presque jamais avant de commencer un roman

Écrit par : XL | 30/09/2013

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Comme toi, j'ai énormément aimé ce roman et son ambiance (et j'adore le thé ce qui ne gâche rien !). Le Major Pettigrew sous ses dehors bourrus a su complètement me séduire ainsi que la douce Mrs Ali.

Écrit par : Frankie | 27/12/2013

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