27/11/2011

Delirium, Lauren Oliver

Présentation : Lena vit dans un monde où l’amour est considéré comme le plus grand des maux. Un monde où tous les adultes de 18 ans subissent une opération du cerveau pour en être guéris. A quelques mois de subir à son tour "la Procédure", Lena fait une rencontre inattendue… […] "Ils prétendent qu’en guérissant de l’amour nous serons heureux et à l’abri du danger éternellement. Je les ai toujours crus. Jusqu’à maintenant. Maintenant, tout a changé. Maintenant, je préférerais être contaminée par l’amour ne serait-ce qu’une seconde plutôt que vivre un siècle étouffée par ce mensonge."

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Mon avis : dans le cadre de mon exploration des mondes dystopiques, je tenais absolument à lire Delirium afin de le proposer éventuellement à mes élèves. S’il y a bien un roman pour lequel l’adverbe "éventuellement" n’est maintenant plus de mise, c’est celui-ci. Je remercie Black Moon pour cette belle découverte…

Encore une dystopie, me direz-vous ? Hé bien oui, mais ce n’est pas avec celle-ci que je risquais de me lasser.

Comme dans tout récit de ce type, la société apparemment parfaite existe. Apparemment. Cette fois, c’est l’amour qui a été éradiqué car source de bien des maux. C’est ainsi que vers l’âge de dix-huit ans, les jeunes sont évalués et subissent, quelque temps après, ce que l’on nomme le Protocole : une opération destinée à supprimer, dans le cadre d’un avenir aseptisé, tout sentiment amoureux.

(Magda)Lena compte les jours la séparant de cette étape fondamentale de sa vie, à la fois animée par l’impatience (qui n’attendrait pas le bonheur promis ?) et l’angoisse (même si les bienfaits de ce futur (in)connu lui sont ressassés depuis son plus jeune âge, entre autres par sa tante Carol et son oncle William chez qui elle vit, elle ne peut qu’être nerveuse et le redouter malgré tout).

La dictature chère aux dystopies est ici centrée sur l’amour, l’amor deliria nervosa, maladie qui a pu être éliminée grâce au Protocole auquel chacun est tenu de se soumettre. La société est si bien formatée que les proches œuvrent dans ce sens et prêtent, si nécessaire, main forte aux représentants de l’autorité pour contraindre quiconque aurait éventuellement choisi de ne pas obéir à la Loi, à l’instar du soleil qui étend sa chape de plomb sur tous.

J’ai fort apprécié, dans ce récit, l’évolution de Lena qui avait, jusqu’alors, réussi à faire taire la faible voix qui, de temps à autre, s’immisçait dans ses pensées et ouvrait la porte à bien des questions. Survient alors Alex qui déstabilise la jeune fille mais combien est-il difficile de gommer des années de conditionnement. Même quand sa meilleure amie, Hana, ne cesse de l’interpeller à ce sujet. Et surtout si la dramatique destinée de sa maman décédée lui rappelle, jour après jour, qu’elle ne doit en aucun cas être contaminée. Quoique…  Point de facilité donc pour la jeune fille, tiraillée en son for intérieur. Alex est pour sa part attendrissant de lucidité. L’éblouissante Hana permet aussi à Lena de progresser. Je m’en voudrais d’oublier de citer Gracie, la petite cousine de Lena, au mutisme tellement éloquent.

Les couleurs, superbes, abondent paradoxalement dans cette ville terne et sans beauté, à travers le regard de Lena, nouveau, ou plus exactement différent. Principalement grâce à sa relation avec Alex, magiquement décrite mais sans mièvrerie aucune.

   "Nous atteignons le sommet de la côte, pantelants tous trois à cause de l’ascension, et découvrons la baie qui se déploie sur notre droite, semblable à une immense carte aux bleus et aux verts éclatants. Hana retient son souffle. La vue est époustouflante : dégagée et parfaite. Le ciel est rempli de nuages pommelés qui m’évoquent des oreillers de plume, les mouettes décrivent des cercles paresseux au-dessus de l’eau, et les oiseaux au loin forment des motifs qui s’éparpillent aussitôt." [p. 78]

La fin monte en puissance et bouleverse, les dernières pages sont emplies d’émotion. 

  Je préfère mourir selon ma propre volonté plutôt que vivre selon la leur.

20:23 Écrit par paikanne dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) |

Commentaires

Les romans ados de SF explorent décidément toutes les possibilités de "mondes parfaits". Il est bien probable que je ne fasse découvrir celui-ci à ma fille... en le lisant avant... bien sûr ;)

Écrit par : Cath | 30/11/2011

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En ce qui me concerne, je lirai la suite :-)

Écrit par : paikanne | 01/12/2011

Ho tiens, j'ai flashé dessus chez Belgique Loisir et également sur "Un jeu interdit" en juin dernier...

J'ai beaucoup aimé!

Écrit par : lauren | 13/10/2012

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Et je n'ai toujours pas lu le 2...

Écrit par : paikanne | 14/10/2012

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