22/01/2012

Blue Jay Way, Fabrice Colin

Présentation : Julien, jeune Franco-Américain féru de littérature contemporaine, a perdu son père le 11 septembre 2001 dans l’avion qui s’est écrasé sur le Pentagone. Désireuse de lui faire oublier ce drame, la célèbre romancière Carolyn Gerritsen, qui l’a pris en amitié, lui propose d aller vivre à Los Angeles chez son ex-mari producteur, afin qu’il officie en tant que précepteur auprès de leur fils Ryan.

À Blue Jay Way, villa somptueuse dominant la ville, Julien est confronté aux frasques du maître des lieux, Larry Gordon, et à une jeunesse dorée hollywoodienne qui a fait de son désœuvrement un art de vivre : un monde où tous les désirs sont assouvis, où l’alcool, les drogues et les parties déjantées constituent de solides remparts contre l’ennui. Peu à peu, Julien se laisse séduire par ce mode de vie délétère et finit par nouer une relation amoureuse avec Ashley, la jeune épouse de Larry (et belle-mère de Ryan). Lorsque la jeune femme disparaît mystérieusement, il doit tout faire pour dissimuler leur liaison sous peine de devenir le principal suspect. […]

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Mon avis.  Au préalable, un grand merci à Sonatine et à Fabrice Colin pour cette découverte.

Il est toujours délicat de se lancer dans la lecture d’un roman dont on [je] risque d’attendre beaucoup : la déception pourrait alors être à la hauteur des attentes. Deux a priori positifs pour moi ici : Sonatine dont j’ai toujours aimé l’objet livre, tout autant que le nom d’ailleurs, ainsi que les œuvres que j’ai pu lire, et Fabrice Colin que l’on ne présente plus. Allait-il pouvoir me captiver dans ce registre comme il avait réussi à le faire en littérature jeunesse ?
Si je vous dis que j’ai commencé cette lecture le dimanche et que le mercredi soir, j’arrivais au terme, vous aurez déjà quelques éléments de réponse à cette question…

Le récit se met en place progressivement avec la rencontre de Julien et Carolyn Gerritsen,  l’auteure qu’il admire et à propos de laquelle il souhaite écrire. Par ailleurs, Julien nous livre, par bribes, des éléments de son passé qui nous le présentent comme un être passablement en lutte avec ses propres démons.

De fil en aiguille, le jeune homme se retrouve à Los Angeles, Blue Jay Way précisément, "modeste résidence" de l’ex-mari de Carolyn, un producteur qui ne doit même plus savoir comment dépenser son argent. Et Julien dans tout ça ? Il est censé venir en aide et veiller sur le fils de Carolyn et Larry, un Ryan déjà détruit psychologiquement par le néant qui le submerge, malgré ses "amis",  parasites aussi douloureusement désabusés que lui. Un travail rémunéré pour Julien, cela va sans dire, rétribution infime pour le maître des lieux, substantielle pour le jeune homme.

Plongée dans un monde qu’il découvre les yeux écarquillés, mi-fasciné, mi-dégoûté. Ou l’inverse. Un monde à mille lieues de ce qu’il connaît et qu’il appréhende comme il le peut, bientôt englué dans la torpeur californienne, au sein d’un cadre sublime et enchanteur, à première vue.  Désenchanté, surtout. Une atmosphère paralysée par un soleil brûlant ; des êtres vivants (?) à l’image de ce que l’on attend d’eux dans cet univers friqué : en totale déliquescence ; "un monde où tous les désirs sont assouvis, où l’alcool, les drogues et les parties déjantées" ne constituent même plus "de solides remparts contre l’ennui"… 

Les problèmes surviennent pour le Français lorsqu’il entame une relation, "physiquement très intense", avec la jeune épouse de son patron : difficile de ne pas être capturé dans ses filets. La peur d’être surpris s’insinue peu à peu en lui, alors qu’Ashley semble, apparemment, beaucoup s’amuser de la situation. Jusqu’au jour où elle disparaît…

Ce fil conducteur est parfois interrompu par des séquences liées à d’autres personnages appartenant au passé, principalement un être brisé dès sa naissance et un autre qui a, depuis toujours, élevé le Mal au rang d’art.

Le lecteur suit ainsi à la trace (à la page) les différents destins en attendant, (im)patiemment, de reconstituer cette toile qui risque d’amener l’un ou l’autre vers une once de délivrance. Peut-être. Ou peut-être pas.

Ce fut pour moi une lecture prenante, malgré le malaise prégnant, rehaussé par la chaleur permanente de ce lieu "mirifique". Un roman qui, indéniablement, a "une (belle) gueule d’atmosphère"…

Sortie le 16 février.

12:51 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) |

Commentaires

Hmmm, les romans à "atmosphère pesante" me font toujours passer de très bons moments en général, alors même si j'avais peur de la filiation avec David Lynch, ton billet me donne très envie de le découvrir.
Bisous

Écrit par : Cajou | 22/01/2012

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Je suis comme Cajou : ton billet me donne envie de découvrir cette histoire ! :-)

Écrit par : Jacqueline | 22/01/2012

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